Mais qui est ce médecin et député macronien soudain accusé de sexisme et de vulgarité ?

Bonjour

Le nouveau monde macronien n’est pas sans réserver quelques surprises et autres désinhibitions. Au lendemain de Noël les citoyens apprenaient que le chef de file des députés La République en marche (LRM), Gilles Le Gendre, dénonçait les « propos inadmissibles » d’un député LRM – député « des Français établis à l’étranger ». Avant le réveillon ce député avait tweeté ceci à l’adresse d’Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du Val-de-Marne.

« Avec le pot de maquillage @EstherBenbassa que vous vous mettez sur la tête, vous incarnez plus que jamais ce que vous tentez maladroitement de caricaturer. Vous le sentez l’amalgame violent maintenant? https://twitter.com/EstherBenbassa/status/1076414210370883584 … »

Réaction, deux jours plus tard, de M. Le Gendre sur Twitter : « Le bureau du groupe parlementaire LRM se désolidarise de notre collègue Joachim Son-Forget à la suite de ses propos inadmissibles contre la sénatrice Esther Benbassa. Aucune controverse politique ne justifie de verser dans le sexisme et la vulgarité », a déclaré M. Le Gendre sur Twitter.

Pour sa part la sénatrice déclarait à l’Agence France Presse que « l’expression sans complexe d’un tel sexisme, venant d’un parlementaire, après #metoo, a de quoi laisser sans voix ». Et le député de répliquer : « La référence au maquillage ne peut en aucun cas être mélangée à une attaque sur le physique ». Et Le Monde de rappeler qu’en septembre dernier ce député des Français de l’étranger avait déjà reçu de vives critiques pour avoir défendu le forain Marcel Campion, qui avait tenu des propos homophobes à propos d’élus parisiens.

Rebondissement à la veille des vœux du président de la République : le député accusé de sexisme a annoncé au magazine Valeurs actuelles puis à l’Agence France-Presse, samedi 29 décembre, qu’il venait de quitter le parti présidentiel et son groupe parlementaire. Ce représentant à l’Assemblée nationale « des Français de Suisse et du Liechtenstein » a confié à l’hebdomadaire continuer de soutenir le président Emmanuel Macron, mais ne pas exclure de « constituer une liste aux élections européennes et de créer un parti, quitte à continuer à utiliser la satire et des méthodes de communication innovantes ».

Drame et constance

« Après échanges téléphoniques non fructueux, j’ai pris ma décision après l’avoir annoncée au président. Pas de drame mais de la constance », a, de son côté, écrit le député de 35 ans dans un de ses nombreux messages publiés samedi sur Twitter. « J’ai fait la guerre pour habiter rue de la paix », a-t-il encore publié, citant ainsi le rappeur Booba, accompagné du mot-clé « démissionLREM ».

Et la sénatrice EELV Esther Benbassa de se réjouir (toujours sur Twitter) de ce départ :

« Merci à ttes & ts pour votre soutien. D’abord suspendu de son groupe à l’#Assemblée, @sonjoachim quitte #LREM. Le #sexisme en politique, ça ne passe plus, ça casse. Un seul espoir: qu’il ne passe plus nulle part. C’est notre combat commun à ttes et à ts. Avis à @MarleneSchiappa. »

Les médias recensent les sorties du député abandonnant son groupe. Un peu avant minuit jeudi, il avait commencé par un selfie posté par le député avec une peluche de blaireau, où il s’en prenait à ceux, dont ses collègues LRM, qui avaient critiqué ses propos envers Mme Benbassa. « Dédicace spéciale à tous les trolls, collègues hypocrites déversant leur fiel, poltrons cachés dans leur anonymat, et toute ma compassion envers les binaires et les coincés au level 1, le boss de fin étant trop subtil et trop intelligent pour eux », avait-il légendé.

Plus tard, le député a posté une vidéo de lui tirant avec un fusil de sniper – un de ses hobbies – ou des photomontages le montrant en personnage de dessin animé ou en joueur de foot avec le maillot de la Suisse devant le drapeau du Kosovo.

Mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle

Mais qui est donc ce député ? Il s’agit de Joachim Son-Forget, 35 ans, né Kim Jae Duk à Séoul – avant d’être adopté, à l’âge de trois ans, par une famille française et de grandir à Langres. Il fait ses études à Dijon, Paris et Lausanne. Une carrière peu banale exposée dans le détail sur Wikipédia :

« Titulaire d’un master recherche en sciences cognitives (co-accrédité par l’université Paris-Descartes, l’EHESS et l’ENS Paris) qu’il valide avec un mémoire encadré par Stanislas Dehaene. Poursuivant aussi des études de médecine, il obtient en 2008 son diplôme de fin de deuxième cycle des études médicales à l’université de Dijon puis passe l’examen classant national.

« À la suite de cet examen, il décide de poursuivre son cursus médical en Suisse et d’y effectuer l’intégralité de son internat, en tant qu’interne en radiologie au centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne. Il obtient en 2015 un doctorat en sciences médicales en neurosciences cohabilité par l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l’université de Lausanne ; rédigé sous la direction d’Olaf Blanke et Reto Meuli, il porte sur le thème des mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle. »

Et, en parallèle, ce médecin soutient François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012. Cinq ans plus tard est nommé candidat nommé de LREM  aux élections législatives dans la sixième circonscription des Français établis hors de France. Obtient 63,21 % des voix dès le premier tour. Une trop forte abstention ne lui permet pas d’être directement élu13. Au second tour, il obtient 74,94 % des voix, l’abstention culminant à 81,22 %.

Président du cercle de réflexion Global Variations il obtient la nationalité kosovare en juin 2018 « à titre exceptionnel ». Il explique que dès son adolescence « il a été très tôt captivé par la richesse culturelle et humaine du pays » et est par ailleurs vice-président du groupe d’amitié France-Kosovo à l’Assemblée nationale.  Le Monde parle, à son endroit, d’un député qui signe « de nombreux tweets assez éloignés de la réserve attendue d’un député ». Euphémisme. Nouveau monde macronien, surprises et désinhibitions.

A demain

@jynau

 

PMA « pour toutes/sans père » : l’affaire se politise tandis que l’atmosphère s’électrise

Bonjour

Informations politiques exclusives, aujourd’hui, dans le Journal du Dimanche (Sarah Paillou). Où l’on en sait un peu plus sur les choix  de la majorité et du gouvernement macroniens quant aux modalités de l’ouverture de la PMA  aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Il est depuis peu acquis que la promesse du candidat Macron, figurera dans le projet de loi qui sera adopté au plus tard au début d’année prochaine. Qu’en sera-t-il des décisions concrètes et majeures qui en découlent – décisions en cours d’arbitrage. Le JDD précise qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé « se prononce sur les recommandations de Jean-Louis Touraine, le médecin rapporteur LREM de la mission d’information parlementaire – qui a terminé cette semaine ses auditions et qui présentera ses conclusions à la fin du mois. »

« Elle se dit notamment favorable à la reconnaissance préalable de la filiation des mères homosexuelles ayant recours à la PMA, mais s’interroge sur les modalités de l’ouverture de l’accès aux origines et veut rendre possible l’utilisation encadrée de gamètes post mortem. Agnès Buzyn souhaite aussi que la PMA pour toutes soit remboursée par la Sécurité sociale. Le terrain est politiquement miné, comme le rappelle Touraine : « Il ne faut pas humilier ceux qui sont contre l’ouverture de la PMA. Ce n’est pas la peine, comme l’ont fait ceux qui voulaient le mariage pour tous, de traiter les opposants d’homophobes intolérants. Ce qui compte, c’est le résultat. » Le député du Rhône compte sur la future commission de députés et sénateurs de tout bord, voulue par le chef de l’État, pour « apaiser le débat ». »

Apaiser le débat ? Après la prise de position argumentée, dans Le Figaro,  des cinq ténors parlementaires LRM  contre cette ouverture  voici que vingt sénateurs publient à leur tour une tribune indignée dans Valeurs actuelles pour s’opposer à la légalisation de cette extension. « Il ne s’agit plus de lutter contre une quelconque infertilité due à une pathologie, mais de satisfaire à tout prix un ‘désir d’enfant’, écrivent-ils. On prend ainsi le risque de faire perdre à la médecine son aspect curatif, d’instituer une sorte de ‘droit à l’enfant’ pour les parents, et de créer délibérément des orphelins de père ». Et ce au nom d’un « progressisme béat » qui leur semble « dangereux pour l’humanité ».

Rétropédalant dans le temps et l’espace ils estiment que « l’assistance médicale à la procréation continue à poser de graves problèmes éthiques, notamment en ‘produisant’ des dizaines de milliers d’embryons ‘sans projet parental’ – dont beaucoup finiront en ‘matériau de recherche’ ». Et les vingt s’interrogent : « Est-ce digne de l’être humain ? Est-ce la nouvelle conception de l’humanisme ? ». Et de mettre en garde contre la « pente glissante » qui conduira immanquablement vers l’acceptation, tacite puis légalisée, de la GPA. En dénonçant la vaste campagne de publicité qui accompagne le livre du journaliste Marc-Olivier Fogiel, faisant la promotion d’un acte pourtant délictuel en droit français, sans que Mme Belloubet s’en émeuve ».

C’est dans ce contexte qu’Agnès Thill, député LREM insoumise, après avoir ouvertement déclaré qu’elle ne soutenait pas la « PMA pour toutes » à contre-courant de son groupe parlementaire, vient de prendre une nouvelle initiative. Elle s’est élevée contre un « café citoyen » organisé par une autre député pour « débattre de la PMA ». A cette occasion, elle a dénoncé l’existence d’« un puissant lobby LGBT à l’Assemblée nationale »Dans une lettre, Philippe Grangeon, délégué général de LREM par intérim, et Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée, ont recadré une nouvelle fois l’élue pour ses propos, lui signifiant que ce serait « la dernière ». Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a pour sa part qualifié les propos tweetés d’Agnès Thill d’ « absolument inacceptables ».

Et ensuite ?

A demain

@jynau

 

Du rififi philosophique au Comité d’éthique : Sylviane Agacinski vs Jean-François Delfraissy

Bonjour

Plus le temps passe et moins Sylviane Agacinski mâche ses mots 1. Dans l’entretien qu’elle vient d’accorder au Figaro elle prend pour cible le Pr Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Jamais, depuis ses 35 ans d’existence, la présidence de cette institution n’avait, de la sorte été dénoncée. Quels sont les faits ?

Les accusations de la philosophe (farouchement opposée à la pratique des mères porteuses) se fondent notamment sur l’entretien accordé à Valeurs Actuelles par le président du CCNE : « Jean-François Delfraissy : “Je ne sais pas ce que sont le bien et le mal” ». Il y déclare que le rôle du Comité était d’« écouter le milieu associatif » et de savoir « ce que la science pense et ce qu’elle a envie de faire bouger ». Il y déclare aussi qu’il est  sensible au «droit à l’enfant» et qu’il ne sait pas ce qu’était «le bien et le mal».

Le Figaro demande à Sylviane Agacinski si, au regard de ces déclarations, les conditions d’un débat serein et approfondi sont réunies dans le cadre des actuels « Etats généraux de la bioéthique » pilotés par le CCNE. Réponse :

« Hélas non! Ces déclarations sont graves. Le président du CCNE imite en effet sa mission au fait d’écouter «les opinions» en s’interdisant tout jugement d’ordre éthique (puisque «chacun a sa vision de l’éthique»). Il tient au reste un discours incohérent sur la bioéthique, puisqu’il concède qu’il existe «certaines grandes valeurs intangibles» pour affirmer aussitôt la relativité de toute valeur.

 « Pire encore, il déclare: ‘’Je vais vous dire: ce qu’on appelle les valeurs universelles, les droits de l’homme, etc., les Chinois appellent ça des “ histoires d’Occidentaux”. En Chine, il y a une science qui avance, il y a des ruptures vis-à-vis des grands principes qui prévalent chez nous. Par exemple, il y a actuellement plusieurs milliers de transplantations qui sont réalisées à partir d’organes de condamnés à mort…’’ Ces propos ahurissants disqualifient purement et simplement le Pr Delfraissy pour accomplir sa mission et justifieraient sa démission. »

Antipodes éthiques

Aux antipodes du Pr Delfraissy et d’une « médecine toute-puissante » (qui se détacherait de la morale pour se rapprocher du marché) Sylviane Agacinski revient à l’essentiel. Pour elle la réflexion bioéthique actuelle doit éclairer le travail de ceux qui sont chargés de dire le droit et de faire les lois – et ce en s’attachant au bien commun et à l’intérêt général, de façon à régler de la manière la plus juste possible les relations humaines dans une société civilisée.

« Si aucun principe commun, comme le respect de la personne et de son corps, n’inspire les lois, tout est possible, car la science et la technique, en elles-mêmes, sont indépendantes des valeurs propres à l’éthique, ajoute-t-elle. Inversement, les principes éthiques et juridiques ne sont pas démontrables à l’aide d’une démonstration scientifique. Aujourd’hui, nous sommes loin des époques les plus sombres. Mais la médecine n’est pas à l’abri d’autres fourvoiements, par exemple lorsqu’elle collabore aux marchés de la personne. Car la logique économique du profit sans limites fait des hommes des producteurs, des consommateurs et des ressources pour la production, jusque dans leur chair. Elle se nourrit de nos désirs et nous incite à désirer tout ce qui peut se produire et s’acheter, quitte à changer les lois pour produire et vendre sans entraves. Face à cette menace, le droit ne peut pas perdre sa mission civilisatrice. »

Il est bien peu probable que le Pr Delfraissy démissionne. Il est en revanche indispensable qu’il réponde aux critiques philosophiques qui le visent.

A demain

1 Sylviane Agacinski vient de publier : « Le Tiers-Corps, Réflexions sur   le don d’organes » Éditions du Seuil

Nicolas Sarkozy : il sent la France «suffoquer» ainsi qu’un «lien particulier» avec les Français.

 

Bonjour

Déjà, les roulements des tambours. « La guerre nous a été déclarée », (ré)affirme Nicolas Sarkozy. Cette fois c’est dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles  daté de ce jeudi 11 août. La France « doit faire changer la peur de côté », ajoute l’ancien président de la République, faisant référence aux attentats qui ont frappé le pays depuis janvier 2015.

Selon Le Monde cet entretien est « sans doute le dernier avant l’annonce de sa candidature à la primaire de son parti », annonce programmée fin août. On a compris : le président des Républicains prépare le terrain. Et le terrain sera  sanglant :

« Je sens la République suffoquer (…) En vingt mois, il y a eu 237 Français assassinés ; ils le sont parce que les barbares qui nous attaquent croient que nous sommes faibles. »

Moïse et le mont Sinaï

Tambours et cavalerie …Pour mener cette guerre contre un ennemi (dont il ne cite jamais le nom), Nicolas Sarkozy évoque d’abord une réconciliation avec la Russie et une alliance avec les pays arabes pour mener des combats au sol, parce qu’« une guerre ne se gagne pas seulement à 10 000 mètres d’altitude ».

Cavalerie et génie… Sur le plan intérieur Nicolas Sarkozy trace le sillon dans la terre de France, et ce sillon est profond :

 « La France ne doit pas se perdre dans des débats abscons (…) l’Etat de droit par exemple, n’a rien à voir avec les tables de la loi de Moïse, gravées sur le mont Sinaï (…) la République ne reculera plus sur rien (…) Je veux qu’on le garde [le droit du sol] mais pas de manière automatique [évoquant une] présomption de nationalité, permettant de ne pas attribuer la nationalité à quelqu’un qui aurait un casier judiciaire à sa majorité, ou dont on pourrait prouver que ses parents étaient en situation irrégulière au moment de la naissance ».

Suffocation

Conscient de son retard dans les sondages sur les primaires (par rapport à Alain Juppé) Nicolas Sarkozy  assure ne pas y accorder d’importance. :

« J’ai un lien particulier avec les Français. Il peut se distendre, il peut se retendre, mais il existe. De Gaulle n’était pas détesté ? Et Thatcher ? Reagan ? Obama ? Merkel ? Et Mitterrand ? L’idée d’exister dans la vie des Français sans susciter de répulsion est folle. »

Tambours… La répulsion, la folie et la suffocation sont des entités rarement évoquées par les hommes politiques. C’est dire si l’heure est grave.

Sentir la France « suffoquer » ? Faute d’anaphore, on songe à cet usage métaphorique : « Vous ne croyez pas que toute arme soit bonne et légitime pour délivrer un peuple qui râle, qui suffoque? ». Il est signé d’un écrivain qui eu son heure de gloire : Alphonse Daudet. On le trouve dans un ouvrage trop méconnu intitulé « Tartarin sur les Alpes ».

A demain

Social-démocratie : la première salle de shoot de la capitale ne sera pas une salle de shoot

Bonjour

Encore un rêve passé, une couleuvre avalée. Les frondeurs n’étaient pas ceux qu’ils disaient être. A gauche l’extrême, même relative, s’essouffle vite. Corollaire: la fameuse car symbolique première-salle-de-shoot-de-la capitale n’en sera finalement pas une. L’information a été donnée par Le Monde (François Béguin) avant d’être confirmé par l’AFP puis reprise par France Culture qui a oublié de citer son confrère. Tout se perd, même les sources.

Enfants et toxicomanes

Marisol Touraine avait commencé à en parler il y a trois ans. C’était comme fait. « Salles de shoot : rien ne va plus la balle est à gauche ». Puis le Conseil de Paris devait autoriser le dépôt d’une demande de permis de construire au 39, boulevard de la Chapelle sur un terrain appartenant à la SNCF et situé proche des voies derrière la gare du Nord.  C’est alors  l’association Parents contre la drogue qui annonçait alors  la couleur : elle allait  déposer des recours devant le Conseil d’État et le juge judiciaire. «Il existe une loi qui interdit l’usage de stupéfiants en France. Au nom de quoi le permet-on dans le Xe arrondissement? s’insurgeait dans Le Figaro Serge Lebigot  président de cette association de protection contre la toxicomanie très proche de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. On va attirer les dealers, créer une zone de non-droit et au final légaliser la drogue! ».

En octobre 2013 Rémi Féraud, maire (PS) du 10ème arrondissement de Paris annonçait que « la première salle de consommation de drogue à moindre risque située 39 boulevard de la Chapelle ouvrirait en novembre prochain ». Un terrain mis à la disposition par la SNCF.

Puis il y eut de nouveaux délais, des recours devant la juridiction administrative, une décision du Conseil d’Etat et finalement le besoin de passer par la loi. Vote en première lecture à l’Assemblée nationale pimenté de vifs et passionnants débats. Quatre ans plus tard l’expérimentation allait enfin pouvoir commencer. Sans doute dans un an. Avant la fin du premier quinquennat.

Patatras, voici que tout vient de s’éloigner à nouveau. Le projet va être déplacé du boulevard de la Chapelle, pour l’hôpital, voisin de Lariboisière (ancien « Hôpital du Nord »). C’est à nouveau Rémi ferraud(toujours maire du 10ème arrondissement) qui vient de parler sur le sujet. Ce qui était prévu ne l’est plus. L’ancienne implantation prévue, hier parfaite, est aujourd’hui « abandonnée » pour « des problèmes d’enclavement et de difficultés d’accès ». Sans oublier un campement de migrants situé à proximité qui créait  un « environnement urbain trop dégradé ». Loin de sa mairie et de ses ministères Paris devient vite une jungle.

« Le projet sera adossé à l’hôpital » indiqué Bernard Jomier, adjoint à la mairie de Paris chargé des questions de santé. Avec cette précision sémiologique : « l’accès ne se fera pas par la porte principale, mais par le côté ». a La nouvelle implantation choisie « indique clairement que c’est une problématique de santé publique ». Il faut « banaliser le dispositif » afin d’en « élargir l’adhésion politique ».  Beau comme de l’antique.

En clair, et au-delà de la finesse dialectique cette salle de shoot n’en sera pas une. Lors de l’enquête que nous avons menée pour Slate.fr (« Les coulisses politiques des sales de shoot »)  les partisans de cette avancée thérapeutique de santé publique que nous avons rencontrés étaient unanimes pour dire que ces espaces n’avaient de sens que hors de l’hôpital. Leur justification, leur raison d’être est de proposer un premier accompagnement hors des murs de l’institution, une main tendue là où l’hôpital n’est par définition pas. De ce point de vue il n’y a pas deux cents mètres entre les rails du 39 bd de La Chapelle et le pignon classé de Lariboisière. Il y a très exactement la distance, considérable, entre l’espoir et le renoncement.

A demain

Drogués : l’abcès tricolore du 39 boulevard de la Chapelle (Paris, 10ème)

C’était promis elle allait ouvrir. Mais le Conseil d’Etat vient de dire qu’un décret ne suffirait pas. L’ouverture de la première « salle de consommation à moindre risque » française est reportée. Sine die.

Il faudra désormais une nouvelle loi. Au mieux avant la fin 2014. Le feuilleton va commencer à se faire long.  

Dans les beaux quartiers de droite on applaudira. Dans les autres l’émotion prévaudra. Sur le pavé du boulevard du crime on continuera à se droguer dans l’obscurité. Et sur la belle place du Palais Royal des magistrats chenus continueront à dire le droit. Ainsi va la vie quand l’arthrose grippe les articulations du juridique et de la santé publique.

La France qui perd et qui a peur

On ne manquera pas de voir ici  l’ombre portée des prochaines élections municipales. D’autres investigueront et diront où est la faute. Si faute il y a. Ou maladresse. Ou incompétence (1). Mais peut-être n’y a-t-il là que l’expression d’un inconscient collectif : la France ne veut pas de salles de shoot. Contre toutes les démonstrations, contre la raison, contre même l’esprit contagieux de compassion. Elle ne voudrait pas de drogués soignés comme elle ne voudrait plus  des Roms sur son sol.

Une « certaine France » dira-t-on. C’est fort possible. Mais c’est celle que l’on entend et voit sur les ondes radiophoniques et télévisuelles. La France qui perd et qui a peur. Celle qui sécrète des anticorps contre un mal qu’elle croit pressentir. Des anticorps non protecteurs. Des anticorps cousins de germains, auto-immuns.

10 octobre. L’affaire a commencé avant l’aube. Anne Hidalgo sur France-Info.  La candidate socialiste à la mairie de Paris, Anne Hidalgo commente sur l’avis négatif du Conseil d’Etat sur l’ouverture de « salles de shoot ». Elle a ce mot : « Je ne crois pas à une salle de shoot à Paris avant les municipales ». Croire ?

Le communiqué de presse ministériel

Quelques minutes plus tard, communiqué du service de presse de Marisol Touraine, ministre de la Santé.. Il ne s’agit plus de croire mais de « sécurisation juridique du dispositif ».  Voici ce communiqué :

« Dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les conduites addictives 2013-2017, porté par la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) et adopté le 19 septembre dernier, le gouvernement a confirmé sa volonté d’accompagner l’expérimentation d’un nouveau dispositif de réduction des risques auxquels s’exposent les toxicomanes :  les « salles de consommation à moindre risque». Ce sont des espaces supervisés par des professionnels permettant d’assurer un cadre d’usage sécurisé aux usagers de drogues injectables dans des conditions d’hygiène évitant les risques infectieux.

De tels espaces ont été ouverts dans plusieurs pays étrangers ; ces expériences ont montré que ces accueils permettent aux usagers de recevoir conseils et aides spécifiques, induisant une diminution des comportements à risque et des overdoses mortelles. Ont également été mis en évidence une réduction de l’usage de drogues en public et des nuisances associées.

C’est pourquoi, le gouvernement a souhaité apporter son soutien au projet d’expérimentation d’une salle de consommation à moindre risque à Paris, impliquant associations de patients et professionnels de santé. Un décret devant permettre ce type d’expérimentation a été préparé à cette fin et soumis pour avis au Conseil d’Etat.

Le Conseil d’Etat a procédé à l’examen de ce projet le 8 octobre dernier et a recommandé au gouvernement d’inscrire dans la loi le principe de ce dispositif pour plus de garantie juridique. Le gouvernement va travailler avec les acteurs concernés par ce projet à la sécurisation juridique de ce dispositif. »

Le droit français

Jargonneux mais tout est dit. Dans ce large mouvement international de politique de réduction des risques la France est devenue une exception. Une exception triste. Et la France jacobine, centralisée à l’extrême, la France hyper-juridique qui interdit les expérimentations autogérée sait ici aller à la manœuvre.

Depuis des lustres les « acteurs de terrain » avaient dit la nécessité, exprimés leurs souhaits. Depuis des lustres ils disaient l’urgence. La puissance publique sanitaire avait fait travailler ses services. Les expériences étrangères montraient que l’on pouvait sauver des vies, réduire les souffrances voire la fréquence des contaminations  dans la population. Sous le quinquennat Sarkozy la droite n’était pas radicalement hostile. Les choses avançaient à Bordeaux, à Marseille. Et à Paris, 37 boulevard de la Chapelle (10ème). Paris, municipalité socialiste.

Mme Dati et Mr Lamour

Puis la gauche prit le pouvoir. Elle avait toutes les cartes en main (mémoire-blog du 31 août 2012). Du moins le croyait-on. A la fin du mois d’août 2012 la droite monta alors au créneau après une prise de parole du médecin et député (PS) Jean-Marie Le Guen dans Le Parisien. La droite pure et dure, notamment sous les traits de JeanFrançois Lamour et Rachida Dati deux responsables parisiens de poids de l’UMP.

Mr Lamour : « Il n’existe actuellement aucun lien automatique démontré entre la fin de la prohibition et la fin des trafics. Toute tentative de dépénalisation ou légalisation est en réalité susceptible de se heurter à des stratégies d’adaptation des organisations criminelles. Le signal envoyé aux jeunes, à leurs familles ainsi qu’à tous ceux qui, sur le terrain veulent aider les toxicomanes à lutter contre leurs addictions, serait absolument négatif. »

Mme Dati : « Superviser la consommation de drogues, c’est banaliser leur usage.  J’appelle instamment le gouvernement à rejeter cette proposition insensée. »

Supermarché des drogues

Fin août 2012, Marisol Touraine, sur LCI : « Je travaille sur cette question depuis plusieurs semaines (…). Nous allons voir dans quelles conditions il est envisageable d’expérimenter de telles salles mais il faut que le travail se poursuive avec des élus, avec des associations concernées en particulier.  Pas de décision dans les jours qui viennent mais je pense que nous serons prêts assez rapidement. Nous avons des personnes qui se droguent dans des conditions sanitaires exécrables. Elles ne sont pas à même de retrouver le chemin du sevrage, d’être accompagnées. Il ne s’agit absolument pas d’ouvrir une espèce de supermarché de la drogue comme j’ai pu l’entendre. Nous regarderons les exemples qui existent, la manière dont ils peuvent être améliorés (…). Il ne s’agit pas de s’engager tête baissée dans un dispositif qui serait a priori défini pour toujours, il faut expérimenter le cas échéant avec des associations et des élus qui sont disposés à le faire. »

 Avant la fin de l’année (2012)

Fin octobre 2012 Mme Touraine annonçait que l’expérimentation parisienne commencerait avant la fin de l’année (mémoire-blog du 1er novembre 2012). L’Académie de médecine dit qu’elle était d’accord sur le principe mais qu’il fallait attendre dans les faits. Deux semaines plus tard (mémoire-blog du 18 novembre 2012) la ministre de la Santé annonçait le report de l’expérimentation parisienne. En juillet dernier le Premier ministre est attaqué pour « incitation à la consommation de stupéfiants ». Cible : le (toujours futur) centre d’injection supervisé du 10ème  arrondissement (mémoire-blog du 5 juillet 2013).

Le Conseil de Paris devait alors autoriser le dépôt d’une demande de permis de construire au 39, boulevard de la Chapelle sur un terrain appartenant à la SNCF et situé proche des voies derrière la gare du Nord.  C’est  l’association Parents contre la drogue qui annonçait alors  la couleur : elle allait  déposer des recours devant le Conseil d’État et le juge judiciaire. «Il existe une loi qui interdit l’usage de stupéfiants en France. Au nom de quoi le permet-on dans le Xe arrondissement? s’insurgeait dans Le Figaro Serge Lebigot  président de cette association de protection contre la toxicomanie  très proche de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. On va attirer les dealers, créer une zone de non-droit et au final légaliser la drogue! ».

L’annonce du maire du 10ème

Il y a quelques jours Rémi Féraud, maire (PS) du 10e arrondissement de Paris annonçait que « la première salle de consommation de drogue à moindre risque située 39 boulevard de la Chapelle ouvrirait en novembre prochain ». « L’absence de permis de construire, l’opposition des riverains et un recours au tribunal administratif pourraient pourtant retarder le projet » observait alors Metro News qui consacrait un reportage parlant à ce sujet.

Boulevard du crime

La fin du feuilleton ? Non. On sait désormais ce qu’a jugé le Conseil d’Etat. Interrogé le service de presse de Mme Touraine nous a dit ne pas pouvoir nous communiquer l’avis du Conseil. Mais l’essentiel est désormais connu : il a « recommandé au gouvernement d’inscrire dans la loi le principe de ce dispositif pour plus de garantie juridique ». Et le gouvernement « va travailler avec les acteurs concernés par ce projet à la sécurisation juridique de ce dispositif. » Il faudra donc une nouvelle loi.  A l’heure du déjeuner, sur France Inter, Jean-Marie Le Guen espère que le centre parisien ouvrira avant la fin 2014.

Santé publique ou pas le droit est le droit. Dans les beaux quartiers de droite on applaudira. Dans les autres l’émotion prévaudra. Sur le pavé du boulevard du crime on continuera à se droguer. Salement, dans l’obscurité.

 

(1) Libération (daté du 11 octobre) cite Yann Bisiou, maître de conférence en droit privé à Montpellier-III : «Juridiquement, cet avis est excessivement surprenant et pas logique.» Il estime que la loi de 2004 sur la santé publique «permet l’ouverture d’une salle d’injection, surtout que c’est uniquement à titre expérimental».

Libération « voit bien le problème » : d’un côté, la loi sur les stupéfiants datant de 1970 interdit leur usage; de l’autre, la politique de «réduction des risques», qui permet déjà l’échange de seringues et les produits de substitution, suggère d’ouvrir au moins une de ces salles à l’utilité prouvée. Mais y a-t-il obligatoirement contradiction ? «Pas plus que le chirurgien qui opère un patient ne commet l’infraction de violences volontaires, le soignant qui mettrait un local d’injection à disposition d’un usager de drogues ne commettrait l’infraction de facilitation de l’usage illicite de stupéfiants», argumente M. Bisiou. Selon lui une simple circulaire pouvait suffire.

 

 

 

Des salles de shoot et de l’indécence

Le Premier ministre est attaqué pour « incitation à la consommation de stupéfiants ». Sur le grill : le (futur) centre d’injection supervisé du Xème arrondissement.  Que fera le gouvernement ? La crise doit-elle conduire à ne plus soigner les toxicomanes tombés dans le ruisseau ? Qui dira où est, ici, la décence ? Faudrait-il encore redire que ces soins protègent, aussi, ceux qui tiennent le haut du pavé ?

C’était il y a un an. Jean-Marie Le Guen, médecin, député (socialiste) et adjoint au maire de Paris demandait au gouvernement (socialiste) d’autoriser la création de salles d’injection de drogue. Et il estimait que tous les arguments étaient réunis pour qu’un centre ouvre à Paris ville dont la municipalité est majoritairement socialiste. Cette mesure s’imposait notamment  selon lui du fait de l’augmentation de la consommation d’héroïne dans la capitale.

L’intérêt de François Hollande

Dans une interview accordée au Parisien il expliquait que François Hollande avait fait part pendant la campagne présidentielle « de son intérêt pour ce genre d’expérimentation ». « Je demande aujourd’hui que le gouvernement donne son accord pour la mise en œuvre de ces salles de consommation, déclarait-il haut et fort. Il est vraiment temps que le gouvernement donne son feu vert, en développant une politique plus ambitieuse de réduction des risques. » Un an après, pas de feu vert.

Qui oserait encore dire aujourd’hui, comme Le Dr Le Guen il y a un an :   « Je préfère que les gens lourdement précaires et toxicomanes consomment de la drogue dans des salles dédiées plutôt qu’ils se piquent dans une cage d’escalier ou dans la rue, comme c’est le cas actuellement. Et qu’ils soient entourés par des professionnels de santé, afin que l’on puisse garder un contact avec eux et les accompagner vers un sevrage. »

Il y a un an, à Paris, un petit groupe de volontaires disait être prêt à monter très rapidement une ou plusieurs de ces salles. Marseille, Toulouse et Saint-Denis étaient aussi des villes intéressées. Bordeaux également. Depuis plus rien ou presque. La crise ? Peut-être. La lassitude, sans doute.  Le Front national n’a plus à monter au créneau pour dénoncer la  position « délirante » de  ces militants. Il en va de même pour plusieurs responsables de l’UMP dont le député Jean-François Lamour et l’eurodéputée Rachida Dati.

Mauvaise foi

Act Up-Paris, Aides, Médecins du Monde, Fédération Addiction, Gaïa, Réseau Réduction des risques, Sidaction et SOS Addictions ne rappellent plus  qu’elles demandent « l’ouverture de salles de consommation à moindre risque (SCMR) depuis de nombreuses années ». Il faudrait être d’une assez grande mauvaise foi pour dire que depuis un quart de siècle les actions de réduction des risques n’ont pas fait leur preuve en matière de diminution de certains risques associés à la consommation de drogues (transmission du VIH, VHC, infections, abcès, overdose). Et il ne faudrait pas voir la réalité pour soutenir qu’une partie des toxicomanes (« usagers et usagères de drogues ») les plus précaires peuvent pleinement bénéficier de ces actions.

Il y a un an Marisol Touraine, ministre de la Santé annonçait une action assez rapide. Vers la fin octobre elle déclarait : « J’espère que des expérimentations pourront être annoncées avant la fin de l’année ». C’était   sur BFM TV. Sur Slate.fr le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions publiait une tribune qui sans pathos posait la question des politiques et de leurs responsabilités. On lira son texte ici.

Attaque annoncée dans Le Figaro

Et puis soudain aujourd’hui nouvelle attaque annoncée dans les colonnes du Figaro. Attaque émanant de celles et ceux qui ne veulent pas de ces salles – et surtout pas « près de chez eux ». Ce qui peut, aussi, se comprendre. C’est une attaque juridique. Elle vise tout particulièrement le projet d’une salle de shoot dans le Xe arrondissement de Paris ; un projet dont Libération vient de rapporter qu’il suscite certaines passions.

C’est  l’association Parents contre la drogue qui annonce la couleur : elle annonce qu’elle va  déposer des recours devant le Conseil d’État et le juge judiciaire. «Il existe une loi qui interdit l’usage de stupéfiants en France. Au nom de quoi le permet-on dans le Xe arrondissement? s’insurge dans Le Figaro Serge Lebigot  président de cette association de protection contre la toxicomanie qui semble très proche de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. On va attirer les dealers, créer une zone de non-droit et au final légaliser la drogue! ».

Boulevard de la Chapelle, près des voies ferrées

Le Conseil de Paris devrait, dit-on, autoriser en début de semaine prochaine le dépôt d’une demande de permis de construire au 39, boulevard de la Chapelle (Xe) sur un terrain appartenant à la SNCF et situé proche des voies derrière la gare du Nord. Me Guillaume Jeanson, avocat de l’association va déposer une plainte contre X (le Premier ministre et la ministre de la Santé) au tribunal de grande instance de Paris. « La même plainte sera déposée auprès de la Cour de justice de la République » annonce, bien informé sur ce sujet, Le Figaro.

Cette association va d’autre part présenter au Conseil d’État une requête en annulation pour excès de pouvoir contre le Premier ministre. Argument: la décision annoncée le 5 février par Jean-Marc Ayrault «suppose ni plus ni moins d’enfreindre directement ou indirectement les lois qui prohibent de la manière la plus absolue l’usage de stupéfiants». Et d’avancer une «décision manifestement illégale, procédant du fait accompli et du passage en force».

« Ni utiles, ni souhaitables »

Dans l’entourage de Jean-Marie Le Guen, toujours lui,  on indique que la mise en œuvre de cette salle devrait être rendue possible par une modification d’un décret datant de 2005 sur les centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud). On évoque aussi une circulaire pénale, pour adapter le dispositif policier autour de la salle. Ce qui permettrait de faire l’économie d’un passage devant l’Assemblée nationale.

« Depuis mai 2010, les activistes de la drogue largement financé sur des fonds publics, réclament la création de salles d’injection en France, peut-on lire sur le site de Parents contre la drogue. Ces salles ne sont « ni utiles ni souhaitables » en France, car dans aucun pays elles n’ont montré leur efficacité.  A ce jour, aucun élément ne prouve qu’elles permettent de réduire les taux d’infection au VIH ou aux hépatites. » Ce qui est en contradiction avec la quasi-totalité des études épidémiologiques menées sur le sujet.

De la relativité du concept d’indécence

On peut aussi lire « Dans le contexte économique actuel, financer des salles de consommation de drogues avec l’argent des contribuables (chaque salle coûte environ un million par an) paraît indécent. »

Mais qui sait où est, ici, la décence ? Elle consiste, pour certains à considérer que ces « salles de consommation de drogues » sont des établissements de soins et les toxicomanes de grands malades dont la survie passe par ces structures. Cela peut être bien difficile à accepter mais c’est ainsi. La toxicomanie n’est pas un vice; c’est une maladie. Et cela est vrai pour toutes les toxicomanies. Ce n’est jamais facile à entendre. Mais c’est ainsi. Que des politiques l’entendent est une bénédiction – du moins si les bénédictions existent encore.

Dans ce paysage où la rédemption se fait rare  des contribuables « contre la drogue » ne redouteraient pas de laisser de facto, en France et en 2013, mourir des toxicomanes dans le caniveau? Cela peut être perçu comme le symptôme d’une assez grande indécence.