John Galliano (ex-Dior®) : le couturier excentrique n’est plus alcoolique

Bonjour

Galliano. Juan Carlos Antonio Galliano Guillén. Né à Gibraltar il y aura bientôt 54 ans. Connu des services de police. « Généralement considéré comme un couturier talentueux, excentrique, turbulent et iconoclaste ». S’est forgé un « look » de dandy, provocateur. A participé à la gloire de Dior® et réciproquement. Ascension brisée en 2011 après une exhibition publique (voir la vidéo) qui, cette fois, ne lui fut pas pardonnée (1). Rangé, depuis trois ans, au rayon des anges déchus. Vient de réapparaître dans les médias. Bel exemple de la résilience, concept à toute épreuve heureusement vulgarisé par Boris Cyrulnik.

Créativité

Il avait déjà fait une première « confession » dans Vanity Fair comme Le Point l’avait rapporté  avant l’été. On parlait alors d’une « traversée du désert » et d’un « empereur déchu ». Où l’on apprenait que les causes et les symptômes de l’alcoolisme ne varie guère. On les retrouve à l’identique quel que soit le bar, l’étage de l’immeuble et les catégories socioprofessionnelles.

Que nous dit l’artiste ? « Je n’ai pas bu dans le but d’être créatif. Je n’ai jamais eu besoin de boire pour ça, racontait le couturier dans Vanity Fair. Au début, c’était un soutien pour me détendre après mes journées de travail chez Dior. Ensuite, j’y ai eu recours après la ‘’Semaine des collections’’, un peu comme tout le monde. Deux jours après, ça allait mieux. Mais, avec l’accélération du calendrier des ‘’Fashion Weeks’’, ça m’arrivait de plus en plus souvent. J’étais dépendant, j’étais devenu esclave de l’alcool. »

Vodka, vodka-tonic

« J’ai commencé à prendre ensuite des médicaments pour dormir. Puis encore d’autres pilules, car je n’arrêtais pas de trembler. J’avais aussi à côté de moi ces grosses bouteilles d’alcool que les gens m’offraient. Jusqu’à la fin, je prenais tout ce qui me passait entre les mains : de la vodka, une vodka tonic, du vin, car je croyais que cela pouvait m’aider à dormir. Erreur. Il y avait aussi toutes ces voix dans ma tête qui me posaient des questions en permanence. Mais jamais je ne l’aurais admis. Je n’étais pas un alcoolique. Je pensais avoir le contrôle sur ce qui était en train de m’arriver (…) Maintenant, j’ai compris que cette colère n’avait rien à voir avec moi, que j’étais déconnecté de ces propos et que j’avais juste prononcé les mots les plus méchants que je pouvais dire. Depuis, j’ai passé deux ans à lire des livres sur l’Holocauste et l’histoire de la religion juive, à rencontrer des personnes de cette religion. »

« Travail complet sur soi »

On parle d’une cure de désintoxication en Arizona, de séances d’hypnose, d’un « travail complet sur lui-même », de séjours prolongés en Auvergne. Comme toujours avec la résilience arrive un stade où le sujet considère sa déchéance comme salutaire. « J’allais finir dans un asile psychiatrique ou six pieds sous terre. Même si cela peut paraître bizarre, je suis content que cela soit arrivé, poursuit-il. J’ai appris tellement de choses sur moi-même, j’ai redécouvert le petit garçon affamé de création que, je pense, j’avais laissé en chemin. Je vis. »

L’homme vient de compléter sa « confession » sur Canal + (« Le Supplément »). « Je ne suis pas antisémite, je ne suis pas raciste, répète-t-il. Pour autant, ce sont des mots que j’ai prononcés. Et quand je me revois dans cette vidéo, je suis dans les affres de ma maladie. Deux semaines après cette scène, j’ai fait une dépression nerveuse et physique complète. »

Des abysses aux volcans

Il ajoute : « Je ne suis pas responsable de ma propre maladie, mais, maintenant, je suis responsable de ma propre guérison  (…) Certains traitements étaient durs, mais il y a eu des choses merveilleuses. Cela m’a permis de prendre du recul, de me déta­cher de cette scène, et je peux main­te­nant voir [la vidéo] de manière objec­tive et ration­nelle. Ce que j’ai dit était terrible ! Mais encore une fois, même si ce n’est pas une excuse, j’étais vraiment dans les profondeurs abyssales de ma maladie. »

Après les abysses John Galliano fait aussi la promotion de l’Auvergne. « C’est un endroit idéal pour réfléchir, méditer et prier.  Un lieu où, si je me trouve confronté à des questions sans réponse, je les pose directement à Dieu. » Le couturier dandy n’a pas « touché à une goutte d’alcool » depuis trois ans et demi. « J’ai remplacé l’alcool par la foi. Il y a de la lumière au bout du tunnel. Je suis un John sans alcool. » Un John certes toujours alcoolique, mais toujours en vie.

A demain

(1) En février 2011, John Galliano était interpellé dans le 3ème arrondissement de Paris pour faits de violences et insultes à caractère raciste et antisémite, à la suite d’une altercation. Il était laissé libre sur instruction du parquet. Le 8 septembre 2011 il est condamné pour « injures publiques » à 6 000 euros d’amende avec sursis. Il doit également verser un euro symbolique de dommages et intérêts aux victimes. Il est condamné pour avoir prononcé à plusieurs reprises les termes : « dirty jewish face you should be dead », « fucking asian bastard » Il ne fait pas appel. À la suite de cette condamnation sa Légion d’honneur lui est retirée.

Bernard-Henri Lévy : son épouse dit qu’il se drogue. Il confirme. Est-il utile de le savoir ?

Bonjour

Nous sommes tous victimes d’assuétudes mais certains le sont plus que d’autres. L’Opinion de ce 3 juillet publie un entretien avec Bernard-Henri Lévy (Cyril Lacarrière). Actualité : il vient d’être renouvelé une sixième fois à la présidence du conseil de surveillance d’Arte. Et ce soir France 2 diffusera un « portrait autorisé » du président d’Arte. Ce sera  dans son émission « Complément d’enquête ».

Pierre Bergé et Jacques Chancel

Portrait « autorisé » réalisé avec l’aide de Pierre Bergé, François Pinault, Anne Sinclair, Alain Minc, Bernard Kouchner, Hubert Védrine, Claude Guéant, Arielle Dombasle, Jean-Paul Enthoven, Bernard Pivot, Jacques Chancel etc.

« L’Opinion : Une des révélations de ce documentaire vient de votre épouse Arielle Dombasle, qui évoque votre consommation de substances illicites et que la drogue vous permettrait de vous stimuler pour arriver à vos fins ? Est-ce qu’elle vous avait prévenu de cette sortie ?

B.-H.L. : Non. A l’instant où l’on se parle [mercredi après-midi], je ne lui en ai pas parlé non plus. Dans ce genre de longue interview, on dit plein de choses sans trop savoir ce que le réalisateur va retenir. Il a gardé ça. Bon. Cela fait partie des choses dont je ne peux pas vous dire qu’elles m’enchantent. »

Téléspectateurs de France 2

Nous n’en saurons pas plus. Mais avions-nous besoin de savoir cela ? Sera-ce-utile du point de vue de la santé publique ? Résumons.  Pas de trahison ici. On accepte le jeu du portrait télévisé. Sans plaisir mais on l’accepte – à la condition qu’il soit « autorisé ». La condition est acceptée. Votre épouse confie alors un élément privé que vous auriez préféré garder secret. Le réalisateur garde ce passage au montage (pouvait-il, raisonnablement, faire autrement ?). Et c’est ainsi que les téléspectateurs de France 2 vont découvrir que vous consommez des substances illicites ; que pour « parvenir à vos fins », pour vous « stimuler », vous vous droguez.

Aldous Huxley

Rien d’original. Et, sans doute, rien de bien méchant. Bien évidemment la machinerie médiatique voudra en savoir plus. Jusqu’à Vanity Fair. Voire Lui. Ou « M ». Depuis quand ? Combien ? A quel prix ? Quels circuits ? Et quelles fins justifiant de tels moyens ? Bientôt vous serez pressé de  raconter vos propres portes de la perception, de décrire les chemins entrouverts  par ces psychotropes interdits jusqu’à l’œuvre créatrice.

Vous vous installerez sans doute dans le sillage de Théophile Gautier, avec les mots de Malraux. Peut-être, qui sait, suivrez-vous demain les sentiers de la spiritualité façon Aldous Huxley. Puis d’autres enquêteurs médiatiques viendront. On ira jusqu’à vous demander votre opinion sur la dépénalisation libertarienne des drogues illicites et sur les fléaux de celles qui ne le sont pas.

Instant mondain

Tout cela donnera, dans le meilleur des cas, la dimension politique que vous cherchez tant à donner à chaque instant de votre vie  privée. Si tel n’est pas le cas il n’y aura eu, sur la télévision publique, qu’un instant mondain. Ce ne sera alors qu’un événement germanopratin. Un de plus. Quelques mots échangés dans un Saint-Germain qui n’est plus.

A demain

Jérôme Cahuzac continue à cacher la vérité vraie, Edwy Plenel parle de « folie »

Bonjour

Avant l’affaire Aquilino Morelle, il y eut l’affaire Daniel Vial, lobbyiste trop influent dans le monde du médicament. Il y eut aussi, coup de tonnerre dans un ciel tenu pour serein, l’affaire Jérôme Cahuzac. On ne sait plus trop où est, aujourd’hui, Daniel Vial. Ou on ne veut pas le savoir. Jérôme Cahuzac, lui, s’exprime dans le dernier numéro (daté de mai) de Vanity Fair (3,95 euros l’exemplaire). A la Une et sous un titre légèrement schizophrénique : « Jérôme Cahuzac raconte l’affaire l’affaire Cahuzac ». Ses propos ont en réalité été recueillis par Hervé Gattegno, rédacteur en chef enquêtes/investigation du magazine.

Aquilino Morelle, Daniel Vial, Jérôme Cahuzac. Dans les trois cas un fil rouge : le médicament. Ou plus précisément les innombrables interfaces entre l’industrie pharmaceutique et la puissance publique (celle qui fixe les prix et définit les indications). Interfaces que l’on imagine  étanches mais dont on découvre chaque jour un peu plus qu’elles peuvent être, en réalité, d’une très grande porosité.

« Grand malheur »

La lecture du long article que Vanity Fair consacre à Jérôme Cahuzac n’a pas fait que des heureux. Le journaliste Edwy Plenel, président et co-fondateur de Mediapart, ne cache pas ici une pointe d’irritation. On se souvient peut-être que ce site poursuivait Jérôme Cahuzac quand ce dernier était ministre du Budget. Edwy Plenel eût aimé que l’ancien ministre se confie à lui pour lui dire, enfin, sa véritable vérité. « Cela aurait été génial » dit-il. Sans doute. Mais c’était beaucoup demander à un seul homme. Jérôme Cahuzac et/ou ses avocats choisirent donc Vanity Fair.

Edwy Plenel n’a pas pu résister à faire quelques commentaires. Il le fit sur LCI  comme on peut le voir ici. Il considère, sans nuances, que l’enquête de son confrère Hervé Gattegno est « humainement intéressante mais journalistiquement assez complaisante ».Il ajoute que le « grand malheur », dans cette affaire, n’est pas celui que vit  M. Cahuzac  mais bien celui de la République qui peut « se faire piéger par la folie d’un homme à ce point ».

« Complaisance » ? «Folie » ? En d’autres temps on aurait, peut-être, évoqué comme un manquement à la confraternité. Voire même d’exercice illégal de la médecine. C’était avant.

Ulcère

On peut aussi faire une autre lecture clinique des pages de Vanity Fair. Observer la présence de « brûlures d’estomac » et d’un « ulcère » chez le principal intéressé. Et observer que ce dernier ne confie, au fond, qu’un seul regret : celui d’être entré au gouvernement. « Si j’avais voulu faire fortune, je n’aurais pas fait de politique, je serai resté chirurgien. On m’a dépeint comme un personnage avide, arrogant. C’est commode mais s’est faux. Dans ma vie, tous mes choix ont abouti à me faire gagner moins d’argent que j’aurais pu ».

Au-delà de ce qui est présenté comme une confession on percevrait presque comme un syndrome. A-t-il déjà un nom ?

1.357.000 francs d’un « groupe pharmaceutique »

L’argent. Il arrive après sa sortie du cabinet de Claude Evin, alors ministre de la Santé. « Très vite j’ai gagné beaucoup plus qu’auparavant. Je ne savais pas quoi faire de cet argent. Mon travail de consultant suffisait à assurer mon tain de vie et une partie de clients de la clinique –surtout les étrangers- voulaient payer en espèces. » On lui conseille, c’est assez banal, l’ouverture d’un compte en Suisse. Vanity Fair : du 26 novembre 1992 a 13 mai 1993 neufs versement y sont enregistrés, le montant total avoisinant 2,3 millions de francs (l’équivalent de 350 000 euros). Deux de ces mouvements proviennent d’un groupe pharmaceutique : 817 000 francs le 4 janvier 1993, 540 000 francs le 7 mai de la même année.

Quel(s) groupe(s) pharmaceutique(s) ? Pour quels services rendus ? Quelles « missions de conseil » ? Et, le cas échéant, quelle « contrepartie » d’actions menées alors qu’il était au cabinet du ministre de la Santé.

Sur tous ces points, pour l’heure, Jérôme Cahuzac se tait.  Quel titre, quel site, quel journaliste choisira-t-il demain pour continuer à se raconter à lui-même ?

A demain

Aquilino Morelle et ses mystères : parlera-t-il demain dans « Vanity Fair » ?

Bonjour

Sans doute pas l’enfer. Mais comme un parfum de purgatoire. Et bien des voiles qui demeurent à lever pour que le citoyen sache la vérité. Sur le cas Aquilino Morelle bien sûr. Mais considéré comme un cas d’école. Comme une porte ouverte pour faire la transparence en haut lieu.

Laboratoires Lundbeck

Les choses s’accélèrent pour celui qui, hier encore, tenait la corde du pouvoir. « De source proche du dossier » l’Agence France Presse a appris que le parquet national financier avait  ouvert, dès le vendredi 18 avril une enquête préliminaire visant Aquilino Morelle. Et ce pour ses liens passés  avec des laboratoires pharmaceutiques. Pour l’heure on ne connaît qu’un maigre dossier : 12 500 euros de rémunération par le laboratoire danois, Lundbeck, alors même que le Dr Morelle travaillait à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Des faits qui, s’ils étaient caractérisés, pourraient relever du délit « de prise illégale d’intérêt ».

Deux ans de prison 

La prise illégale d’intérêt est notamment définie par le Code pénal comme le fait, pour un fonctionnaire chargé de contrôler une entreprise privée, de prendre ou de recevoir une participation par travail ou conseil dans une de ces entreprises dans un délai de trois ans après la cessation de ces fonctions. Ce délit est passible de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende.

Remords

Le même jour, comme prise de remords, la direction de  l’IGAS assurait ne pas avoir retrouvé dans ses archives les traces d’une autorisation délivrée au Dr Morelle  « pour travailler dans l’industrie pharmaceutique ». Mais l’IGAS a aussi profité de l’occasion pour préciser que « quand ils souhaitent partir dans le privé, ce qui peut couvrir de multiples secteurs, dont l’industrie pharmaceutique, les membres de l’IGAS, comme tout fonctionnaire, y sont généralement en position de disponibilité ». Et d’ajouter la  « Commission de déontologie se prononce alors sur la compatibilité de l’activité privée avec l’activité à l’IGAS ».

Incompatibilités

La «  compatibilité de l’activité privée avec l’activité à l’IGAS » ? Voilà qui nécessite sans doute un trébuchet d’un genre un peu particulier. La direction de l’IGAS en dit ici trop ou pas assez. Quelle est cette commission de déontologie ? Qui la compose ? De quels sujets se saisit-elle ? Sur quelles bases tranche-t-elle ? Qui a accès à ses minutes ? En l’espèce le Dr Morelle aurait-il été autorisé à cette mission ponctuelle avec Lundbeck pour « stabiliser » le prix d’un antidépresseur ? D’autres membres de l’IGAS ont-ils été autorisés à « travailler pour l’industrie pharmaceutique » ? Pour quelles firmes, pour quels médicaments et dans quel cadre ?

Transparence de la vie publique

On sait que le Dr Morelle a, toujours le 18 avril, démissionné  pour « être entièrement libre de répondre » aux « attaques le visant » et pour « ne pas gêner l’action du président de la République ». Pour sa part la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique a fait savoir  qu’elle entamait « une étude plus approfondie des déclarations d’intérêts et de patrimoine » de l’ancien conseiller du président de la République.

Spirales

Le cercle des amis se réduit sans faire grand bruit. C’est là une spirale qui fait immanquablement songer à celle que connaît le Dr Jérôme Cahuzac. Ce dernier s’exprime dès le 23 avril dans le prochain numéro (mai 2014) de Vanity Fair. Comme on peut le voir ici, avec en bonus un entretien entre Michel Denisot et Hervé Gattegno. Le rédacteur en chef y explique « comment il a convaincu l’ancien ministre d’évoquer l’affaire qui a précipité sa chute ». Dans combien de temps Aquilino Morelle  choisira-t-il de faire de même ? Et choisira-t-il Vanity Fair ?

A demain