E-cigarette contre Champix® : un million d’euros d’argent public vont-ils partir en fumée ?

Bonjour

L’affaire, fort coûteuse, est bien mal partie. Elle a pour nom ECSMOKE : une étude nationale prévue pour être menée dans onze hôpitaux et un dispensaire. Objectif : évaluer l’efficacité de la cigarette électronique (avec ou sans nicotine) comparée à un médicament « aidant au sevrage tabagique » (varénicline, Champix®). Encore faut-il,  pour cela, obtenir la participation d’un minimum de 650 personnes « fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer ». Ce qui ne devrait pas, en France, être bien difficile à trouver. Cette étude est financée par les autorités de santé (PHRC 2015). Son coût : entre 900.000 et un million d’euros. Bien lire : entre 900.000 et un million d’euros.

Pour nombre de spécialistes d’addictologie et de réduction des risques ECSMOKE souffre de nombreux défauts méthodologiques. Lancée bien trop tardivement, incroyablement coûteuse, potentiellement grevée de conflits d’intérêts, elle ne saurait selon eux répondre utilement aux questions soulevées. «  Dans cette étude, l’inconscient contre le vapotage est à ciel ouvert » nous résumait le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions en octobre dernier, au moment du lancement.

Nous sommes en avril de l’année suivante, et rien n’avance. En dépit de la publicité faite par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris 1 le Dr Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière) peine à recruter : il manque encore …. 500 volontaires comme vient de l’indiquer France Bleu Paris (Mélodie Pépin), repris par Vap’You et Vap’News :

« L’AP-HP semble galérer depuis des mois pour trouver des volontaires. Pour rappel, contrairement à ce prétendent les communiqués, cette étude ECSMOKE ne compare LA vape, mais seulement un seul matériel, une seule saveur, deux taux de nicotine, zéro (!) et 12 mg/ml ce qui est potentiellement insuffisant pour la plupart des fumeurs. Donc une étude à 900.000€ (avec nos impôts) pour rien, ou peut-être juste pour essayer de montrer qu’un médicament (la varénicline) est ‘’aussi’’ efficace que la vape (avec des pré-requis d’usage complètement biaisés) ».

Au risque de choquer, la question doit être posée : ne conviendrait-il pas, tout bien pesé, d’arrêter les frais ?

A demain

@jynau

1 Pour notre part nous indiquions, dès novembre sur ce blog,  que les fumeurs intéressés pour participer à l’étude pouvaient contacter le centre coordinateur par téléphone : 0622938609 et/ou retrouver toutes les informations sur  aphp.fr. Nous ajoutions qu’en pratique des médecins spécialisés dans le sevrage tabagique de douze consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendraient en charge chaque fumeur participant à l’étude pendant six mois en leur fournissant une cigarette électronique personnelle à puissance réglable et des liquides spécifiques saveur tabac blond (soit avec 12 mg/ml nicotine, soit sans nicotine), des comprimés de varénicline ou sa version placebo.

Cigarette électronique : pourquoi Agnès Buzyn agit-elle comme jadis Marisol Touraine ?

Bonjour

C’est un événement politique et sanitaire à découvrir sur le site du Sénat français : la première prise de position d’Agnès Buzyn sur un sujet majeur de santé publique. La ministre des Solidarités et de la Santé ne s’était encore (depuis près de deux ans) jamais clairement exprimée sur la cigarette électronique, ce levier majeur de la réduction des risques tabagiques. C’est désormais chose faite et il faudra conserver ce document : la réponse de la ministre à une question écrite du sénateur Yves Daudigny (socialiste, Aisne).

Question (posée … le 28 juin 2018) :  « M. Yves Daudigny attire l’attention de Mme la ministre des Solidarités et de la Santé (…)  sur la question du « vapotage ».  Le Gouvernement a fait de la lutte contre le tabagisme une priorité et a pris plusieurs mesures fortes (…) Une solution est pourtant laissée volontairement de côté : le « vapotage ». Le dernier baromètre de Santé publique France indique pourtant que la moitié des fumeurs ayant choisi de se faire aider pour arrêter la cigarette a retenu cette option.

« Tandis que le Royaume-Uni promeut massivement l’utilisation de ces dispositifs pour favoriser le passage de la cigarette vers des pratiques moins risquées, la France, elle, continue de faire le choix des substituts nicotiniques.  Dans la perspective du mois sans tabac de novembre 2018, il est urgent de prendre des mesures qui feront réellement baisser la prévalence tabagique : s’inspirer du modèle britannique, investir dans la recherche et l’information sur le « vapotage », et soutenir son développement pour en faire un outil au service de la santé publique.  Aussi, il demande au Gouvernement de clarifier sa position sur la cigarette électronique et la « vape », notamment comme aide à l’arrêt du tabac. »

Sept mois plus tard, la réponse de la ministre

Il aura donc fallu sept mois pour disposer de la réponse ministérielle, publiée le 17 janvier 2019. Extraits significatifs :

« En quelques années, le vapotage est devenu une pratique qui suscite beaucoup de passions et de discussions : de nombreux points de vue, institutionnels, scientifiques, associatifs voire économiques existent et s’expriment sur ce sujet. Ces divergences nourrissent une controverse, qui est loin d’être tranchée. En effet, les avis des diverses autorités d’expertise (Haute autorité de santé, Haut conseil de la santé publique), permettent d’envisager les produits du vapotage comme un outil de réduction ou d’aide à l’arrêt du tabac pour certains fumeurs, mais seulement lorsque ces produits sont utilisés de manière exclusive et sans consommation concomitante du tabac. Toutefois, les effets de la consommation régulière de ces produits restent à ce jour méconnus (toxicité des molécules utilisées dans les liquides, toxicité des liquides contenant de la nicotine).

« Ainsi, s’il est recommandé aux professionnels de santé de ne pas décourager (sic) et d’accompagner les fumeurs qui sont dans cette démarche, il est indispensable de bien informer le fumeur et son entourage et de leur faire part des avantages et inconvénients des différentes prises en charge existantes pour arrêter de fumer. (…)

«  En ce qui concerne le vapotage plus spécifiquement, le Programme national de lutte contre le tabac  prévoit des actions permettant d’améliorer les connaissances sur les produits du vapotage : les systèmes électroniques de délivrance de nicotine sont l’un des thèmes identifiés dans l’appel à projets de soutien à la recherche piloté par l’Institut national du cancer et l’Institut de recherche en santé publique. L’analyse des données recueillies par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail dans le cadre des déclarations et notifications des industriels du vapotage vont par ailleurs, permettre d’améliorer la connaissance sur la composition de ces produits. (…) »

On lira ici la lecture et les commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #Sovape, sur le site vapyou.com : « Agnès Buzyn  enterre le Groupe de Travail Vapotage et confirme le déni officiel ». Où l’on apprend par ailleurs que la ministre des Solidarités a également répondu, sept mois plus tard, au sénateur Daudigny sur les raisons officielles du sabordage d’une plate-forme originale réunissant la Direction générale de la santé et les acteurs du vapotage et de la réduction des risques – plate-forme créée sous le précédent quinquennat par le Pr Benoît Vallet ancien Directeur général de la santé.

Deux cents morts par jour à cause du tabagisme

« Alors qu’elle n’a jamais pris une heure de son temps pour rencontrer les associations de la vape, Agnès Buzyn choisi de répondre aux questions du sénateur Daudigny, posées il y plusieurs mois, pour exprimer (enfin) un position officielle sur le vapotage en France, écrit  Sébastien Béziau. Les deux cents morts par jour à cause du tabagisme ne méritent donc pas mieux que quelques lignes pour évoquer le plus populaire des outils d’aide à l’arrêt. Au-delà du fond, le message est clair, pas de dialogue avec la ministre. Si son bureau s’ouvre régulièrement aux buralistes, les acteurs de la vape, eux, doivent se contenter d’une fin de non-recevoir qui ne leur est même pas directement adressée. Illustration d’une certaine forme de courage politique face à la société civile. »

Où il reste encore et toujours à comprendre les raisons profondes qui conduisent les ministres de la Santé (et le gouvernement) français à adopter (et à maintenir) une politique du déni; une politique à ce point opposée à la réduction des risques; une politique aux antipodes de cette du gouvernement britannique qui obtient, grâce à son pragmatisme, de remarquables résultats dans la lutte contre le tabac.

A demain

@jynau

 

E-Cigarette et réduction des risques : en 2019, Agnès Buzyn découvrira-t-elle qu’elles existent ? 

Bonjour

Miscellanées addictologiques et politiques de la nouvelle année.

Marisol Touraine fut durant cinq ans la ministre de la Santé de François Hollande, président de la République. Niant les vertus de la cigarette électronique Mme Touraine n’aura rien fait pour la réduction des risques tabagiques – hormis le paquet neutre. Marisol Touraine vient d’être décorée : chevalier de la Légion d’honneur. « Trente ans de service » résume Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). « Peu appréciée des médecins durant son passage au ministère, Marisol Touraine a été nommée chevalier, le grade le plus bas de la distinction nationale, pour ses 30 années de services rendus à l’État (le code de la légion d’honneur interdit toute nomination ou promotion pendant la durée des fonctions ministérielles) »

Cette même promotion distingue également une dizaine de praticiens hospitaliers nommés au grade de chevalier, ainsi que plusieurs personnalités du monde de la santé. Sans oublier Mgr Michel Aupetit, médecin généraliste de formation devenu archevêque de Paris en 2017.

Message adressé par le Conseil économique social et environnemental (CESE). « Le 1er janvier 2019 est marqué par l’entrée en vigueur des nouveaux prix des paquets de cigarettes. L’augmentation notable (de 20 à 30 centimes pour certains paquets), est une étape supplémentaire dans le train de hausses successives prévues par le Gouvernement pour atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros. Janvier marque également pour certains l’entrée dans le « mois sans alcool » (« Dry January »).

Si le tabac et l’alcool font partie des produits les plus réglementés, leur pratique demeure néanmoins très répandue et trop souvent addictive. Au-delà de la santé, les conséquences de ces addictions sont bien souvent sociales. Aujourd’hui, il est crucial de lutter contre ce qui correspond respectivement aux première et deuxième causes de mortalité évitable en France.

Dans le cadre d’un partenariat avec la Cour des comptes, qui réalise un important travail d’évaluation des politiques publiques de lutte contre le tabagisme et contre la consommation nocive d’alcool, le CESE s’est emparé de ce sujet éminemment sociétal. Ses préconisations feront l’objet d’une présentation et d’un vote en séance plénière le 9 janvier 2019, à partir de 14h30.

Ce projet d’avis est rapporté par Etienne Caniard (Groupe de la Mutualité), accompagné de Marie-Josée Auge-Caumon (Personnalité associée), pour la Section des Affaires sociales et de la santé, présidée par Aminata Koné (Groupe UNAF). Il sera présenté lors de l’assemblée plénière du Conseil économique, social et environnemental le 9 janvier à 14h30. Vous êtes cordialement invité.e à la présentation de l’avant-projet d’avis, inscription par courriel à l’adresse : pressecese@havas.com. La séance sera retransmise en direct sur le site internet du CESE : www.lecese.fr. »

Cigarette électronique britannique et vidéo trash. Pour lutter contre la désinformation sur le vapotage, le Public Health England (PHE) diffuse depuis quelques jours une vidéo virale qui compare le tabagisme et la vape. L’affaire est excellement traitée par Sébastien Béziau, vice-président de Sovape, sur vapyou.com « Le Public Health England lance une vidéo virale qui compare vape et tabac » :

« Depuis 2015, l’organisme gouvernemental Public Health England (PHE) affirme que vapoter est au moins 95% moins nocif que fumer. Le premier rapport avait été réalisé par des experts suite à la lecture et la compilation de plus de 200 études. En février 2018, le PHE a publié une mise à jour, qui confirme à nouveau ce 95% et qui s’assortit de nombreuses recommandations pour les services de santé et tous les intervenants de la lutte contre le tabagisme. En clair, faire une promotion massive du vapotage auprès des fumeurs.»

« L’Angleterre est le seul pays au monde où tous les acteurs de la lutte contre le tabagisme sont unis derrière un message positif pour promouvoir massivement le vapotage. L’information est claire et honnête, le STOPTOBER (modèle – lointain – du Mois Sans Tabac), par exemple, incite clairement les fumeurs à essayer le vapotage. Cette année, on trouvait même sur le site officiel de l’opération, un annuaire des boutiques de vape spécialisées, une action menée avec l’association des professionnels indépendants l’IBVTA. »

 La vidéo que diffuse le Public Health England est, pour Sébastien Béziau, un modèle de communication “trash” comme on peut le voir souvent dans les réseaux sociaux, objectif “choc et viral”. « Sauf que cette fois, ce n’est pas réalisé par des amateurs, il s’agit du Dr Rosemary Leonard et du Dr Lion Shahab pour le compte d’un organisme gouvernemental, la vidéo est siglée Public Health England, c’est un discours officiel, écrit-il. L’objectif est bien clair : créer un maximum de buzz avec une vidéo très viraleAucune ambiguïté, à la différence de la “frilosité” en France, les services de santé anglais sont prêts à tout pour alerter la population avec une promotion massive et très engagée pour le vapotage. »

Nous sommes en 2019 et le « Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 » n’a toujours pas vu le jour. Sa publication était prévue pour mars 2018.

A demain

@jynau

Cigarette électronique : Mme Buzyn laissera-t-elle les buralistes ruiner la réduction des risques ?

Bonjour

Guerre ouverte dans les Civettes. Le buraliste de demain ne sera plus jamais celui du passé. Après un siècle ou presque de monopole tranquille la Confédération des marchands de tabac « met les feux»  pour que les buralistes «renforcent et approfondissent leur offre ‘’produits de vapotage’’ ». « Dans un contexte de transformation du métier, la première étape tend à outiller le réseau pour prendre le marché du vapotage » est-il indiqué dans une communication interne révélée sur lemondedutabac.com.

 C’est ainsi que vient d’être créé le site buralistedelavape.fr  (réservé aux marchands). On y trouve « des conseils, un lexique, des arguments de vente, des tutos, des vidéos et divers outils ». « Plus qu’un site c’est un programme d’accompagnement » dit la publicité. On peut y dialoguer entre buralistes, échanger des conseils concrets et pratiques entre collègues, télécharger des affiches, affichettes, des logos pour les pages Facebook, des vidéos pour les clients. « Montrer à vos clients que vous êtes un buraliste de la vape ».

Trois linéaires : le « classique », le « chauffé » et l’ « électronique »

L’affaire est martelée, en province, par Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes lors de ses « visites de terrain » : les professionnels doivent s’adapter aux évolutions et investir, notamment, le marché du vapotage. « Les clients sont là. À nous d’être les meilleurs, à nous de nous donner les moyens de reprendre le marché avec des produits de qualité et du conseil, explique-t-il de Civette en Celtic. Le tabacc’est l’ADN de notre profession. On doit continuer mais élargir l’offre. » Avec cet objectif : « en 2021 les professionnels devront avoir trois linéaires : les produits classiques, la cigarette électronique et le tabac chauffé ».

 C’est là un épineux dossier. Il soulève avant tout la question, politique, de la pérennité de l’entreprise de réduction du risque tabagique – entreprise révolutionnaire initiée et portée par le maillage du monde de la vape contre le ministère de la Santé. Une question médicale aussi à laquelle devront s’atteler les plus affûtés des addictologues. Une interrogation macronienne en diable : peut-on, en un même lieu, vendre monopolistiquement le poison et, en même temps, son antidote ? L’affaire vient, pour l’heure, d’être remarquablement exposée par Sébastien Béziau sur www.vapyou.com : « Quand les buralistes veulent ‘’reprendre’’ le marché de la vape ».

« J’ai longuement hésité avant d’écrire cet article sur la vape et les buralistes et m’exposer aux quolibets, confie l’auteur. L’objectif n’est donc pas de leur « taper » dessus aveuglément, mais de mettre un peu en ordre mes idées et en m’appuyant sur tout ce que je peux lire ici ou là, avis de vapoteurs, pro de la vape, buralistes, et autres ressources. » Extraits :

 « Il y a actuellement ‘’ bataille ‘’ sur la légitimité à vendre de la vape. Les commerçants spécialisés d’un côté. Ils sont là depuis de nombreuses années, ils ont défriché le marché, éduqué les consommateurs, ils ont essuyé les plâtres face aux réglementations. Et finalement, avec 2 à 3000 boutiques qui maillent le territoire, ils ont créé le plus grand réseau français de réduction des risques, toutes substances confondues. Pas moins !

 Lécher les bottes

 « Et tout cela avec des moyens ridicules, sans aucune aide, plutôt que des bâtons dans les roues. Commerçants, fabricants, consommateurs ont construit le marché, des normes sont en place et se développent, la qualité générale des produits, matériels et liquides ne cesse de progresser grâce aux acteurs de la vape. De même sur les « bonnes pratiques » pour faire démarrer des débutants, que ce soit dans boutiques ou dans les réseaux sociaux. Tout cela relève de l’implication, de l’engagement et du travail du ‘’monde de la vape’’. Ils ont fait le job avec abnégation, persévérance et endurance malgré toutes les embûches semées par tous les « adversaires », y compris les anti-tabac, ce qui relève de l’irréel…

 « De l’autre côté, il y a les buralistes. Une corporation qui ronronne depuis des années sur un monopole insensé et une prévalence tabagique dans le pays qui bat des records. Avec 34%, la France est n°2  en Europe. Du délire ! La situation de monopole a créé un rapport de force intolérable avec l’Etat. Même les anti-tabac leur lèchent les bottes. Comment ne pas penser que ce monopole est directement responsable du nombre incroyable de fumeurs en France et des dizaines de milliers de morts prématurées qui s’en suivent ? »

 Que deviendra la Révolution des Volutes ?

A demain

Tabac : saura-t-on jamais si Champix® est plus efficace que la cigarette électronique ?

Bonjour

Que serait un blog sans ses plus fidèles lecteurs ? Ecrire sur Champix® réveille chez certains quelques précieux souvenirs politiques. Résumons. Marisol Touraine vient d’accorder généreusement le remboursement par l’assurance maladie de ce médicament de la multinationale américaine Pfizer. Indication : sevrage tabagique, en seconde intention, après échec des stratégies comprenant des substituts nicotiniques chez les adultes ayant une forte dépendance au tabac ».

On connaît l’incompréhension totale manifestée, depuis cinq ans, par la ministre de la Santé vis-à-vis de la cigarette électronique en tant qu’outil de la réduction des risques tabagiques. Nous avions toutefois oublié l’étude qu’elle avait (personnellement, dit-on) commanditée. C’est l’existence de cette étude (baptisée » ECSMOKE) qui vient de nous être rappelée par quelques lecteurs éclairés. Données officielles :

« L’AP-HP est promoteur de l’étude ECSMOKE, financée par le PHRC National. Cette étude démarrera début 2017 et comparera la cigarette électronique contenant de la nicotine à la cigarette électronique sans nicotine et à un médicament (varénicline) qui a l’autorisation de mise sur le marché comme aide au sevrage tabagique. Ce sera une étude pivot dont l’objectif est de démontrer que la CE contenant de la nicotine est une aide au sevrage tabagique et a un rôle dans la prise en charge des fumeurs. 650 fumeurs seront randomisés et suivis dans 13 consultations de tabacologie de différentes structures hospitalières du pays. Les résultats sont attendus pour 2020. »

207,70 € TTC le traitement de douze semaines.

Ce travail est financé par la Direction Générale de la Santé à hauteur de 900 000 €. Il sera dirigé par le Dr Ivan Berlin (département de pharmacologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière), tabacologue, ancien président de la Société française de tabacologie. En 2016, dès l’annonce de l’étude, les meilleurs spécialistes de la vape en France avaient demandé à en savoir plus. Sans succès. Puis les modalités pratiques de ce travail de recherche clinique avaient été très sérieusement critiquées. Plus généralement pourquoi comparer un outil dont l’efficacité pratique était déjà connue à un médicament controversé (au point, alors, de n’être pas remboursé par l’assurance maladie) ?

« Disons-le clairement, la lecture de l’appel d’offres est extrêmement alarmante. Les chercheurs semblent confondre la vape avec une simple prise de médicament, pouvait-on lire en août dernier sur vapyou.com. Ils n’ont absolument pas pris conscience de la véritable nature de la vape, de sa complexité, de sa finesse d’adaptation à chaque profil de fumeur. C’est ce qui fait sa force. Si rien ne change, cette étude va torpiller les performances de la cigarette électronique. Les résultats seront bien en dessous des conditions réelles d’utilisation et la performance « officielle » sera faussée, biaisée par un protocole mis en place avec une incompétence manifeste (sur la pratique de la vape) de l’équipe en charge de l’étude. Pourquoi les nombreux spécialistes en France, scientifiques, médecins et même vapoteurs experts ne sont pas consultés sur cette étude ? »

Champix® ou cigarette électronique ? Pas de résultats avant 2020. Cela fera alors trois ans que le médicament sera pris en charge par la collectivité. 207,70 € TTC minimum pour le traitement -indispensable- de douze semaines.

A demain

 

 

Cigarette électronique : les fumées et les vapeurs du Haut Conseil de la Santé Publique

Bonjour

Nous ne sommes certes pas au Vatican, mais c’est bien un conclave. Un conclave sanitaire. Dans quelques jours, quelques semaines peut-être, le « Haut Conseil de la Santé Publique » (HCSP) dira ce qu’il pense de la cigarette électronique. Le HCSP est une institution pratiquement ignorée du grand public. C’est une « instance d’expertise » qui fêtera bientôt ses douze ans. Elle descend en droite ligne du « Conseil supérieur d’hygiène publique de France » qui avait vu le jour, lui, en 1848.

Parmi ses innombrables missions le HCSP doit « fournir aux pouvoirs publics des réflexions prospectives et des conseils sur les questions de santé publique ». Vaste chantier. Le HCSP est, sur ce terrain, plus ou moins en compétition avec l’Académie nationale de médecine, la Haute Autorité de Santé et les diverses agences sanitaires en charge de conseiller celles et ceux qui nous gouvernent.

Réduction des risques

Résumons. Face au fléau considérable qu’est la dépendance au tabac la cigarette électronique constitue une révolution. C’est aussi un outil qui pose aux autorités sanitaires une question majeure : faut-il ou non l’intégrer dans une politique de réduction des risques ? En faire un outil officiel d’aide au sevrage tabagique ? La Grande-Bretagne a choisi de répondre oui quand la France reste arc-boutée sur sa position : tolérer son usage faute de pouvoir l’interdire. Il restera, dans quelques années, aux historiens de la santé publique à décrypter les causes profondes de ce phénomène en rupture avec la dynamique insufflée à la fin des années 1980 face à la menace de l’épidémie de sida.

Le HSCP s’était déjà prononcé sur l’usage qui pouvait selon lui être ou non fait de la cigarette électronique. C’était en avril 2004, sous la forme d’un avis : « Bénéfices-risques de la cigarette électronique ou e-cigarette, étendus en population générale ». Il avait alors « mis en garde contre le risque d’entrée en addiction nicotinique des adolescents et leur détournement vers le tabagisme ». Deux ans plus tard plus de 30% des adolescents de 17 ans fument du tabac sans avoir, pour cela, été incité à le faire via la cigarette électronique… Quant aux « bénéfices-risques » de la consommation de tabac ils n’ont pas changé – cette consommation ne cessant d’augmenter en dépit des engagements pris par l’exécutif  via un fantomatique « Programme national de réduction du tabagisme ».

L’indiscrétion de Michèle Delaunay

Deux ans après, que va nous dire le HCSP sur la cigarette électronique ? Aura-t-il progressé comme pourrait le laisser penser les indiscrétions laissant entendre que la Direction Générale de la Santé (DGS) pencherait pour ne pas totalement interdire son usage dans les cafés-restaurants ? Les premières fuites en provenance du conclave ne vont pas en ce sens. Ainsi une étrange indiscrétion militante de la députée (PS, Gironde) Michèle Delaunay, ancienne ministre, révélant sur les réseaux sociaux que le rapport du HCSP qui serait remis à Marisol Touraine serait « loin de lever les doutes concernant la e-cigarette ». Ainsi encore les informations « exclusives » du site Pourquoi docteur – comprendre pour agir :

« Le vapotage en France ne devrait pas être recommandé dans le sevrage tabagique par les experts du HCSP, en pleine rédaction d’un rapport très attendu sur la e-cigarette. Ses membres doivent en effet se prononcer sur le texte de recommandations, fruit d’une longue réflexion, qui sera remis aux commanditaires (la DGS et la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives) d’ici deux à trois semaines.

« Selon nos informations, le Haut Conseil ne devrait pas trop se mouiller sur cette question hautement sensible. Alors que l’Angleterre s’apprête à rembourser une e-cigarette dans le sevrage tabagique, en France, l’extrême prudence sera une nouvelle fois de mise. Car à l’image de la société, les membres du Haut Conseil sont encore très partagés sur l’attitude à adopter – précaution ou pragmatisme.  »On sent qu’il y a plusieurs chapelles, des cultures différentes, explique un représentant d’association, auditionné pour le rapport. Tous les membres n’ont pas le même logiciel. »

Dépasser les antagonismes

« Ainsi, alors qu’une partie du HCSP tend à faire de la e-cigarette un instrument de réduction des risques apte à sevrer les consommateurs de tabac, une autre penche plutôt pour l’approche préventive, en l’absence de connaissances scientifiques sur sa toxicité à moyen et long terme. D’un côté, promouvoir ; de l’autre, empêcher. Deux approches qui semblent effectivement irréconciliables.

« Le Haut Conseil a bien essayé de dépasser cet antagonisme en organisant des auditions avec des experts, des associations, des médecins.  »Mais au final, le rapport sera du même acabit que ce qu’a rendu la Haute Autorité de Santé », précise une source proche du dossier. »

Enrager

En d’autres termes, et au grand dam des spécialistes de la lutte contre les addictions le HCSP, ne devrait pas préconiser la e-cigarette comme un possible outil d’aide à l’arrêt du tabac.

Informés de ces atermoiements les militants de la e-cig, une nouvelle fois, enragent comme en témoigne le site vapyou.com. Au HCSP, pour l’heure, on se tait. Les conclaves, les vrais, sont toujours muets. Puis viendra la fumée. Et la ministre de la Santé pourra, alors,parler.

A demain