Ebola : premier cas écossais. Test suisse de diagnostic rapide autorisé. Test français en essai

Bonjour

« Ebola a fait son retour en Europe » titrent, après l’AFP, quelques médias français. La plupart ne s’y intéressent pas. Pour en savoir plus il faut lire l’anglais. A commencer par la BBC. Puis le Washington Post. Sans oublier CBC News. C’est un cas à la fois édifiant et sans surprise.

Transfert sur Londres

Une infirmière travaillant pour l’association Save The Children en Sierra Leone infectée par le virus Ebola a été hospitalisée et placée en isolement au Gartnavel General Hospital de Glasgow avant d’être transférée « dès que possible » au Royal Free Hospital de Londres.

Arrivée le 28 décembre vers 23 h 30 heure locale, elle a été admise à l’hôpital tôt dans la matinée du 29 après s’être sentie mal. Elle a été placée en isolement à 7 h 50 avant même la confirmation du diagnostic. Le fait que le ce dernier a pu être porté « à un stade très précoce de la maladie » signifie que le risque qu’une autre personne ait été contaminée est « considéré comme extrêmement faible », a aussitôt expliqué le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon au cours d’une conférence de presse. Alisdair MacConachie, responsable du National Health Service (NHS) de la région de Glasgow a précisé que la patiente « ne montre pas de signes cliniques inquiétants ».

Freetown-Casablanca-Heathrow-Glasgow 

Cette femme était rentrée de Sierra Leone à Glasgow par avion via les aéroports de Casablanca et d’ Heathrow. Des enquêtes sont en cours afin d’identifier toutes les personnes qui ont pu être en contact avec elle. Les autorités sanitaires et politiques font actuellement le maximum pour rassurer la population britannique. Pragmatique comme toujours les responsables du National Health Service ont fait savoir qu’un réexamen des procédures de soins et des protocoles de sécurité des soignants travaillant en Sierra Leone était en cours.

La malade avait notamment voyagé sur un vol British Airways 1478. Un numéro téléphonique a été mis en place pour faciliter les enquêtes épidémiologique (08000 858531).

Ecosse préparée

« Nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités de santé en Angleterre et en Ecosse a aussitôt fait savoir  British Airways. La sécurité et la sécurité de nos clients et de l’équipage est toujours notre priorité et le risque pour les personnes à bord de ce vol individu est extrêmement faible. » Cette compagnie aérienne avait été l’une des premières à décider de ne plus desservir les trois pays africains touchés par l’épidémie d’Ebola.

« L’Écosse s’est préparée à cette éventualité depuis que l’épidémie a éclaté en Afrique de l’Ouest, et je suis confiant dans le fait que nous sommes bien préparés », a encore déclaré  Nicola Sturgeon, qui s’est entretenu du sujet avec le Premier ministre britannique David Cameron. Ce dernier a fait savoir que les gouvernements écossais et britannique allaient « s’assurer que tout est fait pour soutenir le patient et protéger la santé du public, même si le risque pour la population reste faible ».

Effort national

Avec les Etats-Unis la Grande-Bretagne est  en pointe dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola. Les Etats-Unis ont choisi d’agir au Libéria tandis que Londres a concentré ses efforts sur la Sierra Leone, ancienne colonie britannique. En octobre dernier elle y a envoyé 750 militaires, un navire médicalisé et trois hélicoptères avant de  construitre des centres médicaux. De nombreux bénévoles se sont joints à cet effort national. « Nos premières pensées vont au patient, à sa famille et à ses amis. Je lui souhaite un prompt rétablissement », a déclaré Nicola Sturgeon.

Outre la qualité de l’organisation britannique (écossaise et anglaise) ce cas met en lumière l’importance qu’il y a à disposer de tests de diagnostic biologique ultra-rapide. La Food and Drug Administration américaine (FDA) vient de délivrer une autorisation d’urgence pour un test de dépistage du virus Ebola. Ce tests sera commercialisé sous la marque LightMix® Ebola Zaire rRT-PCR L’information est depuis peu assez largement diffusée par les médias anglo-saxons dont Reuters .

Dernières informations françaises

« Ce test de biologie moléculaire est facile à utiliser permettant d’apporter une aide au personnel de santé afin de détecter rapidement la présence du virus et de commencer le plus rapidement un traitement le cas échéant », a indiqué dans un communiqué Roland Diggelmann, directeur d’exploitation de la division diagnostic chez Roche. Ce test a également reçu le marquage européen CE par le biais de son fabricant allemand TIB MOLBIOL.

Des recherches sont actuellement en cours en France. Les dernières informations sur ce thème datent de la fin octobre « Ebola : le  diagnostic en moins d’un quart d’heure (eZyscreen ®, production française) ».  Dénommé  eZyscreen ®  ce test « sera utilisable sur le terrain, sans matériel spécifique, à partir d’une goutte de sang, de plasma ou d’urine ». Il permettra de donner une réponse «en moins de 15 minutes pour tout patient présentant des symptômes de la maladie» précisait alors  le CEA (1).

Essais en Guinée 

Après une mise au point à Marcoule, dans le Gard, les performances du test avaient été  validées  par le Laboratoire de haute sécurité microbiologique P4 Jean-Mérieux de Lyon. On annonçait alors que la phase de production industrielle  démarrerait très prochainement avec le concours de la société française Veda.lab, le « leader européen des tests rapides ». Un prototype devait être disponible dès la fin du mois d’octobre pour permettre la validation clinique sur le terrain.

Ce test est en cours de livraison en Guinée et  l’essai de terrain devrait démarrer dans les prochaines semaines à Macenta dans le laboratoire de Sylvain Baize, directeur du Centre national français des fièvres hémorragiques virales.

Moins de trente minutes

« Notre test eZyscreen ®  est un test de depistage très rapide  (15 minutes) à utiliser sur le terrain en première intention nous a précisé  Raphaël Donati, PDG de Veda.lab. Une  évaluation (en Sierra Leone et en Guinée) « terrain » est en cours avec quelques centaines de tests après que le test ait donné entière satisfaction en laboratoire. Ce test « en moins de trente minutes » correspond exactement à ce que souhaite l’OMS.»

A demain

(1) Ce développement rapide est le résultat des recherches menées par le CEA, en lien avec le ministère de la Défense et le Secrétariat général  de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), dans le domaine de la préparation  contre une action de type bioterroriste (programme interministériel R&D NRBCE). Dans  ce cadre, ont été mis au point des anticorps monoclonaux spécifiques du virus Ebola  (souche Zaïre) réagissant avec la souche épidémique actuelle. Ces anticorps ont été  mis à profit pour réaliser le développement en urgence de ce test diagnostic.

Ebola : les infirmiers « à risque» de Dallas ne peuvent désormais plus voyager

Bonjour

Vendredi 17 octobre. Au Texas les mises en quarantaine progressent. Trois cas d’Ebola y ont été diagnostiqués (Thomas Eric Duncan, citoyen libérien aujourd’hui décédé et deux infirmières l’ayant soigné). On apprend aujourd’hui qu’ autre employé du Texas Health Presbyterian Hospital de Dallas (ayant possiblement été en contact indirect avec Thomas Eric Duncan)  allait être évacué au plus vite d’un bateau de croisière au large de Belize . L’information é été confirmée vient par le département d’État.

Confinement en mer

Selon le Washington Post, les gardes-côtes de Belize ont empêché le bateau de la compagnie Carnival Cruise d’accoster et les milliers de passagers à bord de descendre. La personne ne présente pas de symptômes évocateurs de la maladie. Elle est surveillée par le médecin de bord et reste confinée volontairement dans sa cabine, a souligné le département d’État. Ce dernier ajoute que « cela fait 19 jours que le passager a pu manipuler des échantillons de fluides du patient depuis décédé ». On sait que la période d’incubation va de deux à 21 jours et une personne ayant contracté le virus mortel n’est pas contagieuse tant qu’elle n’a pas de symptômes.

Pour autant le département d’État a préféré agir, en coopération avec  la compagnie de croisière pour «ramener (le passager et son compagnon de voyage) en toute sécurité aux États-Unis, par excès de précaution».

Echantillons cliniques

Cet employé était parti en croisière au départ de Galveston, au Texas, le 12 octobre. Son nom et son sexe n’ont pas été communiqués. «L’employé n’a pas eu de contact direct avec le patient d’Ebola depuis décédé, mais il a pu entrer en contact avec des échantillons cliniques prélevés sur lui», explique encore le département d’État.

Cette personne a quitté les États-Unis sur le bateau de croisière avant que les Centers for Disease Control and Prévention (CDC) ne mettent à jour leurs consignes aux personnes susceptibles d’avoir été en contact avec Duncan.

L’avion d’Ambre

Rapportée par CNN, il ya une autre source d’inquiétudes pour les autorités sanitaires américaines : l’une des infirmières contaminée au contact de Thomas Eric Duncan, Ambre Vinson , a fait  un aller-retour entre Dallas et Cleveland par avion alors qu’elle était peut-être contagieuse. Les CDC estiment qu’elle aurait pu avoir des symptômes plus tôt qu’on ne le pensait jusqu’à présent – une période correspondant à ses deux vols sur Frontier Airlines.

Frontier Airlines explique maintenant avoir avisé de cette situation prèsde 800 passagers au total : un chiffre qui inclut les personnes sur le vol du 10 octobre Dallas – Cleveland vol, le vol de retour, ainsi que cinq autres voyages effectués par le même avion avant qu’elle ne le mettre hors service.  Frontier Airlines demande aux passagers de contacter les CDC s’ils sont des préocuppés.

Interdiction de voyager

Face à l’ampleur de ces ramifications les autorités sanitaires du Texas viennent de monter la barre préventive d’un cran : elles viennent d’interdire à tous les soignants de l’hôpital texan considérés comme étant « à risque » de prendre des moyens de transport commerciaux (avions, trains, bus longue distance, bateaux). Voir ici le document officiel. C’est une forme sans ambiguïté d’assignation à résidence, de contrôle mi-sanitaire mi-judiciaire. Avec contrôle de la température deux fois par jour.

A demain

Ebola : ZMapp®, médicament « miracle », ou la bioéthique en « direct live »

Bonjour

Un virus chasse l’autre. Celui d’Ebola bouleverse aujourd’hui une problématique qu’avait inaugurée celui du sida : celle de l’égalité de tous devant le traitement. Ou plus précisément de la réduction des égalités criantes entre le Nord et le Sud. Cette réduction des inégalités n’avait jamais pu être obtenue pour les deux principaux fléaux infectieux  planétaires : le parasitaire (paludisme) et le bactérien (tuberculose). Elle a commencé à l’être, de manière spectaculaire, avec le fléau viral du sida. Les médicaments antirétroviraux ont été mis au point en commercialisés dans l’hémisphère nord à la fin des années 1990.

Moins de quinze ans plus tard l’OMS estime qu’en Afrique subsaharienne (région la plus touchée  par l’épidémie de VIH) plus de 7,5 millions de personnes bénéficiaient d’un traitement fin 2012 contre 50 000 dix ans plus tôt. A l’échelon mondial plus de dix millions  de personnes bénéficient d’un traitement antirétroviral dans les pays « à revenu faible ou intermédiaire « contre 300 000 en 2002. C’est là un phénomène sans précédent, obtenu au terme d’un long combat des associations spécialisées et des ONG contre les multinationales pharmaceutiques. C’est aussi un phénomène qui s’est traduit par une augmentation spectaculaire de l’espérance de vie des personnes infectées.

Impensable

Ce qui a été possible sur plus d’une décennie avec le sida pourra-t-il l’être avec l’Ebola ? Impensable il y a quelques jours encore la question est aujourd’hui pleinement d’actualité. Cette question a émergé en moins d’une semaine. Il y eu d’abord l’annonce de l’expérimentation hors norme de la molécule  ZMapp®  sur deux malades américains (un médecin et une aide-soignante) contaminés. Expérimentation effectuée au Libéria, avant le rapatriement de ces deux malades dans un centre hospitalier d’Atlanta, situé à proximité immédiate des Centers for Diseases Control and Prevention américains.

Rien ne permet aujourd’hui de dire si l’administration de cette molécule a eu un effet, et lequel, sur l’évolution de l’état de santé des deux malades. Pour autant, et compte tenu de l’absence de médicament contre l’infection par le virus Ebola, beaucoup veulent croire que le « ZMapp » sera efficace. Tout se passe en fait dans l’espace médiatique comme si cette molécule (mise au point grâce aux financements de l’US Army) constituait l’archétype des thérapeutiques à venir contre une épidémie africaine que l’on pressent durable et redoutable. A ce titre elle cristallise sous une nouvelle forme les interrogations éthiques préalablement générées par le sida.

Appel solennel

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’appel solennel que viennent de lancer les Prs Peter Piot et David Heymann (respectivement directeur et professeur de la prestigieuse London School of Hygiene and Tropical Medicine) et  Jeremy Farrar (Université d’Oxford). Un appel aussitôt suivi de l’annonce par l’OMS de la création imminente d’un groupe d’éthique en charge de la question de l’égalité aux traitements contre l’Ebola lorsque ces traitements seront disponibles.

Aux Etats-Unis le Pr Arthur Caplan directeur de la division d’éthique médicale au NYU Langone Medical Center, vient de soulever la même question, comme le relève  Slate.com. Il explique dans le Washington Post, de quelle manière les multinationales pharmaceutiques perçoivent les médicaments non testés et comment la pauvreté de cette région rurale d’Afrique de l’Ouest, où l’épidémie fait des ravages, interdit aux personnes les plus menacées, tout accès au traitement expérimental. Il lance un appel pour l’établissement de règles éthiques dans ce domaine.

John le Carré

Que veulent précisément les Pr Peter Piot, David Heymann et  Jeremy Farrar ? Le Pr Piot (co-découvreur du virus Ebola au Zaïre, en 1976) s’en explique.  « Cette épidémie va durer sans doute plusieurs mois. Si elle se déroulait en Europe, le débat sur l’usage « compassionnel » de traitements n’ayant pas encore été complètement validés aurait déjà été ouvert. Nous y avons eu recours par le passé, rappelle-t-il dans Le Monde. C’est maintenant qu’il faut faire bouger les choses et autoriser les traitements expérimentaux en Afrique. Le seul moyen de tester l’efficacité de ces traitements chez l’homme est de le faire pendant une épidémie. Il faut avancer en accélérant les essais de phase I. La prévention est indispensable, mais il faut agir pour éviter que les personnes infectées ne meurent. C’est comme cela que l’on réinstaure la confiance dans les mesures de prévention. La lutte contre le VIH l’a bien montré. »

L’une des principales questions est précisément de savoir s’il est éthique d’expérimenter en dehors des règles habituelles, un médicament sur des populations africaines défavorisées est exposées à un risque infectieux. C’est aussi, paradoxalement l’une des accusations dont font l’objet les multinationales pharmaceutiques – c’est l’argument de The Constant Gardener- La Constance du jardinier (2001) ouvrage à grand succès de John le Carré dont a été tiré un film éponyme. Comment prévenir les critiques que souléveront une expérimentation « sauvage » du « ZMapp » en terre africaine ?

Peter Piot :

«  Il existe une tension complexe entre une position où ces traitements ne seraient donnés qu’aux personnels médicaux blancs mais pas aux Africains, et une expérimentation chez des personnes ne possédant pas une bonne compréhension de la manière dont se déroulent des essais cliniques. Mais que ferait-on si un collègue était infecté ? »

« Les bénéfices espérés des traitements face à une maladie qui tue plus d’une personne sur deux ne justifieraient-ils pas de tenter les médicaments expérimentaux ? D’autant que l’expérience des anticorps monoclonaux dans le traitement du cancer montre qu’en général il n’y a pas d’effet indésirable majeur. L’OMS devrait établir des règles dans ce domaine. »

«  Il est décisif de regarder vers l’avenir. Nous ne savons toujours pas par quel biais le virus arrive jusqu’à l’homme, même s’il est vraisemblable que les chauves-souris en représentent le réservoir. Nous ne connaissons qu’un segment du génome du gros virus qu’est le virus Ebola. Nous devons donc, sans attendre, redoubler d’efforts dans les recherches et mettre le plus vite possible à disposition les traitements prometteurs. »

Le « non » de Barack Obama

Barack Obama ne partage pas cette vision de l’éthique. Clôturant le sommet Etats-Unis-Afrique il a déclaré le 6 août que cette question était largement prématurée. Selon lui « toutes les informations n’étaient pas disponibles pour déterminer si le médicament était efficace ». Or c’est précisément pour répondre, au plus vite et au mieux, à la question de l’efficacité de ce médicament que les Prs Pr Peter Piot, David Heymann et  Jeremy Farrar  viennent, depuis l’Angleterre, de lancer leur appel solennel.

A demain

Ce texte a initialement été publié sur Slate.fr

 

 

 

Lucentis® : la gabegie a progressé de 10% (soit 428,6 millions d’euros remboursés en 2013)

Bonjour

Que font  les responsables politiques et sanitaires français face aux cas les plus criants de gabegies médicamenteuses  organisées ? Rien.

L’explication la plus simple est peut-être qu’ils ne peuvent rien y faire. Ce n’est pas l’explication la plus rassurante. A fortiori lorsque que des économies sont nécessaires dans le vaste champ de la « santé ». Et que ces économies sont annoncées dans le secteur du médicament.

Un cas d’école

De ce point de vue l’affaire Lucentis® est un formidable révélateur des contradictions majeures de la politique française dans ce domaine. C’est aujourd’hui un vrai cas d’école. Que fera (ou que ne fera pas) le gouvernement Valls sur ce poste de dépenses indues qui bafoue jusqu’aux règles les plus élémentaires de la concurrence

Le site Medscape revenait il y a quelques jours sur les dernières données de l’assurance maladie . En 2013, les remboursements de médicaments en ville ont, pour la deuxième année consécutive, baissé pour s’établir à 22,6 milliards d’euros contre 22,7 milliards en 2012. Soit un (léger) tassement de 0,4%. La substitution générique pour sa part a permis d’engendrer des économies de l’ordre de 2,2%, soit 1,6 milliard d’euros.

Lucentis® en tête

Dans le même temps les médicaments de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) continuent à constituer le gros des dépenses, Lucentis® en tête. Ces médicaments « continuent à être l’une des principales classes de médicaments qui affichent une croissance importante de leurs dépenses (+12,9% soit 51 M€ de plus par rapport à 2012)».

Le Lucentis® reste ainsi le médicament le plus remboursés en 2013 (comme il l’était en 2012) ;  il « concentre » 428,6 millions d’euros des sommes remboursées, soit une augmentation de +10,2% en un an. Eylea® (aflibercept), qui vient d’être autorisé dans l’indication DMLA (en vente depuis novembre 2013) a représenté 12 millions d’euros de remboursement en seulement deux mois.

Une fortune

On connaît l’essentiel de l’histoire, celle, à peine croyable de deux médicaments quasi identique : le Lucentis® et l’Avastin®. Les deux peuvent également soigner la DMLA. Le premier vaut une fortune et il est autorisé. Le second vaut beaucoup moins cher mais il n’est autorisé que dans le traitement d’une maladie cancéreuse. Les deux sont remboursés par notre collectivité.

Des médecins ophtalmologistes, soucieux des deniers publics, osèrent utiliser le second à la place du premier. La puissance publique les menaça de poursuites. Alertés par des médecins-citoyens quelques rares médias s’intéressèrent au sujet. ( «Traitement contre la cécité ou traitement contre l’absurdité »  Slate.fr, 7 août 2012). Rien ne se passa. Où est passé le pouvoir de la presse ?

 Gouffre financier

Un an plus tard le  Syndicat de la médecine générale dénonça, chiffres à l’appui, la situation et le gouffre financier  qu’elle constituait. Il le fit  de manière lumineuse et imparable dans une lettre ouverte adressée à Marisol Touraine, ministre de la Santé  comme on peut le lire ici. Où est passé le pouvoir des syndicats ?

Puis le Pr. François Chast chef du service de pharmacie clinique (groupe hospitalier hôpitaux universitaires Paris Centre / Cochin – Hôtel-Dieu – Broca) revenait à la charge sur la Toile. Il citait le Washington Post indiquant qu’aux Etats-Unis 55% des malades sont traités par Avastin®, 34% par Lucentis® et 11% par Eylea®. Où est passé le pouvoir des mandarins ?

Trop beau scoop

Le dernier rebondissement dans l’affaire , Lucentis® datait de mars dernier (« Lucentis® / Avastin® : quand l’incroyable gabegie prendra-t-elle fin ? »).  Le Parisien révélait alors que l’anticancéreux Avastin® pourrait à terme être autorisé comme traitement alternatif pour la maladie ophtalmologique, actuellement en remplacement du  Lucentis®. Un projet de décret du ministère de la Santé était en cours d’élaboration. Et Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, venait de transmettre au Conseil d’Etat un texte qui permettrait, à terme, aux ophtalmologistes d’utiliser Avastin®  dans le traitement de la DMLA (3. 000 nouveaux cas par an).

Le scoop était trop beau. Le projet de décret en lui-même « n’autorise pas l’utilisation Avastin®  ni d’aucun autre médicament en particulier » avait aussitôt précisé le ministère de la Santé à l’AFP. Ce décret d’application de la LFSS (loi de financement   de la sécurité sociale) pour 2013 viendrait «  préciser les conditions dans lesquelles l’Agence nationale de sécurité du médicament et la Haute autorité de santé pourront autoriser l’utilisation de certains médicaments dans le cadre de RTU (recommandations temporaires d’utilisation) pour motif économique. »

Sanctions en Italie

Cette procédure qui pourrait ensuite permettre à l’Agence du médicament d’autoriser les prescriptions d’Avastin®. On apprenait alors que  l’autorité italienne de la concurrence venait d’infliger une amende d’un total de 182,5 millions d’euros aux deux groupes pharmaceutiques suisses impliqués dans cette affaire (Novartis et Roche) en estimant qu’ils avaient « conclu un accord illicite pour empêcher l’utilisation » de l’Avastin®  dans les pathologies oculaires. Les services de Marisol  Touraine indiquaient alors  avoir « adressé fin 2012 un courrier » au ministre de l’Economie de l’époque (Pierre Moscovici) afin que l’Autorité de la concurrence enquête sur une « éventuelle entente » entre les deux géants Roche et Novartis.

« Une enquête est actuellement en cours » indiquait-on  au ministère de la Santé. Sans doute l’est-elle toujours.

A demain

(1)  Le deuxième médicament le plus remboursé en 2013 est l’adalimumab, Humira® (382,8 millions d’euros, en hausse de 10,6%), Suivent la rosuvastatine, Crestor® (342,8 millions d’euros, +1,4%), et le Doliprane® (315 millions d’euros, +14,1%). La croissance des volumes de vente du Doliprane® serait due au contexte épidémique hivernal de l’année 2013.

Par classe thérapeutique, les traitements du cancer sont ceux qui augmentent le plus en 2013, en hausse de 8,1%, soit 135 millions d’euros, suivie par les médicaments antirhumatismaux (+11,2%) qui augmentent de 79 millions d’euros. En troisième position les médicaments antidiabétiques sont en hausse de 6%, soit 78 millions d’euros. Victoza® (liraglutide GLP1) et Lantus® (insuline glargine) enregistrent les plus fortes hausses. Les remboursements des antiagrégants, antithrombotiques connaissent eux-aussi une progression (+8,7% soit 75 millions d’euros), tout comme les traitements de la sclérose en plaques (+19,4% soit 66 millions d’euros).

 

Un Asperger, le tueur de Newport (28 morts) ?

Pour l’heure ce n’est qu’une rumeur. Et déjà presque une hypothèse de travail. Mais précisément avons-nous le droit d’en parler ? Trop tard, c’est déjà fait

Depuis deux jours une partie de la planète écoute ce qui se dit à (ou à propos de) Newtown (Connecticut).  Vendredi 14 décembre un certain Adam Lanza, 20 ans, a abattu vingt enfants et six adultes avant de retourner l’une de ses trois armes contre lui et de se suicider. Il avait au préalable tué, également par balle,  sa mère Nancy, une élégante femme blonde avec laquelle il vivait dans une très belle maison d’un quartier boisé et paisible de cette petite ville du nord-est des Etats-Unis.

Depuis deux jours, passée la sidération collective, le débat ronronne autour du commerce et de la réglementation des armes aux Etats-Unis. Débat sans fin et sans doute sans espoirs. Mais déjà les micros et les caméras commencent à tourner autour de la personnalité du meurtrier pour ne pas écrire l’assassin.

Un père remarié

« Les médias américains ont d’abord donné le nom de Ryan Lanza, 24 ans, qui est en réalité le frère du tueur. Selon la police, Adam a d’abord tué Nancy Lanza, sa mère, à son domicile. Elle était institutrice dans l’école où il s’est ensuite rendu, résume Slate.fr. Les parents d’Adam et Ryan ont achevé leur procédure de divorce en 2009, selon CNN (en 2008 selon d’autres sources dont le New York Times et Reuters), le Washington Post précisant que la séparation des parents date d’une décennie. Son père Peter est directeur d’une société de conseil fiscal et  avait quitté la ville. Il s’est remarié récemment. Le jeune homme semblait avoir peu de contacts avec lui.
Adam a le profil d’un garçon normal aimant le foot, les jeux vidéo et le skateboard, selon une source locale citée par CNN. Mais d’autres informations permettent de dresser un portrait plus perturbant de sa personnalité. »

Adam Lanza souffrait selon un proche de la famille d’une forme d’autisme, qui pourrait être le syndrome d’Asperger écrit le New York Times, et il suivait un traitement médical. Il est également décrit comme «turbulent» par Ryan Kraft, le voisin de 25 ans qui gardait parfois Adam quand sa mère sortait dîner avec des amis. Si la mère, Nancy, collectionnait des armes (dont celles qui ont été utilisées par Adam), tous les témoignages insistent sur son comportement responsable et son investissement dans l’éducation de ses enfants.

Introverti, pas menaçant

Selon une voisine le garçon était «introverti mais en aucun cas menaçant», poursuit le Post. « Lanza ne pouvait pas se socialiser depuis sa petite enfance, dit Louise Tambascio, propriétaire d’une une pizzeria à Newtown, et amie de Nancy Lanza depuis 12 ans. Il avait le syndrome d’Asperger. Il était «très intelligent» et avait un quotient intellectuel élevé.

Pour d’autres c’était un garçon socialement maladroit, timide et calme et qui « ne vous regardait pas vraiment dans les yeux». «Il semblait toujours calme. Il n’était jamais vraiment sociable. Quand vous tentiez de communiquer avec lui, il se contentait d’une réponse d’un ou deux mots», confirme un autre élève qui l’a bien connu. Jusqu’au jour de la tuerie, Adam faisait d’ailleurs tout ce qu’il pouvait pour ne pas attirer l’attention, écrit le New York Times. « Il était clairement perturbé, a déclaré quant à lui le gouverneur du Connecticut Dan Malloy sur CNN. Il faut être dérangé pour commettre ce genre de crimes. » La seule photo rendue pour l’heure publique date de 2005. Elle montre un adolescent frêle, au regard fermé, caché sous une grande frange.

Asperger donc, ou plutôt syndrome d’Asperger avec le mythe de l’autiste savant (ou « autiste de haut niveau »), entité d’origine inconnue ; et l’impossible pédagogie médiatique concernant le capharnaüm des troubles autistiques.  Car nous avons longtemps été ici dans une forme de science molle où tout est possible, à commencer par l’explication contraire. Ce syndrome a été nommé après les travaux du pédiatre   autrichien Hans Asperger  (1906-1980) qui décrit cette entité en 1943 des enfants chez lesquels on constate notamment un déficit de communication non verbale. On devait redécouvrir ses travaux quarante ans plus tard.  La cause ou les causes exactes du syndrome d’Asperger sont débattues même si la base semble clairement biologique. S’agit-il d’une  pathologie ? Certains pensent que non et qu’il faudrait voir là une différence plus qu’une anormalité. Tout est parfaitement résumé ici grâce notamment aux travaux pionniers du Pr Gilbert Lelord (CHU de Tours). Pour cette école  ce trouble envahissant du développement qui fait partie de l’extrémité «haute » du continuum autistique. Et  ce syndrome n’est pas une maladie mentale d’origine psychologique : c’est un trouble du développement neurologique d’origine génétique.

On peut également trouver ici des éléments de compréhension et d’aide. Reste la question à laquelle personne ne pourra jamais répondre à Newport : celle de la relation ou non de causalité entre ce syndrome et la tuerie. En sachant que malgré tout le mal risque d’être déjà commis. Dans ce type de tragédie il faut impérativement mettre un mot sur les causes de l’horreur. Et tant pis si ce mot n’est pas le bon : sidérée l’opinion publique veut un nom. Pour l’heure il semble que celui de syndrome d’Asperger fera l’affaire. Avec tous les risques inhérents à la fonction du bouc émissaire.

 

 

 

 

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