Tchao le tabac et vive la cigarette électronique ? Sur les fonts baptismaux : Super Big Tobacco

Bonjour

Mouvements tectoniques induits par la cigarette électronique. C’est la nouvelle industrielle, capitalistique et addictologique du jour : « Les sociétés mères de Marlboro prêtes à se remarier. Philip Morris International et Altria ont entamé des pourparlers en vue d’une fusion. Le nouvel ensemble atteindrait un chiffres d’affaires de 55 milliards de dollars » (Le Monde, Laurence Girard). « Altria et Philip Morris veulent reformer un géant mondial de la cigarette » (Les Echos, Nicolas Rauline avec Marie-Josée Cougard).

« En fait, l’ancien groupe Philip Morris International s’était scindé en deux, en 2008, entre ses activités aux États Unis (sous le nom Altria) et dans le reste du monde (toujours sous le nom de Philip Morris International / PMI), rappelle le site des buralistes français. Mais à l’époque, de part et d’autre, on ne parlait que de cigarettes et singulièrement de la marque-phare, Marlboro. Aujourd’hui, l’heure est au regroupement. Mais dans un contexte, radicalement changé, de développement d’alternatives à la cigarette traditionnelle. La récente décision de la FDA (Food and Drug Administration, autorité régulatrice américaine) d’autoriser la vente de l’Iqos de PMI sur le marché des États-Unis ayant été, fort probablement, un facteur déclenchant de l’annonce d’aujourd’hui. »

Si elle devait se concrétiser, toutefois, la fusion donnerait naissance à un ensemble de plus de 200 milliards de dollars de capitalisation boursière, Altria pesant 90 milliards de dollars en Bourse et Philip Morris International (PMI) 120 milliards

Tremblements de terre et Révolution des Volutes ? Il faut lire Les Echos :

«Longtemps considérés comme des valeurs refuges en Bourse, les majors du tabac affrontent une vraie crise de confiance depuis des mois. Alors même que le marché mondial est encore estimé à l’équivalent de 470 milliards d’euros. Les cigarettiers ont vu leur capitalisation boursière fondre comme neige au soleil depuis 2017 même si les ventes continuent d’augmenter dans les pays en développement. La perte de confiance des investisseurs est bien réelle, et difficile à résoudre par les seules perspectives d’un essor du vapotage. Le marché de la cigarette électronique n’en est qu’à ses débuts avec 36 millions de vapoteurs contre un milliard de fumeurs. »

Or, de tous les cigarettiers Philip Morris est le seul à croire à ce stade, que le remplacement total de la cigarette classique par l’e-cigarette se fera. Et le géant entend être celui qui conduira cette évolution. « Le produit emblématique de cette révolution est pour lui IQOS, la cigarette électronique à base de tabac à chauffer, soulignent Les Echos. Il permet au fumeur de retrouver des sensations proches de la cigarette classique sans encourir le risque cancérigène de la combustion du papier et du tabac. »

Où l’on comprend que la partie sanitaire est encore loin, bien loin, très loin, d’être gagnée.

A demain @jynau

Non, Mme Touraine ne veut pas la peau de Gitanes®, Gauloises®, Lucky Strike®, Vogue® et Marlboro®.

 

Bonjour

Qui roule pour qui ? Est-ce un nouveau front ouvert contre Big Tobacco ? Un piège  politique ? Un coup de billard à trois ou quatre bande ? Un sketch pour la galerie citoyenne ? Ce matin une information du Figaro (Ivan Letessier). Elle fait vite florès dans le Landerneau français du tabac. Ce soir une forme de démenti ministériel via Le Monde (François Béguin) Qui roule pour quoi ? Commençons par Le Figaro :

«  Gitanes et Gauloises pourraient disparaître des civettes cet automne. Ces marques mythiques créées en 1910 risquent d’être purement et simplement interdites à la vente en France par Marisol Touraine. L’oukase de la ministre de la Santé menace également de s’abattre sur les paquets de Lucky Strike, Vogue, News, Fortuna ou encore la version Gold de Marlboro.

 « La menace est jugée très sérieuse par les cigarettiers. Les patrons des quatre principaux industriels (Seita, Philip Morris, British American Tobacco et JTI) ont écrit le 8 juillet au premier ministre, Manuel Valls. «Au regard de la gravité et de l’urgence de la situation», ils lui réclament un rendez-vous sur le sujet. Ils ont adressé une copie de leur missive à François Hollande et à trois autres ministres, dont Marisol Touraine. »

Masculinité, virilité, féminité, minceur

Où il est question d’un nouvel article ( L3512-21 ) du code de la santé publique – une transposition de la directive européenne de 2014  sur les produits du tabac  qui prévoit que les paquets de cigarettes et de tabac à rouler « ne peuvent comprendre aucun élément qui contribue à la promotion du tabac en donnant une impression erronée quant aux caractéristiques (…) de ce produit». Et où il est question d’un  ministère français de la Santé  qui «semble avoir une interprétation extrêmement extensive de ces dispositions», bien plus large que celle adoptée dans les autres pays de l’Union Européenne.

Personne, chez Bug Tobacco, n’a encore pu lire le décret d’application de ce nouvel article du code de santé publique, en cours d’examen au Conseil d’État. Mais il y a les échanges éavec le cabinet de la ministre et la Direction générale de la santé (DGS) : le « bureau des pratiques addictives » aurait  défini une série de catégories servant de critères pour l’évaluation des marques ou dénominations commerciales au regard de l’article L35123-21. Parmi elles figurent masculinité, virilité, féminité, minceur, jeunesse, icône, vie sociale ou encore succès…

« Des critères volontairement flous, mais qui permettraient à la ministre de bannir Gauloises et Gitanes (icônes de la féminité), Vogue, News (symbole de jeunesse et de vie sociale), Lucky Strike, Fortuna et Marlboro Gold (chance et succès). Ces marques ont été mentionnées aux industriels par le ministère, qui n’a pas souhaité commenter nos informations. Avec le décret, Marisol Touraine aura la possibilité de refuser leur inscription sur les listes de prix… et donc interdire, de fait, leur vente. Avant la publication du décret, prévue pour la fin du mois, ses services ont refusé de se prononcer par écrit sur l’avenir des marques menacées. »

Sex appeal et morts prématurées

A l’attention des buralistes surchauffés Lemondedutabac.com relaie Le Figaro . Sur RTL les polémistes n’y saisissent que couic.  Et il faut attendre Le Monde pour (avoir l’impression de) commencer à comprendre :

« Le décret, qui devrait être publié d’ici quelques semaines (…) prévoit d’interdire de faire figurer sur les paquets les mentions « à faible teneur en goudron », « léger », « ultra-léger », « doux », « naturel », « bio », « sans additifs », « non aromatisé » ou « slim ». Doit également être banni tout ce qui pourrait « induire les consommateurs en erreur en suggérant des effets bénéfiques en termes de perte de poids, de “sex appeal”, de statut social, de vie sociale ou de qualités telles que la féminité, la masculinité ou l’élégance ».

 « ‘’On se demande en quoi une dénomination telle que Gauloises peut évoquer la féminité’’ , fait-on valoir au ministère de la Santé pour signifier que des marques comme Gauloises, Gitanes ou Lucky Strike ne devraient pas être concernées par le décret. Des marques liées à un autre univers, comme la mode ou le luxe, pourraient en revanche être touchées par le futur décret. Tout comme les appellations « Gold » ou « Blue » qui ont remplacé le terme « light », interdit par la précédente directive européenne de 2011. »

Au ministère de la Santé on rappelle aussi que le « paquet neutre » ne saurait plus guère tarder. Au ministère de la Santé on reste muet sur les interdits de la cigarette électronique. Au ministère de la Santé on ne commente pas le refus du président, du gouvernement et de Bercy d’augmenter les prix des paquets pour lutter contre 80 000 morts annuelles prématurées.

A demain

Pollution et cancers des poumons : de qui se moque-t-on ?

L’OMS  vient de classer la pollution atmosphérique parmi « les cancérogènes certains pour les êtres humains ». Un gros détail est généralement oublié. Sauf par l’AFP.

Mandée de Genève la dépêche de l’AFP est signée Agnes Pedrero. Elle résume ce qui s’est dit le 17 octobre lors de la conférence de presse organisée par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), agence spécialisée de l’OMS. On en connaît l’essentiel repris et amplifié depuis quelques heures par l’ensemble des médias internationaux : « La pollution de l’air qui nous entoure est cancérigène » et  « de nombreux secteurs économiques comme responsables ». « Nous savons maintenant que la pollution de l’air extérieur n’est pas seulement un risque majeur pour la santé en général, mais aussi une cause environnementale de premier plan des décès par cancer, a déploré devant la presse le Dr Kurt Straif l’un des responsables du CIRC.

Tabac, cancérogène atmosphérique majeur

Le Dr Straif  a ajouté : « L’air que nous respirons a été contaminé par un mélange de substances qui provoque le cancer ». Christopher Wild, directeur du CIRC a expliqué que les matières dites « particulaires » (les tristement célèbres « particules fines » du diesel) ont été classées par le CIRC dans la catégorie « cancérigène certain ». Ce qui ne surprendra pas. A condition de commencer par le tabac. Ce qu’a fait  M. Wild comme le rapporte l’AFP : « M. Wild a toutefois souligné que parmi les près d’un million de cancers des poumons enregistrés chaque année, la majorité est liée au tabac. Seuls « environ 10% sont liés à des causes comme la pollution de l’air », a-t-il dit »

Hiérarchiser grâce à l’AFP

L’agence spécialisée sur le cancer de l’OMS désigne de nombreux secteurs économiques comme responsables de cette pollution atmosphérique: les transports, les usines, l’agriculture, ainsi que le fait de cuisiner et de chauffer son lieu de résidence. Le CIRC oublie étrangement l’industrie du tabac. Pourquoi ?

Pour l’heure les médias d’information générale sont embarrassés par le traitement des conclusions du CIRC. Quant aux buralistes il sauront quoi répondre à leurs clients dépendants (1). Sinon le scandale est trop grand, les coupables trop nombreux, les actions à entreprendre trop vastes. C’est ici un équivalent de l’impossible problématique médiatique du réchauffement climatique. A l’exception notable du tabac et d’une industrie induisant une dépendance fiscalisée responsable d’environ 90% des cancers bronchiques et pulmonaires. Quelques lignes d’une dépêche de l’AFP  aident aujourd’hui, fort heureusement, à hiérarchiser.  Songer à la remercier.

 

(1) On notera le délicieux  « il n’empêche » dans la lecture faite par lemondedutabac.com, le « site de débat » de la Confédération des buralistes:

« Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) – qui dépend de l’OMS – vient de classer la pollution atmosphérique parmi les cancérigènes de niveau 1, comme le tabac 0u le mercure (…)  En cause, les matières « particulaires » comme, par exemple, les parties fines qui vont jusqu’aux dernières petites branches de nos poumons et contaminent nos cellules. Les résultats issus des études vont  dans la même direction : « le risque de développer le cancer du poumon augmente de façon significative chez les personnes exposées à la pollution atmosphérique » et, ces dernières années, les niveaux d’exposition ont augmenté significativement dans certaines régions du monde, en particulier dans les pays largement peuplés et à croissance industrielle rapide, comme la Chine.

Le CIRC souligne toutefois que la majorité des cancers du poumon enregistrée, chaque année, est liée au tabac « contre seulement 10% à la pollution de l’air ».  Il n’empêche que le constat des experts reste alarmant : « on ne peut pas faire grand chose pour changer l’air que nous respirons et nous sommes tous responsable de cela » reprend le CIRC qui publiera ses conclusions de façon plus détaillée, le 24 octobre, sur le site The Lancet Oncology.« 

 

 

 

Marisol Touraine, un rêve de grand reporter.

La ministre de la Santé a accordé un entretien au Journal du Dimanche. Entretien que l’on ne trouvera pas sur la version papier du quotidien dominical. Ce qui, heureusement, n’a en rien interdit les reprises médiatiques et politiques. Avec un bonus. Sur le site de l’hebdomadaire dominical (et sur son blog personnel) Marisol Touraine réserve une information la concernant; une information qui ne manquera pas de surprendre les journalistes. Et peut-être même ceux qui ne le sont pas. La voici. 

21 juillet 2013. C’est l’été sur la France. Mais pour le ministre de la Santé c’est presque la canicule. Comme à chaque poussée de thermomètre depuis dix ans. Dix ans déjà ; souvenons-nous de 2003. L’InVS aux abonnés absents. On connaît la suite. Et à chaque nouvelle annonce publicitaire ou pas (« Voici les conseils de santé pour ne pas souffrir des trop grandes chaleurs ») on peut mesurer le chemin parcouru. Un recul qui démontre que la puissance publique peut, encore et toujours, faire des progrès majeurs en matière de santé publique.

C’est l’été pré-caniculaire le Tour de France (« La fête et les jambes », écrivit Blondin Antoine) arrivera de nuit sur le Champs. Une première pour son centenaire. 21 juillet, c’est aussi l’heure des marronniers. Comme celui des hommes politiques en vacances. Où sont-ils, que font-ils ? Le marronnier est certes moins exotique depuis que (toujours la canicule…) les ministres ont obligation de bronzer (pêcher, lire, somnoler, travailler etc.)  à une heure (ou presque) de leur ministère. Et les ministres se prêtent volontiers au jeu.

Entre Bourgogne et île d’Yeu

C’est le cas de Marisol Touraine, ministre de la Santé qui se confie au Journal du Dimanche. Beaucoup de travail (le dossier des retraites) entre sa maison de Bourgogne et l’île d’Yeu. Et un petit tour d’horizon des dossiers en cours. Comme la question du don du sang, des homosexuels masculins et des comportements sexuels (1). Et puis la question, lancinante, du fléau tabac dont les prix viennent d’augmenter.

L’hebdomadaire dominical interroge la ministre sur les moyens de parvenir à son engagement d’une baisse de la consommation. « La question du prix est un des enjeux, ce n’est pas le seul. Le tabac tue 73.000 personnes par an. Un jeune sur deux qui fume en mourra, rappelle la ministre de la Santé. Les données de santé publique sont dramatiques et incontestables. Simplement, on ne meurt pas du jour au lendemain, les maladies liées au tabac frappent progressivement. Il est difficile d’apprécier un risque lorsqu’il n’est pas immédiat. La difficulté est là. Nous devons mettre en place des politiques qui permettent de transformer le rapport au tabac. Dans dix ou quinze ans, lorsqu’on regardera en arrière, on se demandera comment on pouvait vivre ainsi. »

Il faut relire ces deux phrases : « Nous devons mettre en place des politiques qui permettent de transformer le rapport au tabac. Dans dix ou quinze ans, lorsqu’on regardera en arrière, on se demandera comment on pouvait vivre ainsi. »

De quelle manière ?

« Il faut une mobilisation générale contre le tabac. Un logo rappelant la dangerosité du tabac pour les femmes enceintes va être apposé sur chaque paquet de cigarettes. Une aide au sevrage sera proposée, notamment aux jeunes. Il faut aussi instaurer davantage de lieux sans tabac. Je souhaite que des villes s’engagent dans cette voie par le dialogue et créent des espaces sans tabac, qui pourrait être des parcs, des cités universitaires, des plages, devant les écoles. Est-il normal que des mères, des pères ou des nounous fument dans un parc public où jouent les enfants? Je ne le crois pas. Le tabac tue, il n’y a pas de résignation à avoir par rapport à cela. Il y a eu une hausse  qui s’inscrit dans le cadre d’une politique de santé publique plus générale. Est-ce que j’aurais souhaité une hausse plus importante? Oui. Pour autant, c’est une hausse significative. On ne peut pas réduire la politique antitabac à une politique fiscale. »

21 juillet 2013. En ce dimanche d’été les médias radiophoniques reprennent le souhait ministériel de l’extension des interdictions (parc, cités universitaires, plages, parvis des écoles). Ils en font une mesure acquise (ce qui est loin d’être le cas). Avec de nombreux commentaires comme le résume lemondedutabac.com, site des professionnels de la fabrication et de la distribution. Pourquoi un tel étonnement ? En fait la ministre de la Santé ne fait ici que décliner le contenu de sa conférence de presse tenue le 31 mai lors de la « Journée mondiale sans tabac » et que nous avions rapporté sur ce blog. Elle le fait en ne revenant toutefois pas sur le sujet majeur qu’est la cigarette électronique. Pourquoi ? Nous ne le saurons pas.

Que dirait le titulaire du maroquin de Bercy ?

On peut ici avancer une analyse. Posons que cette distanciation vis-à-vis d’une drogue est un mouvement « libérateur » sans équivalent dans le champ des addictions. De ce point de vue les autorités sanitaires peinent étrangement à réagir. Et les autorités françaises sont loin d’être les seules et les moins vertueuses. Elles cherchent à répondre au mieux à un phénomène qui les dépasse et avec lequel elles ne pourront, avant longtemps, être en phase. Où il est démontré que si l’addiction peut être contrôlée (réglementée, fiscalisée etc.) les tentatives de libération à ces mêmes addictions sont des affaires hautement plus complexes.

C’est dire l’importance que l’on peut accorder à cette autre phrase de la ministre de la Santé : « On ne peut pas réduire la politique antitabac à une politique fiscale. ». Une phrase qu’il faut entendre à double ou triple sens. Une phrase qui en toute logique devrait conduire à une demande d’entretien avec l’actuel titulaire du maroquin de Bercy sur la question de l’action de son ministère en matière de lutte contre une consommation qui tue prématurément 73000 personnes en France chaque année.

Comment pouvons-nous vivre ainsi ?

Au terme de l’entretien (que l’on peut découvrir ici) Marisol Touraine réserve une surprise : « Marisol par Touraine » : une vidéo de 108 secondes. Son engagement en politique, son métier de juge en Conseil d’Etat.  Dans une autre vie, sans politique, sans Conseil d’Etat mais avec un peu de rêve et de folie.  « Je crois que j’aurais aimé être grand reporter. » dit la ministre.

C’est un bien beau métier que celui de reporter, qu’il soit grand ou pas Les éléments que la ministre de la Santé connaît, mieux que d’autres, quant au dossier de la lutte contre le tabagisme feraient, à n’en pas douter, un très beau reportage. Un reportage difficile sur le continent noir des addictions, aux frontières de l’action publique. Un reportage comme on n’en fait plus et comme le journalisme d’investigation n’en a jamais fait. Un reportage en profondeur plus qu’en surface. Pour publication dans dix ou quinze ans, lorsque l’on « regardera en arrière » et que l’on se demandera « comment nous pouvions vivre ainsi », le 21 juillet 2013.

(1) Nous avons traité de ce sujet délicat sur ce blog il y a deux ans et il y a un an. Rien ne semble avancer.

(Le J. du D. : « Un rapport préconise de lever l’interdiction pour les homosexuels de donner leur sang. Y êtes-vous favorable? »

Marisol Touraine : « Il n’est pas souhaitable d’empêcher le don du sang sur la base de l’orientation sexuelle. En revanche, la pratique sexuelle est un critère dont il faut  tenir compte, qu’on soit homosexuel ou hétérosexuel. Comment garantir au receveur la sécurité du sang qui lui est transfusé? C’est la question. C’est pour cela que j’ai saisi le comité consultatif national d’éthique, dont j’attends l’avis dans les prochaines semaines. »

Les buralistes peuvent-ils travailler au service de la santé publique ?

La montée en puissance de la cigarette électronique va bouleverser le paysage de l’addiction légale et fiscalisée. Elle pourrait rapidement imposer une redistribution des rôles entre les responsables des pharmacies d’officine et les tenanciers des débits de tabac. On connaît les premiers. C’est moins vrai pour les seconds généralement perçus, par définition, comme des professionnels de l’addiction, des ennemis jurés de la santé publique. L’actualité (et l’arrivée dans le paysage des géants du tabac)  mérite que l’on se penche sur le sujet.   

 S’intéresser à la santé publique impose de connaître les buralistes. Ce qui ne va pas sans une approche économique et sociologique. Nous avons vu, sur ce blog (c’était en en janvier dernier) à quel point le buraliste pouvait être assimilé à un dealer. Ou dealeur étant bien entendu que le français a souvent recours à l’anglicisme quand il entend désigner une incongruité situées aux frontières du pathologique. Mais qui sont-ils, ceux qui s’adonnent au deal ?

Petits et gros dealers

On sait que la pratique de la vente de drogue est organisée en structure pyramidale. Les gros dealers s’occupent de transaction de plusieurs kilos, alors que les petits dealers, revendeurs dans la rue, s’occupent des transactions avec le consommateur final. Le marché est assez liquide  et permet la fixation d’un prix de marché du gramme. Ce prix de marché fixé par les dealers peut varier d’une région géographique à l’autre, selon les conditions sociales déterminant le nombre de revendeurs et d’acheteurs potentiels, ainsi que de la facilité ou non d’approvisionnement (proche de frontières, ou au contraire éloignées des routes principales du trafic). Point n’est besoin d’être impliqué pour imaginer que la structure pyramidale du marché implique que le nombre de petits dealers est beaucoup plus élevé que le nombre de gros dealers. On sait aussi que l’activité de vente au consommateur est une activité extrêmement demandeuse en travail.  Exercer l’activité de dealer est risqué. Il est d’usage de payer lors de la transaction.

Le buraliste est-il condamné au tabac?

Ces quelques mots, tirés de L’Encyclopédie libre ne concernent que les produits stupéfiants tenus pour être en dehors des circuits légaux avec monopole d’Etat. A commencer par le tabac. Mais le buraliste ( tobacconist en anglais, langue reine du pragmatisme) est-il condamné à vendre du tabac ? Il le réclame souvent haut et fort, voudrait en vendre plus pour gagner plus. Mais encore ? Visiter le site qui défend les intérêts des 26 000 membres de cette profession montre que la situation est peut-être plus complexe, peut-être moins caricaturale. Il s’agit du site Le monde du tabac qui donne de précieuses information sur le marché de cette dépendance et donc de ce fléau.

L’arrivée de la cigarette électronique commence à modifier le paysage. Celui des consommateurs comme celui des revendeurs. Et Le monde du tabac en témoigne. Il traitait de la question le 16 avril dernier. En ces termes :

« Depuis quelque temps, la Confédération des buralistes demande que la cigarette électronique soit vendue, en exclusivité, dans le réseau des débitants de tabac. Le service juridique de la Confédération s’appuie sur plusieurs textes pour justifier sa demande.

 • L’article 568 du Code Général des Impôts selon lequel « le monopole de vente au détail (des tabacs manufacturés) est confié à l’administration qui l’exerce par l’intermédiaire de débitants désignés comme ses préposés de l’administration et tenus à droit de licence ».

 • L’article 564 decies du Code Général des Impôts désignant les produits « assimilés aux tabacs manufacturés » et qui spécifie, en son alinéa 2, que le sont également « les cigarettes et produits à fumer, même s’ils ne contiennent pas de tabac, à la seule exclusion des produits qui sont destinés à un usage médicamenteux ».

 • L’article L. 3511-1 du Code de la santé publique, ainsi formulé : « sont considérés comme produits du tabac les produits destinés à être fumés, prisés, mâchés ou sucés, dés lors qu’ils sont, même partiellement, constitués de tabac, ainsi que les produits destinés à être fumés même s’ils ne contiennent pas de tabac, à la seule exclusion des produits qui sont destinés à un usage médicamenteux ».

 En clair : dans la mesure où la cigarette électronique ne rentrerait  pas dans la catégorie des produits à usage médicamenteux – à l’issue des études lancées par Marisol Touraine on peut imaginer qu’étant assimilée « à des produits du tabac », elle intègre le monopole des buralistes. »

 Commerce et schizophrénie

« On peut imaginer » disent les représentants des buralistes. Allons plus loin : on le doit et on doit même On peut commencer à y réfléchir. Et sans doute y réfléchit-on au ministère des Finances comme à celui de la Santé.  Chez les pharmaciens d’officine (les premières cigarettes électroniques y fleurissent déjà) ? Chez les buralistes (il en va de même) ? Dans les officines spécialisées sous franchise (elles se multiplient dans les rues des villes) ?

La question des buralistes est tout particulièrement intéressante, tant d’un point de vue réglementaire que psychologique et sanitaire. Peut-on imaginer une activité sous monopole consistant à commercialiser deux entités opposées. D’une part une substance aux effets psychotropes, substance hautement toxique et induisant une dépendance majeure. D’autre part un dispositif dont le but (recherché par le consommateur et annoncé par le fabricant) est de faire l’économie de cette même substance.

Le commerce du buraliste est-il compatible avec la schizophrénie ? On peut le postuler quand on sait que l’exemple schizophrénique est donné par l’Etat lui-même. D’une part un Etat qui monopolise le commerce du tabac, en tire de substantiels profits, en reverse une partie aux revendeurs tout en  incitant à ne pas consommer. D’autre part  la collectivité qui prend en charge les innombrables conséquences médicales et économiques de cette même consommation. Question : Les buralistes peuvent-ils devenir (pour partie) des agents de santé publique ?

 

 

 

 

www.jesoutiensmondealer.com

« JE SOUTIENS MON DEALER; JE SIGNE SA PETITION »

En France les 27.000 dealers représentent le premier commerce de proximité.
Ils sont disponibles, font partie du quotidien de millions de Français et sont présents dans tous nos quartiers et villages.
Aujourd’hui, ils sont menacés. Donc ils se défendent. Quoi de plus légitime ?
D’autant plus légitime que 6.000 d’entre eux ont dû mettre la clé sous la porte en 10 ans.
Et les petits commerces, c’est souvent lorsqu’ils ne sont plus là que l’on s’aperçoit de leur importance dans notre quotidien.

Ils en appellent donc à votre soutien, par une grande pétition, disponible sur ce site, mais aussi dans leurs établissements.

En signant cette pétition, c’est votre dealer  et tous ses collègues que vous soutenez.

POURQUOI CETTE PETITION ?

Votre dealer est en ce moment menacé par des décisions insensées. Et vous aussi, vous êtes concernés :

  • Par de nouvelles hausses du prix du produit : pour les dealers, cela se traduit par plus d’achats à l’étranger, plus de contrebande ; pour vous, c’est moins de pouvoir d’achat et plus d’impôts.
  • Par ces mesures européennes, comme les « paquets génériques » : il y a bien d’autres priorités, pour l’Europe, à traiter, plutôt que de considérer nos clients  comme des pestiférés.
  • Par ces actes quotidiens de violence : partout en France, pas un jour sans qu’un dealer ne soit agressé, braqué. Les dealers ne veulent plus de ça. Pour eux, comme pour tous leurs clients.

D’où cette grande pétition de soutien au premier réseau de commerces de proximité, qui ne souhaite qu’une chose : continuer à vous servir quotidiennement.

A QUI EST DESTINEE CETTE PETITION ?

Les résultats de cette pétition seront transmis aux plus hauts responsables du pays, dont le Président de la République.

QUI EST A L’ORIGINE DE LA PETITION ?

Cette pétition est disponible chez tous les dealers, ce sont donc eux, individuellement, qui en sont les protagonistes. Elle est mise en œuvre par la Confédération des dealers qui est leur porte-parole. »

 

Tout rapprochement entre ce billet et une initiative en cours sur la Toile ou sur papier ne pourrait être que le fruit du hasard. Ou de la fatalité. Le texte ci-dessous ne vise qu’un objectif: tenter de faire prendre conscience des maux inhérents à toutes les addictions. Qu’elles soient induites par des substances illicites ou pas, fiscalisées ou non.  

Toute forme d’action en justice n’aurait pour effet que d’en médiatiser la portée.

Les explications fournies par le Figaro

« Les buralistes sont inquiets et ont décidé d’aller manifester le 22 janvier à Bruxelles, au moment où la directive sur les produits du tabac à l’initiative de la commission européenne  commencera à être débattue au Parlement européen. Leur principale crainte est la mesure qui pourrait être prise concernant l’emballage des paquets de cigarettes.

Si la directive demande à ce que les paquets soient recouverts d’un visuel qui dissuade la consommation de tabac, celle-ci laisse les États membres libres d’instaurer des paquets génériques. «Alors, quand j’entends Marisol Touraine dire qu’elle est favorable aux paquets neutres et à la disparition des linéaires dans les bureaux de tabac, je m’inquiète pour notre profession», peste Pascal Montredon, président national de la Confédération des buralistes. «En neutralisant les paquets, la contrebande va encore plus se développer», prédit-il (…)

Si les buralistes n’ont rien contre une politique de santé publique, ils ne souhaitent plus être les principaux boucs émissaires de ces mesures. «Depuis 2004, 6000 bureaux de tabac ont fermé. Je peux vous dire que dans deux ans, 3000 autres établissements vont disparaître», lâche Pascal Montredon, amer.

En attendant la manifestation prévue mardi prochain avec «les amis espagnols, autrichiens, polonais et italiens», une pétition nationale circule depuis lundi. «Mon buraliste et moi. Il fait partie de mon quotidien, il me connaît, il est disponible. Il est menacé!» C’est autour de ce slogan que la confédération des buralistes espère sensibiliser sa clientèle. Quelque 3000 personnes l’ont déjà signée sur Internet. Les clients pourront aussi la retrouver sur les comptoirs des 27.000 points vente de l’Hexagone. La pétition sera ensuite transmise aux pouvoirs publics et notamment au président de la République, indique leur communiqué. Une vidéo intitulée «Ma vie sans buraliste» a aussi été réalisée pour l’occasion. »

Pour l’heure on retendra cette formule :

« Si les buralistes n’ont rien contre une politique de santé publique (…) »