Incurie : la France est la championne d’Europe toute catégorie des esclaves du tabac

 

Bonjour

C’est un tableau désespérant. Il dit l’incapacité du politique français à peser sur la réalité tabagique. Une incapacité fortement teintée de duplicité.  Tout est dit et actualisé dans le prochain BEH 1. En octobre dernier François Bourdillon, directeur général de Santé publique France annonçait, dans les colonnes du même BEH, que 2016 serait une « année cruciale dans la lutte contre le tabagisme » – une année « marquant l’aboutissement de la volonté politique de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé, d’agir sur le premier déterminant de santé qu’est le tabagisme en France ». Est-il exagéré de dire, aujourd’hui, que ce fut une année catastrophique ?

Qu’apprend-on ? Qu’en France, en 2016, 34,5% des 15-75 ans fumaient du tabac ; et 28,7% quotidiennement. Rien ne change depuis 2010, après la hausse observée entre 2005 et 2010. De 2010 à 2016 la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté de 35,2% à 37,5% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus basse, alors qu’elle a diminué de 23,5 à 20,9% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus haute. « Les écarts selon le niveau de diplôme suivent une tendance similaire, témoignant ainsi d’une augmentation des inégalités sociales en matière de tabagisme » notent les auteurs de ce travail. Une version nouvelle, en somme de la double peine.

Hexagone enfumé

Il faut préciser que ces données n’intègrent pas les très hypothétiques effets du remboursement (plafonné à hauteur de 150 euros annuels) des substituts nicotiniques, du paquet neutre (instauré en mai 2016 et généralisé depuis le 1er janvier 2016) ou de l’opération « Moi(s) sans tabac ».

Avec plus d’un tiers de fumeurs, la France fait de loin partie des pays les plus enfumés, devant l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique ou encore l’Italie et la Grande-Bretagne tandis que la prévalence continue de baisser aux États-Unis ou en Australie.

L’étude conclut (sans surprise) à la nécessité de poursuivre la lutte contre le tabagisme – « en veillant notamment à ce que les personnes vivant dans les conditions les plus défavorisées bénéficient de plus d’attention et d’aides spécifiques pour arrêter de fumer ». C’est admirable. On lit aussi d’autres choses admirables. Comme celle-ci :

« Si l’e-cigarette apparaît comme une aide à l’arrêt du tabac pour une partie des fumeurs, elle semble donc progressivement abandonnée par ceux qui n’arrivent pas à arrêter de fumer et qui reviennent à une consommation exclusive de cigarettes. Pour confirmer ces hypothèses, il reste nécessaire d’attendre les conclusions d’études portant sur l’efficacité de l’e-cigarette comme outil d’aide au sevrage tabagique. À l’heure actuelle, il n’y a pas de consensus sur cette question. »

La faute à qui ? Santé publique France ne le sait pas. Ou ne le dit pas. Les vapoteurs, eux, savent ce qu’ils veulent. A la veille du 31 mai, journée mondiale sans tabac et des encouragements pour aider les fumeurs à sortir du tabagisme ils dénoncent, via sovape.fr, le fait que depuis le 20 mai 2016, encourager l’une des meilleures solutions pour eux est devenu totalement illégal.

Un geste de la ministre ?

« La France a transposé la Directive européenne sur les produits du tabac avec beaucoup plus de sévérité que ce que le texte imposait, y compris pour la cigarette électronique, rappellent-ils. Rien n’obligeait le gouvernement français à interdire toute publicité, directe ou indirecte et encore moins toute « propagande ». Ainsi la vape se retrouve au même niveau que le tabac. Interdiction d’en faire la promotion, sous peine d’une amende de 100 000 €.

Aujourd’hui aucune étude n’est, selon eux, de nature à justifier une quelconque interdiction en termes de santé publique. Ils observent que là où la cigarette électronique se développe, le tabagisme recule. « Depuis de nombreuses années, les vapoteurs protestent contre les lois restrictives. Au-delà de la publicité, de nombreuses mesures contraignent la pratique de la vape et provoquent des augmentations de prix des produits, ajoutent-ils. L’interdiction de toute communication freine son essor et réduit les chances d’attirer encore plus de fumeurs, de sauver encore plus de vies. Informer les fumeurs sur les bonnes pratiques, ainsi que la profusion des matériels et des liquides, est primordial.

A l’occasion de la journée sans tabac 2017, Sovape a fait un rêve : que la nouvelle ministre de la santé, Agnès Buzyn, adresse un signal à l’attention des vapoteurs et des spécialistes – tous ceux qui ne cessent de réclamer la mise en œuvre d’une véritable politique de lutte contre le tabagisme qui intègre pleinement la réduction des risques, et donc la vape. Un signal, rien qu’un petit signal, qui romprait enfin avec le silence méprisant de Marisol Touraine.

A demain

1 « TABAC ET E-CIGARETTE EN FRANCE : NIVEAUX D’USAGE D’APRÈS LES PREMIERS RÉSULTATS DU BAROMÈTRE SANTÉ 2016 », Anne Pasquereau, Arnaud Gautier, Raphaël Andler, Romain Guignard, Jean-Baptiste Richard, Viêt Nguyen-Thanh ; le groupe Baromètre santé 2016.

Alcools et conflits d’intérêts à l’Elysée : les buralistes dénoncent le « lobby hygiéniste »

 

Bonjour

C’est devenu un rituel : chaque décision politique contraire aux intérêts de la santé publique voit monter au créneau un groupe d’associations et de personnalités connues, à divers titres, des médias. Généralement les responsables politiques demeurent radicalement indifférents à ces adresses. Ce sera une fois de plus le cas avec l’initiative de onze associations d’addictologues et de six personnalités 1 qui se déclarent « inquiètes ». En cause : la récente nomination à l’Elysée d’Audrey Bourolleau –  ancienne déléguée générale de « Vin & Société » une « instance de représentation » (ou plus précisément de lobbying) désormais à proximité immédiate du président de la République.

 Cette nomination a d’ores et déjà été saluée par La Revue du Vin de France : « Audrey Bourolleau : la Madame Agriculture d’Emmanuel Macron est une championne du vin ! » et Vitisphère : « Audrey Bourolleau quitte Vin & Société pour l’Élysée ».

Pour les pétitionnaires cette nomination nous rapproche dangereusement du conflit d’intérêts tel que le définit la loi sur la transparence de la vie publique :

« Constitue un conflit d’intérêts toute situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction. »

Experts « auto-proclamés »

Le risque majeur, selon eux, est que désormais « la politique agricole et viticole se fasse au détriment d’une politique efficace de lutte contre les consommations nocives d’alcool ». Où l’on voit, une nouvelle fois, la confusion malheureusement entretenue entre la production viticole et celle de boissons alcooliques industrielles ; une confusion dont se régalent les grands alcooliers.

Symptôme éclairant quoique non surprenant, cette initiative est reprise  sur lemondedutabac.com. Le site des buralistes se gausse de ceux qu’il qualifie d’« arbitres auto-proclamés du politiquement correct en matière de santé publique ». « Ceci survient en pleine préparation du projet de loi sur la transparence, mitonnée ces jours-ci par François Bayrou, souligne le site. En fait, toute cette mini-campagne correspond à une tentative du ‘’lobby hygiéniste’’ pour éliminer toute contradiction. »

Quels seront, désormais, les rapports entre Mmes Audrey Bourolleau (Elysée) et Agnès Buzyn (Santé) ?

A demain

1 Fédération Française d’Addictologie, Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie, Association Périnatalité Prévention Recherche Information, Collège Professionnels des Acteurs de l’Addictologie Hospitalière, Coordination des associations et mouvements d’entraide reconnus d’utilité publique, Fédération Addiction, Fédération Alcool Assistance,  Fédération Nationale des Amis de la Santé, Fonds Actions Addictions,  Ligue Contre la Violence Routière, Société Française d’Alcoologie, Gérard Dubois, Irène Frachon, Claude Got, Serge Hercberg, Catherine Hill et Albert Hirsch.

Suicides au travail : la SNCF est-elle menacée par le syndrome de France Telecom ?

 

Bonjour

C’est une longue dépêche de l’Agence France Presse. Elle coïncide avec l’annonce du nouveau nom donné par la SNCF à ses prestigieux TGV : un invraisemblable « inOui » faux palindrome et ridicule véritable 1. La dépêche, elle, ne prête pas à sourire.

L’AFP rappelle qu’en avril, la CGT-cheminots posait la question : « Y a-t-il un syndrome SNCF ? » comparable à la souffrance des salariés de France Télécom et la série de suicides de 2008-2009. Le premier syndicat de la SNCF y voit des « ressemblances frappantes ». Si toutes ne font pas le parallèle, les quatre organisations représentatives (CGT, Unsa, SUD, CFDT) ont demandé ensemble mi-avril une « table ronde sur les risques psychosociaux ».

Stabilité de l’anxiété

Quels sont les symptômes ? Un malaise diffus et des arrêts maladie qui ont augmenté de 8 % entre 2008 et 2015, quand les effectifs diminuaient de 6 %. Un premier trimestre 2017 marqué « par un nombre exceptionnel de drames », accidents graves du travail ou suicides, soulignent les syndicats. Au moins six suicides pouvant avoir un lien avec le travail ont été recensés sur les trois premiers mois par SUD-Rail, dont celui d’un de ses délégués à Saint-Lazare. Un chiffre contesté par l’entreprise qui assure à l’AFP que la situation « ne s’aggrave pas » ; elle  souligne qu’un seul suicide a été reconnu comme accident du travail par la Sécurité sociale en 2016.

Que dit la médecine ? On cite ici le Pr Michel Lejoyeux (AP-HP), spécialiste de psychiatrie et responsable, à la SNCF, de la « cellule psychopathologique ». Tous les deux ans elle « sonde l’état mental des cheminots ». Selon le Pr Lejoyeux le dernier baromètre (renseigné anonymement en 2015 par 2 000 agents à l’issue de leur visite médicale) montre « une stabilité du taux d’anxiété et de dépression » et « un niveau comparable » aux autres entreprises. Il n’observe « pas d’épidémie d’anxiété à la SNCF au sens de maladie anxieuse, mais il est tout à fait possible que les salariés se sentent plus malheureux, mon tamis ne permet pas de le mesurer ». Le Pr Lejoyeux changera-t-il de tamis ? Pour l’heure il estime que l’entreprise est à la pointe en matière de prévention des risques psychosociaux (RPS).

« Recréer de l’humain »

Que dit la direction ? Elle parle d’« un dispositif de prévention des risques psychosociaux conséquent, sans doute le plus abouti en France » : plus de 125 médecins du travail, une trentaine de psychiatres, des psychologues répondant au téléphone jour et nuit, et 10 000 managers formés. Néanmoins, la direction a proposé aux syndicats de discuter des risques psychosociaux (RPS) le 1er juin lors du prochain comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CNHSCT).

Que disent les leaders syndicaux ? Ils pointent « beaucoup d’incertitudes, de mécontentements, de colère, de la démotivation, voire une réelle détresse ». Les cheminots se demandent si « demain, ils vont changer de métier » ou devront « aller travailler dans une filiale », explique Cédric Robert (CGT). Ils estiment également que le mal-être ambiant résulte d’une « dégradation des conditions de travail », conséquence de la suppression de 100 000 postes depuis le début des années 1980 et des « réorganisations incessantes » pour gagner en productivité. Près de 27 000 salariés ont vécu un changement d’organisation du travail en 2015. Ce qui n’est pas sans rappeler  l’affaire de la « vague de suicides » de France-Telecom de janvier 2008 à mars 2010 … avant de devenir Orange.

L’affaire sera, le 1er juin, au cœur du prochain comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de la SNCF. La nouvelle organisation voulue par la direction a un objectif affiché : « recréer de l’humain ». Invraisemblable, la formule résume tout.

A demain

1 « inouï » [inwi] est présent dans la langue française depuis la fin du XVIIème. Le mot est issu de ouï, part. passé de ouïr : « qui n’a pas été entendu, sans exemple, inouï ».  Plus rare : « Inouïsme », subst. masc.,rare. Caractère de ce qui est inouï ; étrangeté.

 

Cannabis politique: le ministre de l’Intérieur a-t-il (déjà) étouffé la ministre de la Santé ?

 

Bonjour

Tout changer pour que rien ne change ? Nous vivons à l’heure des symboles diffusés par voie télévisée. Ainsi la déjà historique poignée de main (virile) entre Trump Donald et Macron Emmanuel. C’était le 25 mai à Bruxelles. Pour celles et ceux qui n’auraient pas saisi le nouveau président de la République se décrypte dans le Journal du Dimanche de ce 28 mai. « Ma poignée de main avec lui, ce n’est pas innocent, ce n’est pas l’alpha et l’oméga d’une politique mais un moment de vérité » dit-il. Et il ajoute (sans rire) : « Il faut montrer qu’on ne fera pas de petites concessions, même symboliques, mais ne rien surmédiatiser non plus ».

« Le président français et son homologue américain ont échangé une poignée de main insolite, longue et appuyée, interprétée par certains comme un moment de diplomatie virile, résume Le Monde. M. Trump est connu pour secouer le bras de ses visiteurs lorsqu’il les salue. Sous l’œil d’une caméra, avant un déjeuner de travail à l’ambassade américaine à Bruxelles, M. Macron a résisté pendant cinq secondes, mâchoire serrée, le regard planté dans celui de son homologue. »

Mâchoires

 On ne saura pas pourquoi les mâchoires présidentielles étaient serrées. On imagine sans mal en revanche les raisons qui ont poussé Emmanuel Macron à confier le dossier du cannabis à Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur et non à Agnès Buzyn, ministre de la Santé (ou à François Bayrou, ministre de la Justice). C’est ainsi l’Intérieur qui va piloter la volonté présidentielle de transformer l’usage de cannabis en simple contravention – et ce « d’ici 3 à 4 mois ». Comment mieux dire que pour Emmanuel Macron l’usage de stupéfiants n’est ni une question de santé publique, ni une question de libertés individuelles mais bien un problème d’ordre public ?

« En cela, le gouvernement rompt avec les principes qui justifient depuis l’origine la pénalisation de l’usage des stupéfiants en France, observe dans une tribune publiée par Le Monde, Yann Bisiou (maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université Paul-Valéry Montpellier). La loi du 31 décembre 1970 avait admis la sanction pénale des usagers pour renforcer l’incitation au soin. Créer une contravention pour sanctionner sans soigner n’a aucun sens. Soit l’usage de cannabis est un problème de santé publique et la réponse doit être sanitaire, ce qu’une contravention ne permet pas, soit ce n’est pas un problème de santé publique et dans ce cas pourquoi ne pas légaliser l’usage de cannabis comme le font de plus en plus de pays ? »

Pour M. Bisiou l’annonce de Gérard Collomb confirme la tendance à aborder la problématique de l’usage de cannabis sous l’angle de « la lutte contre les nuisances publiques ». L’usage est considéré comme un danger potentiel pour la société qui justifie des sanctions en dehors de toute préoccupation de santé. Il ajoute, argument cruel, qu’en pratique l’amende est la principale réponse à l’usage simple de cannabis et son montant est en moyenne de 450 € (à comparer aux 100 €) envisagé par Emmanuel Macron. « Cette contraventionnalisation de facto n’a rien apporté, ni aux usagers, ni à la société, observe M. Bisiou. L’usage n’a cessé de progresser et les usagers d’être interpellés. »

De 450 € à 100 €

 Passer à la contravention a-t-il une autre finalité que de faciliter la répression en rendant la procédure plus expéditive ? L’amende, plus systématique ne va-t-elle pas va peser avant tout sur les usagers les plus précaires et les plus jeunes, ceux qui sont interpellés lors de contrôles d’identités sur la voie publique ? « Au contraire, à l’image de ce qui se met en place au Canada avec les deux projets de loi sur la dépénalisation du cannabis et la prévention de la conduite sous influence des drogues (Projets C45 et C46, 13 avril 2017), c’est à une société plus inclusive pour les usagers de cannabis qu’il faut œuvrer » estime M. Bisiou.

Or c’est là un projet politique qui, par définition, ne peut être porté par le ministre de l’Intérieur dont la logique profonde est celle de la répression. Il ne peut l’être que par la ministre de la Santé. Or nous venons d’observer, durant cinq ans, Marisol Touraine incapable de se faire entendre de Bercy, Beauvau, Matignon et l’Elysée sur la question, essentielle, de la réduction des risques tabagiques. Agnès Buzyn est-elle d’ores et déjà doublée sur le dossier du cannabis ? Sait-elle qu’elle pourrait avoir le soutien d’une large fraction des spécialistes de la lutte contre les addictions ? Quand donnera-t-elle de la voix ?

A demain

 

Cannabis : le gouvernement va transformer un délit en un timbre-amende. Comment ?

Bonjour

C’était un délit depuis 1970. Cela sera, demain, passible d’une contravention. Mais il ne faut surtout pas dire que nous sommes sur le chemin de la dépénalisation. Faudra-t-il une loi pour défaire ce qu’une loi avait fait ? Sans doute. Et ce même si cette loi (un an de prison maximum et 3 750 euros d’amende) n’était pratiquement plus jamais appliquée. Qui porterait la nouvelle loi ? A l’évidence le ministre de l’Intérieur puisque cette initiative vise avant tout à alléger le travail des forces de l’ordre. Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) sera-t-elle associée ? Nul ne sait.

A dire vrai on ne sait pratiquement rien de ce dossier. Si ce n’est ce que dit le porte-parole du gouvernement :

« Emmanuel Macron candidat (…) avait annoncé qu’on voulait des mesures efficaces : la possibilité de donner une contravention d’une centaine d’euros, avec paiement le plus rapide possible, instantané dans certain cas. Et puis ensuite des mesures coercitives qui peuvent aller jusqu’à la prison si la personne ne paie pas ou ne rentre pas dans le rang.

 « Ce qui compte aujourd’hui c’est d’être efficace, et surtout de désengager du temps de travail de nos policiers et de nos gendarmes pour qu’ils soient plus présents sur des affaires essentielles. Mais « ce n’est pas de la dépénalisation, c’est de la contraventionalisation. On reste dans du pénal. Emmanuel Macron n’a pas souhaité ouvrir ce débat-là car consommer des stupéfiants reste grave et dangereux pour la santé, en particulier pour les plus jeunes. »

« Réagissant à l’annonce, les associations regroupées au sein du collectif CIRC voient là ‘’l’expression d’un manque de courage politique, mais aussi et surtout l’aveu de l’échec d’une politique fondamentalement criminogène, discriminatoire et liberticide’’, écrit Le Quotidien du Médecin. Elles appellent ’toutes les organisations impliquées dans la réduction des risques chez les consommateur(trice)s de drogues ainsi que celles œuvrant dans le champ des libertés individuelles, à se mobiliser pour qu’enfin un débat digne de ce nom s’ouvre sur la délicate question de la politique des drogues’’ ».

Timbreamende

Le passage annoncé au « timbre-amende » est-il la première étape d’une mise en marche vers dépénalisation ? Libération rappelle que pour l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, « la dépénalisation peut être définie comme le processus tendant à réduire l’application de sanctions pénales à l’égard d’un comportement déterminé, cette réduction pouvant aboutir à leur suppression pure et simple ». La contraventionnalisation s’inscrit donc bien dans un processus de dépénalisation. On est loin cependant de la légalisation du cannabis défendue notamment par Benoît Hamon, qui selon lui « permettait de tarir l’économie souterraine et les violences ».

« Il est significatif que pour une fois, d’entrée de mandat et par un ministre important sans démenti comme avec Peillon une évolution de la réponse au cannabis soit évoquée, souligne Jean-Pierre Couteron, président de Fédération Addiction. Il est regrettable que ce soit le seul ministre de l’Intérieur au nom des seuls arguments ‘’simplifier le travail’’ des policiers qui parle, quand on sait ce qui se joue dans les CJC avec les jeunes, ou quand on ne veut pas le savoir ! Quant à la contraventionalisation, elle comporte un vrai risque de sur-sanction inégalitaire de l’usage, bien documenté par exemple par Addiction Suisse. »

Et maintenant ? Contraventionaliser et en même temps ne pas être accusé de dépénaliser. Retrouvera-t-on, officiellement prohibé, la musique consensuelle hollandienne ?

A demain

Cannabis verbalisé: pourquoi les médias français ne s’enflamment-ils plus pour ce sujet ?

 

Bonjour

Les médias généralistes seraient-ils blasés? Ou fatigués ? Gérard Collomb, bientôt 70 ans, maire de Lyon depuis seize ans, vient d’ouvrir la voie à la dépénalisation de la consommation de cannabis en France. Et ce à la demande d’un président de la République ni de droite ni de gauche. Hier c’eût été une explosion. Aujourd’hui aucune réaction, ou presque. Prenons Libération, quotidien fondé par Jean-Paul Sartre qui défendit durant des décennies la dépénalisation de cette herbe illicite. Quelques lignes sur le site (Amélie James), qui pourraient être lues partout ailleurs dans la sphère médiatique.

Prenons Le Figaro qui, en toute rigueur idéologique, devrait se déchaîner et accuser Emmanuel Macron, nouveau président de la République, de laxisme. Ce sont, chez le vieux quotidien, des pudeurs de gazelles : « Bientôt des amendes pour usage de drogue » (Paule Gonzales). On cite Jacky Coulon, secrétaire national de l’Union syndicale des magistrats (USM) : « Si cela peut permettre à la justice de mieux fonctionner, nous n’y sommes pas hostiles. Mais nous souhaitons que cela ne baisse pas le niveau de répression, car il y a des infractions qui méritent d’être réprimées et que cela puisse se faire sous le contrôle du juge ».

Passé maître dans l’art du consensus sociétal Le Monde (François Béguin) ne dit rien d’autre qui la police : « le ministre de l’Intérieur répond à une demande forte de simplification et d’allégement du travail, sans sacrifier à l’efficacité » (Philippe Capon, du syndicat de gardiens de la paix UNSA Police). Le dernier quotidien parisien vespéral cite aussi Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction : « De vraies questions se posent désormais sur les modalités de mise en place de cette mesure. Nous espérons que cette contraventionnalisation dépénalisera l’usage et en fera juste un délit, comme cela s’est passé au Portugal ».

« Spots » de deal

Des questions, effectivement se posent, que les médias ne posent pas. Quel impact aura, en pratique, la mesure voulue par M. Macron et mise en musique par M. Collomb ? Une évaluation est-elle prévue qui donnerait une indication sur l’évolution de la consommation ? Sur l’évolution des trafics illicites ? Quel usage sera fait des sommes ainsi récoltées ? Incitera-t-on les forces de l’ordre à faire du chiffre ?

« Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur avait agité l’idée de « contraventionnalisation » de l’usage et de la possession pour usage, nous répond le Dr Bertrand Lebeau (SOS Addictions) en commentaire de ce blog. Et on peut penser que le premier objectif de cette mesure concerne le travail policier qui sera moins chronophage et surtout moins inutilement chronophage. Par les temps qui courent la police a des choses plus utiles à faire. Comment vont se passer les choses sur le terrain et en particulier sur les « spots » de deal où on peut penser que beaucoup de jeunes sont verbalisables ? L’avenir le dira. »

« Quant aux conséquences que pourrait avoir cette décision sur la consommation, elle me semble très secondaire pour le ministère de l’Intérieur et, en tout état de cause difficilement mesurable, poursuit-il. Par ailleurs, mais je ne suis pas juriste, je suis surpris qu’il soit si facile de s’exonérer d’une loi qui considère l’usage de drogues illicites comme un délit et c’est le cas de la loi de 70. C’est même une de ses spécificités les plus fortes. J’aimerais qu’un expert nous explique à quelles conditions il est possible d’abandonner le délit pour passer à la contravention. »

C’est une très bonne question. Elle devrait, s’ils ne sont pas blasés, réveiller les experts.

A demain

 

 

 

 

 

Mensonges : cinquante ans après, découverte de la sale vérité sur les cigarettes «légères»

 

Bonjour

Les mensonges dans toute leur splendeur. Ils éclatent dans une toute récente publication la revue du Journal of the National Cancer Institute : « Cigarette Filter Ventilation and its Relationship to Increasing Rates of Lung Adenocarcinoma ». Mensonges véritables, mensonges répétés à l’envi, amplifiés jusqu’à plus soif, relayés à l’infini par la publicité, mensonges par omission, mensonges tacitement acceptés par des fumeurs devenus esclaves du tabac et qui voulaient voir là une lueur de sortie.

Résumons : les cigarettes dites « légères » sont tout aussi dangereuses pour la santé que les « lourdes » ; pire elles ont probablement contribué au très net accroissement d’une forme de cancer du poumon. Telles sont les conclusions de l’étude signée par onze chercheurs travaillant dans diverses universités et centres de recherche américains sur le cancer. La commercialisation des cigarettes « light » (avec filtres ventilés) expliquerait selon eux l’augmentation des adénocarcinomes pulmonaires, lésion cancéreuse devenue la plus fréquente chez les fumeurs.

Conçues pour leurrer

Ces résultats viennent confirmer les inquiétudes quant aux effets physiopathologiques véritables de ces cigarettes que l’industrie du tabac vantait comme étant moins nocives que les autres. Les cigarettes « light ont commencé à être commercialisées il y a un demi-siècle. « Elles ont été conçues pour leurrer les fumeurs et les responsables de la santé publique » accuse le Dr Peter Shields (Comprehensive Cancer Center, The Ohio State University and James Cancer Hospital, Columbus) qui a dirigé ce travail. Il faut écouter le Dr Shields :

« L’analyse de nos données suggère clairement un lien entre le nombre de trous ajoutés dans les filtres des cigarettes et un accroissement du taux d’adénocarcinomes du poumon au cours des vingt dernières années. Ce qui est particulièrement préoccupant c’est le fait que ces filtres à trous se trouvent sur pratiquement toutes les cigarettes vendues aujourd’hui. Ces filtres modifient la combustion du tabac ce qui produit plus de cancérigènes sous forme de particules fines qui atteignent les parties les plus profondes des poumons où se développent le plus souvent les adénocarcinomes. »

Agnès Buzyn

Les chercheurs estiment que les résultats de leur dernière étude devraient persuader la Food and Drug Administration de réglementer, voire d’interdire totalement les filtres ventilés aux Etats-Unis. Ils estiment également que des recherches seraient nécessaires pour confirmer qu’une élimination des trous dans les filtres n’entraînerait pas un accroissement de l’accoutumance à la nicotine ou une exposition accrue à des agents toxiques dans les cigarettes.

On aimerait savoir ce que les responsables de l’Inserm, les autorités sanitaires françaises et Agnès Buzyn, ancienne responsable de l’Institut National du Cancer et nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités) feront de la lecture de ce travail. Et quand.

A demain