Vos urgences sont saturées ? Une idée : dénoncez la situation à votre Agence Régionale de Santé !

Bonjour

Faudrait-il en venir là ? C’est l’une de ces riches informations locales évoquée de temps à autre par Le Quotidien du Médecin (ici Anne Bayle-Iniguez). Une information en provenance de nos territoires impactés. Et, en l’espèce, dans le département trop méconnu de la Mayenne.

« C’est une affiche de format A4, presque un bout de papier, qui fait parler de lui depuis plusieurs jours à Laval, explique Le Quotidien. Retirée depuis du service des urgences de l’hôpital de la ville, où elle avait été apposée en fin de semaine dernière de façon anonyme, l’affichette s’adressait ‘’aux usagers du service des urgences du CH Laval’’, en leur suggérant d’aller ‘’manifester[leur] colère » contre les délais d’attente ‘’interminables’’ ‘’en écrivant directement à l’ARS, 17, boulevard Doumergue, 44 262 Nantes cedex 2’’ »

Une bouteille dans la Mayenne, en somme ; la conséquence de la saturation du service – 94 passages par jour en moyenne pour des locaux et des effectifs prévus pour 75 – et les fermetures de lits – dont plusieurs dizaines « dans les mois à venir ». « Nous ne demandons pas d’argent mais juste les moyens de faire correctement notre travail pour vous offrir une qualité de soins que vous êtes en droit d’exiger ».

Magnanime direction

Originale, l’initiative a été évoquée par les « médias locaux ». Ce qui n’a pas été du goût d’André-Gwenaël Pors, directeur de l’hôpital de Laval depuis la fin 2013. Selon lui cette affichette n’est qu’un un « tract ». Et qui plus est un tract utilisé début 2018 au moment où le service des urgences connaissait une « grève larvée de deux-trois mois, dans un contexte de préparations des élections professionnelles », explique-t-il au Quotidien. « C’est une initiative individuelle et spontanée (…). C’est peut-être le fait d’un médecin, mais je ne vais pas sanctionner, même si ni la méthode ni le message ne sont très propres », précise-t-il. Où l’on voit qu’une direction hospitalière peut, vis-à-vis de ses employés, fussent-ils médecins, être magnanime.

Reste, au delà du méprisable papier, le fond du problème : la saturation chronique du service, que le directeur prend soin de tempérer sans pour autant la nier.  Les urgences du centre hospitalier de Laval ont reçu en moyenne 96 patients par jour en 2018 (+ 2,7 % par rapport à 2017, avec des pics à 135 passages par jour) – et ce alors que « l’organisation interne, de 20 ans d’âge, est prévue pour 60 patients adultes par jour ». « Ce n’est pas normal », concède le directeur  qui néanmoins conteste le discours syndical relayé par France Bleu : « ‘’On court ver une catastrophe sanitaire ! » la CGT du CH Laval alerte sur la situation des urgences ».

Le directeur réfute l’argumentaire liant saturation du service à fermeture des lits. Pour lui le mal est en ville :  la démographie médicale libérale déclinante en ville et les non-remplacements des départs en retraite qui se succèdent depuis quatre à cinq ans à Laval. Et le « tract » ? Contactés par Le Quotidien les personnels des urgences de Laval ont confirmé le retrait de l’affichette mais n’ont pas souhaité répondre à plus de questions.

A demain

@jynau

 

Le dérangeant mea culpa de Marlène Schiappa : PMA, homophobie et terrorisme islamique 

Bonjour

« La Manif pour Tous » attendait des « excuses immédiates » ; elle n’aura reçu que la moitié d’un mea culpa de Marlène Schiappa. Rappelons que dans l’application soutenue qu’elle met dans la mise en scène médiatique d’elle-même la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes a accordé un improbable entretien à Valeurs actuelles. Là elle « souligne l’existence d’une convergence idéologique » entre La Manif pour tous et « les terroristes islamistes » – sans toutefois les mettre « sur le même plan » (sic).

Extraits :  «  (…) Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. Le deuxième point commun entre homophobie et antisémitisme est que ce sont les théories islamistes radicales qui désignent comme boucs émissaires ces personnes-là. Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la « manif pour tous » ont nourri la recrudescence de violences homophobes: + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. (…) »  

Ce fut, à droite, un tollé. Et, à gauche, un silence plus que gêné sinon gênant.  « En comparant l’incomparable, Marlène Schiappa se livre à une provocation qui augure très mal du débat à venir sur les enjeux majeurs de la révision de la loi de bioéthique, observa La Manif pour tous. Les caricatures et les violences verbales n’ont pas leur place dans le débat public. »Un débat qu’Emmanuel Macron  souhaitait, hier encore, « apaisé ». Et cette association de porter plainte pour diffamation publique auprès de la Cour de justice de la République, dénonçant des « propos scandaleux » et une « insulte gravissime aux millions de Français mobilisés depuis 2012 pour témoigner pacifiquement de leur attachement à la famille ».

Ne pas boycotter Valeurs actuelles

Serait-ce le vent du boulet ? Voici qu’aujourd’hui, l’encre de Valeurs actuelles à peine sèche, Marlène Schiappa, présentr ses « excuses à toutes les personnes qui auraient pu se sentir sincèrement blessées ». « J’en assume la responsabilité. Lorsqu’un message est mal reçu c’est qu’il a été mal émis. Les gens qui ont adhéré à La Manif pour tous ne sont évidemment pas des terroristes », écrit la secrétaire d’Etat dans un communiqué publié vendredi 22 février. Explications :

 « Au cours des échanges d’une durée de près de deux heures, j’ai souligné une convergence idéologique entre différents courants de pensée se rejoignant dans le refus de l’altérité, dans la remise en cause des droits des femmes ou des droits des personnes LGBT + . Je souhaite depuis le début de mes missions m’adresser à tout le monde, sans sectarisme, et sans boycotter [sic] aucune publication que ce soit, et dans le respect mutuel. Je continuerai en ce sens. »

Une chose en somme, suivie de son contraire. Où l’on retient cette justification : « lorsqu’un message a été mal perçu c’est qu’il a été mal émis ». Et ce nouveau message qui « souligne une convergence idéologique entre différents courants de pensée se rejoignant dans le refus de l’altérité (…) ». Un message émis, sans sectarisme, par l’actuelle secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes.

A demain

@jynau

PS Sur l’usage fait du mot « homophobie » dans les médias on peut consulter le précieux « La langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement  » d’Ingrid Riocreux Editions de l’Artilleur/Toucan

 

 

 

Maternités fermées. Agnès Buzyn fera-t-elle toute la lumière sur la mort du bébé de Die ?

Bonjour

« C’est un terrible drame qui a eu lieu à Die,  rapportait Le Dauphiné (Julien Combelles), le 19 février. Une femme, transportée par les pompiers du Diois, a perdu l’enfant qu’elle portait, mort in utero lors de son admission aux urgences de l’hôpital de Die, a appris Le Dauphiné Libéré. 

« Enceinte de plus de 7 mois, la jeune femme, une habitante de Châtillon-en-Diois, faisait l’objet d’un suivi médical très poussé par une sage-femme libérale et avait été prise en charge au centre de périnatalité de Die au début de sa grossesse. Selon nos informations, elle souffrait d’un décollement placentaire. C’est avant son transfert en hélicoptère vers la maternité de Valence qu’une sage-femme a finalement confirmé le décès du bébé. »

« Dans la soirée du 18 février, vers 21h, cette habitante de Châtillon-en-Diois appelle les pompiers qui la transportent aux urgences de Die, précise France Bleu Drôme Ardèche (Nathalie Rodrigues). Un hélicoptère du SAMU doit l’y récupérer pour la transférer à la maternité de Montélimar. Mais quand la sage-femme descend de l’hélicoptère et examine la patiente, le coeur du bébé de plus de 7 mois ne bat déjà plus. »

La direction de l’hôpital de Die a aussitôt expliqué qu’il n’y a pas de lien entre cet événement tragique et la fermeture de la maternité (survenue fin 2017 au terme d’une vive controverse), et que ces drames arrivent malheureusement, même dans des hôpitaux équipés, lorsqu’il y a une complication médicale en cours de grossesse.

Conflit d’intérêts

Pour autant le collectif de défense de l’hôpital de Die soulève la question de ce lien. Philippe Leeuwenberg, son président, va écrire à la ministre des Solidarités et de la Santé. Il l’a expliqué dans « Le coup de fil de l’actu » sur France Bleu Drôme Ardèche :

« On va demander à Agnès Buzyn de faire une enquête très sérieuse. On lui demande d’avoir toutes les informations sur les temps d’intervention, les temps d’attente, sur l’intervention des pompiers, l’heure d’arrivée à l’hôpital. Est-ce que ces fameux médecins correspondants SAMU sont intervenus? Qui a fait un diagnostic médical? Quand? A quelle heure? Comment c’est possible, aujourd’hui dans le Diois, qu’une femme ait eu un accident comme celui-là? Et dans l’attente d’une enquête sérieuse, on devrait rouvrir la maternité. » 

Pour sa part l’Agence Régionale de Santé (directement impliquée dans la décision de fermeture de la maternité) annonce qu’une mission d’enquête « va être diligentée dans les prochains jours ». Cette mission devra déterminer les conditions de prise en charge de cette patiente, y compris les éléments de suivi à domicile dans le cadre de cette grossesse jugée à risque.

L’ARS rappelle que « le dispositif de suivi des femmes enceintes sur le Diois par les professionnels du Centre périnatal de proximité de Die, et de prise en charge en urgence, renforcée il y a plus d’un an, fonctionne parfaitement comme cela a pu être confirmé lors des différents comités de suivi, dont le dernier en date du 21 janvier 2019, ainsi que par les professionnels de santé. »

Une lecture que ne partage nullement le compagnon de la femme qui a perdu son enfant.Il a expliqué à France Bleu avoir alerté les secours à 19h 45. Les pompiers ont d’abord transporté sa compagne aux urgences de l’hôpital de Die où un hélicoptère était attendu. Il arrive « au moins 1h 15 après » et finit par acheminer la patiente à l’hôpital de Montélimar. Il est alors 22h 58 raconte-t-il : « Il a fallu plus de 3 heures pour acheminer ma femme à Montélimar. Si, en étant inconscient et fou, j’avais chargé ma femme dans la voiture, je mettais moins d’une heure pour arriver à Montélimar. Mais je me suis fié au protocole qui m’avait été demandé. Il s’avère que notre enfant y est resté. »

A demain

@jynau

Urgence absolue : qui n’a pas fait quoi sur le télésiège de la station de Châtel (Haute-Savoie) ?

Bonjour

Une dépêche AFP qui semble tout nous dire de notre indifférence moderne aux autres. On l’avait vu dans les souterrains du métro, on ne l’imaginait pas dans les airs d’une station de sports d’hiver. Ainsi donc une fillette de cinq ans a été transportée en urgence absolue, jeudi 21 février, aux Hôpitaux Universitaires de Genève après avoir été retrouvée en arrêt cardio-respiratoire sur un télésiège de la station de ski de Châtel (Haute-Savoie).

L’enfant était entourée alors en compagnie d’adultes. Elle « aurait eu la tête coincée entre le garde-corps et l’accoudoir du siège sur la durée du parcours », a précisé dans un communiqué Nicolas Rubin, maire de Châtel. L’accident a eu lieu aux environs de midi. La fillette prenait des cours de ski encadrés par un moniteur. Elle avait pris place sur un télésiège de six places – « l’installation la plus récente du domaine skiable », selon Nicolas Rubin.

Retrouvée en arrêt cardio-respiratoire par le service des pistes au débarquement du télésiège, l’enfant a été réanimée peu avant 12 h 30 et transportée à Genève, en hélicoptère, par la gendarmerie une heure plus tard. La famille de la fillette a été prise en charge par la société des remontées mécaniques et a été accompagnée à Genève.

Une enquête, confiée au peloton de gendarmerie de haute montagne de Chamonix et à la brigade de recherche de Thonon-les-Bains, a été ouverte par le parquet de Thonon pour tenter de faire la lumière sur les circonstances du drame. L’affaire ne fait que commencer. Le télésiège sur lequel se trouvait l’enfant « dispose d’une photographie à l’arrivée », ce qui devrait permettre « d’identifier les adultes présents à ses côtés » au moment de l’accident, a souligné le maire de Châtel.

C’est ainsi : aujourd’hui on nous filme ne plus regarder notre prochain.

A demain

@jynau

Souffrances et addictions aux antalgiques opiacés : la France n’est-elle qu’au milieu du gué ?

Bonjour

Aux Etats-Unis c’est un drame national aux multiples facettes, médicales et pharmaceutiques, économiques et politiques. Et en France ? L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient de publier un rapport sur la consommation des antalgiques opioïdes . Qu’apprend-on ?

Tout d’abord que durant ces dix dernières années la consommation des antalgiques opioïdes a augmenté. S’en inquiéter ? Pas vraiment puisque « cela s’inscrit dans la politique d’amélioration de la prise en charge de la douleur de part, notamment, des plans ministériels de lutte contre la douleur ayant été mis en place depuis 1998 ».

Pour autant l’ANSM observe une augmentation du « mésusage », ainsi que des « intoxications » et des « décès » liés à l’utilisation des antalgiques opioïdes. Que ces derniers soient « faibles » (tramadol, codéine, poudre d’opium) ou « forts » (morphine, l’oxycodone et le fentanyl).  Voici (résumés par l’ANSM) les principaux enseignements de ce rapport :

  • D’après les données de l’assurance maladie, près de dix millions de français ont eu une prescription d’antalgique opioïde en 2015. En 2017, l’antalgique opioïde le plus consommé en France est le tramadol puis la codéine en association et la poudre d’opium associée au paracétamol. Viennent ensuite la morphine, premier antalgique opioïde fort, l’oxycodone (désormais pratiquement autant consommé que la morphine), puis le fentanyl transdermique et transmuqueux à action rapide.
  • Entre 2006 et 2017, la prescription d’opioïdes forts a augmenté d’environ 150% (patients ayant eu au moins une prescription dans l’année. L’oxycodone est l’antalgique opioïde qui marque l’augmentation la plus importante.
  • La consommation globale des opioïdes faibles est restée relativement stable. Le retrait du dextropropoxyphène en 2011 a été accompagné de l’augmentation de la consommation des autres opioïdes faibles et en particulier du tramadol. Il devient l’antalgique opioïde le plus consommé (forts et faibles confondus) avec une augmentation de plus de 68 % entre 2006 et 2017.

Plus généralement l’ANSM rappelle que les opioïdes ont un intérêt majeur et incontestable dans la prise en charge de la douleur ;  et qu’ils restent moins consommés, en France, que les antalgiques non-opioïdes (paracétamol, aspirine, AINS). Elle ajoute aussi que la consommation des antalgiques opioïdes « peut s’accompagner de complications graves ».

« Cette problématique touche principalement des patients qui consomment un antalgique opioïde pour soulager une douleur, et qui développent une dépendance primaire à leur traitement, et parfois le détournent de son indication initiale, précise-t-elle.Ainsi, le nombre d’hospitalisations liées à la consommation d’antalgiques opioïdes obtenus sur prescription médicale a augmenté de 167 % entre 2000 et 2017 passant de 15 à 40 hospitalisations pour un million d’habitants. » Quant au nombre de morts liées à la consommation d’opioïdes, il a augmenté de 146 %, entre 2000 et 2015, « avec au moins quatre décès par semaine ».

Le cas du sulfate de morphine

En d’autres termes, si la situation française n’est pas comparable à celle observée aux Etats-Unis et au Canada l’enjeu, pour les autorités sanitaires françaises, consiste dès aujourd’hui « à sécuriser au mieux l’utilisation des antalgiques opioïdes sans restreindre leur accès aux patients qui en ont besoin ».

On notera, dans le rapport, le chapitre réservé à « l’usage problématique du sulfate de morphine » (un sujet évoqué depuis plusieurs années par l’OFDT) :

« Le sulfate de morphine est l’antalgique opioïde fort le plus consommé en ville et ayant le taux de notifications le plus important ; en particulier la spécialité Skénan qui représente 81% des notifications. Deux populations sont représentées dans les notifications.

« La première comprend des sujets ayant développé une dépendance primaire à la suite de la prescription de sulfate de morphine comme antalgique. Dans la dernière mise à jour de l’enquête (2013-2016) cette population représente 16,2% des notifications (7,2% lors de l’enquête 1996-2013). Ces sujets sont âgés en moyenne de 43,7 ans. La voie d’administration n’est pas détournée.

« La deuxième comprend des usagers de drogues consommant du sulfate de morphine soit en usage récréatif, soit en tant que médicament de substitution aux opioïdes. Il s’agit principalement d’hommes (70%) plus jeunes (âge médian entre 35 et 38 ans). Dans plus de la moitié des cas, la voie d’administration est détournée par voie injectable et de fortes doses sont consommées. Le sulfate de morphine est obtenu par deal ou achat dans la rue dans 53,6% des cas et par prescription médicale dans 46,2%. Une polyconsommation de substances psychoactives et un nomadisme médical sont fréquemment associés. Les complications rapportées sont infectieuses, neurologiques et vasculaires).

La prescription de morphine aux usagers d’opioïdes est ancienne et précède à la mise sur le marché des médicaments de substitution aux opioïdes (méthadone et buprénorphine haut dosage) au milieu des années 1990. Ce qui explique, entre autre, la plus forte proportion d’usage de morphine par les usagers de drogues, par rapport aux autres antalgiques opioïdes. »

A demain

@jynau

Catholicisme, éthique et politique: Agnès Thill dira-t-elle merci à la République en Marche ?

Bonjour

La rigueur idéologique, notamment soviétique, n’est décidément plus ce qu’elle fut. Agnès Thill députée (LRM, Oise) de religion catholique désormais bien connue des médias ne sera pas condamnée, martyre, à mendier un siège politique. Ils étaient pourtant nombreux, dans son groupe macronien à réclamer publiquement son exclusion après des déclarations controversées (provocatrices) contre  la procréation médicalement assistée « pour toutes ».

Accompagnée d’un avocat, elle a été entendue le 19 février par la « commission des conflits » de La République en Marche. « Ces provocations n’étaient en rien conformes à l’attitude que les adhérents de LRM et les Français dans leur ensemble sont en droit d’attendre de leurs élus », a souligné le parti dans un communiqué publié jeudi 21 février. Cette mise en garde pourrait se transformer en exclusion « si [Agnès Thill] venait à renouveler un tel comportement ».

Aussitôt Mme Thill s’est réjouie dans un tweet « de rester membre » de LRM, dont elle « partage et adhère à toutes les valeurs ». « Je me suis engagée à faire attention à mes propos », a précisé à l’Agence France-Presse la députée de l’Oise, se félicitant que soit « reconnu » qu’elle n’est « ni homophobe ni islamophobe ».

Machisme

Dans un courrier qu’elle va adresser à son président de groupe, Gilles Le Gendre (Paris), elle demandera désormais « un débat apaisé et serein » -mais  prévient qu’elle déposera plainte en cas de « nouvelle attaque » de la part de ses collègues, notamment sur sa vie privée et sa religion catholique. La tempête n’est en rien calmée. Guillaume Chiche, un des députés (Deux-Sèvres) LRM qui avait plaidé pour son exclusion, a affirmé à l’AFP que sa demande restait « intacte ». « Je reste atterré par les déclarations d’Agnès Thill. J’espère que cette décision la fera grandir », a-t-il ajouté. Mme Thill accusera-t-elle dès demain M. Chiche, sinon de machisme du moins de paternalisme?

Dans une déclaration transmise à l’AFP, Gilles Le Gendre, chef en titre des députés macroniens, relève que Mme Thill « s’est engagée à ne pas réitérer de tels propos, et à observer les règles d’un débat serein et respectueux lors de l’examen prochain des lois de bioéthique. » « Je serai attentif à ce que cet engagement soit respecté », promet le patron du groupe majoritaire.

Lobby LGBT et écoles coraniques

Selon Hervé Berville (Côtes-d’Armor) porte-parole des députés LRM, « c’est le dernier avertissement » et « il faut qu’elle arrête de jeter de l’huile sur le feu ». « Il y a des divergences de fond mais il faut respecter la liberté de parole », a-t-il aussi souligné à l’AFP. Où l’on comprend qu’il ne faut pas jouer avec le feu mais que rien n’est simple devant la cheminée allumée.

Mme Thill, qui s’oppose à l’extension de la procréation médicalement assistée, avait estimé en janvier que « l’absence de genre dans le mot “parent” favoris[ait] l’éclosion d’écoles coraniques », à l’occasion de la publication du rapport de la mission parlementaire sur la bioéthique. Elle avait déjà été mise en garde à plusieurs reprises auparavant par LRM, notamment pour des propos concernant l’existence d’un hypothétique « lobby LGBT » oeuvrant au sein de l’Assemblée nationale.

Puis, plus récemment elle déclenchait une nouvelle levée de boucliers après avoir comparé les « femmes seules » qui, souffrant de ne pas avoir d’enfants et réclamant un droit à la PMA, à des « droguées ». Qui, ici, tirera, au fond, les marrons du feu ?

A demain

@jynau

 

Haine: Emmanuel Macron annonce une loi contre. Le dernier éclat de Marlène Schiappa

Bonjour

21 février 2019. La désinhibition épidémique ne cesse de gagner du terrain. Cortège d’insultes provocatrices, de crises colériques, d’appels au meurtre, de déchaînements de haines.  Et des médias généralistes historiques radicalement dépassés par ces torrents d’insanités. «Les commentaires ignobles et illégaux ont largement dépassé notre capacité à les modérer», raconte Aymeric Robert, l’un des journalistes de FR3 Alsace soudain confronté à cette réalité.

Quelle grille psychiatrique nous aidera à décrypter ? « Que s’est-il passé, s’interroge Le Figaro, (Elisa Braun) pour qu’Internet, qui devait être pour ses créateurs un lieu de partage du savoir et de l’information, devienne l’amplificateur d’une ignorance haineuse et, surtout, exprimée dans la plus totale impunité ? »

Hier, lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) le président de la République a annoncé qu’une proposition de loi pour lutter contre les contenus haineux sur internet sera déposée «dès le mois de mai». «Il faut que les auteurs de ces contenus comprennent que nous irons les chercher partout où ils sont et que nous ferons cesser leurs violences», annonçaient Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique, et Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes au Figaro .

L’objectif est d’imposer aux réseaux sociaux d’être transparents sur leurs règles de modération, de mieux détecter les propos haineux en amont grâce à des outils de prévention, de les retirer plus rapidement et de lutter contre l’impunité en conservant des preuves dans les archives des plateformes.  « Le président de la République a également fait part de son souhait d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux personnes condamnées pour racisme ou antisémitisme, ‘’comme l’on a interdit d’accès aux stades les hooligans’’ ajoute Le Figaro. Une mesure dont la légalité et la mise en application suscitent de nombreuses interrogations. Enfin, Emmanuel Macron est intervenu sur la question épineuse de l’interdiction de l’anonymat sur Internet. ‘’La question sera posée’’ a-t-il indiqué devant son auditoire. ‘’Faut-il l’interdire partout? […] nous pourrions aller vers le pire’’ a toutefois précisé le chef de l’État. »

La mise en scène de soi

Le pire ? Marlène Schiappa, parfois, s’y emploie dans l’application qu’elle met à la mise en scène d’elle-même. Aujourd’hui ce sont les déclarations de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes qui font « grincer des dents ». Dans un improbable entretien à Valeurs actuelles, Mme Schiappa « souligne l’existence d’une convergence idéologique » entre La Manif pour tous et « les terroristes islamistes » – sans toutefois les mettre « sur le même plan » (sic).

« Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes », observe la secrétaire d’Etat, pour qui « il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes qui s’unissent de fait dans ce combat »1.  Valérie Pécresse, chef de file du mouvement Libres ! au sein des Républicains, a aussitôt dénoncé sur Twitter la « faute » de Marlène Schiappa.

« Critiquer les positions des sympathisants de la Manif pour Tous est une chose. Les comparer aux terroristes islamistes qui ont frappé à mort notre pays et qui veulent détruire notre civilisation, c’est une faute. »

D’autres, comme le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a lui aussi fustigé sur Twitter ce qu’il considère comme une « insulte ». La Manif pour tous dénonce un « scandaleux amalgame » et réclame « des excuses immédiates ».« Trop, c’est trop » écrit l’organisation dans un communiqué. 

« En comparant l’incomparable, Marlène Schiappa se livre à une provocation qui augure très mal du débat à venir sur les enjeux majeurs de la révision de la loi de bioéthique. Les caricatures et les violences verbales n’ont pas leur place dans le débat public. » 

Une loi pour lutter contre cette épidémie de désinhibition qui ne cesse de gagner du terrain ?

A demain

@jynau

1 Extraits :  «  (…) Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. Le deuxième point commun entre homophobie et antisémitisme est que ce sont les théories islamistes radicales qui désignent comme boucs émissaires ces personnes-là. Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la « manif pour tous » ont nourri la recrudescence de violences homophobes: + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. (…) »