Alerte : Agnès Buzyn désormais menacée par une implosion psychiatrique nationale

Bonjour

Il est des journalistes, et c’est heureux, qui ne lâchent pas leurs dossier. On les appelait, jadis, des rubriquards. Souvent respectés, parfois moqués des reporters. Ainsi François Béguin (Le Monde), l’un des rares, dans la presse généraliste, à se pencher régulièrement sur le dédain politique dont souffre la psychiatrie française.  « C’est un rapport d’initiative parlementaire dont se serait sans doute bien passée la ministre de la santé, Agnès Buzyn, écrit-il aujourd’hui 18 septembre 2019. A quelques jours d’une nouvelle journée d’action des personnels paramédicaux des urgences en grève, et quelques mois seulement après des mouvements sociaux d’ampleur dans plusieurs établissements psychiatriques, les députées Caroline Fiat (La France insoumise, LFI, Meurthe-et-Moselle) et Martine Wonner (La République en marche, LRM, Bas-Rhin) livrent, mercredi 18 septembre, un diagnostic explosif de la situation de la psychiatrie en France. 

« Ce rapport est avant tout un manifeste politique et un cri d’alarme », expliquent les deux élues que la triste logique politique devrait opposer – la première aide-soignante, la seconde médecin psychiatre. « Sans être véritablement inédit, tant les rapports et alertes sur le sujet se sont accumulés ces dernières années, les constats de la mission d’information sur ‘’l’organisation territoriale de la santé mentale’’ sont très forts, observe le rubriquard du Monde. Cette organisation y est qualifiée d’’’ inefficiente’’ et d’ ‘’ inefficace’’, la filière psychiatrique publique est jugée ‘’au bord de l’implosion’’, et la prise en charge des patients est décrite comme ‘’catastrophique’’. A l’issue de plusieurs semaines d’auditions de soignants et de patients à travers tout le pays, les deux femmes se demandent même si ‘’l’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut (…) encore soigner les malades’’ ».

Il faut ici remonter dans le temps pour mieux saisir la désespérancela c, olère montante. Plus précisément en janvier 2018 quand Agnès Buzyn s’exprimait sur dans Le Monde (Sandrine Cabut , François Béguin et Laetitia Clavreul) en marge de la présentation de son plan de « douze mesures d’urgence » en faveur de la psychiatrie. Extraits :

 « Déstigmatiser » « Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à déstigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

« Différentes chapelles » « Il faut que les psychiatres de secteur, les généralistes et les acteurs du médico-social se parlent et mettent en place des filières de prise en charge. Les différentes chapelles de professionnels de santé mentale doivent aussi un peu baisser la garde, car nous avons besoin de tout le monde pour assurer les soins sur le territoire. »

Le cercle vicieux de la pédopsychiatrie « La démographie est en chute libre dans cette spécialité. Les professionnels sont débordés, et les universitaires ne peuvent plus faire d’enseignement et de recherche tellement il y a de patients à prendre en charge. C’est un cercle vicieux, plus personne ne veut s’investir. Il y a des régions entières où il n’y a pas de formation. Je souhaite donc qu’il y ait au moins un poste de professeur de pédopsychiatrie par faculté de médecine. C’est un premier pas indispensable pour retrouver l’attractivité.»

Le Monde demanda alors à la ministre si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondit Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorque la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. »

On apprit, par la suite la nomination en avril 2019 du Pr Frank Bellivier au poste de délégué ministériel à la psychiatrie. Puis rien, ou presque. Pour les deux élues, les problèmes sont « identifiés », les solutions sont « connues » et « ce qui a manqué jusque-là, c’est une volonté politique suffisamment forte pour faire changer les choses de manière radicale ».

Le « secteur » ? Soixante ans après sa mise en place ce système qui  structure géographiquement la prise en charge psychiatrique en France, est jugé en « échec ». Au fil des années il s’est complexifié, transformé en un « mille-feuille indigeste » et « illisible » de structures et d’acteurs. Conséquence : « une incompréhension totale du dispositif de la part des patients et de leurs familles », relèvent les députées.

Le « parcours de soins » ?  Un « parcours du combattant » et un « labyrinthe ». L’ « offre de soins » ? Outre sa complexité, elle est devenue « hétérogène et incohérente ». Les centres médico-psychologiques (CMP), censés proposer une aide au plus proche du domicile du demandeur ? « Saturés ». Les urgences psychiatriques ? « Engorgées ».  Sans oublier la croissance – jugée « sans précédent » par le contrôleur général des lieux de privation de liberté – du nombre d’hospitalisation sans consentement. Mille patients supplémentaires hospitalisés sans consentement entre 2017 et 2018, selon les chiffres de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation. 

Que faire ? On lira les propositions des députées dans Le Quotidien du Médecin ( Marie Foult). Sans oublier la mise en place d’une « Agence nationale en charge des politiques de santé mentale », sur le modèle de ce qui avait été fait pour lutter contre le cancer avec la création de l’Institut national du cancer (INCa). Un dispositif dont le coût serait« modeste » au regard des innombrables souffrances et des milliards d’euros que coûtent chaque année les maladies psychiatriques à notre collectivité.

 Où l’on en revient à ceci :

 « La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles… On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur.» (Agnès Buzyn, Le Monde, 26 janvier 2018).

Le pire, depuis, a gagné la partie.

A demain @jynau

L’Inde (1,3 milliard d’habitants) vient de condamner à mort la cigarette électronique

Bonjour

C’était une bouffée américaine sur fond de « maladie sans nom ». C’est désormais une épidémie : le gouvernement indien a, le 18 septembre 2019,  annoncé sa décision d’interdire interdit la cigarette électronique dans ce pays de 1,3 milliard d’habitants Et ce au nom de la santé publique (sic) et de la lutte contre les addictions (re-sic). Nirmala Sitharaman, ministre indienne des Finances (re-re-sic) en conférence de presse :

« La décision a été prise avec à l’esprit l’impact que les cigarettes électroniques ont sur la jeunesse aujourd’hui », C’est devenu très à la mode de les essayer, de les utiliser ».

Une ordonnance du gouvernement de Narendra Modi interdit désormais la production, l’import ou l’export, le transport, le stockage et la vente de cigarettes électroniques. « Cette mesure améliorera la politique de contrôle du tabac, donnant de meilleurs résultats en termes de santé publique », croit pouvoir avancer ce gouvernement sur le compte Twitter de son service de presse. Toute infraction à cette nouvelle réglementation (qui vise la distribution et n’évoque pas l’utilisation même de cigarettes électroniques) est désormais passible d’un an de prison et/ou 100 000 roupies (1 270 euros) d’amende, puis jusqu’à trois ans et/ou 500 000 roupies (6 300 euros) en cas de récidive.

Nocivité incontestable

Cette décision majeure, à l’opposé du concept de réduction des risques survient au lendemain de celle de l’Etat de New York de commercialiser des cigarettes électroniques aromatisées sur son territoire. Elle s’inscrit dans le contexte plus général voulu par l’OMS qui, de manière proprement incompréhensible, dénonce le caractère « incontestablement nocif » de ces outils. On notera (sans en tirer de conclusion trop hâtive) que l’Inde est, avec la Chine et le Brésil l’un des plus gros producteur mondial de tabac.

« Le vapotage consiste à inhaler des vapeurs créées par le chauffage à haute température d’un liquide, qui contient la plupart du temps de la nicotine, à l’intérieur de la cigarette électronique, résume l’AFP. Il connaît une popularité grandissante depuis son apparition au milieu des années 2000. Le procédé est présenté par ses défenseurs comme nettement moins dangereux pour la santé que les cigarettes traditionnelles. Mais législateurs et autorités sanitaires du monde entier craignent qu’il ne conduise les jeunes à fumer du tabac. »

« Législateurs et autorités sanitaires du monde entier » semblent ne pas avoir à leur disposition tous les éléments de l’équation. Ou ne pas vouloir en disposer. Dans les deux cas, incontestable nocivité.

A demain @jynau

Drogues, sardine et cages d’escalier : la réplique du Dr Lowenstein à Christophe Castaner

Bonjour

Zéro hasard en Macronie. Le solennel déplacement du gouvernement à Marseille pour distiller médiatiquement les « cinquante-cinq mesures anti-drogues »  1 coïncidait avec le coup de barre « anti-bourgeois » d’Emmanuel Macron tricotant sur l’immigration 2. Nous publions ici le réplique du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur.

«  Vous venez de présenter cinquante-cinq mesures contre les stupéfiants accompagné de votre secrétaire d’Etat Laurent Nuñez, de Nicole Belloubet, garde des Sceaux, ministre de la Justice et de Gérald Darmanin , ministre de l’Action et des Comptes publics. Comment justifiez-vous l’absence d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et celle de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse ?

Au-delà de la pertinence de certaines des mesures annoncées nous comprenons que vous placez la barre plus haut encore que Richard Nixon et sa célèbre ‘’War on Drugs’’ . Votre cible : nettoyer « de l’international à la cage d’escalier », en finir avec le dysfonctionnement ravageur de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). Objectif : construire une super Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) – sans nous dire ce que devient l’actuelle. Sans oublier l’installation d’une antenne en République Dominicaine et, le meilleur étant toujours pour la fin, votre 55ème mesure : demander une plus grande complémentarité avec la Justice….

Dans quelle cage d’escalier, quelle cave, dans quel grenier ?

On peut aisément résumer votre discours : voilà un  « plan de plus » qui se refuse, une nouvelle fois, à intégrer la réalité de l’échec sécuritaire, sociale et sanitaire des stratégies prohibitionnistes coupées des volets médicaux, préventifs et de réduction des risques. 

« De l’international à la cage d’escalier » Voici une formule commerciale et bien attractive. Ce n’est qu’un formule. Elle remplace celle, aujourd’hui surannée, de la « tolérance zéro ». Il fallait bien vous trouver une phrase de nature à impressionner.

Reste la vérité internationale : que peut la France face aux productions et trafics internationaux ? Comment parviendrait-elle à réduire les volumes des productions toujours plus florissantes d’Amérique du Sud (cocaïne), d’Afghanistan (héroïne) et du Maroc (tout le monde connaît) ?

Reste, aussi, la vérité de la cage d’escalier : la meilleure option pour casser le marché serait de légaliser. Or votre secrétaire d’Etat nous affirme que « légaliser un cannabis à 7% de THC ne réglerait en rien le dossier ». Nous dira-t-il un jour dans quelle cage d’escalier, dans quelle cave, dans quel grenier il a puisé ce 7% ? Et quand il compte le régler, ce dossier ?

A dire vrai, monsieur le ministre de l’Intérieur, vous ne pouviez trouver meilleur place que celle de Marseille et de la Canebière pour pouvoir oser affirmer qu’avec ces mesures nous serons armés, de l’international à la cage d’escalier. Une cinquante-sixième mesure s’impose : la confiscation immédiate des bénéfices de cette sardine qui continue à boucher le Vieux Port. »

A demain @jynau

1 Plus précisément « Plan national de lutte contre les stupéfiants »  

2 Sur ce thème, sur Slate.fr : « À son tour, Macron s’abaisse à instrumentaliser l’immigration » de  Claude Askolovitch 

Cigarettes électroniques aromatisées : pourquoi Agnès Buzyn ne les interdit-elle pas ?

Bonjour

Christophe Castener à Marseille, Andrew Cuomo dans l’Etat de New York : deux politiques allergiques à la réduction des risques. Un ministre de l’Intérieur isolé va-t-en-guerre (« de l’international à la cage d’escalier ») contre toutes les drogues illicites présentes et à venir. Et de l’autre côté de l’Atlantique un gouverneur démocrate qui, le même mardi 17 septembre, interdit la commercialisation des cigarettes électroniques aromatisées – au motif qu’elle inciterait les mineurs à vapoter avec, à la clé, un fort risque de dépendance à la nicotine.

En juin San Francisco était devenue la première ville américaine à interdire la vente de cigarettes électroniques dans les magasins. L’ordonnance, adoptée à l’unanimité des onze élus entrera en application au début de 2020. Dans l’Etat de New York (vingt millions d’habitants) l’interdiction survient quelques jours seulement après que Donald Trump, a annoncé qu’une mesure similaire serait bientôt prise au niveau fédéral. Le démocrate Andrew Cuomo :

« New York n’attend pas le gouvernement fédéral pour agir. En interdisant les cigarettes électroniques aromatisées. Nous prenons une mesure de santé publique et nous contribuons à empêcher un nombre incalculable de jeunes gens de contracter une accoutumance à vie, coûteuse, mauvaise pour la santé et potentiellement mortelle. »

Incohérences qui font songer à la France

La décision, nous explique l’AFP, a été prise lors d’un vote du conseil de santé publique et de planification sanitaire (sic) de l’Etat de New York, convoqué à la demande d’Andrew Cuomo, qui avait réclamé dès le 15 septembre des mesures d’urgence. Elle prend effet immédiatement, même si les contrôles ne démarreront que dans deux semaines. Ce qui fait de New York le premier Etat à mettre en œuvre la mesure, le Michigan attendant encore la publication des textes applicables.

On ajoutera qu’aujourd’hui, selon les chiffres du département de la santé de l’Etat de New York, près de 40 % des élèves de terminale vapotent. Et ce alors même que les cigarettes électroniques y sont interdites à la vente aux mineurs – comme c’est le cas sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis. Une incohérence qui n’est pas sans faire songer à la France et aux ventes de tabac.

Où l’on en vient, devant les réalités addictives et face à l’allergie politique vis-à-vis de la réduction des risques, à cette question : pourquoi Agnès Buzyn ne prononce-t-elle pas, en urgence et au nom du principe de précaution l’interdiction des ventes de cigarettes électroniques et des liquides aromatisés ? Christophe Castaner étant chargé de vérifier la bonne application de la mesure, depuis la cave jusqu’au grenier.

A demain @jynau

Cannabis : voici ce que tout fumeur doit désormais savoir avant d’être dépisté au volant

Bonjour

17 septembre 2019. A Marseille le gouvernement, dirigé par Christophe Castaner, mouline et repart en guerre contre la drogues et ceux qui en vivent. Totale omission de la réduction des risques et de la légalisation du cannabis. Les médias, généralement, applaudissent. Ou demandent, comme toujours, à voir.

Demain 18 septembre, à Paris, séance académique de l’Académie nationale de Pharmacie avec, en « question d’actualité » : « RÉSULTATS DE L’ÉTUDE FRANÇAISE VIGICANN : EFFETS DU CANNABIS FUMÉ SUR LA VIGILANCE ET LES PERFORMANCES DE CONDUITE DES FUMEURS OCCASIONNELS ET CHRONIQUES ». Un travail du Pr Jean-Claude Alvarez, chef de service du laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie du CHU de Garches, , (INSERM U-1173).

Où l’on apprend que paradoxalement, à dose égale, un fumeur occasionnel de cannabis est plus facilement qu’un chronique dépisté par le test salivaire. Et que l’effet du THC sur la conduite automobile ne dépend pas de sa concentration dans le sang, mais du mode de consommation du fumeur… La preuve par l’étude française Vigicann 1. Résumé :

Vrais joints de qualité d’origine contrôlée

« Le test salivaire permet un dépistage d’autant plus efficace que, depuis un an environ, il n’est plus nécessaire de le valider par une analyse sanguine. Il suffit désormais de faire analyser par un laboratoire agréé un échantillon de salive du conducteur détecté positif. Ce qui évite les faux positifs… Ce qui facilite les contrôles. Mais, il était toujours impossible pour la police ou la gendarmerie de faire la différence entre fumeurs chroniques et occasionnels, et ce qu’elle que soit la dose absorbée.  Pour la première fois, une étude analyse les effets du cannabis sur la conduite chez des consommateurs occasionnels (1-2 joints/semaine) et chroniques (1-2 joints/jour) à partir de tests effectués sur de « vrais » fumeurs auxquels les chercheurs ont volontairement fourni de « vrais » joints (de qualité) (sic).

« L’étude confirme que la consommation de cannabis fumé conduit à une augmentation rapide du THC dans le sang des fumeurs, à l’origine d’un allongement de leur temps de réaction et d’une modification de leurs performances de conduite. Mais : les effets sont plus prononcés chez les fumeurs occasionnels avec des temps de réaction plus importants pour une même dose consommée ; les effets durent plus longtemps chez les fumeurs occasionnels que chez les fumeurs chroniques (13h vs 8h chez les fumeurs chroniques). »

On regrettera que les auteurs-citoyens n’en disent pas plus, au sein de leur Académie, quant à l’origine des joints de qualités utilisés – et quant à leur position sur la dépénalisation.

A demain @jynau

1 Effect of Smoked Cannabis on Vigilance and Accident Risk Using Simulated Driving in Occasional and Chronic Users and the Pharmacokinetic-Pharmacodynamic Relationship. Clin Chem. 2019 May;65(5):684-693. doi: 10.1373/clinchem.2018.299727. Epub 2019 Mar 14.

Cette étude, contrôlée et randomisée, a été menée en double aveugle et en cross-over par des équipes du laboratoire de pharmacologie – toxicologie et du service d’explorations fonctionnelles de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP et de l’unité Inserm / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines 1173 « Infection et inflammation chronique », dirigées par le Dr Sarah Hartley et le Pr Jean-Claude Alvarez.

Immenses pincettes pour la pauvre e-cigarette ; pas de vente à l’unité pour celles de tabac

Bonjour

Serait-ce un effet de la croissance de la grande pauvreté ? Le site des buralistes français observe une nette augmentation de la demande de vente de cigarette « à l’unité ». Un phénomène déjà décrit par Le Parisien (Christel Brigaudeau). « Depuis un an, on a ce genre de demandes. Jusqu’à dix fois par jour, des gens qui n’ont pas beaucoup d’argent, ou bien des fumeurs occasionnels, qui demandent une cigarette à l’unité … Quand on leur dit non et qu’on leur explique que c’est interdit, ils ne comprennent pas» témoigne, dans L’Union, Isabelle Moline, buraliste de Reims.

Une première affiche d’avertissement avait été collée avant l’été dans son établissement. Une seconde vient de faire son apparition. Mais après une petite enquête, des buralistes ont découvert qu’un de leurs collègues acceptait ce type de demandes. Pour en avoir la preuve une buraliste a (discrètement) fait le test. Elle a obtenu sa cigarette et aurait vivement réagi à l’encontre de son collègue.

« J’avais fait la chasse à cette pratique il y a des années rappelle Alain Sauvage, président de la Chambre syndicale des buralistes de la Marne et trésorier national de la Confédération des buralistes. Ce genre de ventes était plutôt pratiqué dans certaines épiceries. ’est totalement interdit pour un buraliste de changer le conditionnement des cigarettes, et donc de vendre à l’unité. Je vais faire un rappel aux buralistes, car ils risquent gros. Ils peuvent perdre leur gérance tabac. Le contrat avec l’État est très clair. »

Et l’on sait que l’Etat français ne plaisante pas. Il sait aussi faire silence – comme celui observé par les autorités sanitaires sur les quelques centaines de cas d’atteintes pulmonaires (« « maladie sans nom ») observées aux Etats-Unis chez des vapoteurs inconséquents. Rien pour le grand public en provenance de la Direction Générale de la Santé (DGS). Mais, aujourd’hui, un peu banal communiqué de la Fondation du Souffle et de la Société de pneumologie de langue française (SPLF). Extraits :

« En France. Au stade actuel, faisant suite à une demande de la DGS une demande de signalement a été adressée aux pneumologues. Les signalements seront colligés par Santé Publique France (les outils sont en cours de développement). Cas particulier de la e-cigarette utilisée dans un objectif d’aide au sevrage tabagique : message de la Fondation du Souffle et de la SPLF :

« La e-cigarette est parfois utilisée comme outil d’aide au sevrage tabagique. Se pose donc la question de l’attitude face à cette pratique, à la lumière des cas récents de possibles atteintes pulmonaires toxiques graves liées à leur usage. Jusqu’ici, les données scientifiques montraient que l’utilisation de la cigarette électronique a des effets biologiques délétères mesurables, donc un potentiel de toxicité réel, même si de nombreux toxiques majeurs de la fumée de cigarette (mais pas tous) sont absents des vapeurs produites par les cigarettes électroniques. Les conséquences cliniques de ces effets biologiques ne sont pas connues.

Selon les nouvelles données disponibles, les utilisateurs de e-cigarettes ayant présenté aux Etats-Unis des atteintes pulmonaires graves (pneumonies toxiques) étaient majoritairement (80% des cas) des utilisateurs de liquides contenant des dérivés de cannabis, et/ou fabriqués ou modifiés artisanalement. Il s’agit donc dans ces cas d’usages détournés de la cigarette électronique, utilisant des produits illégaux. Les données toxicologiques et épidémiologiques dont nous disposons ne permettent toutefois pas d’écarter un rôle des produits commercialisés dans les circuits de distribution autorisés 1.

De ce fait, lorsque la e-cigarette est utilisée comme outil d’aide à l’arrêt du tabac, son usage doit se limiter strictement aux personnes en échec de sevrage tabagique par d’autres méthodes, et aux produits dont la vente est autorisée. Il convient d’avertir les patients des incertitudes actuelles sur les risques d’atteintes pulmonaires. La toxicité de la e-cigarette utilisée dans ces conditions est très inférieure à celle de la cigarette. »

Où l’on prend la mesure de la longueur des pincettes prises, par les spécialistes du souffle et du poumon, avec la e-cigarette.

A demain @jynau

1 Ceci est formellement contesté par plusieurs spécialistes du vapotage et de la réduction des risques.

«PMA pour toutes» : avant la «malédiction», le devoir de participer à la manifestation

Bonjour

Y aurait-il ici un grand architecte organisant la montée en pression médiatique ? Hier un philosophe catholique traite de la « malédiction » associée à la volonté gouvernementale de permettre « à toutes les femmes » (veuves exceptées) d’avoir accès aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Aujourd’hui la voix au chapitre médiatique est prise par Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la la Conférence des évêques de France (CEF).

Cela s’est passé au célèbre Collège parisien des Bernardins. Un endroit, observe Le Monde (Cécile Chambraud)  qui « est en passe de devenir le cadre privilégié des relations entre l’Eglise catholique et la République macronienne ». Les fidèles des deux camps se souviennent encore que le 9 avril 2018le président de la République française y menait une étrange opération de séduction envers les catholiques – allant jusqu’à encourager ces derniers à nourrir de leurs réflexions critiques le débat sur la révision des lois de bioéthique.

Et c’est au même endroit que plusieurs « figures de l’épiscopat » ont exprimé, lundi 16 septembre, tout le mal qu’elles pensent du texte adopté samedi en commission par les députés, et qui viendra en séance publique à l’Assemblée nationale dès le 24 septembre.

Dissociation de la sexualité et de la procréation

« A ce stade du débat parlementaire, souligne Le Monde, le moment était propice pour s’adresser à l’opinion catholique et l’alerter en particulier contre l’extension de la PMA à toutes les femmes et contre les risques de manipulation du génome humain perçus dans les dispositions du projet de loi. Sur l’estrade du grand auditorium des bernardins, retransmis en direct par la chaîne de télévision KTO, le panel d’orateurs a élevé le ton. » A commencer par son président :

Mgr de Moulins-Beaufort : « Nous devons constater que nos responsables politiques restent aveugles aux enjeux de ce qu’ils vont décider et qu’ils ne tiennent pas vraiment compte du résultat des Etats généraux (…) On livre la procréation à la manipulation médicale et la filiation au bricolage que la sophistication de nos sociétés est capable d’imaginer par toute une ingénierie juridique ».

Dr Michel Aupetit, archevêque de Paris :  « Nous sommes dans l’ère du professeur Nimbus et des savants fous (…) Il faut donner un statut juridique à l’embryon humain ». 

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et spécialiste de la bioéthique à la CEF : « Une telle révolution dans le droit de la filiation est-elle voulue par le peuple français ? ».

Le devoir de le faire

Interrogé à l’issue de la réunion des Bernardins, Mgr de Moulins-Beaufort a apporté tout son soutien à la manifestation du 6 octobre à laquelle seront présents, à droite et plus, François-Xavier Bellamy et Marion Maréchal : « Je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre et pour faire progresser le débat. Et j’aurais tendance à dire qu’ils ont le devoir de le faire. » 

On aura compris qu’après son opposition séculaire à toute forme de dissociation de la sexualité et de la procréation humaines, la hiérarchie catholique française ne pouvait faire l’économie du combat contre l’extension de la PMA à « toutes les femmes » – en éclairant sur toutes les modifications qu’elle entraîne dans le champ de la parentalité avec la « suppression de l’ascendance paternelle ».

Pour en savoir plus, prière de se reporter au dernier livre en date rédigé par Mgr d’Ornellas, Bioéthique, quel monde voulons-nous ? (Codédition Bayard, les Editions du cerf, MAME). En attendant de manifester, ou pas.

A demain @jynau