A Paris, ne manquez pas le showroom de l’hôpital Laennec ressuscité. Luxe, calme et volupté.

 

Bonjour

Est-ce encore du journalisme ou, déjà, de la publicité ? Dans le dernier numéro du Point on découvre, page 28, un papier consacré à la « renaissance » de l’hôpital Laennec. On y célèbre les vertus du groupe Kering dont Artémis, par ailleurs propriétaire du Point, est le principal actionnaire.  Kering, donc, qui lors des Journées du Patrimoine « a ouvert au public les murs de son tout nouveau siège parisien de la maison Balenciaga ». Nous sommes là en lieu et place de l’ancien hôpital Laennec » sur un site d’exception. Sous la houlette de l’architecte Benjamin Mouton on a retrouvé « la physionomie historique de l’ancien « hospice des Incurables ». Il est des rapprochements proprement impayables.

« Par delà la cour d’honneur, la chapelle édifiée sous Louis XIII et les deux zones de bâtiments formant une croix de Jérusalem, un petit pavillon de réception signé Pierre Yovanovitch mélange les genres (…) Côté jardis, les espaces verts du paysagiste Philippe Raguin semblent des potagers propices à la sérénité. Calme, luxe et volupté… La beauté simple des lieux transfigure l’héritage de ce joyau architectural du Paris historique. »

Les espaces verts sont « dans l’esprit des jardins médiévaux et le showroom de la maison Balenciaga épatera plus d’un gogo.

Allianz, géant de l’assurance

C’est un autre son de cloche que nous donne Radio Notre Dame : « La chapelle de l’ancien hôpital Laennec a perdu son âme ». Loin de Balenciaga elle s’est intéressée, lors des mêmes Journées du Patrimoine,  à l’antique chapelle de l’ancien hôpital. Chapelle dont on avait « ouvert les portes pour la première fois depuis 2011. »

« Visiter la chapelle de l’ancien hôpital Laennec, c’est impossible depuis plus d’une dizaine d’années. Le bâtiment a beau être un monument historique, il est désormais dans le domaine privé, et son propriétaire en interdit l’accès au public. »

On rappelle qu’en 2002, l’hôpital Laennec a été vendu, ainsi que les hôpitaux Broussais et Boucicaut, par l’AP-HP. Les ventes visaient à financer l’hôpital européen Georges Pompidou. L’ancien hôpital est alors acquis par Allianz, géant mondial de l’assurance.. A partir de cet instant Allianz ferme les portes de la chapelle et en refuse l’accès aux visiteurs. « Monument privé. Défense d’entrer ! ».

En 2006, le « comité « Laennec-Turgot » de salut public est créé.  L’association revendique la préservation du site et l’accès au public. Arlette Vidal-Naquet est un des membres les plus fervents du comité : la chapelle n’a pas été désacralisée depuis son passage dans le domaine privé.

Histoire de France

« Elle est à la fois toujours sacralisée, toujours cultuelle et c’est maintenant une salle polyvalente dans laquelle repose des hommes qui ont participé à l’histoire de France ». Parmi eux : Turgot, le célèbre ministre des Finances de Louis XIV. Mais il n’est pas le seul à reposer dans la chapelle Laennec. Jean-Pierre Camus, l’évêque de Belley, Madame de la Sablière, le cardinal de la Rochefoucauld… Autant de personnages illustres de France dont la sépulture se trouve dans la chapelle. Une chapelle qui a bien changé. Aujourd’hui, c’est une salle polyvalente où ont lieu des expositions photos et des défilés. »

 « Le cardinal de la Rochefoucauld avait donné au peuple de Paris au 17e siècle ce périmètre de deux hectares, pour permettre aux nécessiteux d’avoir un fin décente. La chapelle est au milieu du site, et c’est le point stratégique. Grâce à sa situation, les malades pouvaient entendre la messe, peu importe où ils étaient sur le site .La chapelle, offerte au peuple, lui est aujourd’hui fermée. »

Arlette Vidal-Naquet est allée dans la chapelle lors des journées du patrimoine. Son témoignage est plus que précieux.

«  Comme prévu par le groupe Kering, locataire des lieux, lors des travaux, la chapelle est devenue un lieu dédié aux expositions. Ainsi, dans la nef, l’exposition « Echos » s’affiche, avec une sélection de pièce de la collection Pinault.

 « Quand vous arrivez dans la cour d’honneur, le buste de Turgot a disparu. A la place, il y a une maquette montrant les travaux réalisés. En entrant dans la chapelle, il y a quatre Christ crucifiés sur le mur de gauche. Ce sont des Christs en lames de métal tranchant réalisés par Adel Abdessemed. »

 Tintement métallique

 « En face, une autre oeuvre d’un artiste contemporain est exposée : neuf linceuls alignés et sculptés en marbre. C’est une réalisation d’un italien, Maurizio Cattelan. Sur la droite, la salle où reposaient avant les nécessiteux, est désormais dédiée à la maison Balenciaga. Dix années de créations y sont exposées. Et puis, il y a une extrapolation de la dernière Cène de Léonard de Vinci, réalisé par Andres Serrano. »

« Ainsi, l’autel de la chapelle n’est plus visible, toute référence aux malades et au culte est effacée. Cette chapelle toujours cultuelle et sacralisée n’est plus qu’une salle polyvalente. L’exposition dans ce lieu est effroyable, insupportable. La chapelle Laennec a perdu son âme ».  

Qui, chez les nouveau riches, se souvient des Incurables et des Nécessiteux ? Qui a encore sur le tympan le tintement métallique de Laennec ? Combien sont-ils à se souvenir de la conférence de presse stratosphérique donnée ici en toute urgence par un Pr Philippe Even déchaîné ? Il venait, avec la ciclosporine (et la bénédiction voisine de Georgina Dufoix) de trouver la panacée contre le sida. C’était en octobre 1985, trente-et-un ans déjà. Les dés étaient-ils jetés ? Quelle est la part du hasard et celle de la nécessité ? Qui le sait ?

A demain

La justice va enquêter dans la longue affaire de la Dépakine®. Qui, au final, sera inquiété ?

 

Bonjour

Cela couvait, c’est acté : des juges d’instruction vont enquêter dans l’affaire de la Dépakine®. C’est ce qu’a indiqué à l’AFP une « source judiciaire ». Le parquet de Paris a ouvert jeudi 22 septembre une information judiciaire. Celle-ci fait suite à l’enquête préliminaire menée sous son autorité depuis septembre 2015. La « source » a précisé que l’instruction était ouverte pour « tromperie sur les risques inhérents à l’utilisation du produit et les précautions à prendre ayant eu pour conséquence de rendre son utilisation dangereuse pour la santé de l’être humain ». Les investigations porteront sur la période de 1990 à avril 2015.Et l’on saura, in fine, ce qu’il peut parfois en coûter de manquer de réactivité.

C’set un rebondissement de taille dans une affaire désormais sous l’œil des médias. C’est aussi une nouvelle équation qui verra la justice travailler sur un dossier radicalement différent des « affaires » et autre « scandales » observés ces dernières décennies dans le champ du médicament. Les juges d’instruction auront la tâche facilitée par le récent rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) rendu public le 23 février par le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. On trouvera ce rapport ici : « Enquête relative aux spécialités pharmaceutiques contenant du valproate de sodium ». Ce rapport avait été demandé en juin 2015 par Marisol Touraine, ministre de la Santé (qui demandait alors une remise des conclusions pour le 15 septembre de la même année).

« Manque de réactivité »

On peut lire ceci, dans la synthèse du rapport de l’IGAS :

« Le constat de la mission est celui d’un manque de réactivité des autorités sanitaires et de celui du principal titulaire de l’autorisation de mise sur le marché [le groupe Sanofi-Aventis]. Les alertes ont, au plan français et européen, motivées d’avantage par des signaux exogènes, notamment médiatiques, que par une prise en compte des données de pharmacovigilance et des publications scientifiques ».

« Terrible langue de bois, écrivions-nous alors. Pourquoi ne pas dire, plus précisément, quels sont les responsables de cette faute ? Et pourquoi ne pas détailler le travail de certains médias qui, en alertant comme ils l’ont fait, ont réussi in fine à pallier une forme d’incurie des autorités publiques. »

On a vu, depuis les développements politiques de ce dossier. Le ministère de la Santé accepte l’idée que plus de 14 000 femmes enceintes ont été « exposées » entre 2007 et 2014 à ce médicament et a annoncé la mise en place d’un dispositif d’indemnisation des victimes. Pour l’heure le groupe Sanofi-Aventis refuse de reconnaître de possibles insuffisances et, donc, de participer aux futures indemnisations qui pourraient être d’un montant global considérable (Le Figaro avançait récemment le chiffre de six milliards d’euros)

« Dès 1968 on lisait… »

Les juges d’instruction pourront aussi se pencher sur les écrits de François Chast, professeur de pharmacie à l’université Paris Descartes auteur de l’ouvrage : Les Médicaments en 100 questions, éditions Tallandier. Et plus particulièrement sur un extrait repris il y a peu sur le site The Conversation : « Après le Mediator, la Dépakine ? » :

« Dès 1968, on lisait dans le prestigieux journal Lancet : « Avant de créer l’anxiété à propos de médicaments utiles, il serait pertinent de savoir si d’autres personnes ont rencontré cette association [entre la Dépakine et une malformation] avant d’inclure les antiépileptiques dans la liste des causes de becs-de-lièvre et de fente palatine ». Il y avait déjà un doute. Les anomalies de fermeture du tube neural (spina bifida) ont été décrites en 1982, toujours dans la revue Lancet. Cette malformation, très sévère, nécessite de nombreuses interventions chirurgicales pendant l’enfance. Et pendant plus de quarante ans les alertes se sont succédé… de plus en plus démonstratives, de plus en plus évidentes !

 « En 1974 la mention de « tics » apparaît dans la rubrique des effets indésirables. En 1984, on définit un syndrome de retard mental ou d’autisme chez des enfants exposes in utero. En 1985, il est signalé : « En cas de grossesse, réévaluer la balance bénéfice/risque. » Dix ans plus tard, on note un renforcement des mises en garde dans la « notice patient » avec la mention de cas de polymalformations et de dysmorphies faciales. Enfin, en 2004, l’accumulation des signaux justifie des mesures d’information à l’attention des prescripteurs et des patients.

Rétropédalages

« Alors qu’en 2005 les risques malformatifs sont spécifiquement attribués au médicament, en revanche, les retards de développement et l’autisme font dire à l’industriel que les résultats des études sont « contradictoires ». C’est en 2006, seulement, que le Résumé des caractéristiques du produit (RCP, véritable carte d’identité du médicament, précisant ses caractéristiques en termes d’indications, de contre-indications, d’interactions médicamenteuses et de précautions d’emploi) mentionne ces retards : « Pas de diminution du QI global mais légères diminutions des capacités verbales et de hausse du recours à l’orthophoniste. » Le médicament est « déconseillé » aux femmes enceintes.

« Pourtant, la Haute Autorité de Santé indiquait en 2010 « qu’aucun effet indésirable nouveau et grave n’était signalé depuis 2004 ». C’était évidemment inexact et le rétropédalage s’est révélé délicat. Ainsi, en 2011, le RCP indiquait que ce médicament ne devait pas être utilisé pendant la grossesse et chez les femmes en âge de procréer, « sauf en cas de réelle nécessité».

L’ouvrage du Pr Chast est en vente depuis le 16 septembre. Les juges d’instruction peuvent se le procurer pour la somme de 14,90 euros (prix public TTC).

A demain

Déradicalisation au château de Pontourny : quelques pistes pour journalistes d’investigation

 

Bonjour

Nous sommes loin d’en avoir fini avec l’affaire du château de Pontourny, premier « centre français de déraricalisation ». Il y a la question, croustillante, du testament d’essence catholique. Mais il y a aussi bien d’autres pistes, factuelles et symboliques. On les voit dessinée dans La Nouvelle République du Centre Ouest (Patrick Goupil) : « Pontourny : les premiers pensionnaires sont arrivés ».

Il faut ici compter avec  l’association « Radicalement Digne de Pontourny ». Son nom signe les convictions de ses membres qui se réunissent autour d’un concept : « non au centre expérimental de déradicalisation en milieu habité ». « En divulguant le lieu de Pontourny et en le médiatisant à outrance, le gouvernement nous met en danger, écrivent-ils.  Créer un centre de déradicalisation sans en cacher l’adresse c’est  s’exposer aux représailles de DAESH. » Cette association 1901 a pour adresse le n° 4 de la rue du 8 Mai 1945 (37420 Beaumont-en-Véron). A un jet de raisin breton de la chapelle du château. Elle dit défendre les intérêts immédiats des riverains.

Les pistes de La Nouvelle République ? On en revient aux fameuses « clauses successorales ». Elles sont ainsi résumées :

« Lorsqu’en 1896, Marie-Alphonse Greban de Pontourny, dernier propriétaire du domaine qui porte son nom, établit comme légataire universel [son cousin]Jean-Baptiste Turquet, il précise que « le domaine doit avoir pour mission une œuvre charitable chrétienne avec obligation du culte catholique, un office par semaine ».

Le cas de l’aumônier

Le quotidien régional explique qu’avant le bouclage « nul interlocuteur ne souhaitait s’exprimer sur le sujet » mais qu’il semble acquis que ces clauses successorales ont déjà été étudiées par les pouvoirs publics. « Dès la décision de la Ville de Paris de fermer le centre de Pontourny, les conditions de reprise avaient été évoquées, faisant écarter certaines pistes pour demeurer dans la sphère du social, précise Patrick Goupil. Le centre de déradicalisation étant un établissement qui relève du ‘’code de l’action sociale et des familles’’, la compatibilité avec le legs est donc plausible. »

Mais il y a aussi le cas, assez pendable, de l’aumônier 1. « Le projet prévoit en plus le recrutement d’un aumônier catholique, ce qui n’était pas le cas quand l’établissement était dirigé par la Ville de Paris, peut-on lire dans La Nouvelle République. Ce détail semble montrer que les nouveaux responsables tiennent à se mettre en conformité avec le legs. Quant aux offices catholiques à tenir, il semble que la Ville de Paris avait trouvé la solution, puisqu’il se dit qu’elle versait régulièrement à la paroisse de quoi faire dire des messes ! »

Pain bénit

Il se dit désormais qu’il serait bon de vérifier cette information. La Ville de Paris donnant de l’argent pour que des messes soient dites… Cela ferait un assez bon article. Du pain bénit pour journalistes d’investigation.

« En attendant, le centre semble avoir reçu ses premiers pensionnaires » croit encore savoir le quotidien régional. L’arrivée « se serait faite » en milieu de semaine et « tardivement ». Il s’agirait de quatre volontaires (dont au moins trois jeunes filles). « Logés dans une partie au-dessus du foyer, non visible de la route, les pensionnaires restent des plus discrets. Selon toute vraisemblance, les arrivées devraient s’échelonner lentement, et la volonté affichée de faire le plein d’ici novembre, serait en fait décalée à décembre. » Et le confrère ne résiste pas à la chute : « Pour Noël peut-être ? ».

A Paris, bien loin de Beaumont-en-Véron, Le Figaro annonçait qu’il y aurait aujourd’hui en France 1954 mineurs signalés comme radicalisés . Combien de Pontourny ?

A demain

1 Aumônier : Ecclésiastique dont la fonction ordinaire était de distribuer les aumônes de ceux à qui il était attaché, de leur dire la messe, de faire la prière du soir et du matin, etc. Grand aumônier de France. Premier aumônier du roi. Aumônier ordinaire du roi. Aumônier de quartier. Aumônier du commun. Aumônier de la reine. L’aumônier d’un évêque. L’aumônier d’une princesse, d’un grand seigneur. Il se dit aujourd’hui des Ecclésiastiques attachés à certains corps, à certains établissements, pour enseigner la religion et les diriger spirituellement. L’aumônier d’un régiment, d’un hôpital, d’un collège, d’une prison. L’aumônier d’un vaisseau.

Evénement : le tabac à rouler pourrait augmenter à compter du 1er janvier. Un euro par blague

 

Bonjour

Qui intoxique qui ? Et pourquoi ? Hier on murmurait que François Hollande allait faire un geste pour ces grands électeurs que sont les buralistes. Aujourd’hui il se murmurerait que  le tabac à rouler pourrait augmenter : le gouvernement souhaiterait une hausse de 15% (des taxes) sur les « blagues et pots de tabac ». Il se murmurerait aussi qu’il envisagerait une nouvelle taxe qui viserait (indirectement) tous les fabricants, qui la répercuteraient peut-être, in fine, sur les paquets neutralisés. Et dans les milieux généralement bien informés on s’autorise à penser que cette hausse pourrait intervenir à compter du 1er janvier ». On peut en revanche certifier qu’officiellement « aucun calendrier n’a été précisé ».

L’AFP croit pouvoir préciser que Christian Eckert, secrétaire d’Etat au Budget a vraiment annoncé une hausse de 15% des taxes sur le seul tabac à rouler, soit « un peu plus d’un euro par blague ». Il s’agit pour Bercy d’harmoniser la fiscalité de tous les produits du tabac, celui « en vrac » étant moins taxé que les cigarettes manufacturées.  M. Eckert a aussi indiqué ne pas vouloir toucher directement à la fiscalité des cigarettes, mais annoncé la création d’une taxe sur le chiffre d’affaires de l’unique distributeur de produits du tabac en France (la société Logista) qui vise in fine les cigarettiers. Elle devrait rapporter 130 millions par an et financerait un « nouveau fonds de lutte contre le tabagisme ».

Michel Sapin et le poignard de la vérité

On entend déjà les cris des cigarettiers. « Le gouvernement annonce finalement une augmentation déguisée des prix du tabac. Toutes les hausses de taxe seront répercutées dans les prix des cigarettes et du tabac à rouler, qui vont augmenter de l’ordre de un euro » prévient déjà Benoit Bas, directeur des relations extérieures du cigarettier Japan Tobacco International France.

« C’est une annonce surprise que nous ne comprenons pas et qui est complètement contradictoire avec les propos de Michel Sapin il y a cinq jours, qui, lui, assurait qu’il n’était pas question d’augmenter les taxes sur le tabac », déplore Eric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco, contacté par l’AFP. Eric Sensi-Minautier mesure-t-il qu’il accuse ici Michel Sapin de ne pas dire la vérité ? Veut-il nous faire comprendre que tout est décidemment bien compliqué en matière de lobbying ?

Et puis, comme toujours, en harmonie colérique avec Big Tobacco, Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes. M. Montredon ne sait pas faire dans la nuance : « un vrai coup de poignard dans le dos des buralistes ». On attend le légiste.

A demain

 

Ne pas mourir d’une crise de goutte ! Prudence avec Colchimax® et Colchicine Opocalcium®

 

Bonjour

Pourquoi ne pas donner les chiffres ?. Dans son dernier communiqué l’Agence nationale de sécurité du médicament écrit ceci : « L’ANSM a été informée de nouveaux cas d’effets indésirables graves, certains d’issue fatale, liés à un surdosage en colchicine ». Mourir, en somme, d’une « crise de goutte ». Pourquoi ne pas dire combien de cas d’ « effets indésirables », combien d’ « issues fatales » ? Le message n’en serait que plus fort. Pourquoi cet enrobage précautionneux ?

Après la bataille

Nous parlons ici de Colchimax® et de Colchicine Opocalcium®. La presse arrive après la bataille : le résumé des caractéristiques du produit (RCP) et la notice ont été mis à jour et un nouveau schéma posologique a été élaboré. Aussi invite-t-on la presse à redire l’essentiel. Le voici :

La colchicine (Colchimax® et Colchicine Opocalcium®) est indiquée dans la prise en charge de l’accès aigu de goutte, en prophylaxie des accès aigus de goutte chez les patients atteints de goutte chronique, dans les autres accès microcristallins (chondrocalcinose et rhumatisme à hydroxyapatite), dans la maladie périodique et la maladie de Behçet. Il s’agit (on a tendance à l’oublier) d’un médicament à marge thérapeutique étroite : la différence entre la dose thérapeutique et la dose toxique est faible. Ainsi, des variations de concentration dans l’organisme peuvent être à l’origine d’effets toxiques. Et on l’oublie encore plus : il n’existe pas à ce jour d’antidote spécifique.

Pas d’andidote spécifique

Aujourd’hui, donc, officiellement, on signale « de nouveaux cas d’effets indésirables graves, certains d’issue fatale, liés à un surdosage en colchicine ».  L’ANSM a élaboré un « nouveau schéma posologique » visant à réduire la dose de charge lors d’une initiation de traitement. La dose maximale de colchicine par prise est de 1 mg et les prises doivent être réparties dans la journée. Les posologies quotidiennes doivent être dégressives : 3 mg au maximum le premier jour, 2 mg les deux jours suivants, puis 1 mg à partir du 4ème  jour.

Revient-il aux journalistes d’informer le grand public ? L’ANSM ne le dit pas. Elle « recommande aux professionnels de santé de respecter impérativement ce nouveau schéma posologique ». Elle rappelle également aux mêmes professionnels « l’importance de respecter les contre-indications ».  Et elle leur demande enfin de ne pas oublier d’informer les patients des risques liés à la prise de colchicine. Les informer aussi des signes et symptômes précoces d’une intoxication devant amener à consulter un médecin immédiatement : douleurs abdominales, diarrhée profuse, nausées et vomissements.

A demain

 

Le premier «centre français de déradicalisation» est menacé par un vieux testament catholique

 

Bonjour

Formidable rebondissement historique. Les médias généralistes ont amplement parlé, ces derniers jours, du « premier centre français de déradicalisation  ». Ils en ont parlé avant même qu’il ne soit et sans jamais bien le situer. « Au milieu de nulle fart » osa une envoyée spéciale d’une radio publique nationale.

C’était là une erreur majeure : le château de Pontourny, commune de Beaumont-en-Véron possède de bien solides fondations. Quelque part entre Jeanne d’Arc et Saint Martin, Rabelais et Balzac. L’histoire qui suit témoigne de l’épaisseur et de la profondeur de ces racines.

Catholiques et protestants

Dans les milieux intellectuels et politiques la grande question du moment est de détricoter ce qui, dans la construction de la France, est de l’ordre du chrétien (catholique et protestant) et de ce qui ne l’est pas. Le Monde, par exemple, interroge aujourd’hui longuement Philippe Portier, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études ­ (Paris-Sorbonne), où il occupe la chaire Histoire et sociologie des laïcités. Auteur de L’Etat et les religions en France. Une sociologie historique de la laïcité(PUR, 2016), M. Portier expose les fondements de la civilisation française, bâtie entre traditions chrétiennes et cultures plurielles, sans oublier l’apport des Lumières et de la laïcité.

Et voici que le « premier centre français de déradicalisation » est menacé. Alors même qu’il s’apprête à accueillir ses premiers locataires voici qu’un avocat de Thouars (Deux-Sèvres) entend utiliser des clauses religieuses de succession pour s’opposer à une telle utilisation du château. L’affaire est détaillée par la rédaction thouarsaise de La Nouvelle République du Centre Ouest (Dominique Hérault). Il faut pour cela rappeler un peu de l’histoire de ce château qui s’élève à la lisière de l’Anjou et de la Touraine Ce domaine s’est appelé successivement

Pontenarium (1185), Pontournis (XVIIIe siècle, carte de Cassini), puis Pontourny (1792,1837). Puis transformé en asile durant 14-18 ; ancien asile Saint-Joseph ; propriété de la ville de Paris devenue « centre éducatif » et qui allait fermer ses portes avant la vague terroriste. Tout ou presque est dit sur ce site dédié.

Soit, aujourd’hui, Me Thierry Dallet, un avocat thouarsais qui défend les intérêts des opposants au projet porté par l’État. Voici l’affaire :

Marie-Alphonse Greban de Pontourny

« Lorsqu’en 1896, Marie-Alphonse Greban de Pontourny, dernier propriétaire du domaine qui porte son nom, établit comme légataire universel [son cousin]Jean-Baptiste Turquet, il précise que « le domaine doit avoir pour mission une œuvre charitable chrétienne avec obligation du culte catholique, un office par semaine », résume Thierry Dallet. Avec, pour chapeauter l’ensemble, une précision attendrie sur son fils décédé avant lui, Joseph : « Que son portrait figure en bonne place dans la maison. » En costume de jeune saint-cyrien, cela va sans dire ! On imagine le décalage avec les prêches laïcs sermonnant les âmes égarées dans des paradis funestes et prosélytes. »

Me Dallet souhaite faire de cette clause un argument de défense des opposants de Beaumont-en-Véron. « En 1902, le légataire a confié les bâtiments à l’Assistance publique en maintenant cette obligation de bienfaisance, explique l’avocat. C’est devenu l’asile Saint-Joseph. La mairie de Paris en a fait un centre pour mineurs isolés. Pour installer ce centre de déradicalisation,  l’État s’asseoit  sur la mémoire des défunts en ne respectant par leurs prescriptions. »

Présence d’un aumônier

Une clause religieuse catholique pour s’opposer à une tentative de thérapie préventive contre une radicalisation  islamiste ? La Nouvelle République estime que l’argument est à double tranchant. Les férus de religion et de laïcités observeront que dans le futur centre de déradicalisation  un aumônier 1 sera présent. Et l’action de l’avocat est  aléatoire : il lui faut encore trouver un successeur du légataire pour engager la procédure. « C’est la première des conditions, car c’est à lui de représenter son parent, sur le plan moral, pour faire valoir les clauses successorales. Et obliger le centre à partir », explique Me Dallet.

Avis de recherche avant poursuites au tribunal de grande instance en matière civile : où sont les descendants de Jean-Baptiste Turquet qui, en 1896, fut désigné comme légataire universel de Marie-Alphonse Greban de Pontourny – dernière propriétaire d’un domaine qui, depuis quelques siècles, porte toujours ce nom ?

A demain

1 Aumônier : Ecclésiastique dont la fonction ordinaire était de distribuer les aumônes de ceux à qui il était attaché, de leur dire la messe, de faire la prière du soir et du matin, etc. Grand aumônier de France. Premier aumônier du roi. Aumônier ordinaire du roi. Aumônier de quartier. Aumônier du commun. Aumônier de la reine. L’aumônier d’un évêque. L’aumônier d’une princesse, d’un grand seigneur. Il se dit aujourd’hui des Ecclésiastiques attachés à certains corps, à certains établissements, pour enseigner la religion et les diriger spirituellement. L’aumônier d’un régiment, d’un hôpital, d’un collège, d’une prison. L’aumônier d’un vaisseau.

 

Joggeur trouvé mort dans une vasière bretonne : algues vertes, sangliers et hydrogène sulfuré

 

Bonjour

Rebondissement dans une affaire médico-légale bretonne et sans précédent.  Le parquet de Saint-Brieuc vient d’ordonner  l’exhumation du corps d’un joggeur âgé de 50 ans. L’homme avait été retrouvé mort, le 8 septembre, face contre terre dans une vasière de l’embouchure du Gouessant, petit fleuve côtier qui devient une ria. Nous sommes au cœur  es Côtes-d’Armor.

Dans un premier temps, la police avait avancé une hypothèse : cet homme avait trouvé la mort en tentant de secourir son chien.

Visage dans la vase

Mais la justice n’est pas, heureusement, la police : elle a décidé de rouvrir ce dossier après avoir pris en compte d’autres hypothèses : celles  de certaines associations écologistes selon lesquelles le décès serait lié aux « algues vertes ». Ces associatifs observent que la mort du joggeur s’est produite dans le secteur où trente-six sangliers avaient été retrouvés morts. Nous étions durant l’été 2011, à un moment où les dépôts d’algues vertes étaient importants dans cette zone.

Une chose est étrange dans cette affaire : le corps du joggeur a  été retrouvé allongé face contre terre, le visage dans la vase, et non enlisé jusqu’à la taille – contrairement à ce qui avait été indiqué au préalable. Pourquoi ? « Cet élément nouveau important a donc amené le procureur de la République (…) à ordonner l’exhumation du corps de la victime en vue de son autopsie et d’analyses complémentaires (toxicologiques et anatomopathologiques) », a précisé Bertrand Leclerc, procureur de la République de Saint-Brieuc, dans un communiqué.

Il ajoute toutefois qu’à ce stade de l’enquête « les témoins n’ont pas été alertés, ni visuellement ni olfactivement, par une présence en quantité remarquable d’algues vertes, ni incommodés par des émanations de gaz, notamment les pompiers engagés directement sur la vasière ».

Algues fraîches

La mort des sangliers avait fait grand bruit, il y a cinq ans. Jusqu’à un rapport de l’Anses qui avait mis en avant les fortes présomptions quant aux émissions d’hydrogène sulfuré (H2S) provenant de ces algues en décomposition 1. Depuis, ces dépôts sont moins importants. Officiellement, ils sont rapidement enlevés pour éviter tout danger, car les algues vertes ne sont en rien dangereuses quand elles sont fraîches.

Le Télégramme de Brest s’interroge. Il rappelle que la dangerosité de l’estuaire du Gouessant a été soulignée par trois rapports officiels en 2011.

« L’homme, qui connaissait parfaitement les lieux, s’était engagé dans la vasière pour sauver son chien embourbé. Une enquête pour déterminer les causes du décès est en cours et rien ne permet d’affirmer que l’hydrogène sulfuré est à l’origine de la mort. Mais le lieu de découverte du corps interpelle. Car l’endroit est facilement accessible et sa dangerosité n’est signalée que par deux panneaux, situés à plusieurs centaines de mètres, aux abords des plages de la Grandville, à Hillion, et de Saint-Maurice, à Morieux. Des précautions suffisantes ? »

 A demain

1 « Mortalité de sangliers en Bretagne : l’hypothèse H2S est hautement probable » (Anses, 6 septembre 2011).