Après quinze ans dans un état végétatif un patient lyonnais retrouve une conscience minimale

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C’est, à n’en pas douter, une publication-événement. Un cas hors du commun dont la médiatisation va éveiller de nouveaux espoirs et rallumer de vieilles controverses : un homme aujourd’hui âgé de 35 ans plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») a retrouvé un état de « conscience minimale » ; un résultat spectaculaire obtenu via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

Cette forme de première fait l’objet d’une publication datée de ce 25 septembre dans la revue Current Biology :« Restoring consciousness with vagus nerve stimulation ». Elle est signée par un groupe de onze chercheurs lyonnais dirigés par Angela Sirigu (Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod, UMR5229, Centre CNRS, Université Claude Bernard, Hospice civils de Lyon). Elle est d’ores et déjà largement commenté au sein de la communauté médicale et scientifique spécialisée : « Expert reaction to study looking at vagus nerve stimulation in a patient in a vegetative state ».

« Cette avancée très importante ouvre une nouvelle piste thérapeutique pour des patients à l’état de conscience altéré », s’enthousiasme dans Le Monde (Florence Rosier) le Pr Lionel Naccache, (Institut du cerveau et de la moelle épinière, hôpital de la Pitié-Salpêtrière) qui n’a pas participé à l’étude. « Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante. C’est un traitement chirurgical très prometteur » estime le très mesuré Pr Steven Laureys (GIGA-Consciousness de Liège) l’un des meilleurs experts mondiaux du domaine.

« Nous avons vu une larme couler »

A l’âge de 20 ans, le patient lyonnais avait victime d’un accident de la circulation qui avait provoqué de graves lésions cérébrales. Suivi dans le service du Pr Jacques Luauté, mais vivant au domicile de sa mère, il était considéré, depuis quinze ans, comme étant dans un état d’éveil non répondant. « Nous avons voulu explorer les effets de la stimulation du nerf vague chez ce patient : nous avons discuté avec sa famille et obtenu l’accord de celle-ci, ainsi que celui du comité d’éthique » a expliqué au Monde Angela Sirigu (par ailleurs contributrice du supplément « Science & médecine » du quotidien vespéral).

Les chercheurs expliquent avoir implanté une électrode chez ce patient, à proximité de son artère carotide gauche, pour stimuler le nerf vague gauche. L’électrode a été reliée, sous la peau, à un générateur d’impulsions électriques. Jour et nuit, une stimulation de 30 hertz a été appliquée, par cycles de trente secondes, suivies de cinq minutes d’arrêt. Puis l’intensité a été progressivement augmentée. Après un mois de cette stimulation, une double amélioration était observée. Le patient suivait des yeux un objet et il se conformait à des ordres simples, ce qu’il ne faisait pas auparavant.  Sa mère rapporte notamment qu’il restait davantage éveillé quand un thérapeute lui lisait un livre.

« Nous avons vu une larme couler sur sa joue quand il écoutait une musique qu’il aimait », ajoute Angela Sirigu, à propos des réactions sur le plan émotionnel. Corollaire : l’électroencéphalographie a retrouvé chez ce patient une « signature » spécifique d’un état de conscience minimale tandis que le PET révélait une augmentation de l’activité métabolique du cerveau, dans des régions du cortex comme dans des régions plus profondes.

Grâce notamment à l’Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébro-lésés (UNAFTC) l’affaire Vincent Lambert avait permis de découvrir qu’environ mille cinq cents personnes, en France, sont aujourd’hui plongés dans des état d’éveil non répondant 1. Et maintenant ?

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1 Lire « Ces 1.500 Vincent Lambert dont personne ne parle » Slate.fr, 24 juin 2014

Aluminium, vaccins et gros sous : un pré-brevet prédictif alimente une nouvelle polémique

 

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A chaque jour ses polémiques sous-vaccinales. Pour l’heure on assiste aux prolongements de l’affaire dite « Aluminium-ANSM » : la révélation par Le Parisien d’un document daté de mars dernier qui témoigne de la présentation des recherches de l’équipe du Pr Romain Gherardi sur l’impact pathologique supposé de l’aluminium présent dans certains vaccins. On savait ces travaux sont controversés. En témoigne aujourd’hui une volée de prises de parole au sein de la communauté hospitalo-universitaire. Ce sont des déclarations parfois peu amènes, souvent légitimes.

Certains s’interrogent ainsi notamment sur la « fuite en avant » des chercheurs concernés qui, avec l’aluminium, passent « du muscle au système nerveux central » avec, en toile de fond, un cortège de symptômes aspécifiques. Pour d’autres la multiplication des doutes profanes légitimes induite par cette médiatisation devraient peut-être conduire à un travail entre journalistes  et scientifiques pour réfléchir à la façon de transmettre dans les média les controverses scientifiques. Bien vaste entreprise, souvent évoquée, jamais réalisée.

Contre-attaque

Quant au camp scientifique d’en face, il contre-attaque avec le soutien de l’association militante « Pour des vaccins sans aluminium ». C’est un communiqué de presse en forme de « mise au point » signé des Prs Romain Gherardi, Jérôme Authier et Baharia Mograbi. C’est aussi une réponse aux informations les concernant diffusées par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM).

« Le 8 mars 2017, nous avons présenté nos travaux au Conseil Scientifique de l’ANSM, rappellent les trois chercheurs. Ceux-ci portaient d’une part sur la biopersistance et la neurotoxicité des adjuvants vaccinaux à base de sels d’aluminium, et d’autre part sur des caractéristiques génétiques particulières intervenant dans le processus d’autophagie des particules d’aluminium. Dans son communiqué de presse du 22 septembre 2017, l’ANSM laisse entendre que nos travaux pourraient déboucher sur ‘’une activité privée lucrative’’, indiquant alors qu’il serait ‘’contraire à la bonne utilisation de la subvention publique versée par l’ANSM que de [la] supporter’’. »

Où l’on voit, pour la première fois, l’argent et le possible esprit de lucre alimenter cette polémique. Les chercheurs rappellent, d’entrée, une vérité : tous les chercheurs du secteur public sont encouragés depuis de nombreuses années à breveter systématiquement les inventions issues de leur recherche au nom des organismes publics qui les emploient. Ils ajoutent, ce qui n’est pas faux que cette politique de l’Université et des grands organismes de recherche vise à freiner le pillage de ses résultats valorisables, à évaluer la notoriété des laboratoires et des chercheurs, à financer les laboratoires et à faciliter la recherche de partenaires dans le cadre d’une politique générale de partenariat public-privé.

Le Bien Commun

Pour ce qui la concerne l’ANSM ne ment pas quand elle évoque l’existence d’un brevet. Il s’agit d’un « brevet sur les gènes de susceptibilité aux effets indésirables des adjuvants aluminiques ». Il en est, précisent les trois chercheurs concernés, « à la phase intermédiaire de la procédure de dépôt, et l’invention n’est donc pas protégée à ce jour ». « Toute divulgation pourrait compromettre cette protection » soulignent-ils. Et d’ajouter « qu’ils n’ont pas vocation à développer eux-mêmes ces tests » mais « désirent seulement les rendre accessibles à tous ». Et de conclure : « notre activité de chercheurs dans le secteur public ne vise que l’intérêt collectif et le Bien Commun, et aucune rumeur ne nous détournera de notre objectif ».

Le Pr Gherardi et ses équipes avaient reçu 150 000 euros de l’ANSM pour leurs travaux initiaux ; les besoins pour poursuivre les recherches se monteraient désormais à 550 000 euros supplémentaires – ce que l’ANSM refuse de donner. Une ANSM qui assure que les vaccins contenant de l’aluminium sont sûrs – mais dont le directeur général explique que « ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de problème de sécurité qu’il ne faut pas faire de recherches ». Une déclinaison de la célèbre formule d’un autre directeur d’Agence sanitaire : « ce n’est pas parce que nous démontrons qu’il n’y a pas de risque que ce risque n’existe pas ».

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Désert médical et capitale : quand les infirmiers remplaceront les médecins de l’AP-HP

Bonjour

25 septembre 2017. La République En Marche n’est pas entrée au Sénat et, déjà, les déserts médicaux ont atteint la capitale. Pire, ses bastions hospitaliers jusqu’ici inexpugnables seraient touchés. Un symptôme : la toute dernière commission médicale d’établissement de l’AP-HP début septembre. L’affaire vient d’être traitée par le site Medscape à la lumière des informations des Échos qui avaient « vendu la mèche ».

Que faire pour contrer des déserts menaçants de part et d’autre de la Seine parisienne ? Comment pallier les sous-effectifs médicaux quand on ne peut les augmenter ? Les solutions envisagées sont de nature à décoiffer. Il s’agit, ni plus ni moins, que de multiplier par dix, puis par vingt, le nombre de soignants impliqués dans des « pratiques avancées » : des infirmiers habilités à pratiquer certains actes médicaux. On entend, déjà, la polémique.

Oïkeiosis

On compte, actuellement à l’AP-HP, 45 soignants en « pratiques avancées ». L’objectif est désormais de faire passer au plus vite ce nombre à 500 – puis à 1000 d’ici fin 2019. Contacté par Medscape édition française, l’AP-HP a confirmé les informations des Échos – mais « sans vouloir toutefois dévoiler les contours du projet de transformation élaboré par le premier CHU de France » ; Un projet joliment baptisé Oïkeiosis 1. Un projet radicalement contesté par la CGT :

« Les Directeurs de l’AP-HP se sont autorisés à penser au cours d’un séminaire au mois de juillet. Il en résulte un plan stratégique d’ensemble visant à désintégrer encore plus l’APHP (…) Encore un pas de plus dans la mobilité débridée contrariant la vie privée des agents ! Pour les agents hospitaliers ou les AEQ, une formation sera obligatoire pour leur imposer une orientation vers un « nouveau métier » (sic) (…) OIKEIOSIS est un nom grec et un concept stoïcien d’appropriation, passant par l’acceptation de la destruction de tout ce qui contrarie une communauté. » 

Soins « low cost »

Certains parlent déjà de directions hospitalières organisant des soins « low cost ». Plus généralement les syndicats infirmiers sont plus que réservés. « Nous sommes hostiles au transfert d’actes quand il s’agit d’un simple glissement de tâches, avec une formation théorique de 25 heures sans validation », a déclaré Thierry Amouroux, président du Syndicat national des professionnels infirmiers, aux Échos. Ce syndicat dit attendre le décret sur « l’infirmier en pratique avancée », défini par la loi de santé (qui réclamerait un niveau « master »). Ce décret précisera notamment les domaines d’intervention, les actes techniques et les actes de surveillance clinique et les prescriptions de produits de santé.

« Délégation de tâches » ? Elle a, rappelle Medscape, été définie par la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) – dite Loi Bachelot, en 2009. Mais les procédures sont lourdes et la fluidification des rouages reste à faire. A la pointe du nouveau progrès la direction de l’AP-HP voudrait que les choses avancent au plus vite. Et pour susciter des vocations chez les infirmiers elle souhaiterait qu’un texte réglementaire autorise une meilleure rémunération des tâches supplémentaires.

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 1 Oïkéiosis (en grec ancien οἰκείωσις) est un concept par lequel l’être vivant s’appartiendrait. Que l’être s’appartient signifie qu’il ne passerait pas à côté de lui-même, et « saisirait son être comme le sien propre »1. On le traduit par « apparentement » ou encore « appropriation ».

L’affaire des trois vaccins DTP : le Conseil d’Etat va-t-il condamner la ministre de la Santé ?

 

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C’est l’un des chapitres de l’affrontement entre le gouvernement et les mouvements qui, sans prôner un total refus vaccinal, mènent un combat déterminé contre les autorités sanitaires. L’affrontement, ici, est judiciaire – coordonné par l’avocate Jacqueline Bergel au nom de l’Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN). Basée rue de Clichy à Paris et dirigée par Augustin de Livois, l’IPSN « défend le droit de se soigner librement – et notamment par des solutions naturelles ». Il a aussi « vocation à informer les citoyens, défendre les médecins ou thérapeutes et à changer les législations dans le domaine au niveau national et européen ».

Le 8  février, à la suite d’une requête déposée par Me Bergel, le Conseil d’Etat exigeait du ministère qu’il rende disponibles à la vente des vaccins correspondant aux seules valences DTP obligatoires –  et non plus combinés, sous différentes formes, avec d’autres valences. L’Etat avait six mois pour se conformer à la décision du Conseil d’Etat. Et pour diverses raisons l’Etat fit comme si cette décision n’avait pas existé.  Les trois valences Diphtérie-Tétanos-Poliomyélite seules n’existent toujours pas. En d’autres termes les parents qui voudraient ne faire vacciner leurs enfants qu’avec les seuls vaccins obligatoires ne le peuvent toujours pas.

Aussi Me Bergel, nous apprend Le Monde (Emeline Cazi), a-t-elle déposé le 15 septembre, un requête devant le Conseil d’Etat. Elle demande la condamnation de l’Etat pour non-respect de la décision qui l’oblige à rendre le DTP disponible dans toutes les pharmacies d’officine; avec demande la condamnation de l’Etat pour non-exécution de la décision, et le versement d’une astreinte à raison de 15 euros par jour de retard et par personne. Ils étaient environ 3 000 à mener l’action initiale. Trois cents personnes demandent aujourd’hui l’exécution du jugement.

Un gouvernement piégé

« Ce type de demande, peu fréquent, suit un circuit particulier au Conseil d’Etat, explique Le Monde. C’est la délégation à l’exécution d’une décision de justice qui s’en charge. Une fois celle-ci saisie, avant que des juges le soient, un dialogue s’engage avec l’administration concernée. C’est seulement s’il est infructueux que la section du contentieux se réunit et peut décider de condamner l’Etat.  Dans le cas présent, si le Conseil d’Etat interroge sur la raison pour laquelle le DTP seul reste introuvable, le ministère devrait répondre ce qu’il répète depuis plusieurs semaines : passer de trois à onze vaccins obligatoires à partir du 1er  janvier 2018 répond à l’injonction de rendre disponibles à la vente les seuls vaccins obligatoires. »

Le gouvernement, en somme, était piégé, incapable qu’il était d’obtenir des géants pharmaceutiques de mettre sur le marché une spécialité DTP. Une solution gouvernementale eût certes été, pour être en conformité avec la décision du 8  février du Conseil d’Etat, d’en finir avec ces trois obligations vaccinales – et de les faire passer, comme les autres, dans celles « recommandées ». « Mais compte tenu du risque de faire baisser la couverture  vaccinale, il n’était pas dans l’intérêt général ni de la santé publique de rendre tous les vaccins seulement recommandés » explique le ministère de la Santé, cité par Le Monde. A fortiori quand on a décidé de les rendre tous, ou presque, obligatoires.

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Vaccinations : à qui profitera la nouvelle polémique sur l’innocuité de l’aluminium ?

Bonjour

C’est un nouveau rebondissement, de taille, dans la polémique née de la volonté gouvernementale d’imposer, coûte que coûte et dès le 1er janvier prochain, onze vaccinations pédiatriques. C’est aussi un rebondissement exemplaire : la polémique se nourrit cette fois de nouvelles données scientifiques, elles-mêmes objet de controverses au sein de la communauté. Avec, en toile de fond, un sujet philosophique sur la liberté de chercher en l’absence de problème de sécurité… Eléments pour s’y retrouver.

Les faits

Dans un avis rendu en mars dernier que vient (seulement) de dévoiler Le Parisien (et dont l’Agence France-Presse a obtenu la copie) le conseil scientifique de l’Agence du médicament (ANSM) juge que des recherches sur d’éventuels effets neurologiques dus à la présence d’aluminium dans les vaccins nécessitent « des approfondissements ». Les recherches en question ont été menées dans le cadre du projet « BNAA-Vacc » et ont été supervisées par le Pr Romain Gherardi, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor (Créteil). Très isolé sur ce point au sein de sa communauté le Pr Gherardi est de longue date convaincu que les particules d’aluminium présentes dans certains vaccins pourraient être à l’origine, chez certaines personnes génétiquement prédisposées, d’une série de symptômes hétérogènes (fatigues extrêmes, douleurs diffuses, troubles cognitifs…) qui, réunis, constitueraient une  nouvelle entité pathologique : la myofasciite à macrophages.

Les travaux étudiés par le conseil scientifique de l’ANSM ont fait l’objet de trois publications dans des revues scientifiques ; publications détaillées par Le Quotidien du Médecin :

« La première étude, Eidi et al. 2015, a été publiée dans « BMC Medecine » : elle montre, grâce à un complexe entre adjuvant aluminique et nanodiamants fluorescents, une translocation physique des adjuvants entre le muscle injecté et d’autres tissus, dont le cerveau, 21 jours après injection chez des souris. La deuxième publication, Crépeaux et al. 2015, publiée dans « JIB », est une étude longitudinale de long terme, chez des souris, qui observe aussi les translocations des particules injectées dans le muscle, vers les tissus, la rate, les ganglions lymphatiques, inguinaux, le cerveau, mais laisse suggérer un effet dose. La troisième étude, Crépeaux et al, parue dans « Toxicology » en 2017, teste cet effet dose en administrant des doses différentes à trois groupes de souris. »

« Globalement, il y a une véritable logique dans ce projet, même s’il peut sembler avancer par petites touches sans construire encore un ensemble abouti , note le Conseil scientifique de l’ANSM dans son avis rendu le 8 mars. L’apport de l’étude aux connaissances sur la sécurité des vaccins semble significatif, sans être encore déterminant. » Selon le Conseil scientifique « réplications et approfondissements sont nécessaires ».

La réaction de l’ANSM

 La médiatisation de ces données datant de six mois a aussitôt provoqué une réaction de l’ANSM : « Les vaccins contenant de l’aluminium sont sûrs – Communiqué ». Un texte qui, étrangement, aborde des questions d’argent ; un texte qui se veut rassurant mais qui pourrait in fine ne pas l’être.  Extraits :

«  L’ANSM tient à rassurer les patients. Les résultats des études de l’équipe du Pr Gherardi, ainsi que l’ensemble des rapports et publications disponibles à ce jour, ne modifient pas ce rapport bénéfice risque positif. (…) Dans le cadre de son programme de soutien à la recherche, l’ANSM a soutenu financièrement ces travaux de recherche fondamentale du Pr Gherardi. (…).

« L’ANSM précise que le conseil scientifique de l’ANSM, qui est indépendant de la direction de l’Agence, a pour mission de lui proposer des avis lui permettant d’orienter certaines de ses actions et/ou certains de ses financements (…)  Enfin, outre que les montants estimés par le Pr Gherardi dépassent de très loin les capacités financières de l’ANSM en matière de financement de recherche, il ne rentre pas dans ses missions de financer des programmes de recherche de manière pérenne. Il est important de souligner que cette équipe de recherche ayant déposé un brevet, cela pourrait ouvrir à un financement privé et il serait contraire à la bonne utilisation de la subvention publique versée par l’ANSM que de supporter une activité privée lucrative. »

Questions d’argent

Ce n’était sans doute pas suffisant. « Il s’agit d’une recherche très préliminaire fondamentale, essentiellement sur la souris, qui ne change rien à l’analyse bénéfice/risque des vaccins qui contiennent de l’aluminium », a précisé auprès de l’Agence France-Presse le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. Cela ne remet pas en cause la sécurité des vaccins. » Il ajoute, ce qui ne manquera pas d’être commenté : Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de problème de sécurité qu’il ne faut pas faire de recherche. »

Le Pr Gherardi et ses équipes avaient reçu 150 000 euros de l’ANSM pour les travaux initiaux ; les besoins pour poursuivre les recherches se monteraient désormais à 550 000 euros supplémentaires – ce que l’ANSM refuse de donner.  Pour cette Agence, les choses sont simples et le citoyen doit être rassuré :  l’aluminium des vaccins est officiellement sans danger. Dans le même temps, forte de cette nouvelle polémique et avec le soutien du Pr Gherardi, se poursuit la campagne « Pour des vaccins sans aluminium » de l’association E3M, qui regroupe des personnes atteintes de myofasciite à macrophages.

Dans l’entourage d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé, on indique que ces travaux « ne démontre pas le lien entre les adjuvants et la myofasciite à macrophages » . Certes. Mais ensuite ? Ce lien existe-t-il ? Est-il démontrable ? Faut-il le démontrer ?

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Mediator : les Laboratoires Servier ne pouvaient pas « s’exonérer de leur responsabilité »

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Le temps judiciaire se couvre pour le fabricant du Mediator-benfluorex : après l’annonce de son renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris (procès annoncé pour 2019) voici une décision majeure de la Cour de cassation. Selon un arrêt consulté vendredi 23 septembre par l’AFP, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire vient, pour la première fois, de valider la responsabilité civile des Laboratoires Servier pour avoir maintenu la commercialisation d’un médicament qui « présentait un défaut » (faute d’information sur ses risques).

Les choses sont claires. Pour les magistrats de la plus haute juridiction de la Cour de cassation les Laboratoires Servier ne pouvaient « invoquer un risque de développement pour s’exonérer de leur responsabilité » au titre du caractère défectueux du médicament. Dans sa décision, la Cour estime que « l’état des connaissances scientifiques ne permettait pas d’ignorer les risques d’HTAP (hypertension artérielle pulmonaire) et de valvulopathies induits par le benfluorex » entre 2006 et 2009,

Informer les patients et les professionnels de santé

« Au regard des données scientifiques de l’époque et du rapport bénéfice-risque qui en était attendu, ce médicament n’offrait pas la sécurité à laquelle elle pouvait légitimement s’attendre, compte tenu notamment de l’absence d’information figurant sur la notice, souligne la Cour. Dans la mesure où elle était sérieusement documentée, la seule suspicion de ces risques obligeait le laboratoire producteur à en informer les patients et les professionnels de santé. » Et les magistrats d’observer que jusqu’en 2009, date du retrait (plus que) tardif du Mediator, les informations sur les effets indésirables ne faisaient pas mention des risques d’apparition d’une HTAP et d’une valvulopathie.

MMartine Verdier, avocate de la malade concernée s’est félicitée de cet « arrêt de principe qui confirme la défectuosité du Mediator et scelle définitivement la responsabilité de Servier ». En rejetant le pourvoi des laboratoires, la Cour de cassation confirme la condamnation de Servier à indemniser cette femme à hauteur de 7 650 euros (elle en demandait plus de 40 000) décidée en première instance à Nanterre en octobre 2015, puis en appel à Versailles en avril 2016.

Servier principal responsable et seul coupable ? La justice pénale a décidé le renvoi devant le tribunal correctionnel des Laboratoires Servier et de l’Agence nationale de sécurité du médicament. Au total, onze personnes morales et quatorze personnes physiques seront jugées.

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Banalisation accélérée des manipulations génétiques sur les embryons humains

Bonjour

Hier encore c’eût été une vague d’émotion et de commentaires enthousiastes ou indignés 1. Aujourd’hui rien ; ou quelques lignes, comme sur le site Gènéthique. Modifier le génome d’embryons humains : hier la pratique  semblait réservée à la Chine radicalement étrangère à une bioéthique que l’Occident tient encore pour universelle. Puis les Etats-Unis s’intéressèrent à ces expériences controversées, intérêt suivi d’une récente première publication contestée. Aujourd’hui il s’agit du Royaume-Uni, havre démocratique et nouveau terrain d’expérimentation de la génétique embryonnaire humaine.

Une équipe britannique vient ainsi d’annoncer avoir modifié le génome de 58 embryons humains à partir de la technique dite « CRISPR-Cas9 ». Tout est raconté, dans Nature, par Heidi Ledford : « CRISPR used to peer into human embryos’ first days ». Nature qui publie le papier original correspondant : « Genome editing reveals a role for OCT4 in human embryogenesis ». Un travail mené par Mme Norah M. E. Fogarty (Human Embryo and Stem Cell Laboratory, The Francis Crick Institute, London).

L’incubateur central du « Meilleur des mondes »

Ces travaux étaient parfaitement autorisés. Ils ont été menés  et sur des embryons humains « surnuméraires » (créés à l’origine par fécondations in vitro à des fins de procréations) offerts aux chercheurs. Objectif: mieux comprendre certains mécanismes génétiques et moléculaires des premiers stades du développement humain. A cette fin les chercheurs ont éliminé un gène (le gène OCT4) peu après la fécondation de l’ovocyte par le spermatozoïde pour « tester la capacité de la technique à déchiffrer les fonctions de gènes clefs ». « Une façon de découvrir ce qu’un gène fait dans l’embryon en développement est de voir ce qui se passe quand il ne fonctionne pas », a expliqué Mme Kathy Niakan, dernière signataire de la publication.

Cette chercheuse dit espérer que d’autres équipes étudieront d’autres gènes clefs à l’avenir. Ce qui ne devrait guère tarder. A terme l’objectif (officiellement) affiché de telles manipulations est d’ « améliorer les traitements de FIV » et de comprendre les causes des fausses-couches.

A Londres (non loin de l’incubateur central du Meilleur des mondes), sept jours après la manipulation, les embryons humains ont été détruits et analysés. Où il fut démontré que l’embryon humain a besoin de la présence fonctionnelle du gène OCT4 pour se développer.

A demain

1 Lire, sur ce thème, le (long) entretien accordé par le biologiste-prophète Jacques Testart à l’hebdomadaire Charlie Hebdo (n° 1313)