Insémination. « Si la photo est bonne, j’achèterai des paillettes du sperme de ce jeune homme »

Bonjour

Croissance continue de la marchandisation du corps humain. Aucune solde. Un marché qui se nourrit de fantasmes que la génétique nourrit – quand elle devrait, en toute rigueur, les assécher 1. Dernier exemple en date, ce papier du Daily Mail, signé (Chloé Morgan) : « British couples can pay £222 to browse pictures of sperm donors to ensure they get the best-looking babies – in Europe’s FIRST online gallery of men willing to donate ». Un papier fort opportunément repris sur le site Gènéthique.

Où l’on apprend qu’il est désormais possible de « choisir son donneur de sperme dans une galerie photo » – la dernière trouvaille de la trop célèbre Cryos, « banque de sperme danoise »/ Slogan publicitaire :  « afin d’obtenir les plus bébés les plus beaux ». La beauté d’un bébé n’ayant pas de prix, le coût supplémentaire pour les client.e.s est de 250 € supplémentaire. Et ils sont nombreux à payer le prix fort. « La photo adulte les aide à reproduire le mécanisme de sélection naturel »explique (sans honte ni rire) Peter Reeslev PDG de Cryos. Un marchand de gamètes qui se déclare « très satisfait de l’intérêt que cela suscite ».

« Cryos International Sperm & Egg Bank » ? La version marchande, galopante et sans états d’âme des Cecos français respectant une éthique qui se réduit chaque jour comme peau de chagrin. Une éthique ruinée par les entreprises étrangères mais aussi depuis peu minée de l’intérieur comme en témoigne le rapport parlementaire « Jean-Louis Touraine » et ses recommandations quant à la prochaine révision de la loi de bioéthique.

Paillettes colorées livrées en 24 heures chrono

 Si la photo est bonne. La banque de sperme danoise officie depuis plus de 30 ans dans une centaine de pays et revendique la « fabrication » de 65 000 enfants. Il y a dix ans Le Monde rapportait qu’elle mettait en ligne une liste de 309 géniteurs potentiels, « la plus importante au monde ».

« Truffée d’informations qui étaient jusque-là réservées aux cliniques, elle renseigne sur leur « race » – caucasienne pour l’essentiel -, groupe ethnique, taille, poids ou couleur des yeux, mais aussi sur leur niveau d’éducation, leur métier et leur groupe sanguin évidemment, anonyme ou non anonyme. Cryos dit vouloir copier « le modèle américain ». Sa filiale franchisée américaine, créée en 2001, offrait déjà ce service. Moyennant 500 à 2 000 euros selon la qualité et la quantité désirées mais aussi le choix du donneur et le type de transport, les paillettes colorées sont livrées en 24 heures chrono. Seule exigence pour les particuliers : fournir le certificat d’un médecin qui les réceptionnera.

« La clientèle peut choisir entre deux types de « profils » : profil de base ou profil étendu. Les premiers sont désignés par des numéros, les seconds par des prénoms. Les indications sont assez brèves pour les uns, très développées sur les autres. Prenez Cliff par exemple, joli poupon à l’âge d’1 an : c’est un des privilèges des profils étendus que de donner accès à une photo du donneur enfant. Cliff est diplômé d’une des dix premières universités américaines. Un critère « très important » pour les célibataires, souligne Jeannett, du service commercial et à ce titre amenée à répondre par téléphone aux questions des clientes, quand les couples vont privilégier avant tout la recherche d’un enfant « qui ressemble » au père. Pour 25 euros, Cryos offre la possibilité d’une première sélection de donneurs selon leur ressemblance physique avec le futur père. Il suffit d’envoyer sa photo.. ».

Sélection naturelle et eugénisme positif

 Si la photo est bonne. L’an dernier Ole Schou, directeur de Cryos se confiait au Figaro : « Nous recevons des commandes de France pratiquement tous les jours » ? Selon lui la réussite de son entreprise est le fruit du « sérieux de l’enquête familiale concernant les antécédents génétiques des donneurs, les maladies possiblement héréditaires et, d’une manière plus générale, l’excellence des donneurs ». Ces donneurs  contribuent selon la banque, à un « un eugénisme positif ». Les acheteurs peuvent sélectionner le donneurs selon de nombreux critères : couleur des yeux mais aussi, « droitier », « sportif », qui « ne porte pas de lunettes »…

« Toute notre société est fondée sur la sélection naturelle, il est normal que les parents puissent choisir un géniteur selon leurs critères », souligne Ole Schou. Et les « donneurs » d’applaudir à l’idée de pouvoir participer à l’élaboration « d’enfants parfaits ». Chez Cryos le prix d’un achat unitaire varie « entre 69 euros » et « plus d’un millier d’euros ». Ils peuvent atteindre jusqu’à 12.000 euros « si vous souhaitez des frères et sœurs génétiques » car vous pouvez vous assurer « un droit exclusif sur le futur sperme disponible du donneur ».

Si la photo est bonne. L’offre est sans fin. Avec la photo, l’entreprise peut aussi fournir aussi toute une série d’informations, « des photos de bébé, des enregistrements audio, des salutations manuscrites, des tests d’intelligence émotionnelle, des arbres généalogiques et les impressions de l’entreprise sur le donneur ».

Aujourd’hui, Brexit ou pas,  Cryos indique  que ce sont les clients britanniques qui sont les plus intéressés par ce nouveau service. Elle  précise aussi que parmi ses clients la proportion de célibataires et de couples de femmes augmentait considérablement depuis cinq ans :  50 % sont des femmes célibataires, 35 % des couples de femmes et 15 % seulement des couples hétérosexuels. Les homosexuels sont les plus demandeurs d’informations détaillées sur le donneur.

Mais encore ? Où est, ici, le politique ? Qui ne voit les soubassements idéologiques et les conséquences eugénistes d’un tel courant ? Qu’en disent les vieux sages et les jeunes garants de « l’éthique à la française » ? Que fait face à cette menace grandissante l’Agence française de biomédecine ? Comment les Cecos imaginent-il pouvoir résister longtemps à Cryos ? Qui, au sein du gouvernement français s’intéresse à un tel dossier ? Ce sujet sera-t-il abordé lors du Grand Débat ? A l’occasion des prochaines élections de l’Union européenne ?

A demain

@jynau

1 Sur ce thème on se reportera dans The Economist (19 janvier 2019) à : « James Watson A pioneering biologist is reprimanded for unscientific, offensive views »

 

 

 

Cigarettes, vapotage, politique : le retour de Marisol Touraine et de son paquet-neutralité

Bonjour

Où l’on retrouve, prenant la parole, Marisol Touraine « ancienne ministre de la Santé de François Hollande et nouvelle récipiendaire de la Légion d’honneur » (sic). Celle a qui Agnès Buzyn succéda a été « sollicitée » par le Midi-Libre, aussi a-t-elle écrit un article intitulé « Le défi du Grand Débat » qu’elle a également publié sur son blog .

 On se souvient peut-être des hésitations sans fin de la ministre de François Hollande tentée par l’aventure macronienne. Les atermoiement semblent, chez elle, toujours d’actualité :

Acte I« La France est aujourd’hui engluée dans une crise profonde, que le gouvernement a aiguisée en écartant les élus locaux et les acteurs sociaux (…) Cette crise est préoccupante parce qu’aucune alternative politique n’émerge aujourd’hui et que l’esprit de responsabilité semble avoir déserté. La violence est inacceptable et doit être condamnée sans ambiguïté, par les élus de tous bords comme par les “gilets jaunes”. Mais de son côté, Emmanuel Macron a trop tardé à réagir et le gouvernement multiplie depuis les erreurs en ignorant les organisations syndicales réformistes ou en accumulant les couacs sur la taxe d’habitation pour ne prendre que ces exemples.

Acte II « (…) il faut cesser d’expliquer que le débat ne changera rien alors que des attentes s’expriment avec force et que prévaut le sentiment d’un manque de considération : c’est en associant les partenaires, en inventant une nouvelle articulation entre démocratie représentative et démocratie participative que le pouvoir ouvrira un débouché politique à la crise. »

Acte III « En cette période de vœux, je forme celui que le calme et le respect reviennent, permettant un débat de fond, un débat sans fard, sans faux-semblant, qui permette à chacun d’être entendu, à la justice sociale d’être notre boussole collective et à notre pays d’aller mieux. »

Et puis, simple hasard ou tenace fatalité, voici que deux années après l’entrée en vigueur du paquet neutre, Santé publique France publie, ce jeudi 17 janvier, une étude sur la perception du paquet de cigarettes par les fumeurs. On se souvient que ce « paquet neutre » fut le grand œuvre anti-tabagique d’une Marisol Touraine qui sera un jour condamnée pour ne pas avoir perçu la puissance du levier de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques addictifs. Un dramatique déni politique sur lequel on espère, encore et toujours que l’ancienne ministre parviendra un jour à s’exprimer – sans même parler d’Agnès Buzyn qui suit le même dramatique chemin.

Santé Publique France, donc : « Perception du paquet de tabac neutre par les fumeurs : baromètres 2016 et 2017 »

A dire vrai c’est un peu court : « les résultats confirment que le paquet de tabac neutre est moins attractif pour l’ensemble des fumeurs ». Pauvrement court : « deux indica­teurs ont été utili­sés : le fait que l’aspect du paquet que les fumeurs achètent habituellement leur plaît, et la gêne qu’ils ont à sortir leur paquet à cause de son aspect ». Ce qui donne :

  • la part de fumeurs qui déclarent que l’aspect de leur paquet de cigarettes leur plaît a été divisée par trois en 2017 (16 %) par rapport à 2016 (53 %) ;
  • les fumeurs qui sont gênés de sortir leur paquet à la vue de tous à cause de son aspect sont deux fois plus nombreux en 2017 (12 %) qu’en 2016 (6 %) ;
  • l’appréciation du paquet a particulièrement diminué chez les 18-24 ans.

On résume : « le nouveau conditionnement des produits du tabac a eu un impact sur la perception par les fumeurs de leurs paquets de cigarettes et a probablement contribué, dans un contexte anti‑tabac particulièrement fort, à dénormaliser encore un peu plus les produits du tabac en France ».

Et, comme toujours chez Santé Publique France,  rien sur les vertus, en France, de la cigarette électronique en matière de santé publique.

A demain

@jynau

«PMA pour toutes» : elle déclenche une vive polémique au sein de La République en marche

Bonjour

C’était écrit. Voulu par le député-médecin Jean-Louis Touraine, socialiste devenu macronien, le rapport parlementaire sur la bioéthique commence à faire des vagues politiques. Ce document annonce, à sa façon, la possible fin de la « bioéthique à la française ». Il recommande notamment (promesse du candidat Emmanuel Macron) « l’extension à toutes les femmes des techniques de PMA ». Au nom de l’égalité des droits, la mission d’information parlementaire souhaite notamment que toutes les femmes bénéficient des mêmes modalités de remboursement par la Sécurité sociale.

Et son rapporteur, Jean-Louis Touraine, va plus loin. Il préconise plusieurs changements qui, s’ils étaient adoptés, auraient des conséquences pour l’ensemble des couples ayant recours à la PMA. Sur la question de l’accès aux origines, M. Touraine se dit par exemple favorable à ce que les enfants nés d’un don puissent, à leur majorité, accéder à des informations non-identifiantes (caractéristiques médicales) ainsi qu’à l’identité de leur géniteur.

Au lendemain de la publication de ce rapport la députée Agnès Thill (LRM, Oise) annonce publiquement son opposition. Ce qui provoque de violentes au sein du groupe de la majorité présidentielle – un groupe qui prend habituellement soin de ne pas montrer les divisions qui peuvent exister en son sein. On précisera que Mme Thill était membre de la mission d’information sur la révision des lois de bioéthique.

« Débat apaisé » et « écoles coraniques »

Dans une longue lettre adressée jeudi 17 janvier à ses collègues du groupe majoritaire, Mme Thill pilonne le rapport de son collègue Touraine.  Elle estime notamment qu’accepter dans la future révision de la loi le « parent d’intention » (le parent n’ayant pas de lien biologique avec l’enfant) « permet la multiplication des parents », et que le mot « parent » « n’a alors plus aucun sens ». « Il en découle politiquement, que cette absence de sens de genre dans le mot “parent” favorise l’éclosion d’écoles coraniques et le départ de nos élèves vers celles-ci », écrit la députée Thill, 54 ans, qui a grandi dans une « famille ouvrière chrétienne » en Seine-Saint-Denis et qui, après avoir été longtemps institutrice dans l’Oise a dirigé une ‘école primaire à Paris.

« Nos amis musulmans, que nous savons opposés à cet éloignement progressif des concepts de père-mère, homme-femme (…) ne vont point dans la rue, ni dans les urnes, pour exprimer leur conception, écrit-elle. Mais ils vivent en créant un monde parallèle dans la République, où les choses sont comme ils veulent (…). Il n’y a pas chez nos amis musulmans de parent 1 et de parent 2 ». Et Mme Thill cite dans sa lettre, parmi les experts qui se sont prononcés sur l’extension de la PMA, des « juristes », des « scientifiques », des « associations » mais aussi des « francs-maçons ».

Réplique immédiate de certains de ses collègues du groupe majoritaire qui estiment que, cette fois, la « ligne rouge » a été franchie. « Marre qu’une députée LRM puisse prononcer des propos homophobes et islamophobes aussi librement… Le courrier reçu par mes collègues et moi-même est un tapis de sottises qui stigmatise inutilement deux minorités. En France, il n’y a pas de “parallèle” à la République », a notamment réagi sur Twitter la députée Laurence Vanceunebrock-Mialon (LRM, Allier), fonctionnaire de police. Quant à Aurélien Taché (LRM, Val d’Oise) il réclame que sa collège Thill soit exclue du groupe « sans plus attendre » : « Stop. Homophobie, islamophobie (…) »écrit-il sur Twitter.

Interrogée par Libération (Sylvain Chazot)  la porte-parole du groupe LRM, Marie Lebec, députée des Yvelines, elle dénonce une lettre « caricaturale, comme Agnès Thill peut l’être ». L’AFP rappelle que ce n’est pas la première fois qu’Agnès Thill est la cible de critiques au sein de son parti pour certains de ses propos. En novembre dernier, LRM avait mis une « dernière » fois en garde l’élue de l’Oise « contre les excès » de ses « prises de position publiques ». La députée avait alors dénoncé l’existence d’un « puissant lobby LGBT à l’Assemblée nationale ».

Où l’on voit que nous sommes encore assez loin du « débat apaisé » qu’Emmanuel Macron appelait de ses vœux avant de pouvoir, dès cette année, légiférer.

A demain

@jynau

 

L’étrange histoire de la pipette de Dépakine® à retirer du marché : hasard ou vraie fatalité ?

Bonjour

Hasard ou fatalité ? Et bien étrange retournement de situation. Hier le géant français accusait les autorités sanitaires françaises d’être responsables, sinon coupables, de l’affaire-scandale Dépakine®. Aujourd’hui voici que ces mêmes autorités annoncent l’embarras dans laquelle se trouve ce même géant avec cette même Dépakine®. Cela prend la forme d’un communiqué de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : « RAPPEL du lot N° 013097 de Dépakine 200mg/ml et de Valproate de sodium Zentiva 200mg/ml ».

Ce rappel concerne le lot n°013097 (péremption 08/2020) – un lot étrangement commun aux spécialités Dépakine®  200mg/ml solution buvable et Valproate de sodium Zentiva 200mg/ml, solution buvable. Et un rappel « réalisé par le laboratoire Sanofi-Aventis France en accord avec l’ANSM » et ce « suite à la découverte, dans une boite, d’une pipette destinée à un autre dosage (300mg/ml au lieu de 200mg/ml) ». En pratique l’administration du médicament avec cette pipette de 300mg/ml au lieu de la pipette 200mg/ml peut entraîner un sous-dosage en valproate et donc une baisse de l’efficacité du traitement antiépileptique.

« Il est donc demandé aux patients de rapporter les boîtes et pipettes du lot 013097 à leur pharmacie pour échange. Dans cette attente, les patients ne doivent pas arrêter leur traitement. »

Les 88 000 boîtes du lot 013097

Etrange situation quand on sait que la pipette mentionne un dosage à 300mg/ml alors même que ce dosage n’est pas commercialisé en France. Précision : selon le laboratoire Sanofi-Aventis France, ce défaut « ne concerne que quelques-unes des 88 000 boîtes du lot 013097 distribuées en France entre février et août 2018 ». Combien ? Le géant ne le dit pas. Et Sanofi-Aventis France, en accord avec l’ANSM, a demandé aux pharmaciens d’officines et des établissements de santé, de contacter, « par tous les moyens dont ils disposent », les patients susceptibles de détenir et/ou d’avoir utilisé les spécialités des lots concernés par ce rappel.

« Les patients ne doivent en aucun cas arrêter leur traitement. Il est demandé aux patients en possession de boîtes de Dépakine 200mg/ml, ou Valproate Zentiva 200mg/ml, du lot n°013097 de les rapporter, avec la pipette, à la pharmacie dans les plus brefs délais. Les patients peuvent vérifier, s’ils le souhaitent, si les boîtes contiennent ou non la bonne pipette. Il pourront ensuite se faire délivrer gratuitement une boite d’un autre lot.»

Pour simplifier le tout, les pipettes de 300mg/ml et de 200mg/ml ont la même taille et la même couleur. L’effet du hasard, ou la manifestation de la fatalité.

A demain

@jynau

 

Médicaments et pharmacie : voici venu, en France, le temps des tickets de rationnement

Bonjour

C’est une « enquête exclusive » dont les résultats viennent d’être rendus publics par France Assos Santé – une enquête réalisée par l’institut BVA « auprès d’un échantillon de 955 personnes représentatif de la population française ». Ce sont aussi des résultats qui confirment une série d’informations récurrentes quant aux « tensions » et autres « pénuries » dont fait régulièrement état l’Agence nationale de sécurité du médicament.

« Des résultats inquiétants, qui pointent les difficultés récurrentes d’accès à certains vaccins et médicaments pour des millions de Français, et leurs conséquences directes sur leur santé et leur qualité de vie » résume l’association. Nous sommes face à un phénomène récurrent et massif. 25% des répondants se sont en effet déjà vus refuser la délivrance d’un médicament ou d’un vaccin pour cause de pénurie.Ce taux monte à 31 % pour les personnes atteintes par une affection longue durée (ALD). »

Tout ceci n’est pas sans conséquences, parfois graves, sur le suivi des prescriptions médicales. « 45% des personnes confrontées à ces pénuries ont été contraintes de reporter leur traitement, de le modifier, voire d’y renoncer ou de l’arrêter complètement, explique France Assos Santé. Une situation jugée anxiogène par 21% des répondants (41% pour les personnes en ALD). Avec à la clé des conséquences potentiellement graves : augmentation des symptômes dans 14% des cas, erreurs dans la prise de médicaments de substitution (4%) et plus inquiétant encore, hospitalisation nécessaire pour une personne sur vingt (4% en population générale, 5% pour les personnes en ALD). »

Recherche en culpabilité

Nous sommes ici non pas dans une politique de réduction des risques mais dans une situation d’incurie avec augmentation des risques individuels et collectifs.

Les coupables ? Pour 56 % des personnes interrogées ce sont les industriels de la pharmacie (qui privilégieraient la production de certains médicaments ou vaccins au détriment d’autres)  loin devant les pouvoirs publics (13%) et les grossistes répartiteurs (14%).

Pour France Assos Santé aucun doute : les industriels sont  très largement responsables de ces pénuries, principalement dues à des stratégies financières contestables, à un désengagement de certains médicaments et à une concentration des sites de productions. L’association réclame une régulation plus efficace de la part des autorités sanitaires nationales et européennes, une information claire sur les causes de ces ruptures, sur les plans de gestion des pénuries mis en place, ainsi que sur les sanctions imposées en cas de manquement aux obligations de notification et de mise en œuvre de ces plans.

Tout ceci porte un nom, un beau nom, un nom que n’a jamais goûté Big Pharma : la transparence.

A demain

@jynau

 

AP-HP et Canard Enchaîné : Mireille Faugère renonce au Conseil supérieur de la magistrature

Bonjour

Il n’aura suffi que de quelques heures. Le 16 janvier, peu après la sortie du Canard Enchaîné, rebondissement dans le dossier Mireille Faugère : cette ancienne directrice générale de l’AP-HP  « a retiré sa candidature au Conseil supérieur de la magistrature ». Un renoncement qui fait suite aux informations de l’hebdomadaire satirique quant à une série de rémunérations considérées comme indues par la justice administrative – ce que l’intéressée conteste. Refus de rembourser les sommes réclamées (148 934 €) correspondant notamment à des jetons de présence en tant que membre des conseils d’administration d’EDF et d’Essilor de 2010 à 2013 – ce que le droit administratif interdit.

Quelques heures après la sortie du Canard Enchaîné le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM) annonçait qu’il retirait sa proposition de nomination de Mireille Faugère au Conseil supérieur de la magistrature. Officiellement Richard Ferrand a reçu un courrier de l’ancienne directrice générale de l’AP-HP (aujourd’hui à la Cour des Comptes)  « l’informant du retrait de sa candidature ». Et Richard Ferrand de faire savoir qu’il  « regrette de ne pas avoir été informé par Mireille Faugère de sa situation ». Ainsi ignorait-il la situation, en amont, de celle qu’il avait choisie.

C’est ainsi que, le même jour, la commission des Lois de l’Assemblée n’a pas auditionné l’ancienne directrice de l’AP-HP. Où l’on perçoit, une nouvelle fois, le poids que peut avoir l’hebdomadaire satirique dans les champs de l’exécutif et du législatif.

A demain

@jynau

Dépakine® Rebondissement dans l’affaire : le géant Sanofi accuse les autorités sanitaires

Bonjour

Coup de tonnerre dans un ciel que seuls les naïfs imaginaient serein. Tonnerres et éclairs sous la forme d’une dépêche de l’Agence France Presse. Où l’on mesure les limites de la solidarité nationale quand il est question de morale, de justice et dividendes. Où l’on apprend que le géant pharmaceutique français Sanofi a refusé, mercredi 16 janvier, de donner suite aux premières demandes d’indemnisation de victimes de son médicament antiépileptique Dépakine®. En d’autres termes il rejette sur les autorités sanitaires française l’entière responsabilité de ce qui est désormais médiatiquement présenté comme un « scandale sanitaire ».

Le Monde rappelle que la Dépakine® est accusée d’avoir provoqué des malformations et des retards de développement chez des milliers d’enfants dont la mère prenait cet antiépileptique (principe actif : acide valproïque) durant sa  grossesse.

Réaction officielle du géant pharmaceutique : le dispositif mis en place par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) fait peser « principalement sur le laboratoire la charge de l’indemnisation » sans prendre en compte « les preuves établissant que Sanofi a informé les autorités en toute transparence » sur les risques de la Dépakine pour les femmes enceintes, au fur et à mesure de l’avancée des connaissances scientifiques.

Et le géant de poursuivre : depuis la fin des années 1980, les autorités sanitaires françaises  « ont à plusieurs reprises rejeté les demandes de Sanofi qui visaient, en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques, à mentionner dans la notice patient les risques pour le fœtus pouvant être liés à la prescription de ce médicament dans le cadre d’une grossesse ».

« Solliciter » Sanofi pour « contribuer »

Selon les estimations de l’Assurance-maladie et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, la Dépakine®  et ses dérivés sont directement responsable (depuis 1967) de malformations (entre 2 150 et 4 100 cas suspectés) et de troubles du neuro-développement (entre 16 600 et 30 400 cas).

Les risques de malformations liées au valproate de sodium ont été mis en lumière par des études scientifiques dès les années 1980 et  les risques neuro-développementaux l’ont été à partir du début des années 2000. L’AFP se souvient aussi qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré à plusieurs reprises (l’an dernier) que l’Etat allait « solliciter » Sanofi pour « contribuer » à indemniser les victimes de la Dépakine®.

La ministre connaît désormais la réponse du géant. Mais que pèse, face à lui, le pouvoir exécutif ?

A demain

@jynau