Alerte aux UV : qui est derrière cette obscure clarté tombée des étoiles de la publicité ? 

Bonjour

« UV : Sauvons nos yeux ! » #SauverMesYeux. C’est une campagne publicitaire massive dont on a pu ressentir les premiers effets ce lundi 23 avril. De pleines pages signées dans soixante titres de la presse quotidienne nationale et régionale – un « manifeste » signé par le Pr Jean-François Korobelnik, spécialiste d’ophtalmologie, chef du service au CHU de Bordeaux et, en même temps, par Nicolas Sériès, directeur général de Zeiss Visions Care France.

A suivre : plus de 2 100 diffusions sur TF1, France Télévisions, Canal+, C8, BFM, LCI, C News, RMC découverte, l’Equipe TV, Bein Sports, Histoire et Ushuaia TV… Et cette campagne se poursuivra au mois de mai et juin avec le « sponsoring » de la météo de France 2, de septembre à décembre avec les météos de France 2, BFM et M6. Sans oublier une vaste communication digitale de mai à décembre.

Pour en savoir plus, il faut courir sur des sites hautement spécialisés : « Nouvelle technologie UVProtect : Zeiss lance sa campagne de communication. Le spot sur Acuité ! ». Où l’on apprend que le célèbre « verrier allemand » prévoit de « sensibiliser » au moins 4 000 ophtalmologistes avec une équipe de « délégués médicaux » qui présentera cette nouvelle technologie dans les cabinets, lors de symposiums ainsi que dans le cadre du prochain congrès de la Société Française d’Ophtalmologie (SFO), du 5 au 8 mai. Précisons que Carl Zeiss est « challenger mondial » dans les verres ophtalmiques (18 % du marché mondial) derrière le leader : Essilor (31 % du marché mondial).

Mais encore ? Que nous dit cette publicité (étrangement) co-signée dans les médias français ? Qu’il faut avoir peur des UV. Que « pour l’immense majorité d’entre nous la vue est notre sens le plus important » (sic). Que nous sommes trop nombreux à ignorer le lien entre rayon UV et maladies oculaires. Et que, insouciants, nous exposons nos yeux aux agressions sans la moindre protection. Cet un « ennemi invisible » (re-sic).

On imagine la suite. Les UV « sont là partout, tout le temps, même par temps couvert ». Ils sont responsables d’un grand nombre de maladies de la peau. Or entre 5 et 10% des cancers cutanés touchent la région des paupières tandis que plusieurs études pointent également le danger des UV pour les yeux avec le développement de maladies telles que la cataracte et la Dégénérescence Maculaire Liée à l’âge.

Que ferions-nous, en France et sous la voûte céleste, sans la nouvelle gamme Zeiss et la solution UVProtect ? A quel prix ? «  Zeiss UVProtect représente environ 25 euros par verre (4 centimes par jour sur un an pour une protection 100% UV). La publicité n’a pas osé le dire et elle a eu tort : à ce prix là, c’est donné. Que va faire Essilor ?

A demain

Blues chagrin : les directeurs d’hôpitaux se plaignent du manque de soutien d’Agnès Buzyn

 

Bonjour

Quand rien ne va, accuser les médias. C’est ce que fait, aujourd’hui, une majorité de directeurs des hôpitaux publics qui n’en peuvent plus d’être publiquement accusés du malaise hospitalier. « Sans nier que leurs établissements se trouvent  » sous tension  » après des années de restrictions budgétaires, ils dénoncent les présentations  » catastrophistes « ,  » caricaturales «  et souvent  » à charge «  faites par les médias » observe Le Monde (François Béguin).  On peut le dire autrement : les directions hospitalières sont en train « de devenir le bouc émissaire d’un système dont tout le monde sait qu’il doit changer ».

Quand rien ne va, accuser les médias : Envoyé spécial (France 2) : « Hôpital public, la loi du marché », médiatisation du rapport d’Edouard Couty, médiateur national, sur la grave situation de crise au CHU de Grenoble, le hashtag #balancetonhosto sur les réseaux sociaux, l’écho donné à l’ouvrage « Hôpitaux en détresse, -patients en danger », de Philippe Halimi et Christian Marescaux (éditions Flammarion, 304 p., 19,90  euros).

« Le tableau décrit dans les médias est très noir. Il y a un phénomène boule de neige, où tout va mal et où il est impossible de dire à quel point, en dépit de toutes nos difficultés, on a un système hospitalier formidable. Pour les médias, ce n’est pas intéressant de parler des endroits où ça fonctionne » déclare au Monde Frédéric Boiron, directeur général du CHU de Lille et président de l’Association des directrices et directeurs d’hôpital (ADH), qui représente près de la moitié des 3 025 directeurs en exercice.

Manager et halluciner

Et M. Boiron de confier au dernier quotidien vespéral de la capitale qu’il é été été reçu il y a quelques jours au ministère de la Santé. Objet : faire part de sa « forte préoccupation » face au « climat persistant de dévalorisation des hôpitaux publics » et la « médiatisation parfois agressive sur le thème de la gouvernance hospitalière ». Un phénomène, assure Le Monde, « face auquel certains directeurs disent regretter le manque de soutien de leur ministre, Agnès Buzyn, ancienne praticienne hospitalière ».

« Quand j’entends la ministre dire qu’il y a un problème de management, ça me fait halluciner. Qu’elle vienne voir ce qu’on fait », soupire un directeur d’hôpital, sous couvert d’anonymat. Où l’on voit qu’un directeur anomyme peut, lui aussi, « halluciner ». Et puis il y a ce communiqué destiné au médias publié le 17  avril par le Syncass-CFDT, premier syndicat des trois corps de directeurs de la fonction publique hospitalière.

«  Le discours public de déni est devenu insupportable. Les directeurs sont pris à partie, tantôt par les autorités, tantôt par les élus, les médecins ou les syndicats, et maintenant de plus en plus souvent par la presse et les réseaux sociaux. Ils n’en peuvent plus. Les directeurs sont pris à partie, tantôt par les autorités, tantôt par les élus, les médecins ou les syndicats et, maintenant de plus en plus souvent par la presse et les réseaux sociaux. Ils n’en peuvent plus. Lorsqu’à la violence institutionnelle s’ajoutent un conflit et des attaques personnelles, la pression que nous subissons peut devenir insupportable. Pour les directeurs aussi, elle engendre une souffrance au travail et une perte de sens qui mène parfois au désespoir. »

Quand rien ne va, songer à alerter les médias.

A demain

Boulette : le principe actif du cannabis aurait été autorisé dans le plus grand secret

Bonjour

C’est une information de l’austère Dalloz, joliment reprise par Libération (Pierre Carrey) : « Cannabis : la France légalise par erreur la molécule qui rend ‘’stone’’». Pour un peu on croirait à un poisson d’avril. Résumons. Libé nous explique comment un juriste, Renaud Colson, maître de conférences à l’université de Nantes et chercheur à l’Institut universitaire sur les dépendances de Montréal, au Canada, a découvert une « faille dans le code de la santé publique ». Un « surprenant constat » qu’il expose dans un tout récent commentaire du Dalloz.

Chacun sait que le cannabis (graines, tiges, fleurs et feuilles) et plus encore sa résine (haschich) sont interdits en France. Pour autant certains principes de la plante sont, sous certaines conditions, tolérés – comme le cannabidiol (CBD). Cette substance est présente dans quelques médicaments dont le célèbre Sativex (toujours absent du marché français faute d’un accord du gouvernement sur son prix).

Le CBD avait aussi fait longuement parler en décembre 2014, lors de l’annonce du premier e-joint au CBD, lancé sur Internet sous le nom de Kanavape. Ce qui avait suscité l’ire de Marisol Touraine alors ministre de la Santé : « Cannabis : Marisol Touraine veut interdire une cigarette électronique qui n’en contient pas ». « Les produits à base de CBD prolifèrent sur le marché français depuis plusieurs mois : gélules, tisanes, liquide pour cigarette électronique, baumes cosmétiques, sucreries… » observe Libé.

« La nouveauté, c’est que le THC semble bien lui aussi autorisé par le droit. A condition de se présenter sous une forme chimiquement pure, c’est-à-dire non associée à d’autres molécules normalement contenues dans le cannabis. Bientôt du e-liquide ou des pilules qui renfermeraient cette substance, réputée rendre «stones» ses usagers ? En théorie, c’est possible, explique Renaud Colson.

 « Le chercheur pointe que l’article R. 5132-86 du Code de santé publique a d’abord autorisé le «delta-9-tétrahydrocannabinol de synthèse», en 2004, vraisemblablement pour permettre l’importation de certains médicaments. Notamment le Marinol, légal aux Etats-Unis depuis 1986, qui aide les malades du sida ou du cancer à mieux supporter leurs traitements. Or, une mise à jour du texte en 2007 supprime la mention «de synthèse», ouvrant la voie à une autorisation du THC sous sa forme naturelle. »

Incohérences

Comment comprendre ? Est-ce un «souci d’économie linguistique» ?  La «perspective de l’introduction de médicaments contenant du delta-9-THC» ? Selon Renaud Colson on pourrait, dès lors, trouver sur le marché français  « des produits combinant du THC et du CBD naturels, c’est-à-dire du cannabis reconstitué qui présenterait les diverses caractéristiques du produit sans en avoir les apparences ». «Cette incohérence réglementaire peut faire sourire mais elle illustre la piètre qualité technique du droit de la drogue et l’incapacité apparente des autorités à suivre les évolutions techniques  qui caractérisent le marché du cannabis», explique ce  juriste à Libé.

Selon Renaud Colson l’administration française se doit de réagir au plus vite via une réglementation rectificative. Trouvera-t-elle le temps de le faire avant, autre incohérence, de donner corps à la promesse gouvernementale de créer une simple amende pour les consommateurs majeurs ?

A demain

 

 

Rugby, commotions et démences : que font Bernard Laporte et le Dr Serge Simon ?

Bonjour

C’est une étude médicale implacable. Elle démontre que les commotions cérébrales augmentent le risque futur d’affections neuro-dégénératives et de maladie d’Alzheimer. Dans le même temps, le jeu de rugby devient de plus en plus violent. Jusqu’à quand ?

Lire la suite sur Slate.fr : « Commotions cérébrales : l’ovalie jusqu’à la folie »

A demain

 

 

Antisémitisme, politique et œcuménisme: des centaines de personnalités accusent les extrêmes

Bonjour

C’est, à coup sûr, l’émergence d’un symptôme français. Il s’exprime ce dimanche 22 avril 2018 dans Le Parisien Aujourd’hui en France : « Manifeste «contre le ‘’nouvel antisémitisme’’ ». Puis, demain, dans un livre (Albin Michel) préfacé par Elisabeth de Fontenay.

Résumons : près de trois cents « personnalités » signent un manifeste «contre le nouvel antisémitisme» en France marqué par la «radicalisation islamiste». Elles dénoncent , qui plus est, un «silence médiatique» et une «épuration ethnique à bas bruit» dans certains quartiers. Parmi les signataires : Elisabeth Badinter, Gérard Depardieu, Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, Manuel Valls, Bertrand Delanoë, Jean Glavany, Zabou Breitman, Charles Aznavour, Pierre Arditi, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut – mais aussi des journalistes, des responsables religieux juifs, musulmans et catholiques. Le texte a été rédigé par le souvent controversé Philippe Val, 65 ans, ancien directeur de Charlie Hebdo.

«Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France », lit-on dans ce texte assez œcuménique. « Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs par des islamistes radicaux», écrivent les auteurs, en référence à l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006, à la tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012, à l’attaque de l’Hyper Cacher en 2015, à la la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et au meurtre récent de Mireille Knoll, dans la capitale.

« Les Français juifs ont 25 fois plus de risque d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50.000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile Zola et de Clemenceau. »

C’est aussi un appel à forte dimension politique et religieuse. Ce manifeste soutient ainsi que «la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’elle véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale (…) au vieil antisémitisme de l’extrême droite s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société. »  «La bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif», observent en outre les signataires.

Ces derniers demandent «que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ».

C’est, à coup sûr, l’émergence d’un symptôme. Lequel ? Rappel : nous sommes en France et, qui plus est, en 2018.

A demain

Scandales du jour : le  faux comateux de Tolbiac, le vrai pendu du mitard de Toulouse  

Bonjour

Jadis, entre Orléans et Tanger, la rumeur lambinait. Aujourd’hui, partout en France, elle furette en diable, est déjà passée par ici, déjà repassée par là. Les rumeurs réseautent plus qu’à l’envi : renardes, elles n’attendaient que ces poulaillers numérisés. Et puis, immobile, comme fait aux pattes, face à elles, le marbre de la loi, les trois pieds ferrés de l’exécutif. Généralement le propriétaire du poulailler hésite avant de tuer.

21 avril 2018, dans une France lézardante, en fin de dormance, deux exemples :

1 Le comateux de la fac de Tolbiac. Message de la Police : « Depuis le début d’après-midi circulent sur les réseaux sociaux, et sont transmises aux médias, de nombreuses rumeurs faisant état d’une personne grièvement blessée se trouvant dans le coma, à la suite de l’opération d’évacuation de la faculté de Tolbiac. Comme l’a indiqué le communiqué de presse diffusé par la préfecture de Police ce matin, aucun blessé n’a été recensé sur cette opération. Pour faire suite aux rumeurs évoquées, Michel Delpuech, préfet de Police, a demandé au Pr Safran, conseiller technique santé de son cabinet, présent au sein du dispositif lors de l’évacuation, de faire des recherches auprès des services de secours (SAMU et BSPP) et des différentes unités de réanimation des hôpitaux du secteur.

« Il ressort de ces recherches : – qu’aucun blessé grave qui puisse être en lien avec cette opération d’évacuation n’a été hospitalisé dans les services de réanimation tant médicale que chirurgicale ou neurochirurgicale ; – qu’à 6 h 11 un jeune homme a été conduit par la Brigade des SapeursPompiers de Paris à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière pour une douleur au coude ; l’intéressé a quitté l’établissement de lui-même à 7 h 30. Toutes ces informations ont été confirmées au cabinet du préfet de police par l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP) dans un communiqué publié ce samedi 21 avril. » Dont acte

2 Jaouad, 27 ans, retrouvé pendu dans sa cellule de Toulouse. Message de la Justice : « Le ministère de la Justice condamne « les allégations circulant sur les réseaux sociaux » après la mort le 14 avril de Jaouad, un détenu de 27 ans retrouvé pendu dans une cellule du quartier disciplinaire de la maison d’arrêt de Seysses, en banlieue toulousaine.

« Selon la Chancellerie, aucun élément ne permet d’avancer que sa mort est due à des « violences volontaires » :

« Une enquête judiciaire est actuellement en cours. Aux termes des informations communiquées par le procureur de la République, rien ne permet d’alléguer que la mort de cette personne détenue puisse être due à des violences volontaires, a fortiori imputables à des agents du service public pénitentiaire. Ainsi, l’autopsie réalisée le 16 avril a conclu à un décès par asphyxie. »

Le ministère a par ailleurs annoncé qu’il se réservait le droit de donner toute suite à l’encontre des auteurs, ou relais, de ces allégations. Celles-ci ont pris la forme d’un courrier écrit par des prisonniers de la maison d’arrêt de Seysses, publié vendredi sur le site de L’Envoléeun journal trimestriel qui s’adresse aux prisonniers et à leurs familles. Intitulé « Encore un mort au mitard », le long texte évoque la mort du jeune détenu. Selon les auteurs, Jaouad aurait été « battu par cinq ou six surveillants, pendant plus d’une demi-heure »« parce qu’il tapait dans une porte ».

« Puis il y a eu un grand silence, et les surveillants se sont mis à discuter entre eux, à estimer son poids et sa taille pour s’accorder sur une version des faits. Puis ça a été l’heure de la gamelle et, quand sa cellule a été rouverte, ils ont fait mine de le découvrir pendu. » Pour sa part Jérôme Combelles, surveillant à la prison de Seysses et délégué syndical UISP-FO a réfuté ces accusations auprès du Monde : « J’affirme catégoriquement que Jaouad n’a été ni battu ni assassiné, c’est une honte d’avancer de telles choses sur nos personnels. Perdre un gamin de cet âge, c’est aussi un drame pour nous tous. »

La maison d’arrêt de Seysses, ouverte en 2003, accueille aujourd’hui 1120 détenus pour 600 places, la plupart en détention provisoire ou attente de jugement. Les conditions de détention avaient déjà été dénoncées par le personnel pénitentiaire en janvier au cours d’un mouvement de grève.

On aimerait, ici, entendre un peu plus fort, depuis la Place Vendôme, Mme Nicole Belloubet, ministre de la Justice. Mais, on le sait, c’est trop demander.

A demain

Nouveaux comas : la « drogue du viol » est devenue une source d’ivresse sans alcool

Bonjour

La mode est partout y compris dans le champ des toxicomanies. A Paris, du temps de Jean Cocteau, c’était l’opium 1. Aujourd’hui, si l’on en croit Le Parisien/Aujourd’hui en France, c’est le GHB/GBL. Cette ancienne « drogue du viol, revisitée, représenterait une nouvelle menace considérable pour les fêtards de la capitale – au point d’en faire trembler une préfecture de police depuis peu orpheline du Palais de Justice (et bientôt de l’Hôtel-Dieu).

Sans doute faut-il ici raison garder et revenir à l’essentiel : une note datée du 13 avril de l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) : « GHB/GBL, éléments récents d’information ».

Viols et récréations

De quoi parle-t-on ici ?  Du GHB (gamma-hydroxybutyrate), classé comme « stupéfiant » en France depuis 1999. C’est une molécule utilisée dans le cadre médical comme anesthésique et dans le traitement de la narcolepsie. Mais c’est aussi, en même temps,  une substance « consommée de manière récréative » ainsi (mais beaucoup plus rarement) que dans le cadre de « tentatives de soumission chimique » – d’où son ancienne appellation de « drogue du violeur ».

Que savoir, en pratique ? Que ses effets apparaissent au bout de 15 minutes et durent habituellement 1 heure 30 à 2 heures. Qu’à faibles doses, elle a un effet relaxant, désinhibant et euphorisant. Mais qu’au-delà ses effets sédatif et dépresseur respiratoire peuvent conduire à une perte de conscience -« communément appelée G-hole » (sic) –  qui peut « aller jusqu’à un coma et aboutir au décès » (re-sic).

Savoir aussi, l’affaire ne manque pas de sel, que le GBL (gamma-butyrolactone) est un solvant industriel qui, une fois ingéré, est transformé en GHB par l’organisme. « La prise de GBL entraîne donc les mêmes effets que celle du GHB bien qu’ils apparaissent plus progressivement (30 à 45 mn) et durent un peu plus longtemps (3 à 5 heures) » précise, dans sa sagesse, l’OFDT.  Et signe des temps difficiles que nous vivons, ce dernier a vu, à partir de 2006, le GBL se substituer progressivement au GHB en raison de son faible coût (de 50 à 70 euros le demi-litre) et de sa facilité d’accès via Internet – en dépit de l’interdiction de cession au public intervenue en 2011. A savoir :

« Le GHB, incolore et inodore et le GBL, incolore, sont facilement transportables dans les établissements festifs où ils sont dilués sur place dans de l’eau ou un soda. Le GHB/GBL fait très rarement l’objet d’une revente en établissement. Il est le plus souvent partagé entre consommateurs. »

« Jusqu’au milieu des années 2000, la consommation de GHB est un phénomène bien circonscrit à une frange du milieu homosexuel masculin et urbain qui fréquente notamment les clubs gay , principalement parisiens. L’usage du GHB/GBL s’intensifie provoquant à Paris une série de surdoses (avec coma) relayées par des campagnes de presse et de prévention dans le milieu festif gay. Ils’étend aux espaces gay friendly de plusieurs métropoles régionales françaises (Bordeaux, Lille, Toulouse et Marseille).

« Ce milieu ne concerne pas les personnes homosexuelles en général. Il s’agit des personnes qui fréquentent le milieu de la fête et notamment les cercles urbains gays ou à tendance gays où une attention particulière est prêtée au corps et aux activités sexuelles. »

A Paris : préfet de police et prophète de la nuit

Les consommateurs trouvent dans le GHB/GBL une alternative peu onéreuse à l’alcool – qu’ils consomment habituellement. Il peut être utilisé « à des fins de stimulation du désir sexuel, d’amplification de la libido ou encore de recherche d’endurance et de performance sexuelle ». Et depuis environ deux ans il connaît en outre, une nouvelle diffusion dans les clubs et discothèques – une offre « liée au développement récent d’une offre festive regroupant différentes populations.

« Ainsi, l’usage du GHB/GBL concerne aujourd’hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans) qui fréquente habituellement les espaces festifs généralistes. Au sein des espaces festif techno, les motivations des jeunes usagers sont liés à la recherche d’effets semblables à ceux de l’ecstasy/MDMA (d’où le nom d’« ecstasy liquide » parfois donnée au GHB/GBL par ces consommateurs) : euphorie, désinhibition, sentiment de bien-être, empathie, intensification des perceptions. »

Or ces nouveaux usagers, quels que soient leurs profils, n’ont qu’une faible connaissance du produit et des risques. Peu familiers des dosages précis indispensables à une consommation « récréative », ils consomment en outre le GHB/GBL avec d’autres substances, notamment l’alcool, ce qui accroît considérablement les risques de comas.

Plusieurs « articles de presse » ont fait état de ce type d’événements fin 2017 et début 2018 alors que les professionnels organisateurs de soirées ont relayé des inquiétudes sur les conséquences de ces usages. Depuis 2014, le CEIP-A de Paris, ville particulièrement concernée, constate une augmentation des cas de comas pour lesquels la consommation de GHB/GBL est incriminée. Le nombre de comas qui lui a été signalé a ainsi doublé entre 2014 et 2017 pour atteindre une quarantaine de cas en 2017. Le phénomène continue en 2018 et inquiète les patrons des ces nuits festives. Comme ceux du  « Rosa Bonheur sur Seine », du « Rex Club », des « Nuits fauves » ou du « Petit Bain ».

Dans Le Parisien, Michel Delpuech, 65 ans, préfet de police de Paris, prophétise : « Si rien n’est fait, on pourrait avoir 100 comas dans l’année ». Et après ? Cocteau, lui, en était revenu. Né en 1889 il est mort en 1963.

A demain

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »