Mystère sanitaire : où sont les 1 600 000 Français qui auraient soudain décidé de ne plus fumer ?

Bonjour

Hier, 25 mars 2019, annonce matinale fracassante des services du Premier ministre : on recense, en France 1,6 million de fumeurs en moins. Un chiffre pour mettre en appétit avant, dans l’après-midi, un « Comité interministériel pour la Santé » au cours duquel « seront présentés les résultats marquants obtenus suite aux décisions prises il y a un an par le Gouvernement ». Plus précisément 600 000 « fumeurs quotidiens » auraient « arrêté le tabac lors du premier semestre 2018 ». Ils s’ajouteraient à la baisse d’un million officiellement enregistrés en 2017  et qui, déjà, avait été auto-qualifiée d’ « historique » par le gouvernement d’Edouard Philippe. La méthodologie pour parvenir à ce chiffre était alors plus que fragile, reposant sur une simple enquête aléatoire du « Baromètre Santé » :

« La mesure de la prévalence annuelle du tabagisme en France est appréciée par une enquête aléatoire représentative de la population des personnes âgées de 18 à 75 ans résidant en France métropolitaine, le Baromètre santé 2017 (A. Pasquereau et coll.). Elle a reposé en 2017 sur un échantillon de 25 319 personnes, permettant de disposer de données intégrant des variables d’âge, géographiques (régions) et de situation sociale. En 2017, la prévalence du tabagisme quotidien était de 26,9%, soit une baisse de 2,5 points par rapport à 2016, année où 29,4% des personnes déclaraient fumer quotidiennement. Cette baisse représente un million de fumeurs quotidien de moins en un an : c’est considérable ! »

Sobriété communicationnelle

« Un million » dans ces conditions et 600 000 supplémentaires, donc. Hier matin rien n’était dit par l’exécutif sur les consommations issues de la contrebande de cigarettes. Et rien, non plus, sur le rôle joué par ces phénomènes majeurs que sont  l’émergence de la cigarette électronique, la Révolution des volutes et le rôle des addictologues dans la diffusion en pratique du concept de réduction des risques. Mais du moins pouvait-on espérer que ces 600 000 soient consolidés. Or rien. Et ces quelques lignes sur le site des buralistes :

« On s’étonnera de la sobriété de la communication gouvernementale d’hier sur la baisse du nombre de fumeurs depuis 2016 (-1,6 million), avec une précision sur le seul premier semestre 2018 (-600 000) . Sachant qu’il s’agirait de fumeurs ayant effectivement abandonné le tabac traditionnel (et pas de fumeurs cherchant à s’approvisionner en dehors du réseau officiel). On ne peut que se réjouir de cette bonne nouvelle. Mais pour qu’elle soit confirmée et reste dans les esprits, il serait utile de bien comprendre. Les mêmes sources gouvernementales évoquent les prix, le remboursement des substituts nicotiniques et le Mois sans Tabac. Sans citer, le moins du monde, le passage au vapotage ou au tabac chauffé. Surprenant. Des explications plus complètes ne sauraient tarder. »

 Puis l’arrivée de Big Tobacco dans le paysage. Avec Éric Sensi-Minautier, Directeur des Affaires publiques et de la Communication de British American Tobacco / Europe de l’Ouest et son adresse aux médias :

 « British American Tobacco (BAT) soutient les politiques de santé publique raisonnables et efficaces [sic]. Or, aujourd’hui, le Gouvernement se félicite d’une baisse supposée de la prévalence tabagique après plusieurs années d’une politique anti-tabac acharnée dont le principal effet incontestable a été d’encourager la contrebande de cigarettes.

 « Cette baisse supposée de la prévalence nous paraît moins être le résultat des multiples interdictions (dont les fumeurs ont été la cible ces dernières années) que celui du développement de la cigarette électronique, seule alternative efficace à la cigarette traditionnelle [re-sic].  Rappelons, parmi d’autres éléments, que selon les chiffres du Ministère de la Santé lui-même, plus de 50 % des personnes qui arrêtent de fumer ont déclaré avoir eu recours à la cigarette électronique.

 « Dans ce contexte, il est regrettable que ce levier puissant reste superbement ignoré par les autorités françaises alors même qu’il permettrait d’accélérer le basculement des fumeurs vers cette alternative au tabac, ce que démontre l’exemple britannique. Plus que jamais, il apparaît urgent de s’orienter vers une politique de santé publique pragmatique basée sur la réduction des risques plutôt que de s’entêter dans des approches idéologiques. »

Dix minutes au téléphone

Reste donc la question de la crédibilité à accorder aux données chiffrées gouvernementales. Nous avons demandé à Santé publique France de bien vouloir nous éclairer. Où sont les références de ces données ? Réponse de l’Unité de valorisation presse (Direction de la communication et du dialogue avec la société) : « ces données sont issues du Baromètre de Santé publique France 2018 et l’ensemble des résultats sur le tabac sera publié à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac le 31 mai prochain ».

Il faudra donc encore attendre deux mois puisque les résultats du Baromètre de Santé publique France 2018 sont en cours de dépouillement. Seul élément connu : le « terrain de l’enquête ». Elle a été menée du 10 janvier au 25 juillet 2018, auprès de 9 076 personnes âgées de 18 à 75 ans. Les numéros de téléphone, fixes et mobiles, ont été générés aléatoirement. L’entretien téléphonique a duré en moyenne 10 minutes.

 Et, si l’on comprend bien la communication, c’est ainsi que l’on aurait conclu, par extrapolation, à la disparition de 600 000 fumeurs.

A demain

@jynau

Humour : Agnès Buzyn, sa loi Santé et l’accusation de «pied de nez» fait aux députés citoyens

Bonjour

Le temps passe bien vite dans le champ politique. « Agnès Buzyn la ministre qui veut se lâcher » titrait, le 11 février dernier, Le Journal du Dimanche. C’était alors l’envol programmé vers Strasbourg, Bruxelles, l’Union européenne. Six semaines plus tard la ministre plus attachée que jamais à ses dossiers – et défend jour et nuit devant l’Assemblée nationale un projet de loi auquel elle donnera peut-être un jour son nom : la loi « relative à l’organisation et à la transformation du système de santé ».

Et voici Agnès Buzyn cible  d’une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche (24 mars).

Une tribune qui voit une nouvelle fois en quelques jours la gauche presque réunie dans l’Hémicycle : cinquante-sept députés dont André Chassaigne, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Rabault – sans oublier François Ruffin 1. Et ces députés plus ou moins insoumis d’user de la vieille métaphore du « pied de nez » :

 « « La loi santé est un pied de nez fait aux Français qui défendent leurs services publics et qui s’inquiètent face à la désertification médicale croissante. Le Parlement a examiné cette semaine le texte présenté par Agnès Buzyn en Conseil des ministres le 13 février dernier. Cette loi, qui compte 7 ordonnances pour 23 articles, prétend supprimer le numerus clausus et redéfinir la carte hospitalière française conformément au souhait du président de la République de ‘’réformer structurellement le système de santé français’’. »

Les cinq petits doigts de la main qui gigotent

 Si les signataires partagent le constat (« il faut adapter notre système de santé aux évolutions de notre société ») ils sont   en désaccord profond sur les choix du gouvernement en la matière. Ils estiment que face à la désertification médicale, « tout n’a pas été essayé » (ils plaident pour un « conventionnement ­sélectif » des médecins) et que la refonte de la carte hospitalière ne peut se faire par ordonnance.

« Nous n’avons manifestement pas la même vision de ce que doit être le service public de la santé. En effet, sur ce sujet sensible, le gouvernement compte légiférer par ordonnances et ­demander au Parlement un blanc-seing pour éviter le débat d’idées, la confrontation projet contre projet (…) Il s’agit de savoir quels territoires verront leurs hôpitaux déclassés, leurs maternités déménagées, leurs services d’urgences fermés, leurs plateaux techniques abandonnés. Ce sujet ne peut échapper aux représentants du peuple, et plus largement aux citoyens eux-mêmes. »

Ainsi donc, pour des députés « viscéralement attachés à nos territoires et à une certaine idée du service public » il faudrait voir dans ce projet de loi un pied de nez fait à certains Français. Où l’on en revient à la signification véritable de cette expression. Geste de moquerie, sans doute, consistant à mettre son pouce sur son nez, la main tendue vers le haut, tout en agitant les doigts. Mais aussi geste prisé par les jeunes enfants – ce qui peut donner cette lecture pédo-psychiatrique (Paule Aimard, Les bébés de l’humour):

« Ce geste de moquerie, qui a une certaine drôlerie en soi, avec les cinq petits doigts de la main qui gigotent en prolongeant l’appendice nasal, est un affront à l’autorité, affront qui n’est pas envoyé de face, ouvertement, mais souvent en douce, dans le dos. Comme tirer la langue, un geste du plus faible qui ne peut ni lutter physiquement, ni envoyer ce qu’il pense à la figure du plus fort. Il y a du David et Goliath dans le pied de nez ». 

Où l’on voit, avec David et Goliath, que les signataires commettent sans doute, ici, un parfait contresens – sinon un lapsus. Il est vrai que tout passe si vite, dans les champs mêlés de la métaphore et du politique.

A demain

@jynau

1 Premiers signataires : Joël Aviragnet, député de Haute-Garonne, Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône, Caroline Fiat, députée de Meurthe-et-Moselle, responsables pour les groupes Socialistes et apparentés, Gauche démocrate et républicaine (GDR) et La France insoumise (LFI) sur le projet de loi santé ; André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône, et Valérie Rabault, députée de Tarn-et-Garonne, présidents des groupes GDR, LFI et Socialistes et apparentés.

Cosignataires : Clémentine Autain, Ericka Bareigts, Marie-Noëlle Battistel, Ugo Bernalicis, Gisèle Biémouret, Christophe Bouillon, Jean-Louis Bricout, Alain Bruneel, Marie-George Buffet, Luc Carvounas, Éric Coquerel, Alexis Corbière, Alain David, Jean-Paul Dufrègne, Laurence Dumont, Elsa Faucillon, Olivier Faure, Guillaume Garot, David Habib, Christian Hutin, Régis Juanico, Sébastien Jumel, Marietta Karamanli, Bastien Lachaud, Jérôme Lambert, Michel Larive, Jean-Paul Lecoq, Serge Letchimy, Josette Manin, Danièle Obono, Mathilde Panot, George Pau-Langevin, Stéphane Peu, Christine Pires Beaune, Dominique Potier, Loïc Prud’homme, Joaquim Pueyo, Adrien Quatennens, Jean-Hugues Ratenon, Muriel Ressiguier, Fabien Roussel, Sabine Rubin, François Ruffin, Hervé Saulignac, Bénédicte Taurine, Sylvie Tolmont, Cécile Untermaier, Hélène Vainqueur-Christophe, Boris Vallaud, Michèle Victory, Hubert Wulfranc.

 

Publicité : « Alcool : jamais plus de deux verres par jour et encore, pas tous les jours ! »

Bonjour

Avant-hier un verre était accepté avec interdiction de passer à trois, synonyme de dégâts. Aujourd’hui c’est la barre est à deux avec restriction au long cours (pas plus de dix verres par semaine). Des jours sans une seule goutte, en somme.

Et voilà, sorti du chapeau publicitaire sanitaire : « Pour votre santé, l’alcool c’est maximum deux verres par jour, et pas tous les jours ». Cette formule entend résumer « les nouveaux repères de consommation d’alcool élaborés dans le cadre des travaux d’expertise de Santé publique France et de l’INCa ». Un objectif inaccessible ou presque puisque force est de constater (données du Bulletin épidémiologique hebdomadaire) que les Français sont loin, aujourd’hui, de « respecter ces repères » : un quart des Français de 18 à 75 ans dépasse au moins l’un des trois repères ; les hommes sont davantage concernés par ce dépassement (33%) que les femmes (14%) ; les plus jeunes consomment plus « intensément » que les plus âgés, dont la consommation est « plus régulière ».

Campagne plus que limitée dans le temps : du 26 mars au 14 avril 2019 sous le patronage du Ministère des Solidarités et de la Santé et de Santé publique France. Il s’agit de  « rappeler à chacun que toute consommation d’alcool comporte des risques » et donc de « promouvoir les nouveaux repères ». Mieux encore un nouvel outil est également mis à la disposition de tous sur le site alcool-info-service.fr pour évaluer sa consommation et faire le point sur les risques encourus.

François Bourdillon, Directeur général de Santé publique France :

« Notre objectif est de permettre aux Français de faire le choix éclairé d’une consommation à moindre risque pour leur santé. Sans nier la dimension ‘‘plaisir’’ qui peut être associée à la consommation d’alcool, cela nécessite de faire connaître les risques associés à l’alcool, de diffuser auprès de tous les nouveaux repères de consommation et d’inviter les Français à réfléchir sur leur consommation. ».

Trop élégante sobriété

Il s’agira aussi de faire peur puisque « contrairement aux idées reçues, les risques pour la santé d’une consommation d’alcool existent dès le premier verre quotidien ». La nouvelle campagne est ainsi construite autour des risques méconnus associés à la consommation d’alcool.

« Au-delà de 2 verres par jour vous augmentez vos risques d’hémorragie cérébrale, de cancers et d’hypertension. Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour. Et pas tous les jours ».

Le nouveau spot, d’une trop élégante sobriété, sera diffusé du 26 mars au 14 avril sur les chaines nationales et d’Outre-Mer, sur les plateformes de vidéo en ligne et sur les réseaux sociaux. Ce dispositif est complété par des « chroniques radio », des « publi-rédactionnels », une « campagne digitale » et la diffusion de vidéos dans les salles d’attente des hôpitaux ou maisons de santé.

« Autre objectif du gouvernement, faire respecter l’interdiction de vente de tabac et d’alcool aux mineurs, peu appliquée, précise Le Monde. Des mesures de formation des débitants de boissons et buralistes sont prévues, tout comme des contrôles. » Pour un peu on croirait rêver éveillé.

A demain

@jynau

Scientifiquement prouvé : notre cerveau produit de jeunes neurones jusqu’à un âge avancé

Bonjour

C’est à ne plus désespérer, oui le cerveau humain fabrique bien, en son sein, de nouveaux neurones. « Après plusieurs travaux contradictoires, une nouvelle étude confirme que la neurogenèse est abondante chez l’adulte, et qu’elle s’effondre chez les malades d’Alzheimer » rapporte Le Monde (Hervé Morin) qui cite une publication de Nature Medicine :  « Adult hippocampal neurogenesis is abundant in neurologically healthy subjects and drops sharply in patients with Alzheimer’s disease ».

Un travail remarquable dirigé, de l’autre côté des Pyrénées par Maria Llorens-Martin (Department of Molecular Neuropathology, Centro de Biología Molecular ‘Severo Ochoa’, Faculty of Sciences, Universidad Autónoma de Madrid, Center for Networked Biomedical Research on Neurodegenerative Diseases, Madrid). Son équipe établit de manière scientifique et difficilement discutable que, dans l’espèce humaine, les « fontaines à neurones » existent et demeurent en activité, y compris au-delà de 80 ans – sauf en cas de maladie d’Alzheimer.

Au-delà des Pyrénées

On l’avait longtemps nié. Puis ces dernières années, on en doutait. On ne devrait plus. Maria Llorens-Martin et son équipe ont étudié les hippocampes prélevés sur cinquante-trois cerveaux humains offerts à la science – on sait que l’hippocampe est une structure cérébrale profonde jouant notamment un rôle fondamental dans la mémoire et la navigation spatiale. Et via divers marqueurs biologiques des populations de jeunes neurones ont pu être identifiées.

 « Cet article va devenir un cas d’école sur les protocoles à utiliser », confirme le neurobiologiste Pierre-Marie Lledo (Institut Pasteur de Paris) qui a confié au Monde être  « impressionné par toutes les méthodes mises en œuvre pour éviter les artefacts ». Il estime que par le passé, les revues scientifiques ont pu montrer une forme de complaisance à l’égard d’études « de moins bonne qualité, même, que celles conduites chez les primates non humains ou les rongeurs », en raison du statut particulier du cerveau humain, ressource biologique « rare » et d’accès difficile.

On imagine sans mal la somme des questions soulevées et des perspectives ouvertes par la confirmation d’une neurogenèse active jusqu’aux vieux âges. Les conclusions madrilènes vont-elles aider à comprendre, enfin, la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer ? Aider à soigner les maladies neurodégénératives ? Il faut rester prudent, estime le chercheur de Pasteur. Reste la vérité vraie, venue d’au-delà des Pyrénées : rien n’interdit plus d’espérer.

A demain

@jynau

Angines : pour un diagnostic de qualité, prière de consulter votre pharmacien d’officine

Bonjour

Pendant les travaux, la politique de la découpe médicale se poursuit. Le Comité interministériel pour la Santé devait, ce 25 mars, entendre le pouvoir exécutif annoncer le remboursement des « tests de dépistage de l’angine » réalisés par les pharmaciens. Cette mesure vise « à désengorger (sic) les salles d’attente des médecins tout en améliorant la prise en charge des malades concernés (re-sic).

Les services du Premier ministre ont, en urgence, annoncé cet « accès facilité aux tests sur l’angine menés par les pharmaciens » confirmant ainsi une information du Parisien (Elsa Mari) : ces tests pratiqués en officine seront pris en charge par la Sécurité sociale et remboursés à partir du 1er janvier prochain. Le Parisien, repris par Le Figaro:

« Saviez-vous que la plupart des angines ne nécessitent pas d’antibiotiques ? Pour s’en assurer, il suffit de pousser la porte d’une officine, d’ouvrir la bouche et de tirer la langue. Depuis plusieurs années, les pharmaciens sont autorisés à réaliser un examen qui détermine l’origine de votre mal de gorge. Mais le gouvernement nous annonce vouloir aller plus loin, améliorer ce dispositif, faciliter l’accès à ces tests qui seront désormais remboursés au 1er janvier.

 « L’objectif est double. D’abord, lutter à tout prix contre la surconsommation et le mauvais usage des antibiotiques qui conduit au développement de résistances des bactéries, un véritable problème de santé publique. C’est particulièrement le cas pour les angines qui correspondent à 10% des prescriptions d’antibios, soit 9 millions de cas chaque année, alors que 80 % d’entre elles sont d’origine virale et guérissent avec des antalgiques contre la fièvre et la douleur. Et cela coûte cher, 20 millions d’euros par an de prescriptions inutiles ! 

 « Si en France, les médecins généralistes pratiquent ces tests lors des consultations, ils sont, selon Matignon, insuffisamment utilisés : seuls 40% en ont commandé en 2017. Pourquoi ? Contacté, l’ordre des médecins n’a pas souhaité s’exprimer. Pour éviter un mauvais diagnostic et désengorger les cabinets bondés, le deuxième objectif, ces dépistages en officine pourraient être la solution.

Sans surprise les pharmaciens applaudissent. « Sur les 4200 pharmaciens, nous sommes près de 600 à avoir reçu cette formation et être habilités à faire ces tests. Mais c’est une très bonne idée de vouloir aller plus loin » a déclaré au Parisien Martial Fraysse, président du conseil régional d’Ile-de-France de l’Ordre des pharmaciens. Il suffit, pour cela, en marge des rayons de la parapharmacie, d’un espace de confidentialité, d’un kit (une dizaine d’euros), de gants et d’un chronomètre. « On frotte un gros coton-tige dans la région des amygdales. Huit minutes plus tard, les résultats s’affichent sur la plaquette. Un trait, c’est viral, deux, bactérien. »

Détail : si les deux traits s’affichent, le pharmacien ne sera pas autorisé à délivrer de traitement – il faudra toujours consulter un médecin, puis revenir vers son pharmacien.  Où l’on en vient à se demander pourquoi le gouvernement ne permet pas au citoyen de pratiquer ce test, remboursé, à son domicile.

A demain

@jynau

 

 

 

 

Tabagisme : autosatisfecit gouvernemental historique. Motus sur la cigarette électronique

Bonjour

25 mars 2019. Annonce matinale fracassante des services du Premier ministre : on recense, en France 1,6 million de fumeurs en moins. Un chiffre pour mettre en appétit avant, dans l’après-midi, un « Comité interministériel pour la Santé » au cours duquel « seront présentés les résultats marquants obtenus suite aux décisions prises il y a un an par le Gouvernement ».

Ainsi donc 600 000 « fumeurs quotidiens » auraient « arrêté le tabac lors du premier semestre 2018 ». Ils s’ajouteraient à la baisse d’un million officiellement enregistrés en 2017  et qui, déjà, avait été auto-qualifiée d’ « historique » par le gouvernement d’Edouard Philippe. La méthodologie pour parvenir à ce chiffre était alors plus que fragile. Pour l’heure elle est tout simplement inconnue.

Livrer un chiffre brut, en somme, en espérant qu’il sera accepté comme tel 1. Ce qui permet au pouvoir exécutif d’attribuer les chiffres massifs qu’il avance aux différentes mesures qu’il a prises : augmentation du prix de tabac, début de remboursement des substituts nicotiniques par l’Assurance-maladie, opération « Mois sans tabac » en novembre.

Dans l’attente d’en savoir réellement plus, force est d’observer que rien n’est dit par l’exécutif sur les consommations issues de la contrebande de cigarettes. Et rien, non plus, sur le rôle joué par ces phénomènes majeurs que sont  l’émergence de la cigarette électronique, la Révolution des volutes et le rôle des addictologues dans la diffusion en pratique du concept de réduction des risques.

A demain

@jynau

1 Pour l’heure, diffusée en boucle et sans aucune source, la communication officielle se résume à ceci : «  1,6 MILLION DE FUMEURS QUOTIDIENS EN MOINS EN 2 ANS Les chiffres sur la prévalence de la consommation de tabac confirment l’efficacité conjointe des différentes mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre le tabac : augmentation du prix du paquet pour le porter à 10 euros d’ici 2020, remboursement des substituts nicotiniques par l’Assurance maladie sans plafond et avec bénéfice du tiers-payant, amplification de l’opération Moi(s) sans tabac, 100 millions d’euros dédiés à la lutte contre le tabac grâce au Fonds tabac. » 

Gilets Jaunes : quand Emmanuel Macron fait la leçon à la vieille dame gravement blessée

Bonjour

Cela sera un épisode fameux du prochain « Emmanuel le Magnifique » de Patrick Rambaut. Où comment l’affaire de Geneviève Legeay prend, soudain, une dimension nationale. Geneviève Legay : 74 ans, porte-parole de l’association Attac grièvement blessée, samedi 23 mars, lors d’une charge de la police, à Nice, contre une manifestation de « Gilets Jaunes ». Hospitalisée, elle souffrirait, selon l’une de ses filles, de plusieurs fractures au crâne et d’hématomes sous-duraux. Et sa famille a annoncé, par le biais de son avocat Me Arié Alimi, vouloir porter plainte « pour violences volontaires en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable »

Après la décision du procureur de la République d’ouvrir une enquête il y avait eu les étranges propos de Nicole Belloubet ministre de la justice :

« Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

L’affaire prend aujourd’hui une nouvelle dimension nationale avec les propos d’Emmanuel Macron. Dans un entretien accordé à  Nice-Matin et publié ce 25 mars le président de la République souhaite à la victime « un prompt rétablissement». Un prompt rétablissement et, ose-t-il,  « peut-être une forme de sagesse »…

 « Je souhaite d’abord qu’elle se rétablisse au plus vite et sorte rapidement de l’hôpital, et je souhaite la quiétude à sa famille. Mais pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci.»

Où l’on en revient, avec ce sermon présidentiel, à la question de l’autonomie qui peut ou non être laissée aux personnes devenant, décidément, trop âgées. A Nice la manifestation avait été interdite car le pouvoir exécutif redoutait des débordements à la veille de l’arrivée du président chinois Xi Jinping qui effectue une visite d’Etat à Monaco – et ce avant un dîner prévu avec Emmanuel Macron dimanche soir à Beaulieu-sur-Mer (villa Herylos) 1. Et sur les soixante-et-une personnes placées en garde à vue après ces manifestations, vingt ont été libérées a encore précisé le procureur de la République de Nice.

Geneviève Legeay, elle, est toujours hospitalisée.  Fragile, ignorait-elle qu’elle risquait, en scandant ‘’Liberté de manifester !’’, de se faire méchamment bousculer ?

A demain

@jynau

1 Nice Matin et l’AFP nous apprennent qu’à cette occasion Emmanuel Macron a offert à son homologue une traduction de Confucius en français datant du XVIIe siècle – un manuscrit illustrant notamment les débuts de la sinologie européenne. M. Xi lui a quant lui offert un vase précieux spécialement conçu pour l’occasion, associant des images représentant leurs deux pays, notamment un « panda et un coq » (sic)