Mourir après quelques «égratignures» et plusieurs organes très infectés : Amada Traoré

 

Bonjour

C’est une nouvelle bouffée de violence et d’incompréhension. Cette fois à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise). En cause : les circonstances de la mort d’Adama Traoré, 24 ans, survenue lors de son arrestation par des gendarmes, mardi 19 juillet. Les m médias rapportent qu’entre 1 500 personnes (selon la police) et 5 000 personnes (selon le service d’ordre du rassemblement) ont participé, vendredi 22 juillet à une « marche blanche », qui a pris des allures de « manifestation ». Ils rapportent aussi  qu’en tête du cortège on trouvait les proches du jeune homme vêtus de t-shirts « Justice pour Adama, sans justice vous n’aurez jamais la paix », les proches du jeune homme étaient en tête du cortège. Certains manifestants ont crié « assassins !» à l’adresse de gendarmes, dont certains étaient présents pour sécuriser la marche.

Peu auparavant, lors d’une conférence de presse, Assa Traoré, la sœur d’Adama a accusé : « Mon frère a été tué, mon frère a subi des violences ». Selon Yves Jannier, procureur de la République à Pontoise, l’autopsie médicolégale qui a été pratiquée montre que le jeune homme souffrait d’« une infection très grave »« touchant plusieurs organes ». Selon lui, le médecin légiste n’a pas relevé de « traces de violence » sur le corps d’Adama Traoré, seulement des « égratignures ». Toujours selon le procureur la cause de la mort « semble être médicale chez un sujet manifestement en hyperthermie au moment où il a été examiné par les services de secours », a poursuivi le magistrat. L’autopsie montre, toujours selon le procureur, que « manifestement cette personne n’aurait pas subi des violences, comme certains membres de sa famille ont pu le dire ». Des examens complémentaires, notamment bactériologiques et toxicologiques, seront ordonnés pour avoir un « panel d’examens absolument complet ».

Devant la bibliothèque

Les médias rapportent encore que jour de sa mort, Adama Traoré n’était pas spécifiquement dans le « viseur des autorités ». Selon la gendarmerie nationale et le parquet de Pontoise, c’est l’un de ses frères que les gendarmes venaient interpeller – et ce devant la bibliothèque de Beaumont-sur-Oise, le 19 juillet, dans le cadre d’une enquête préliminaire dans laquelle plusieurs personnes sont soupçonnées d’extorsion de fonds.

Puis, d’après le parquet, Adama Traoré se serait interposé. Son frère Bagui rapporte au contraire que « lorsque les gendarmes sont arrivés, Adama est parti en courant parce qu’il n’avait pas ses papiers sur lui. Ils l’ont coursé et l’ont rattrapé. Adama a dit “je me rends.” Ils l’ont boxé. Ils l’ont embarqué ensuite à la gendarmerie ».

Qui dit le vrai ? Adama Traoré serait mort lors de son transfport vers la brigade de Persan, et  « à la suite d’un malaise », a indiqué la gendarmerie. Une version là aussi contestée par son frère, qui livre un tout autre déroulé des faits. Or son frère assure qu’il a retrouvé  Adama « au sol, les mains menottées dans le dos ». « Mon frère est entré vivant dans le camion quand ils l’ont arrêté, il en est sorti mort. Mais Adama n’a pas eu de crise cardiaque, ils l’ont tabassé », a-t-il affirmé. Qui dit le vrai ?

Omar Sy, les rappeurs Youssoupha et Nekfeu

Jusqu’à jeudi 21 juillet au matin, la famille d’Adama Traoré a été empêchée d’accéder au corps. Puis ils ont appris les résultats de l’autopsie. MFrédéric Zajac, avocat de la famille, a pour sa part annoncé qu’il avait déposé une demande de « contre-autopsie par un collège d’experts »« Ce n’est pas pour contester la première autopsie, mais pour qu’on sache tout, qu’on arrête les fantasmes de part et d’autre. (…) Je veux que la famille sache la vérité », a-t-il ajouté.

La mort d’Adama Traoré a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter autour du hashtag #JusticePourAdama, parfois associé à #BlackLivesMatter, qui est régulièrement utilisé pour dénoncer les brutalités policières commises contre les Afro-Américains aux Etats-Unis. Par ailleurs, plusieurs artistes ont fait part de leur solidarité, notamment le comédien Omar Sy et les rappeurs Youssoupha et Nekfeu.

Deux enquêtes sont désormais menées parallèlement par la section de recherches et l’inspection générale de la gendarmerie. Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a annoncé qu’il allait lui aussi enquêter sur les circonstances de la mort. « Un seul objectif doit prévaloir, partagé par toutes les personnes impliquées : la recherche de la vérité », M. Toubon. Peut-être même, plus encore que sa recherche c’est bien la manifestation de la vérité qui doit prévaloir. De ce point de vue les extrapolations du procureur quant aux conclusions de la première autopsie ne sont guère rassurantes ; elles brouillent les hypothèses diagnostiques et entretiennent durablement la colère. Pourquoi ne pas rendre public ce document ?

A demain

Munich. Attentat. Neuf morts. Le meurtrier était suivi pour des «problèmes psychiatriques»

 

Bonjour

Les attentats meurtriers sont systématiquement suivis en live. Des coups de feu ont été tirés vendredi 22 juillet en fin d’après-midi dans le centre commercial Olympia, situé près du stade olympique de Munich. La fusillade a commencé dans un McDonald’s peu avant 18 heures. Après avoir parlé de trois suspects en fuite, la police de Munich a vite conclu que la fusillade était l’œuvre d’un tireur solitaire. Son corps a été découvert près du centre commercial. Il s’était suicidé.

Le meurtrier était un Germano-Iranien âgé de 18 ans: David Ali Sonbolyn; Il était né et avait grandi à Munich. Une perquisition menée chez ses parents, samedi matin n’a permis d’établir « aucun lien avec l’Etat islamique ». Le jeune homme était suivi pour des « problèmes psychiatriques ». Il souffrait d’une forme de dépression ». Sans plus de précision.

La police évoque ainsi un « forcené » (et précise qu’il s’est suicidé, selon l’autopsie).  Au total, les événements ont fait dix morts, dont le tireur, et vingt-sept blessés dont quatre par balles. Vers 1 h 30, la police a levé l’alerte déclenchée dans la soirée, les transports ont repris leur activité hormis dans la zone de la fusillade. Les motivations du meurtrier sont « totalement non élucidées », a déclaré le chef de la police locale, Hubertus Andrä.

Des rires normaux

Certains des élèves fréquentant la même école située près de son domicile parlent d’un jeune calme et discret. Une voisine, sur les lieux, a affirmé connaître le jeune homme, « une bonne personne (…) qui riait comme toute personne normale ». « Je ne l’ai jamais vu en colère, je n’ai jamais entendu de problème avec la police ou avec les voisins », a témoigné Delfye Dalbi, 40 ans, qui habite le même immeuble que le meurtrier.

Sur une vidéo amateur largement diffusée sur les réseaux sociaux vendredi soir peu après la tuerie, un riverain agonit d’injures un homme vêtu de noir, un pistolet à la main, qui se trouve sur le toit du centre commercial et qui, selon la police, pourrait bien être l’auteur des tirs. « Sale métèque », lui lance-t-il. Une voix qui pourrait être celle de l’assaillant lui répond : « Je suis allemand, je suis né ici. Dans un quartier de Hartz IV », (le nom de l’allocation chômage longue durée, synonyme en allemand de quartier défavorisé), avant de lancer : « Je suis en traitement hospitalier. Je n’ai rien fait ».

Selon le ministre allemand de l’intérieur, Thomas de Maizière, le tireur avait vraisemblablement attiré ses victimes en piratant un compte Facebook pour les inviter à se rendre à 16 heures dans un restaurant McDonald’s et y bénéficier de réductions. D’après les enquêteurs, le jeune homme suivait un « traitement médical et psychiatrique » pour dépression. Thomas de Maizière a aussi évoqué de possibles antécédents de « harcèlements » par d’autres « jeunes de son âge ». « Nous avons trouvé des éléments montrant qu’il se préoccupait des questions liées aux forcenés »,auteurs de tueries, notamment des livres et des articles de journaux, ont précisé les autorités allemandes.

À Berlin, la chancelière devrait s’exprimer en début d’après-midi du 23 juillet après avoir réuni en milieu de journée ses principaux ministres qui ont, pour certains, interrompu leurs vacances après cette fusillade. Dans tout le pays, les drapeaux doivent être mis en berne en hommage aux victimes, dont on ignore actuellement l’âge ou la nationalité. La dimension psychiatrique des terroristes est une nouvelle fois en question. De même, peut-être, que celle de la dimension épidémique de ces évènements.

A demain

Sida : voici le temps venu du Truvada® « à la demande » dans les pays du Vieux Continent

 

Bonjour

Brexit ou pas, c’est une information historique mandée de Londres et datée du 22 juillet 2016. Londres, siège de l’European Medicines Agency (EMA) : « First medicine for HIV pre-exposure prophylaxis recommended for approval in the EU ». Cette information est relayée par le site français Medscape.com (Aude Lecrubier) : « Lutte contre le VIH : l’Europe autorise la Prep ». Les plus anciens aujourd’hui (les historiens demain) noteront peut-être qu’elle survient précisément vingt ans après 1 les premières informations concernant l’efficacité de l’association de médicaments « antirétroviraux », émergence de la « trithérapie ».

Vingt ans après Vancouver

Vingt ans plus tard deux de ces molécules salvatrices passent (très officiellement et à l’échelle du Vieux Continent) du champ de la thérapie à celui de la prévention. Où est-il celui qui, à Vancouver en juillet 1996, osa une telle prophétie ? Se reconnaîtra-t-il ?

En pratique l’EMA vient d’accorder une extension d’indication au Truvada® (emtricitabine/tenofovir disproxil) en prophylaxie pré-exposition (PrEP) du VIH. Il s’agit d’une méthode médicamenteuse à visée préventive indiquée chez les personnes séronégatives à haut risque d’infection par le VIH-1 – méthode à utiliser dans les situations à risque et « en complément de rapports protégés ». Cette extension d’indication est associée à la recommandation selon laquelle « étant donné le nombre croissant de nouvelles infections par le VIH de par le monde les modes de prévention actuels qui comprennent le dépistage, l’accompagnement et les préservatifs doivent être renforcés ». Ce qui ne va pas sans paradoxes et ambiguïtés (sur lesquels l’EMA reste muette).

Après la FDA

Le Truvada®  devient ainsi, quatre ans après les Etats-Unis, le premier médicament préventif contre le VIH autorisé en Europe. La décision de l’EMA s’appuie sur les deux mêmes grands essais randomisés contrôlés que ceux retenus par la FDA en 2012: l’essai « iPrex » et l’essai « Partner Prep ». Rappel de Medscape.com :

« L’essai iPrEx a évalué le Truvada® chez 2499 séronégatifs : des hommes ou des transgenres MtF (transition du genre masculin vers le genre féminin) ayant des rapports sexuels avec des hommes et étant à haut risque de contracter l’infection (usage irrégulier ou absence d’utilisation des préservatifs avec un partenaire séropositif ou dont le statut VIH n’est pas connu, grand nombre de partenaires, échange de services sexuels contre de l’argent). Les résultats ont montré que le Truvada® a réduit le risque d’infection de 42% dans cette population par rapport au placebo.

L’essai Partners PrEP a été mené auprès de 4758 couples hétérosexuels dont un des partenaires était infecté par le VIH (couples hétérosexuels discordants au Kenya et en Ouganda. L’essai a évalué l’efficacité et la sécurité du Truvada® et du tenofovir contre placebo. Les résultats ont montré que le Truvada® réduisait le risque de transmission de l’infection de 75% comparé au placebo. »

Actualité oblige

Les deux essais ont montré que l’efficacité était fortement corrélée à l’observance. Or il faut compter avec les effets secondaires (les même que ceux observés lors du traitement curatif du VIH-1) : diarrhée, nausées, fatigue, céphalées…

Medscape.com ajoute, à titre préventif, que ceux qui s’étonneraient d’apprendre que les  essais IPERGAY et PROUD ne figurent pas dans l’étude préalable l’EMA  précise dans son communiqué que « toutes les études sur la Prep n’ont pas été incluses dans le dossier de demande d’AMM ».

Il faut ici, actualité oblige, rappeler les toutes dernières données présentées sur ce thème à la conférence de Durban 2. Il faut aussi rappeler qu’en France Marisol Touraine, ministre de la Santé, a choisi de faire délivrer une Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) au « Truvada® préventif »  – RTU assortie d’un remboursement à 100% par la sécurité sociale.

A demain

1 « Les chercheurs s’accordent sur l’intérêt des trithérapies dans le traitement des malades du sida » (Le Monde, 11 juillet 1996)

2 « Truvada® ‘’à la demande’’ : l’efficacité chez les homosexuels séronégatifs démontrée. Et après ? »

Tuerie de Nice: le profil psychiatrique du meurtrier devra-t-il être revu et corrigé ?

Bonjour

Une polémique sur Nice chasse l’autre. L’abcès est désormais politique, enchâssé, grossissant. François Molins, procureur de la République de Paris sort chaque jour de nouvelles cartes de son dossier, un dossier policier chaque jour un peu plus étoffé. (On attend toutefois toujours les résultats de la toxicologie). Jeudi 21 juillet, sept jours après l’attentat terroriste, il a tenu un nouveau « point presse ». Et il a rendu publiques une série de données qui lui font peut-être regretter une phrase qui, le lundi 18 juillet, ne lui avait nullement échappé.

Ce jour là François Molins avait, déjà, fait une déclaration à la presse. Il exposait les différents éléments laissant penser que l’acte meurtrier de Nice était « prémédité » et qu’il s’agit bien d’un acte « terroriste » au sens de la définition juridique du droit pénal français : « qui a pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». François Molins avait aussi fourni des éléments précieux quant au mode de vie et à la personnalité du meurtrier : « Il ne pratiquait pas la religion musulmane, buvait de l’alcool, consommait de la drogue et avait une vie sexuelle débridée ».

Comme Bernard Cazeneuve le matin même sur RTL  le procureur  avait parlé d’une radicalisation récente et très rapide : « Depuis huit jours, il s’était laissé pousser la barbe, expliquant que la signification était religieuse. Il ne comprenait pas pourquoi Daech ne pouvait pas prétendre à un territoire » et précise que le tueur avait fait des « recherches quasi quotidiennes de sourates du Coran ». Et le procureur de la République de Paris d’expliquer que dans ce domaine les passages à l’acte pouvaient être « d’autant plus rapides que les personnalités étaient perturbées ».

Evaporations psychopathologiques

« Si l’on retient cette hypothèse (hautement crédible), la rapidité de la radicalisation Mohamed Lahouaiej Bouhlel témoigne de l’ampleur des perturbations psychopathologiques qui ont pu conduire à la tuerie du 14 juillet » écrivions-nous après avoir entendu le procureur de la République de Paris. Or voici que François Molins bouleverse la donne. Il explique aujourd’hui que loin d’être un tueur compulsif et isolé Mohamed Lahouaiej Bouhlel aurait « mûri » son projet depuis plusieurs mois – et il aurait bénéficié de « complicités ». Est-ce dire que le profil psychiatrique s’évaporerait ? Certains pourraient presque le souhaiter.  On ne regarde pas aisément la folie dans le blanc des yeux.

Les médias généralistes répètent à l’envi les informations offertes par le procureur. Cinq personnes soupçonnées d’avoir aidé le meurtrier (toutes inconnues des services de renseignement) viennent d’être mises en –examen pour association de malfaiteurs. Trois d’entre eux – Ramzi A., un Franco-Tunisien de 21 ans né à Nice ; Chokri C., un Tunisien de 37 ans né à Sousse ; et Mohamed Walid G., un Franco-Tunisien de 40 ans, également né en Tunisie – ont, en outre, été mis en examen pour complicité -d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Des échanges de SMS semblent indiquer que ces trois hommes connaissaient le projet de Mohamed -Lahouaiej Bouhlel.

Selon les informations du Monde (Soren Seelow) « le tueur a enregistré un message audio, le 14  juillet vers 17  heures, sur son téléphone :  » Chokri et ses amis sont prêts pour le mois prochain, maintenant ils sont chez Walid. «  A 22 h 27, soit un quart d’heure avant l’attaque, il envoie un dernier SMS à Ramzi A. :  » Je voulais te dire que le pistolet que tu m’as ramené hier, c’était très bien, alors on ramène 5 de chez ton copain. C’est pour Chokri et ses amis. «  Demandait-il la fourniture d’autres  » pistolets «  pour une attaque prévue  » le mois prochain «  ? Les enquêteurs ne l’excluent pas ». Comment le pourraient-ils ?

Sympathies au conditionnel

Deux des mis en examen « semblaient partager une sympathie pour la cause djihadiste ». Le 10  janvier 2015, trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo, Mohamed Walid G. avait ainsi envoyé au futur tueur de Nice le SMS suivant :  » Je ne suis pas Charlie… Je suis content, ils ont ramené des soldats d’Allah pour -finir le travail.  » »

Le procureur de la République de Paris a encore ajouté que les enquêteurs ont aussi découvert, dans le téléphone de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, plusieurs photos datant des 11 et 13  juillet 2016, représentant les deux hommes à bord du camion qui servira à commettre l’attaque. Le lendemain du massacre, -Mohamed Walid G. retournera d’ailleurs sur la promenade des Anglais pour filmer, à l’aide de son portable, «  la scène de crime ». Début 2016, les modalités du passage à l’acte du tueur de Nice semblent s’être précisées. Le 4  avril, Chokri C. lui envoie un message sur Facebook :  » Charge le camion, met dedans 2 000  tonnes de fer, et nique, coupe lui les freins mon ami, et moi je regarde. «  Selon les caméras de vidéosurveillance, l’auteur de ce message s’est promené au côté du tueur à bord du poids lourd sur la promenade des Anglais, le 12  juillet à 20 h 30, soit deux jours avant l’attaque.

Que voulait-il signifier ? Et quelles significations donner aux innombrables photos et SMS retrouvés dans le téléphone de Mohamed Lahouaiej Bouhlel ? L’enquête devra désormais également vérifier si des liens – « non établis à ce jour » – existent entre certains de ces suspects et l’organisation Etat islamique, qui a revendiqué l’attaque.

David Thomson et Gilles Kepel

Ces nouvelles données ne doivent pas faire oublier qu’il y a quatre jours le ministre de l’Intérieur et le procureur de la République de Paris parlaient ouvertement du « déséquilibre » et du caractère « perturbé » de la personnalité de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Et la question reste entière de savoir combien de personnalités souffrant de pathologies psychiatriques peuvent devenir des acteurs « de proximité » du terrorisme djihadiste

Ce sujet était commenté il y a peu par David Thomson, reporter à RFI et auteur du livre « Les Français djihadistes » :

« Certains tentent de minorer le caractère djihadiste du terroriste en mettant en avant ses troubles psychologiques mais être déséquilibré n’a jamais empêché d’être djihadiste. Il n’y a pas vraiment de profil type de terroristes. Il faut se souvenir de Salah Abdeslam qui, deux semaines avant les attentats, fumait du shit et était connu pour faire la fête.

 Que cet homme commette de tels actes et ne soit pas suivi par les services de renseignements, c’est inédit. C’est la première fois. Il faudra comprendre comment cela a pu se passer. Depuis le mois de mai, le message de l’EI a changé. Jusque-là, dans sa propagande, l’EI demandait aux djihadistes de les rejoindre. Maintenant ce n’est plus le cas, ils disent : “Restez chez vous et frappez-les chez vous”. Ils s’adressent à des gens qui n’ont pas de liens physiques avec eux mais relaient leur propagande.

C’est parce qu’ils reculent en Irak et en Syrie et vont bientôt retourner en clandestinité. Quant à la frontière turque, elle est progressivement fermée. Résultat, l’EI ne peut plus accueillir de soldats. Le changement de la structure du groupe change donc leur stratégie. Mais ils ne sont pas moins dangereux pour autant, au contraire, car cela implique une dispersion de la menace terroriste. » »

Machiavel et martyr rédempteur

C’est une lecture voisine mais différente que propose Gilles Kepel dans Le Figaro :

 «  Ce qui apparaît, c’est un petit délinquant aux antécédents psychiatriques lourds, condamné récemment après une altercation avec un automobiliste. Un type qui, encore une fois imprégné de cette atmosphère djihadiste qui circule sur le Net, a décidé de mettre en œuvre sa propre opération avec les moyens à sa disposition. En l’occurrence, un camion qu’il sait conduire de par sa profession de chauffeur-livreur. Une opération dont il se doute qu’elle est suicidaire, fin qui donne un aboutissement métaphysique, politique et planétaire à sa psychose.  (…) Et même le péché – boire, forniquer, voler – est effacé par le martyre rédempteur. »

Et dans une tribune de Libération l’historien Olivier Christin écrit :

« L’EI introduit en cela une rupture radicale dans l’histoire du terrorisme religieux et politique, qui a longtemps conféré une place centrale aux questions d’organisation et de formulation doctrinale, en acceptant d’adouber les gestes les plus atroces et fous commis par des«sympathisants» et des «soldats» à l’allégeance incertaine et donc de cautionner des massacres où se mêlent convictions religieuses, hostilité aux interventions en Syrie et en Irak, antisémitisme, mais aussi frustrations personnelles, haine de soi et aspiration au suicide. La cause EI accueille toutes les colères.

Elle accouche par là d’un conflit inédit, sans front et sans issue, que de simples individus peuvent alimenter en y déversant leur soif de vengeance. Un piège tendu aux démocraties, qui risquent de troquer le combat politique pour une guerre et de sacrifier ce qui en fait justement des démocraties, en «laissant propager un mal qui étouffera jusqu’au bien que vous vouliez conserver» (Machiavel, Discours, livre III). »

Pois chiche cérébral

« Les dirigeants de l’EI savent que plus ils occupent l’espace médiatique, plus ils vont avoir d’écho soit dans des populations radicalisables soit dans des populations psychopathiques » explique à l’AFP le psychanalyste Patrick Amoyel (Université  Nice Sophia Antipolis). François Molins dit-il autre chose quand il explique, à propos du « terrorisme de proximité » : « C’est cette idéologie fanatique et mortifère qui peut conduire certains individus à passer à l’acte, sans avoir besoin de se rendre en Syrie et sans avoir besoin d’instructions précises ».

On peut aussi retenir le constat pragmatique du Dr Daniel Zagury, psychiatre et expert bien connu de la justice et des médias. Selon lui les malades mentaux sont peu nombreux dans les affaires d’actes djihadistes – environ 10% des cas. « Les autres, a-t-il expliqué à l’AFP, sont soit de petits délinquants avec un pois chiche dans la tête, qui ont eu une première vie de toxicos, de trafic, et se rachètent une deuxième vie qui lave la première dans l’islam radical; soit, les plus dangereux, des sujets strictement normaux qui ont un engagement idéologique sans passé délinquant, éventuellement avec des études, très déterminés ».

Ce constat va-t-il évoluer ? Les « terroristes de proximité » vont-ils s’auto-recruter parmi des personnalités pathologiques d’autant plus potentiellement exposées que leur prise en charge médicale et psychologique est inexistante ? Poser ces questions aux frontières de la psychiatrie, de l’ordre et du droit expose certes aujourd’hui au risque d’être accusé de vouloir expliquer et comprendre ainsi, par ricochet, de commencer à excuser les auteurs d’actes terroristes.

Posons que de telles accusations seraient sans fondement. Nous sommes le 22 juillet. L’urgence est bien ici de comprendre pour agir, agir pour prévenir. Une urgence d’autant plus grande que l’affaire de la tuerie de Nice prend chaque jour une dimension politique un peu plus délétère, un peu moins respectueuse des victimes et de leurs proches.

A demain

La cigarette électronique vue par les sages du Conseil d’Etat : elle « pastiche celle de tabac »

 

Bonjour

Cartes politiques rebattues. La saisine du Conseil d’Etat par cinq associations saisine du militant pour la réduction des risques tabagiques constitue une nouvelle donne sanitaire. Elle soulève une question de droit qui ne manque pas de sel : le gouvernement peut-il (comme il vient de le faire dans une ordonnance du 20 mai) interdire la « propagande » et la « publicité » en faveur des produits du vapotage ? Le pouvoir exécutif a-t-il, ici, tous les droits alors même que la cigarette électronique n’est pas, par définition, un produit du tabac ? Où l’on voit refleurir des mots que l’on pensait oubliés, comme celui de « liberticide ».

Comme l’observe Le Monde (François Béguin), au-delà de l’ordonnance du 20 mai, c’est la philosophie même de la directive européenne de 2014 sur le tabac (qui encadre strictement les produits du vapotage) qui est la cible des cinq associations 1. « Il y a dans ce texte un copier-coller des mesures prises contre le tabac, alors que ce ne sont pas les mêmes risques » explique Jacques Le Houezec, le président de l’association Sovape, signataire du recours. Une absurdité puisqu’ « un grand nombre de fumeurs ont réussi à arrêter de fumer grâce à ce dispositif ».

Absurdité

Une absurdité chiffrée : 100 000 euros d’amende à toute personne qui communiquerait sur les vertus du vapotage. C’est, tout simplement créer  une « insécurité juridique injustifiée ». Pire, c’est s’opposer à l’ouverture  « d’un débat salutaire sur la santé publique et sur les nouvelles opportunités de réduction des risques ».

Et maintenant ?  Cette initiative va-t-elle saper les premiers ponts courageusement établis, avant l’été, entre le monde associatif de la réduction des risques et le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé ? Il faut espérer que non mais rien n’est ici acquis tans les passions sont vives et certains caractères bien trempés. Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) observe pour sa part que le dépôt du recours contre l’ordonnance n’est pas suspensif. Et il précise que le référé, c’est-à-dire la procédure d’urgence visant à suspendre les effets de la décision administrative attaquée sera audiencé le 22 août au Conseil d’État.

Charmes du Palais Royal

Il n’est pas sans intérêt, dans l’attente, de rappeler que les sages du Conseil d’État avaient jadis été saisis par le Premier ministre (sans doute, alors, Jean-Marc Ayrault) d’une demande d’avis portant sur les conditions d’usage de la cigarette électronique. Cet avis avait été rendu le 17 octobre 2013. Il n’avait été  publié dans son intégralité par le Conseil d’État que le 8 octobre 2014. On le trouvera ici : « 8 octobre 2014 | Avis ‘’Cigarette électronique’’ ». Où l’on retrouve le maniement élégant de la langue française qui, depuis des siècles, fait tout le charme des magistrats du Palais Royal.

Il s’agissait alors de savoir si les dispositions relatives à l’interdiction de fumer dans les lieux à usages collectifs étaient applicables, sans modification législative, à la cigarette électronique. Les sages magistrats, voisins de la Comédie Française, rappelaient alors que fait de fumer n’est pas, en soi, « une liberté constitutionnellement garantie ». Pour autant « ce comportement ou mode de consommation constitue une manifestation des libres choix de la personne qui sont garantis dans leur ensemble par le Conseil constitutionnel au titre de la liberté personnelle qui découle des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ».

Ambivalences

Pour le reste ils écrivaient ceci :

« Le Conseil d’État a constaté le caractère ambivalent et plurifonctionnel de ce produit. Ambivalent car il pastiche [1] la cigarette (relevant d’une forme de tabagisme apparent) mais revendique parallèlement une originalité conceptuelle et fonctionnelle, en se prévalant de son caractère quasi-inoffensif pour le consommateur et du plaisir de « vapoter ».

« Plurifonctionnel, car ce produit pourrait aider certaines personnes à s’extraire de la dépendance tabagique, tout en étant recherché par d’autres qui n’ont pas d’addiction à la cigarette, pour l’attrait de la gestuelle et sa similarité avec la cigarette. Par ailleurs, il a relevé le caractère incertain et prudent des études scientifiques disponibles sur ce produit au moment de sa saisine. Au total, le Conseil d’État a noté la difficulté d’appréhender la réglementation de ce produit, dans le cadre du droit des libertés publiques, de façon duale (autorisation/interdiction).

« Cet avis tire donc les conséquences juridiques de cette incertitude. Il s’accompagne de la recommandation, en application de l’impératif de prévention des risques, de poursuivre les évaluations relatives à ce produit en maintenant une vigilance constante et de veiller à la qualité des produits mis sur le marché en exerçant une surveillance et des contrôles rigoureux.

« Le Conseil d’État a estimé que la législation actuelle relative à l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif n’est ni directement applicable ni directement transposable à la cigarette électronique sans dispositions d’adaptations. Il a néanmoins considéré qu’il est loisible au législateur d’apporter des restrictions à la liberté de « vapoter » sans que toutefois, en l’état des données scientifiques disponibles, cette interdiction ne puisse être aussi générale que celle qui s’applique à la cigarette traditionnelle. »

Stéthoscopes

Ces lignes ont été écrites il y a trois ans par la plus haute juridiction administrative française. On sait, depuis, ce qu’il en est des craintes relatives à la cigarette électroniques. Si elle pastiche toujours elle n’induit pas de dépendance au tabac mais permet de s’extraire des fumées mortifères.

Soucieux, cette fois,  de santé publique autant que de droit, les magistrats en hermine ajoutaient ceci :

« Si la proportion de fumeurs réguliers a baissé depuis les années 60 dans la population masculine, passant de 45 % à 35 %, la proportion des femmes qui fument a augmenté, passant de 10 à 22 %. Au total, la France compte 15 millions de fumeurs : 31,5 % des adolescents fument ; de même 30 % des adultes de 18 à 75 ans sont des fumeurs quotidiens. Le tabac est la première cause de mortalité évitable en France. En quelques années, le nombre de « patients traités » pour sevrage tabagique est passé de 500 000 en 1998 à plus de 2 millions en 2003 et 2004. Ce nombre fluctue depuis lors entre 1,5 millions et un peu plus de deux millions. En 2012, le nombre de « patients traités » approche les 2,4 millions. »

La situation française n’a, depuis, cessé de s’aggraver. Rendez-vous le 22 août à l’ombre de la Comédie française, à deux pas des Tuileries, où Laennec découvrit la méthode du stéthoscope. C’était le 17 février 1816.

A demain

[1] « Pasticher » : Imiter la manière, le style d’un artiste ou d’un écrivain. Synon. contrefaire, copier, plagier.Je crois que le meilleur moyen de se débarrasser du désir de pasticher quelqu’un qu’on admire, c’est de le connaître à fond (Alain-Fournier,Corresp. [avec Rivière], 1905, p.101). Pour avoir un tel succès l’artiste avait sans doute pastiché des fables de La Fontaine (Proust, Temps retr., 1922, p.1002).  Absol. Pratiquer le pastiche; faire un pastiche. Les livres seuls, et non le monde dans sa crudité, pouvaient me fournir des modèles; je pastichai (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p.54).

Tuerie de Nice, mensonges et « complotisme »: la réponse de Libération à Bernard Cazeneuve

 

Bonjour

C’est un affrontement violent et sans précédent. Sous réserve d’inventaire on n’a jamais vu, en France ces cinq dernières décennies, un ministre de l’Intérieur accuser dans la plus extrême des urgences un quotidien généraliste d’imprimer des « contre-vérités » – un ministre de l’Intérieur s’interroger sur la déontologie de ses journalistes et faire référence au « complotisme ». C’est précisément ce que vient de faire, nuitamment, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. Aucune ambiguïté sur les termes : M. Cazeneuve l’a fait sous la forme d’un communiqué officiel : « Communiqué de presse de Bernard Cazeneuve suite aux publications du quotidien Libération le 21 juillet ».

« Alors que la préfecture des Alpes-Maritimes a fourni aujourd’hui à sa demande au journal Libération l’ensemble des réponses à ses questions, M. Bernard CAZENEUVE, Ministre de l’Intérieur, s’indigne des contre-vérités que le journal a publiées dans son édition datée du 21 juillet. Ces méthodes interrogent la déontologie des journalistes qui ont signé ces articles. Ces procédés, qui empruntent aux ressorts du complotisme, sont graves, car ils laissent penser que le Préfet des Alpes-Maritimes, le Ministre de l’Intérieur et le Premier Ministre auraient cherché à travestir la vérité là où ils se sont résolument engagés dans une démarche de totale transparence, dans le respect dû aux victimes et dans la responsabilité qui est la leur devant la Nation meurtrie. (…) ».

L’indignation du ministre sourd des lignes qu’il signe. Et ses propos sont graves, notamment quand il évoque des « procédés qui empruntent aux ressorts du complotisme ». Sans nullement céder à la paranoïa, il y a raisonnablement là matière à inquiétude. On a vu que, depuis, le président de la République s’est exprimé et qu’une enquête a été demandée par le ministre à la « police des polices » en charge de faire, sous huitaine, la transparence et d’obtenir, sans l’aide de la justice ou des parlementaires, la manifestation de la vérité vraie. Dans l’attente Libération répond à Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. C’est un éditorial signé de Johan Hufnagel.

Temps troublés

C’est un texte important à verser à ce dossier inédit qui dit beaucoup des temps troublés que, tous, nous vivons.  Nous cédons ici la place à notre confrère :

 « Monsieur Bernard Cazeneuve, votre réponse à l’enquête de Libération sur les flous de Nice publiée dans notre édition de jeudi n’a pas tardé. Permettez-moi de vous dire qu’elle est hors de propos. Vous mettez en cause «la déontologie des journalistes qui ont signé ces articles» et dénoncez des «procédés qui empruntent aux ressorts du complotisme, [et] sont graves, car ils laissent penser que le préfet des Alpes-Maritimes, le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre auraient cherché à travestir la vérité». Non, monsieur le ministre, les journalistes de Libération n’ont pas versé dans le complotisme. Ils n’ont fait que leur travail, dans le plus grand respect de la déontologie : enquêter sur des faits ; débusquer les contradictions dans le flot des déclarations ; recouper les informations ; poser des questions ; donner la parole à tous, y compris ceux qui ont été mis en cause. Ce travail, vous savez que nous l’avons fait puisque nous avons été en contact toute la journée de mercredi avec vos services.

« Derrière l’injure, qui nous blesse et qui ne correspond pas à celle d’un homme d’Etat de votre stature, vous avez validé l’intégralité de cette enquête tout en nous accusant de publier des «contre-vérités». Etrange schizophrénie. Vous avez en effet pointé, dans ce communiqué, ce que nous nous sommes dit mercredi lors de nos échanges téléphoniques avec vos services, et notamment que les premières voitures de la police nationale se trouvaient dans la soirée du 14 juillet environ 400 mètres après le début de la zone piétonne de la promenade des Anglais. Là où il n’y a qu’une zone piétonne le 14, en voici désormais deux : une qui commencerait au point d’entrée, gardée par deux policiers municipaux dont vous ne parlez pas pour ne pas polémiquer avec les élus locaux, et une autre, couverte par la police nationale, qui débuterait devant les grands hôtels niçois et qui est de votre responsabilité…

« Nous nous félicitons d’ailleurs que notre enquête, une semaine après l’attentat, ait aidé à ce que vous consentiez à une «évaluation technique du dispositif de sécurité» par l’Inspection générale de la police nationale. Il aura fallu une semaine. Mais le problème n’est pas là, et vous le savez. Nous n’accusons personne de manquements au dispositif de protection des Niçois, validé par les élus locaux et les services de l’Etat. Ce dispositif, nous ne le critiquons pas. Nous espérons simplement que l’enquête de vos services ira jusqu’au bout et qu’elle nous permettra de comprendre les différentes explications, contradictoires, que les services de l’Etat ont fournies. Je vous rappelle vos propos du 16 juillet :«Des véhicules de police rendaient impossible le franchissement de la promenade des Anglais.» Ce n’est plus ce que vous dites dans votre communiqué. Nous n’imaginons pas un mensonge délibéré de votre part, bien sûr. Mais un dysfonctionnement dans les transmissions d’informations qu’il convient de pointer et de régler, pour justement éviter le complotisme et les accusations infondées.

« Le retour d’expérience est nécessaire à tous. C’est valable pour les services de police et de renseignement, mais aussi pour Libération, qui en permanence s’interroge sur ses pratiques et reste ouvert à la critique de son travail.Libération ne mène aucune campagne contre «les préfets, les forces de l’ordre et les services de renseignement qui luttent contre la menace terroriste»,comme vous nous en accusez, sous le coup d’une colère peu républicaine.Libération ne mène pas de «campagnes politiques ou de presse qui visent à atteindre le ministère de l’Intérieur dans sa réputation, faisant fi du travail considérable accompli par ces femmes et ces hommes de devoir», comme vous nous en accusez sous le coup d’une poussée de complotisme.

« Le complotisme, monsieur le ministre, propose de «donner une vision de l’histoire perçue comme le produit de l’action d’un groupe occulte agissant dans l’ombre». Libération n’agit pas dans l’ombre. Nous posons les questions et demandons de simples réponses sur les circonstances de l’attentat de Nice, en toute honnêteté et transparence. Nous sommes d’accord avec le Premier ministre quand il déclare qu’«il faut que la vérité soit faite mais qu’on respecte l’Etat et sa parole publique». Sans injure et sans arrogance, avec humilité et une seule demande : comprendre. »

A demain

Nice : c’est la police qui dira la «vérité» sur le sur le «mensonge» dénoncé par Libération

 

Bonjour

Une tragédie (la tuerie de Nice) et un grand classique (l’Entre-Soi). Une semaine après le sang sur promenade des Anglais on ne sort pas de la polémique politique. Ce matin Libération accusait la police et le gouvernement d’avoir menti sur le dispositif de sécurité déployé le 14 juillet à Nice. Peu après minuit, avant même la sortie en kiosques du journal-papier, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur cinglait par voit de communiqué :

 « Alors que la préfecture des Alpes-Maritimes a fourni aujourd’hui à sa demande au journal Libération l’ensemble des réponses à ses questions, M. Bernard CAZENEUVE, Ministre de l’Intérieur, s’indigne des contre-vérités que le journal a publiées dans son édition datée du 21 juillet. Ces méthodes interrogent la déontologie des journalistes qui ont signé ces articles. Ces procédés, qui empruntent aux ressorts du complotisme, sont graves, car ils laissent penser que le Préfet des Alpes-Maritimes, le Ministre de l’Intérieur et le Premier Ministre auraient cherché à travestir la vérité là où ils se sont résolument engagés dans une démarche de totale transparence, dans le respect dû aux victimes et dans la responsabilité qui est la leur devant la Nation meurtrie. (…) »

Vinaigre politique

L’affaire allait tourner vinaigre politique. Depuis l’Irlande où il voyage, François Hollande, président de la République fit alors une promesse : « vérité et transparence » sur le dispositif de sécurité déployé le 14 juillet sur la promenade des Anglais. A Nice le préfet des Alpes-Maritimes, premier visé, réunissait la presse pour affirmer qu’à « aucun moment » il n’y avait eu  « mensonge des autorités ». A Paris, place Beauvau, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur publiait un deuxième communiqué sur le même sujet. « Dispositif de sécurité à Nice le 14 juillet : Bernard Cazeneuve saisit l’IGPN » :

« M. Bernard CAZENEUVE, Ministre de l’Intérieur, a décidé de saisir l’Inspection Générale de la Police Nationale d’une évaluation technique du dispositif de sécurité et d’ordre public tel qu’il a été conçu puis mis en œuvre à Nice dans la soirée du 14 juillet et dans la nuit qui a suivi.

Cette enquête administrative, sans préjudice de l’enquête judiciaire en cours, permettra d’établir la réalité de ce dispositif, alors que des polémiques inutiles se poursuivent.

Cette saisine s’inscrit dans une démarche de transparence et de vérité due aux victimes et à leurs familles, qui a toujours été celle du Gouvernement après le terrible attentat de Nice. »

Papier bleu

Toujours depuis Paris Libération (sur abonnement 9,90 euros par mois) répond point par point aux attaques du ministre et du préfet. Le quotidien affirme que seule une voiture de police municipale interdisait l’accès à la zone piétonne de la promenade des Anglais lorsque Mohamed Lahouaiej Bouhlel a lancé son camion meurtrier sur la foule anonyme.

Résumons. Libération ne tremble ni ne bouge. On parle de papier bleu. Le ministre de l’Intérieur dénonce, accuse puis recule. Etonnants discours pour une étrange méthode. Et au final le patron de la police demande à la « police des polices » d’établir « la vérité » et de faire « la transparence » sur fond de polémiques qu’il qualifie d’« inutiles ». Pour finir le chef de l’Etat annonce que les résultats seront rendus « la semaine prochaine » et estime qu’il n’a « pas de place pour la polémique ». Comment, alors, expliquer qu’elle existe ?

A demain