Cannabis : interdiction au Canada d’en mettre dans la bière, les bonbons et les sucettes

Bonjour

C’était écrit dans la légalisation du cannabis : son industrie du cannabis se professionnalise à grande vitesse 1, élargit sans cesse sa palette. Aujourd’hui l’Agence France Presse nous apprend que des « produits comestibles à base de cannabis » seront vendus au Canada dès la mi-décembre. Annonce officielle faite, vendredi 14 juin, par le gouvernement canadien. Qui précise que les « produits susceptibles de plaire aux enfants » (comme les bonbons ou les sucettes) ne pourront pas en contenir 2. Ces nouvelles dispositions  entreront en vigueur un an après la légalisation du cannabis « à usage récréatif ». Elles concernent également les « extraits de cannabis » et les « produits à usage dermatologique ».

Légaliser c’est aussi encadrer : des règles strictes pour limiter l’attractivité des produits dérivés du cannabis auprès des mineurs devront être respectées, parmi lesquelles l’obligation d’adopter des emballages « neutres » et « difficiles à ouvrir », ou encore la restriction de certains ingrédients, colorants et parfums. Bill Blair, ministre canadien de la Sécurité frontalière et de la réduction du crime organisé (sic) :

« La réglementation modifiée est la prochaine étape visant à réduire les risques pour la santé et la sécurité publiques associés au cannabis comestible, aux extraits de cannabis et au cannabis (à usage dermatologique) et de supplanter le marché illégal de ces produits au Canada.»

La nouvelle réglementation imposera que les aliments ou boissons « infusés au cannabis » ne pourront pas contenir plus de 10 milligrammes de THC. Pour les extraits de cannabis et les produits à usage dermatologique, la dose maximale autorisée sera de 1 000 milligrammes par unité d’emballage. Les autorités recommandent néanmoins aux nouveaux consommateurs de ne pas consommer des aliments ou boissons comportant plus de 2,5 milligrammes de THC.

Quant aux  producteurs et distributeurs, ils ne pourront pas mettre en avant d’éventuels « bénéfices pour la santé ou le régime ». Contrairement à ce que l’industrie alcoolique espérait l’association cannabis-boissons alcooliques sera interdite – au grand dam des  entreprises qui avaient déjà commencé à développer des « bières au cannabis ».

L’agence fédérale canadienne de la statistique a fait ses premiers calculs : environ 5,4 millions de Canadiens ont acheté du cannabis depuis sa légalisation en octobre – parmi eux, 600 000 naïfs.

A demain @jynau

1 The New York Times, Conor Dougherty, 25 avril, repris dans Courrier international N° 1493 du 13 au 19 juin 2019)

2 En France, depuis 2009, la loi a instauré une interdiction totale de vente de tabac et d’alcool aux mineurs. Dix ans plus tard on vient d’apprendre que les lycéens qui fument quotidiennement continuent de s’approvisionner principalement chez les buralistes. Ils sont ainsi 77,0  % à y acheter personnellement leurs cigarettes « presque toujours » ou « souvent », tandis que 16,0 % déclarent le faire « rarement » ou «  parfois  ». Quant à l’approvisionnement en alcool il s’opère avec la même facilité. (Spilka S, Godeau E, Le Nézet O et al Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018 Tendances n° 132, OFDT, juin 2019)

Levothyrox® : l’Agence nationale du médicament peut-elle raisonnablement entendre les patients?

Bonjour

C’était écrit. En niant, comme elle vient de le faire, l’existence statistique d’une « affaire du Levothyrox® » l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne pouvait que susciter l’ire des associations nées de cette affaire ou très directement concernées. Ainsi ce communiqué de l Association Française des Malades de la Thyroïde (AFMT) « la plus ancienne et la plus importantes association agréée de malades de la thyroïde ». Il nous est adressé par le Dr Philippe Sopena, conseiller scientifique de l’AFMT qui, sur France Info, accuse l’ANSM d’être « juge et partie » dans cette affaire :

« L’ANSM est à la fois juge et partie dans cette affaire. Elle a décidé ce changement de médicament pour des raisons qu’elle n’a d’ailleurs jamais expliquées. Elle est donc promoteur de ce médicament. Dire qu’il y avait quelque chose, c’était dire qu’elle s’était trompée. Elle est présidée par un énarque psychiatrique [Dominique Martin, diplômé de l’ENA et docteur en médecine], ce qui vous rend compte de la difficulté à reconnaître ses erreurs. » [sic]

Pour le Dr Sopena, aucun doute : la parole des victimes est à nouveau minimisée voire laissée de côté. « En plus, ce sont des femmes, pas de chance ! 85% de femmes, plus de soixante ans : typiquement le genre de personnes qui ne sont pas branchées sur internet, que l’on n’écoute pas, souligne-t-il. Cela faisait trente ans que l’on avait un médicament qui fonctionnait merveilleusement bien avec zéro plainte. On avait régulièrement à réguler un peu, augmenter ou baisser de 25 microgrammes pour maintenir un équilibre : l’hormone thyroïdienne est un genre de thermostat de l’organisme, parfois il faut l’augmenter, parfois le baisser. »

On peut le dire autrement. C’est là, selon lui, au terme « d’une étude massive, purement statistique », sur des « consommations de soins » « une nouvelle tentative pour  nier le vécu et la réalité des symptômes de milliers de patient(e)s ». Et de dénoncer une « erreur méthodologique fondamentale » qui conduit l’ANSM à ne pas prendre en compte un phénomène massif (hospitalisations, décès, arrêts de travail, recours aux soins ambulatoires, consommations d’antidépresseurs et de tranquillisants) qui est aujourd’hui analysé par l’institution judiciaire.   « Plus généralement, sur le fond, l’accusation porte sur le déni du « ressenti des malades ».

« L’ANSM même si elle n’ose plus parler ‘’d’effet nocebo’’, continue de tenter de réduire cette crise sanitaire à un simple ‘’problème d’information’’ et donc, d’autant plus que ce sont massivement des femmes, à laisser entendre implicitement qu’elles ont imaginé ou majoré leurs symptômes.  Inacceptable. Au lieu de se contenter de répéter ‘’qu’elle n’en comprend pas les causes’’ l’ANSM aurait dû faire son métier : mettre tout en œuvre pour les trouver. »

Sans doute. Mais ne serait-ce pas ici, tout bien pesé, demander à cette « Agence du médicament » beaucoup plus que ce pourquoi elle a été créée – une institution qui, depuis sa création (il y a vingt-cinq ans, après les affaires du sang contaminé) semble encore, bien souvent, chercher toute sa place dans le paysage sanitaire français.

A demain @jynau

«118 euros bruts»: combien Agnès Buzyn en versera-t-elle pour vider les abcès des urgences?

Bonjour

Compteur bloqué, pour l’heure, à 70. Agnès Buzyn vient d’annoncer que le gouvernement allait débloquer immédiatement 70 millions d’euros ; pour tenter d’apaiser les personnels des services d’urgences mobilisés depuis trois mois. Annonce faite ce vendredi 14 juin, à l’issue d’une réunion avec les représentants du secteur. L’AFP précise qu’une large fraction de cette somme (55 millions) serait consacrée à la généralisation et à la revalorisation d’une prime « de risque de 118 euros bruts (100 euros nets mensuels) », versée dès juillet « à tous les professionnels des services d’urgence (hors médecins) », soit 30 000 personnes, a précisé le ministère.

Il ajoute qu’une prime de coopération sera mise en place pour les infirmiers et aides-soignants qui se verront confier de nouvelles compétences :100 euros bruts mensuels. Agnès Buzyn a également annoncé « la création d’une enveloppe de 15 millions d’euros » afin de permettre aux « services d’urgence en tension » de renforcer  leurs effectifs paramédicaux durant la période estivale. Pour finir : rehaussement du plafond des heures supplémentaires à 20h par mois ou 240 heures par an pour l’ensemble des corps – voire possibilité de déroger à ce plafond.

Emblématiques incivilités

« Représentants du secteur » : les cinq principaux syndicats des hôpitaux publics (CGT, FO, CFDT, SUD, UNSA), les trois grandes fédérations d’établissements (FHF, FHP, Fehap), l’Ordre des médecins et celui des infirmiers. Sans jamais oublier « l’emblématique » Dr Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), également invité à la table, ainsi que deux membres du collectif Inter-Urgences, à l’origine du mouvement.

Ainsi donc, 70 millions d’euros. Une somme, aussi, qui dit tout de la faiblesse de la marge de manœuvre politique dont  dispose de la ministre des Solidarités et de la Santé. Il y a quelques jours, dans l’étrange entretien qu’elle accordé à Libération (Eric Favereau) Agnès Buzyn avait eu ce mot :

« En attendant, les annonces que j’ai faites permettent de répondre à des demandes des soignants. Ainsi, la prime de dangerosité portée à 100 euros pour faire face aux incivilités parfois nombreuses que ce personnel subit. »

De l’argent, en somme, contre des « incivilités »  (paroles, actions dénotant une absence de courtoisie, de politesse). Chacun sait que ce n’est pas ainsi que l’on videra l’abcès collecté depuis des années. Et rien ne dit que cela permettra de passer, sans trop de difficultés, le prochain été.

A demain @jynau

C’est scientifiquement prouvé : l’affaire du Levothyrox® n’avait aucune raison d’exister

Bonjour

 

Mais que s’est-il donc passé  dans l’affaire du Levothyrox® ? Officiellement rien de sanitaire, mais un simple phénomène dit « de société ». L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient de publier le rapport final de son étude de pharmaco-épidémiologie sur ce qu’il est convenu d’appeler « les conséquences du passage à la nouvelle formule du Levothyrox® en France ». Réalisée à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS), cette étude a porté sur plus 2 075 106 personnes âgées de 18 à 85 ans. Elle a consisté à comparer, à caractéristiques sociodémographiques et médicales identiques, l’état de santé des personnes exposées à la nouvelle formule du Levothyrox® en France en 2017 à celui de personnes traitées par l’ancienne formule du Levothyrox® l’année précédente. 

Conclusion :

« Les résultats ne fournissent pas d’argument en faveur d’une toxicité propre de la nouvelle formule du Levothyrox ® . Ils reflètent plutôt les difficultés rencontrées par  certains patients lors du changement de formule. »

Résumé chiffré du contexte. Fin 2017, parmi les patients qui avaient (entre avril et juin) initié la nouvelle formule du Levothyrox® 18% avaient « opté pour une autre spécialité », dans le cadre de la diversification de l’offre thérapeutique. Dans le même temps, la fréquence des dosages de TSH a nettement augmenté (+31%) et ce à la suite du passage à la nouvelle formule. « Une augmentation des recours aux dosages de TSH était attendue compte tenu de la recommandation faite aux professionnels de santé de surveiller l’équilibre thyroïdien chez certaines catégories de patients lors du changement de formule » prévient l’ANSM.

Fallait-il s’inquiéter ? Afin de mesurer les éventuels risques associés au passage à la nouvelle formule du Levothyrox®, des indicateurs d’état de santé et de recours aux soins (hospitalisations, décès, arrêts de travail, recours aux soins ambulatoires, consommations médicamenteuses) ont été comparés entre les patients exposés à la nouvelle formule du Levothyrox en 2017 et ceux traités par l’ancienne formule l’année précédente. 

Conclusion :

« Les résultats ne fournissent pas d’argument en faveur d’un risque augmenté de problèmes de santé graves au cours des mois suivant l’initiation de la nouvelle formule du Levothyrox®. En effet, ils ne mettent pas en évidence d’augmentation spécifique de survenue d’hospitalisations, de décès, d’arrêts de travail d’au moins 7 jours, ni de consommation de médicaments utilisés pour traiter des symptômes somatiques tels que ceux déclarés en pharmacovigilance lors du passage à la nouvelle formule du Levothyrox®. Les analyses complémentaires prenant en compte les interruptions de traitement par la nouvelle formule du Levothyrox® confirment ces résultats. » 

En revanche ces résultats mettent bien en évidence une augmentation des recours aux soins ambulatoires et de certaines consommations médicamenteuses avec le passage à la nouvelle formule du Levothyrox®.. Ainsi, on observe une augmentation de 2% du nombre de consultations médicales, concentrée sur la période d’août à octobre 2017 quelle que soit la période d’initiation de la nouvelle formule. Ils montrent en outre « une hausse relative de l’utilisation de certains médicaments comme les benzodiazépines suite au passage à la nouvelle formule du Levothyrox® ». L’ANSM n’en dit pas plus, pas plus qu’elle ne chiffre le coût de ce phénomène.

Que s’est-il passé ? Officiellement rien de sanitaire, mais un simple phénomène de société.Comment, désormais, s’en persuader ?

A demain @jynau

Alerte sur l’Androcur® : les patients doivent désormais être totalement informés des dangers

Bonjour

En août 2018 c’était  une équation sans solution. Une forme d’impasse parfaitement exposée sur le site de l’Agence nationale de sécuriré du médicament (ANSM). Soit l’Androcur® (acétate de cyprotérone) présent sur le marché français depuis près de quarante ans ; un dérivé de la progestérone ayant des propriétés anti-androgéniques. Deux présentations :

Androcur® (comprimés à 50 mg) est indiqué chez la femme, dans le traitement de certaines maladies hormonales se manifestant par une augmentation du système pileux (hirsutisme). Chez l’homme, ce médicament est préconisé dans certaines formes de cancer de la prostate. Androcur® (comprimés à 100 mg) peut notamment être indiqué dans la « réduction  des pulsions sexuelles dans les paraphilies en association à une prise en charge psychothérapeutique ».

On savait depuis près de dix ans que ce médicament peut ne pas être sans risque. « Depuis 2009, l’acétate de cyprotérone fait l’objet d’une surveillance particulière suite au signal émis par la France au niveau européen sur le risque d’apparition de méningiome 1. L’évaluation de ce signal par l’Agence européenne des médicaments (EMA) a conduit à faire figurer ce risque dans la notice du médicament en 2011 » rappellait l’ANSM. Précisons que le méningiome est une tumeur, le plus souvent bénigne, qui se développe à partir des membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière (les méninges).

Réévaluer le bien-fondé

Aujourd’hui, nouvelle étape annoncée par l’ANSM : une fiche d’information sur Androcur® et ses génériques et le risque de méningiome devra désormais être remise par les prescripteurs à leurs patients. Ce n’est pas tout : la délivrance de ces médicaments en pharmacie sera « obligatoirement soumise à la présentation d’une attestation annuelle d’information signée par le patient et co-signée par son médecin prescripteur » – à compter du 1er  juillet 2019 pour les nouveaux traitements et du 1er  janvier 2020 pour les renouvellements.

En pratique des courriers d’information co-signés par l’Assurance maladie et l’ANSM sont actuellement adressés aux professionnels de santé et aux patients ayant respectivement prescrit et reçu Androcur® ou ses génériques au cours des 24 derniers mois afin de les inciter à se rencontrer pour échanger sur ce risque et les suites à donner à leur traitement.

Ce courrier les invite « à réévaluer régulièrement le bien-fondé de la prescription et à respecter les modalités de surveillance de leurs patient(e)s sur le plan clinique et radiologique ». Il rappelle « que les utilisations prolongées et à forte dose ainsi que les indications hors AMM telles que l’acné, la séborrhée et l’hirsutisme modéré sont à proscrire et que l’utilisation de l’acétate de cyprotérone chez l’enfant et la femme ménopausée n’est pas recommandée ».

La fiche d’information  est d’ores et déjà maintenant disponible sur le site de l’ANSM. Ce document a été rédigé en concertation avec les professionnels de santé et les représentants de patients concernés. Il sera adressé aux médecins prescripteurs et aux pharmaciens d’ici la fin du mois de juin 2019.

En complément, une attestation d’information  « devra obligatoirement être signée chaque année par le patient et son médecin prescripteur et être remise au pharmacien pour toute délivrance de ces médicaments »..

Quarante ans après

On peut le dire autrement : dès le 1er  juillet 2019 pour tout patient qui débute un traitement (avant le 1er  janvier 2020 pour tout patient en cours de traitement), le médecin devra obligatoirement : informer le patient du risque de méningiome ET lui remettre la fiche d’information ainsi qu’une copie de l’attestation annuelle d’information qu’ils auront remplie et signée ensemble au cours de la consultation ; évaluer ou réévaluer le bien-fondé de la prescription en tenant compte du rapport bénéfice/risque individuel, puis à nouveau chaque année ; pour les patients qui débutent un traitement faire réaliser systématiquement une IRM cérébrale ; pour les patients en cours de traitement envisager un contrôle par IRM si la poursuite du traitement est décidée ; tant que le traitement est maintenu, prescrire une IRM au plus tard 5 ans après la première IRM puis tous les 2 ans si l’IRM précédente est normale.

Et encore : les patients qui ont été traités par le passé et qui ne le sont plus actuellement peuvent consulter un médecin afin qu’il réalise un examen clinique et juge de l’opportunité de leur prescrire une IRM. L’ANSM ajoute qu’elle « poursuit ses investigations ». Les résultats de l’enquête de pharmacovigilance sur l’association entre acétate de cyprotérone et méningiome permettront une description des cas rapportés de méningiomes. Ils seront discutés à l’occasion de la réunion du Comité technique de pharmacovigilance du 18 juin 2019.A cette occasion, les représentants de patients engagés dans les travaux d’information sur ce risque seront invités à participer.

Où l’on en vient à s’interroger sur les raisons qui ont fait que rien, ou presque, n’avait été fait pendant quarante ans.

A demain @jynau

1 La question avait initialement fait l’objet d’une publication scientifique en 2008 (« Does cyproterone acetate promote multiple meningiomas ? ») signée par un groupe de neuro-chirurgiens et de médecins dirigé par le Pr Jean-Louis Schlienger (CHU de Strasbourg).

Polémique PMA: non le projet de loi bioéthique n’est pas encore finalisé (Nicole Belloubet)

Bonjour

Comment apaiser un débat qui ne le sera pas ? Hier le Premier ministre affirmait devant les députés que tout était réglé : projet de loi fin juillet – examen fin septembre. Ce matin sur France Inter la ministre de la Justice dit le contraire. Et ce sur un sujet bien particulier, inclus dans la « PMA pour toutes », un sujet technique mais essenteil qui concerne les règles de la filiation des enfants qui (si la loi est promulguée) seraient conçus par insémination artificielle avec sperme de donneur de femmes « vivant seules ou avec une autre femme ». Il faut ici reproduire les sages propos de Nicole Belloubet.

Sur le mode d’établissement de la filiation, (entendre « la façon dont on est reconnu fils ou fille de ») trois options sont possibles :

I L’extension du droit commun de la filiation aux couples de mères ou aux mères célibataires ce qui prévaut aujourd’hui pour les couples hétéroexuels.

II Création d’un régime spécifique pour tous les enfants qui seront issus d’une procréation médicalement assistée avec un « tiers donneur »

III Création d’un régime spécifique aux couples de femmes et aux femmes célibataires.

« C’est un sujet extrêmement délicat car il se rapporte à des notions relatives à la protection de la vie privée, à des notions liées à l’accès aux origines…. Comment indiquons-nous, et faut-il indiquer, qu’un enfant est né par procréation médicalement assistée… ? Ce sont des questions très délicates. »

Et la Garde des Sceaux, ministre de la Justice de révéler que seules deux options ont été transmises au Conseil d’Etat pour recueillir son avis : la II et la III.  

« Au moment où je vous parle l’avis du gouvernement n’est pas complètement stabilisé » (sic).

Est-ce dire que l’option I est abandonnée ? « Actuellement la décision n’est pas prise ». Contrairement à ce qu’a annoncé le Premier ministre le texte du futur projet de loi n’est pas « prêt ». Pour cela il faudra attendre la fin juillet dans une France que l’on espère apaisée. Etant bien entendu qu’en toile de fond la grande question qui se joue ici est celle de l’égalité entre les couples et les parents, homosexuels ou pas.  

« Aujourd’hui toute la question est de savoir, pour les femmes qui seront concernées, comment elles déclareront, avant la naissance, qu’elles ont un projet parental ; où sera écrit, au moment de la naissance, le fait que l’enfant a été conçu par une PMA avec tiers donneur … Ce sont ces questions-là, qui sont très sensibles humainement (re-sic) qui doivent être tranchées. »

Pour le reste, sur la GPA, tout est clair et rien ne sera modifié. Non, contrairement à ce qui est clamé à longueur de tribunes dans tous les médias il n’existe aucune « insécurité juridique » pour les enfants ainsi conçus dans des pays étrangers et vivant en France (filiation pour le père et système d’adoption pour le second parent). Inscrire dans la loi française la « non marchandisation du corps des femmes » ? Sans doute pas puisque cela découle de l’ensemble des dispositions précédentes.

Résumons. Tout sera encadré, verrouillé et la GPA n’aura pas, n’aura jamais, droit de cité sur le sol français. Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, 13 juin 2019.

A demain @jynau

Vingt-quatre empoisonnements, neuf mortels : comment l’affaire bisontine évoluera-t-elle ?

Bonjour

Son nom peine à imprimer : le Dr Frédéric Péchier. Aussi les médias parlent-ils de « l’anesthésiste bisontin ». L’affaire est simplement inimaginable. Aussi cherche-t-on des points d’ancrage. Et, quand ils se souviennent, les médias évoquent « l’affaire Mériel » (CHU de Poitiers, 1984, un mort).

La cour d’appel de Besançon a, le 12 juin,  maintenu le Dr Frédéric Péchier, soupçonné de vingt-quatre empoisonnements dont neuf mortels, en liberté sous contrôle judiciaire. L’information a été donnée par les avocats de la défense et ceux des parties civiles. À l’issue de quatre heures de débats et d’une heure de délibéré les magistrats bisontin ont (à nouveau) laissé le médecin anesthésiste libre – comme il l’est depuis sa première mise en examen, prononcée en mars 2017, pour sept premiers cas d’empoisonnement.

Me Jean-Yves Le Borgne, l’un des avocats du médecin : « La chambre de l’instruction a purement et simplement confirmé la décision qui avait été prise au mois de mai par le juge des libertés et de la détention. C’était ce que nous sollicitions, c’était ce que nous espérions, c’était dans notre esprit ce que l’équité mais aussi le droit et la procédure pénale française commandaient. Nous vous le disons avec force, le Dr Péchier est présumé innocent (…), c’est un dossier en l’état sans preuves, il y a encore beaucoup d’actes d’investigation à accomplir ».

La démesure de l’ego

C’est peu dire que les parties civiles ont mal compris la décision des magistrats bisontins. Les chaînes télévisées ont amplement relayé leurs réactions. A ce stade l’affaire est d’un peu banale complexité, comme en témoigne un remarquable dossier du Parisien (Louise Colcombet) : « Anesthésiste de Besançon : révélations sur le mobile présumé du docteur Péchier En plus d’un ‘’ego démesuré’’, les enquêteurs soupçonnent le docteur Péchier d’avoir empoisonné des patients pour se venger de ses confrères. Le mobile est selon eux pluriel. Narcissisme confinant à la mégalomanie ou volonté de régler ses comptes par patients interposés ? (…) ».

Où l’on en revient à cette fascination que peut exercer le « fait divers ». Un sujet traité dans Libération ( Frédérique Roussel) : « Ecrire un fait divers est un défi lancé au réel » – un remarquable entretien avec Frédérique Toudoire-Surlapierre (« Le fait divers et ses fictions » Minuit, 192 pp., 18 €).

« Le fait divers n’existe que par les médias. Si un crime a lieu mais qu’il n’est pas signalé dans le journal, ce n’est pas un fait divers. Donc sa première expression est médiatique ; elle se caractérise souvent par la concision, la surprise, elle est un surgissement de l’extraordinaire dans une vie ordinaire. En revanche, le fait divers littéraire est tout autre puisque l’écrivain développe l’intrigue, il donne aussi des éléments de biographie des protagonistes, il rend compte de la complexité, voire de l’ambivalence des faits. C’est le cas de Truman Capote avec De sang-froid, Philippe Jaenada avec La Serpe, Lola Lafon avec Mercy, Mary, Patty, Emmanuel Carrère avec L’Adversaire à sa façon. »

Quel écrivain, s’emparera, demain, de l’affaire de l’anesthésiste bisontin ?

A demain @jynau