Mort de Philippe Boucher. Journaliste atypique, il marqua l’histoire du Monde de 1970 à 1991

Bonjour

Aucun mouchoir. C’est un bien beau papier que signe, dans Le Monde, notre consœur Pascale Robert-Diard. L’exacte mise en abyme que l’homme méritait. Le papier qu’il eût volontiers corrigé avant la descente au marbre. Philippe Boucher ? Un homme complexe, un homme en avance, un homme que nous eûmes la chance de croiser dans les sombres étages illuminants du 5-7 rue des Italiens. Dans l’ombre éclairante de Jean-Pierre Quélin, autre plume acérée d’un Monde alors puissant, en noir et blanc.  Un Monde tourmenté par Philipe Boucher – et réciproquement. Pascale Robert-Diard :

« Voilà un papier dont on ne redoute pas qu’il soit lu et commenté par Philippe Boucher, soulevant là une approximation, ici une virgule superfétatoire, convoquant Racine, Bossuet ou Stendhal comme témoins et rappelant sur le sujet l’intégralité de la jurisprudence de la Cour de cassation ou du Conseil d’Etat, sans oublier de se citer lui-même.

 « L’ancien journaliste et éditorialiste du Monde est mort à Paris, mardi 3 avril, à l’âge de 76 ans. Après avoir été l’une de ses plumes les plus acérées, Philippe Boucher avait quitté le journal en 1991 pour entrer au Conseil d’Etat. Mais pour tous ceux qui, après lui, ont eu à écrire sur la justice dans ces colonnes, il n’en était jamais parti. Il n’y a qu’une façon de tenir une rubrique, c’est de coucher avec’’ disait celui qui fut l’observateur, ou plus justement dit le contrôleur, de l’institution judiciaire pendant plus de vingt ans. »

On songe, ici, au Dr Claudine Escoffier-Lambiotte.

Robert-Diard : « Après une licence de droit public et un passage par la banque, Philippe Boucher était entré au Monde en 1970. Il avait 31 ans, des cheveux longs – il se flattait d’être le premier à les avoir imposés dans cette rédaction masculine et austère –, une allure de dandy proustien et s’amusait de la gêne que suscitait son homosexualité chez ses confrères. (..) Sous son impulsion, la rubrique justice du journal occupe une place de plus en plus large dans les colonnes. Il y tient aussi le compte méticuleux des suicides en milieu carcéral, se moquant comme d’une guigne du règlement qui, à l’époque, interdisait de les évoquer. »

 Rue des Italiens, siège du Monde, Philippe Boucher est cependant loin (euphémisme) de faire l’unanimité. Robert-Diard,  trente ans plus tard : « On s’inquiète de la fascination de plus en plus grande qu’il exerce sur le directeur, Jacques Fauvet, auquel il fait découvrir dîners mondains et nuits parisiennes et qu’il encourage dans un face-à-face tendu avec le giscardisme finissant. On lui prête même l’ambition, mollement démentie, de lui succéder à la tête du journal ».

Un Monde en noir et blanc qui ose monter en Une un ensemble de cinq papiers non signés, consacrés à l’affaire des diamants de Bokassa révélée par Le Canard enchaîné. Le temps, déjà, commence à passer. Jacques Fauvet doit partir, remplacé par André Laurens, puis André Fontaine. « L’étoile de Boucher décline, écrit Robert-Diard. Il rejoint chaque jour le petit cagibi du deuxième étage qui lui tient désormais lieu de bureau et songe à présenter sa démission, qu’André Fontaine retient en lui proposant une chronique. Chaque semaine, pendant cinq ans, du 29 juin 1985 au 14 juin 1991, Philippe Boucher livre son ‘’ Journal d’un amateur’’. »

Puis l’homme rejoindra le Conseil d’Etat – sur nomination de François Mitterrand. Nous nous croisâmes, il y a peu, gare Montparnasse. Même écharpe, même regard, même curiosité. ‘’Alors, docteur,vous écrivez sur le Slate de Jean-Marie désormais ? Parfait. Continuez ! ‘’»

A demain

 

Grèves d’avril et « ponts de mai » : offrir d’urgence son sang pour ne jamais en manquer

 

Bonjour

Vous êtes lassés des innombrables pépiements médiatiques sur les « privilèges » des cheminots ? Fatigués des stérilités politiques sur le sujet ? Usés des « reportages en direct de la gare Montparnasse » ?  Tournez le bouton, changez de fréquences et d’application. Ecoutez l’Établissement français du sang.

C’est, tout simplement, « un appel national d’urgence ». Il reste moins de quatre semaines pour reconstituer les réserves avant les « ponts – de – mai – au – cours – desquels – la – collecte – de – sang – risque – d’être – fortement- impactée ».

« L’Établissement français du sang (EFS) demande aux citoyens de se mobiliser massivement au cours des quatre prochaines semaines. Il est nécessaire d’augmenter nos réserves en produits sanguins dès à présent pour couvrir dans le temps les besoins des malades. Le mois de mai et ses multiples jours fériés conduisent chaque année à une baisse de fréquentation des sites de prélèvements. »

Cette année, dit encore l’EFS, la situation sera plus difficile en raison d’un calendrier qui favorise les ponts de plus longue durée. C’est le cas en particulier de la deuxième semaine du mois de mai, qui risque ainsi d’être une « semaine blanche » pour la collecte. Pour aborder cette période à haut risque et pouvoir répondre aux besoins des malades, l’EFS vise 100 000 poches en réserve début mai – or le niveau est actuellement de moins de 75 000 poches.

Donneur et camarade citoyen : entre ponts affichés et grèves perlées, entendras-tu cet appel à la véritable solidarité ?

A demain

«Amendes» sur cannabis et autres stupéfiants : le gouvernement des moulins à vent  

Bonjour

Ainsi donc le gouvernement d’Emmanuel Macron a tranché  : mardi 3 avril Nicole Belloubet, ministre de la Justice, a révélé que l’usage de tous les stupéfiants illicites (et en particulier de cannabis) serait prochainement sanctionné d’une « amende forfaitaire délictuelle » d’un montant de 300 euros [plus précisément de 250 à 600 euros]. Une sanction « qui pourra être directement prononcée par un policier ou un gendarme à l’encontre d’un usager majeur à l’issue d’un contrôle d’identité ». Une annonce faite en l’absence d’Agnès Buzyn – la ministre des Solidarités et de la Santé ne semblant pas avoir, ici, voix au chapitre.

Faute de connaître la position de Mme Buzyn quelle est la lecture des professionnels directement concernés ? Premiers témoignages, recueillis via ce blog :

Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction :

 « J’ai suivi ce débat, décourageant et découragé. Sur le plan de la mesure pénale, on n’y voit pas vraiment plus clair…sauf que le gouvernement a validé l’amende, se réservant le droit d’en ajuster l’application. Là c’est à suivre dans le détail : récidive ou pas, etc., etc. Une nouvelle fois, depuis 1970, un ministre de la Justice et un ministre de l’Intérieur nous expliquent que ceux d’avant ont mal fait appliquer la loi… mais que cette fois sera la bonne… Le tout en ajoutant, au cas où, que l’on va quand même garder les mesures qui n’ont pas ‘’marché’’ » : donc ‘’Injonction thérapeutique’’ + ‘’rappel à la loi’’ + ‘’stage stupéfiant ‘’ + ‘’autres alternatives à la sanction’’ + ‘’amende forfaitaire’’ = tournez manège… tournez en rond !

 « Et puis, comme pour se donner bonne conscience, il a été question de prévention : en avant les interventions des Policiers Formateurs Anti-Drogue et leurs homologues gendarmes, dans les écoles, en lien avec le service sanitaire. Je ne suis pas contre l’information sur les risques, si possible intelligemment donnée. Les forces de l’ordre comme les étudiants peuvent y participer, mais réduire la prévention à cela, c’est méconnaitre ‘’les racines du mal’’…

 « Et que dire du reste : les Consultations Jeunes Consommateurs, le travail d’intervention précoce pour aller au devant des jeunes et des familles, la diffusion des actions de réduction des risques au plus proche des jeunes…. Pas un mot, ou si, un seul, pour évoquer un financement indirect, par les fonds retirés des amendes… après avoir payé les tablettes, les balances et autres instruments nécessaires à l’établissement des constats de l’amende.

Je trouve cela méprisant et méprisable, comment être à ce point coupé de ce qui est la réalité des usages aujourd’hui?

Des propos entièrement partagés par le Dr Philippe Arvers, médecin addictologue et tabacologue

Patrick Favrel Consultant RDR, Responsable Communication & Trésorier de Safe

« A problème flou & mal posé, solutions connes et précises… Une procédure d’amende forfaitaire pour un rappel à la loi et un allègement des charges de la police voulue par Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur. Or Nicole Belloubet, ministre de la Justice a annoncé tranquillement à l’Assemblée nationale qu’en aucun cas il n’y aura une réduction des coûts !

 « Dans une société addictogène, la mise à l’amende se voudrait une réponse aux consommations de produits dits illicites – dont les dommages sont sans commune mesure à ceux causés par les produits légaux alcools & tabac. Voulant s’attaquer à une consommation constante du cannabis chez les jeunes, cette mesure reste inapplicable pour les mineurs. Chercher l’erreur…

 « Une mesure de police n’est jamais une réponse de Santé Publique et de prévention, et n’aura aucun effet sur une baisse de la consommation qu’elle n’espère même pas. Bref, une politique des drogues qui se voudrait imposer un hygiénisme social bon teint au nom de la morale. Il est plus facile de faire tourner des moulins à vent sur les consommations illégales que de s’atteler à une politique de santé publique qui fasse baisser la mortalité & les pathologies associées causées par l’alcool et le tabac, produits légaux qui eux rapportent des taxes.

Alors que nombre de pays tant en Europe, qu’outre Atlantique ont pris la mesure de l’échec de la guerre à la drogue et s’orientent vers une dépénalisation, une légalisation et une régulation, la France du haut de sa droiture s’enfonce dans son inefficacité, oubliant même que les Etats-Unis à l’origine de la loi de décembre 1970, ont changé de politique des drogues en connaissance de cause. »

Dr William Lowenstein, interniste et addictologue, président de SOS Addictions

 « Je retiendrai l’espoir que passer de la menace de la prison (une réalité pour 3000 personnes par an) à l’amende puisse faire évoluer les esprits…. Car pour tout le reste c’est tellement tiède, inefficace et si peu intelligent….

« Je garde encore  le souvenir d’un livre écrit par un candidat, intitulé « Révolution »… Sire, ce n’est pas une révolte, mais une résignation. »

A demain

 

Nouveauté dans la lutte contre le cannabis et les stupéfiants : des «amendes» de 250 à 600 euros

Bonjour

Comment faire semblant de résoudre une équation quand on sait qu’elle est sans solution ? Faute de vouloir envisager, officiellement, une dépénalisation de l’usage du cannabis, le gouvernement d’Emmanuel Macron se retrouve dans une situation inextricable, face à un « ce contentieux de masse », pour reprendre les termes de la ministre de la Justice.

Dernier épisode en date : mardi 3 avril Nicole Belloubet, a révélé que le gouvernement souhaitait désormais que l’usage de tous les stupéfiants illicites (et en particulier de cannabis) puisse prochainement être sanctionné d’une « amende forfaitaire délictuelle » d’un montant de 300 euros. « Le projet de loi [sur la réforme de la procédure pénale] que je présenterai dans les mois qui viennent devrait prévoir qu’une amende forfaitaire délictuelle de 300 euros pourra directement être prononcée par un policier ou un gendarme à l’encontre d’un usager majeur à l’issue d’un contrôle d’identité », a-t-elle déclaré.

La ministre de la Justice s’exprimait à l’assemblée nationale lors d’un débat sur le rapport consacré à « l’application d’une procédure d’amende forfaitaire au délit d’usage illicite de stupéfiants ». « Le montant de l’amende forfaitaire minorée serait de 250 euros et celui de l’amende forfaitaire majorée de 600 euros », a encore précisé Mme Belloubet.

Le projet du gouvernement prévoit d’exclure les mineurs du champ de cette amende forfaitaire qui pourra être dressée « y compris en cas de récidive ». On savait que le gouvernement avait choisi la solution de l’ « amende forfaitaire délictuelle » mais le montant envisagé semblait inférieur (entre 150 et 200 euros) à celui aujourd’hui annoncé. « Cette nouvelle procédure ne viendra pas se substituer aux autres types de réponses pénales déjà existantes », mais constituera une voie procédurale « complémentaire », « simplifiée et rapide » a fait valoir  Nicole Belloubet.

Absence d’Agnès Buzyn

Pourquoi ne pas avoir retenu la simple « contravention » pour sanctionner l’usage de stupéfiants illicites ? Nicole Belloubet a estimé que cette option aurait sur « le plan symbolique » envoyé « un message négatif dans l’opinion publique dans la lutte contre l’usage illicite de stupéfiants » et « aurait pu être perçue comme une étape vers la dépénalisation ».

Tous les stupéfiants seront-ils assimilés au cannabis ? C’est un peu plus compliqué que certains pouvaient le penser. Le recours à cette amende « pourra être circonscrit par les directives de politique pénale locale à certains types d’usage en fonction notamment, de la nature du stupéfiant saisi afin d’éviter que les personnes nécessitant vraiment un traitement sanitaire en fassent l’objet », a déclaré la garde des Sceaux.

Il faut ici rappeler que la loi du 31 décembre 1970 de lutte contre la toxicomanie ne sera pas modifiée. Rappeler que l’on recense, en France, 140 000 interpellations chaque année pour consommation de drogues. Rappeler que seules 3 098 peines de prison ont été prononcées en 2015 (dont 1 283 de prison ferme) alors que la loi prévoit jusqu’à un an de prison et 3 750 euros d’amende. Et, une nouvelle fois, observer l’absence, sur ce sujet, de la ministre de la Santé.

A demain

« Avec ses litres de pinard, le soir, c’était le démon incarné » (Marinette Pichon, L’Equipe)

Bonjour

Résilience. Sport au sommet. Homosexualité assumée. Une triple « icône » : Marinette Pichon. Un symbole de notre époque. Marinette parle et c’est dans L’Equipe (Yohann Hautbois). 1 Une raison de plus pour ne pas désespérer de ce quotidien sportif.

Marinette Pichon, 42 ans, fut une joueuse football réputée. En octobre 2012, elle devint la deuxième femme homosexuelle en France à obtenir un congé de paternité pour la naissance de son fils que sa compagne avait porté et mis au monde. Football, homosexualité et alcoolisme. Triple « icône ». Le tout exposé dans un livre stupéfiant : « Ne jamais rien lâcher » (Editions First). Un livre justifiant le sujet de L’Equipe :

« Victime d’un père violent et alcoolique, l’ancienne attaquante des Bleues aurait pu sombrer mais, grâce au football, elle a trouvé la force de rebondir puis de se révéler. Elle témoigne dans un livre qui sort jeudi 4 avril. Dans sa jolie maison, au coeur de l’Essonne, Marinette Pichon a affiché son bonheur, partout : dans le couloir d’entrée, avec des photos de sa grande famille, sur le réfrigérateur où un calendrier réalisé par son fils Gaël côtoie un courrier de son école.

 « Sur le plan de travail de la cuisine, un verre de lait et une brioche avec de la confiture rappelle la douceur de sa vie familiale. Tout ne fut pourtant pas aussi rose durant son enfance. Elle le raconte dans son livre. L’ancienne internationale française (42 ans) n’élude rien : sa réussite aux États-Unis, où elle reste une icône, ses records, son homosexualité, la naissance de son fils par PMA. Ni, donc, son contexte familial extrêmement lourd.

« Victime, avec sa soeur et sa mère, d’un père violent, alcoolique et condamné à dix ans de prison pour viol, la meilleure buteuse de l’équipe de France féminine (81 buts en 112 sélections) s’épanouit aujourd’hui autant au conseil départemental de l’Essonne que comme consultante sur France Télévisions. »

Dans L’Equipe Marinette Pichon parle aussi de son père (mort le 14 janvier dernier). Elle en parle et l’on entend, au choix, Freud ou Zola. « Pour moi c’était un taré, un frustré des sentiments, dit-elle. On cherchait de l’amour, des gestes, un regard. On l’a cherché toute notre vie, jusque sur son lit d’hôpital. » Un père qui avait été condamné à dix ans de réclusion pour une agression sexuelle sur la grand-mère de Marinette.

« J’ai vu ma frangine prendre des raclées à ne plus pouvoir poser ses fesses sur une chaise. Dès que la porte était fermée, avec ses litres de pinard le soir, c’était le diable incarné ».

 Elle dit encore que l’écriture (avec le journaliste de France Télévision Fabien Levêque) « des choses sont remontées ». Elle dit aussi qu’avec sa compagne elle a eu un fils – via une PMA pratiquée en Belgique. » On peu être un parent isolé, handicapé, un couple homme-femme, homme-homme, femme-femme ey donner de l’amour à ses enfants. Il n’y a pas un seul schéma, ‘’un papa, une maman’’ ! Sauf un : un couple qui s’aime et des enfants qui héritent de ce bonheur et de cette affection. »

Une raison de plus, s’il en fallait, pour ne pas désespérer.

A demain

1 On peut lire aussi, sur footofeminin.fr : « Marinette Pichon sort son autobiographie, un récit qui dépasse le football » (Vincent Roussel)

 

Un journaliste «ne reconnaît plus son Eglise» : confession, transparence et religion

Bonjour

Oui, il y a bel et bien une vie après le journalisme imprimé sur papier: c’est  le journalisme sur internet – associé à la rédaction de livres. Ainsi notre confrère Henri Tincq, longtemps spécialiste des questions religieuses au Monde, aujourd’hui sur Slate.fr et auteur de « La Grande Peur des catholiques de France » (Grasset).

« ‘’Je ne reconnais plus mon Église’’. C’est par cette phrase que Henri Tincq, l’un des plus grands spécialistes français du catholicisme, commence cet essai qui fera date dans l’histoire politique et sociale de la religion en France. L’Église de France, qui avait si bien su s’assouplir dans la deuxième moitié du XXe siècle, est devenue tout autre. Elle a peur. Elle vit dans la peur, une peur confortée par une incontestable agressivité anti-religieuse et un légitime sentiment de désarroi.

« Fondé sur une analyse précise et extrêmement bien documentée des nouvelles tendances qui la tirent vers un conservatisme ‘’à droite toute’’, Henri Tincq fait état de chiffres glaçants, de slogans inquiétants, de silences assourdissants. Faisant le lien avec les grands courants du passé, des dérives réactionnaires du XIXe siècle et de l’Action Française au catholicisme social, il constate une dérive «  catho-identitaire  ». L’Église de France se réfugie dans une contre-société réfractaire à toute nouveauté. Le mariage pour tous en a été un déclencheur, l’Islam ne lui est plus qu’épouvante  ; elle est persuadée qu’une ‘’cathophobie’’ existe. Comment enrayer cette spirale qui ne fait que nuire, à l’Eglise, quand on est un chrétien humaniste  ? »

Aujourd’hui il s’exprime dans de qui fut longtemps un creuset de l’athéisme journalistique :  Libération (Bernadette Sauvaget). Est-il un catholique blessé ? Extraits :

« En partie, oui. Je ne reconnais plus l’Eglise de ma jeunesse, le catholicisme dans lequel j’ai été éduqué, où j’ai milité lorsque j’étais jeune et sur lequel j’ai beaucoup écrit au début de ma carrière de journaliste. C’était un catholicisme social, ouvert, généreux, missionnaire, œcuménique, cherchant le dialogue avec les autres religions et le monde athée. La montée des forces de droite, voire d’extrême droite, au sein du catholicisme français est une cruelle déception. Elle se traduit par des réflexes identitaires, néoconservateurs qui défigurent l’histoire et l’héritage de l’Eglise dans notre pays. »

Tranchées médiatiques

Plus ils avancent en âge et moins les journalistes font l’économie de leurs souvenirs professionnels. Notre confère catholique n’échappe pas à cette règle universelle :

« En 1988, j’avais assisté, comme journaliste du Monde, à Ecône, en Suisse, aux ordinations illégales d’évêques par Mgr Lefebvre, le chef de file des intégristes catholiques. Avec beaucoup d’autres observateurs, je me disais que ce petit mouvement opposé à toute évolution de l’Eglise et au concile Vatican II allait finir comme une petite secte.

« Cela ne s’est pas du tout passé de cette manière-là. Et c’est une surprise pour moi. Ce petit monde intégriste a fait mieux que résister. Il a continué de prospérer. Les ‘’lefebvristes’’ disposent de 600 prêtres à travers le monde, dont la grande majorité en France. Actuellement, ils comptent plus de 200 séminaristes. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec celui des 650 séminaristes seulement en formation actuellement dans les diocèses classiques en France. L’Eglise perd beaucoup de prêtres. Mais les traditionalistes et les communautés catholiques, dites «nouvelles» qui sont proches d’eux, disposent de troupes jeunes et déterminées. »

Pour Henri Tincq l’un des marqueurs du nouvel « intransigeantisme » catholique « néoconservateur» réside dans l’opposition aux actuels projets politiques d’extension de la procréation médicalement assistée et de la gestation pour autrui. Suite et fin de la confession imprimée dans le quotidien de Jean-Paul Sartre :

 « Les ‘’cathos de gauche’’ continuent d’être actifs dans la vie des paroisses et des associations, de plus en plus engagés dans des formes militantes très concrètes : la réinsertion des chômeurs, l’accueil des réfugiés, le soutien au logement social, la lutte contre les précarités. C’est un engagement discret mais proche de la réalité des souffrances, au service d’une transformation concrète de la société. Ce sont des formes d’action très estimables, qui n’ont plus rien à voir avec l’activisme et le triomphalisme de l’Eglise d’autrefois et qui, pour moi personnellement, me conviennent et me rassurent. »

Où l’on voit, une nouvelle fois, que n’est plus beau que la vérité sinon confession joliment racontée.

A demain

 

 

Aluminium et journalisme : mieux saisir l’irrationnel des oppositions anti-vaccinales

 

Bonjour

Si possible, lire « Le gourou des antivaccins ». Deux pages assez remarquables, médicaels et politiques, consacrées au plus que controversé Pr Romain Gherardi, sa vie son œuvre, ses infinies ambiguïtés. Deux pages traitant, clairement, de la myofasciite à macrophages. Deux pleines pages du Journal du Dimanche signées Anne-Laure Barret.

A demain