Cigarette électronique : la leçon anti-tabac faite à la France par la Nouvelle Zélande

 

Bonjour

On verra ici l’homologue ministérielle néo-zélandaise de Marisol Touraine annoncer ce qui, en France, demeure de l’ordre de l’impensable : « E-cigarettes will be legalised: Government ». C’est fait : la Nouvelle Zélande a décidé d’user du levier du vapotage pour abaisser le taux de tabagisme, réduire ses méfaits et sauver des vies. Nicky Wagner, ministre-adjoint à la Santé vient d’annoncer la prochaine légalisation de la vente de liquide nicotiné de vapotage. « Aussi vite que possible » et au plus tard l’an prochain assure-t-elle. L’information est relayée dans notre hémisphère par Philippe Poirson sur le site Vapolitique.

« Jusque-là les liquides avec nicotine étaient interdits de vente, engendrant du marché noir et des rechutes dans le tabagisme de vapoteurs privés de liquide nicotiné, explique-t-il. Il y a un consensus général sur le fait que vapoter est beaucoup moins nocif que fumer. L’homologue de Marisol Touraine:

« Je suggère à toutes les personnes ici qui fument de passer au vapotage. J’ai essayé de me mettre à la e-cigarette, ce n’est pas trop mon truc, mais pour tout vous dire je ne fume pas non plus. Je propose pourtant que tous les fumeurs essayent la e-cigarette.  S’il est difficile d’obtenir des résultats définitifs dans le monde, nous pensons que la vape est au minimum 95% moins nocive que le tabagisme. »

Démocratie

Cette annonce, ajoute Philippe Poirson, surgit après une consultation publique close en septembre dernier. « Les preuves que l’usage du vapotage peut réduire considérablement le poids des maladies causées par le tabagisme sont de plus en plus nombreuses », conclut le ministère de la Santé. Le Gouvernement prend cette décision alors que plus d’un demi-million de néo-zélandais fument, et que 5 000 meurent prématurément chaque année. L’objectif est de ramener de 15% actuellement à moins de 5% d’ici 2025 le taux de tabagisme. A mille coudées du Programme national français de réduction du tabagisme qui, à cette date, vise les 20%.

C’est dans un but de santé publique et d’équité sociale que le gouvernement néo-zélandais va légaliser les ventes de liquides avec nicotine en tant que produits de consommation. « Cela garantit aux fumeurs d’avoir accès à une alternative à plus faible risque, un outil de réduction des méfaits. Mais nous continuerons à dissuader les non-fumeurs de commencer de fumer ou de vapoter », précise Nicky Wagner. La publicité devrait être encadrée afin de ne pas attirer les non-fumeurs. Les produits devront être homologués, mais le Gouvernement assure « vouloir tenir au plus bas les coûts pour les entreprises ». Standards de produits de consommation, composition des liquides, bouchon de sécurité et avertissement sanitaire seront exigés. Un véritable politique de santé publique et de réduction des risques, en somme.

Cela se passe en Nouvelle-Zélande. Soit très précisément aux antipodes de la France du tabac, des celle des buralistes et du refus obstiné du politique de comprendre quel levier pourrait être la cigarette électronique.

A demain

«La Cigarette du Buraliste» : une profession satisfaite , Marisol Touraine garde le silence

 

Bonjour

Eventée à dessein dans la nuit l’affaire s’est confirmée dans la journée : le gouvernement français a donné sa bénédiction à une nouvelle marque de cigarettes qui ne sera vendue qu’en France par les buralistes français. Elle s’appellera « La Cigarette du Buraliste ». LCB. Slogan trouvé: « Demandez LCB, la cigarette du vrai fumeur français ! »

Le site des marchands de tabac vient de donner des détails sur l’objet. « Il s’agit d’une initiative forte en réponse au fatalisme qui prédomine par rapport au niveau scandaleux de marché parallèle du tabac que nous connaissons en France, martèlent les patrons de la Confédération. Avec le conseil d’administration, réuni en décembre dernier, nous avions pris à l’unanimité la décision de mettre à disposition du réseau des buralistes un produit destiné exclusivement au marché français. Celui-ci ne sera pas vendu en Andorre, ni aux frontières, ni sur Internet, ni ailleurs. »

Chaque buralistes commandera, ou pas, des cartouches de LCB. « Mais au moins nous avons pris nos responsabilités à travers cette démarche qui frappe tous les esprits, affirment les patrons. Aux pouvoirs publics, maintenant, d’en faire autant en prenant des décisions effectives contre ce marché parallèle qui gangrène nos activités ». Où l’on voit émerger un discours nouveau, les responsables de la Confédération des buralistes traitant d’égal à égal avec les pouvoirs publics.

Goût américain

Il n’est pas inintéressant de voir, ici, les limites étroites du nationalisme. Ainsi les patrons de la Confédération ont-ils traité, ici, directement avec Aziz Tayabi, directeur de la filiale française de la firme allemande Poeschl Tobacco, cinquième acteur du tabac, en volume, sur le marché français. En pratique la Confédération des buralistes est propriétaire de la marque LCB ; le fabricant est KTI (Kings Tobacco International), basé à Plovdiv en Bulgarie où il dispose « d’une usine très moderne » ; Poeschl Tobacco France en assure la promotion dans le réseau, les LCB étant, comme les autres cigarettes, livrées par Logista.

LCB ? Deux versions, rouge et bleu, goût américain. Le mélange comprendra notamment du tabac venant de France. On en sait pas dans quelles proportions. « Le produit apparaît sur la liste actuelle d’homologation des prix, au tarif de 6,60 euros » assure le site des buralistes ce qui laisse clairement entendre que les deux ministères concernés (Budget et Santé) étaient parfaitement informés de l’opération. LCB sera, enfin, lancé « d’ici la fin de l’année ».

Tombent les masques

Pour sa part le Comité national contre le tabagisme (CNCT), dénonce avec force cette initiative :

 « La Confédération des buralistes, qui se taguait d’être avec ses membres un acteur de santé publique, décide de produire directement avec un fabricant bulgare sa propre marque, c’est-à-dire au-delà de la vente contrôlée du produit, de concevoir un produit qui rend les gens gravement dépendants, les rend malades et tue la moitié de ses consommateurs. De surcroît, l’objectif avec un prix annoncé aussi bas est clairement de cibler les jeunes et les populations les plus démunies. Cette annonce révèle que la Confédération n’est pas uniquement porte-voix de l’industrie du tabac, elle est actrice à part entière de l’industrie du tabac. »

Pour le CNCT, les choses sont claires : les masques tombent et l’on voit que les marchands de tabac sont aussi des fabricants. Il est aussi des masques qui ne tombent pas. Ainsi les responsables du Programme national de réduction du tabagisme, Marisol Touraine au premier chef, qui ne commentent en rien cette initiative et son historique intra-gouvernemental. Pourquoi la transparence, tant vantée par ailleurs dans le champ sanitaire, n’est-elle pas, ici, respectée ?

A demain

Cerveau connecté : un malade tétraplégique peut mobiliser son bras par la pensée .

Bonjour

Pour les spécialistes, tout vient d’être expliqué dans The Lancet : « Restoration of reaching and grasping movements through brain-controlled muscle stimulation in a person with tetraplegia: a proof-of-concept demonstration ». « A notre connaissance, c’est le premier exemple au monde d’une personne atteinte d’une paralysie totale » utilisant directement la pensée pour déplacer le bras et la main et effectuer des « mouvements fonctionnels », a déclaré là l’AFP  le Dr Bolu Ajiboye (Department of Biomedical Engineering, Case Western Reserve University, Cleveland), premier signataire de cette publication spectaculaire.

Où l’on découvre le cas de Bill Kochevar, 56 ans, victime il y a dix ans d’une lésion médullaire traumatique au niveau de la 4e cervicale, aujourd’hui tétraplégique. « Il a deux boîtiers sur la tête et 192 micro-électrodes implantées chirurgicalement dans son cerveau, qui enregistrent les signaux que sa matière grise envoie lorsqu’il imagine bouger le bras et la main, explique l’AFP.  Avec ce dispositif expérimental, ses muscles reçoivent des instructions par le biais de 36 électrodes implantées dans son bras et son avant-bras. Il peut ainsi l’utiliser pour boire une gorgée de café, se gratter le nez et manger de la purée de pommes de terre. »

Implanté fin 2014 M. Kochevar est en outre équipé d’un bras mobile de support, également sous le contrôle de son cerveau, qui l’aide à surmonter la gravité qui l’empêcherait de lever le bras pour que sa main puisse saisir la fourchette et la tasse.

Cette première vient, après d’autres résultats spectaculaires, témoigner des avancées que permettent (et laissent espérer) les recherches aux croisements des neurosciences, de l’informatique et de la robotique. Nous sommes ici sur les premières frontières des interfaces « cerveau-ordinateur ». A l’approche du « commander par la pensée ».

L’esprit et le geste

S’enthousiasmer ? C’est bel et bien la première fois qu’une personne exécute des mouvements fonctionnels, multi-articulations (main, coude, épaule) avec un membre paralysé grâce à une neuroprothèse motrice, souligne le Pr Steve I Perlmutter (Department of physiology and biophysics and Washington National Primate Research Center, University of Washington) dans un commentaire accompagnant l’article du Lancet (« Reaching again: a glimpse of the future with neuroprosthetics »). Pour autant il ajoute que cette thérapeutique n’est pas prête à être utilisée hors des laboratoires spécialisés.

Les mouvements du patient ont encore lents et approximatifs, précise le commentateur, notant les nombreux obstacles qui devront être surmontés, notamment dans la miniaturisation des dispositifs. De fait, le Dr Ajiboye reconnaît que le système actuel a besoin d’améliorations pour fonctionner au quotidien, qu’il s’agisse de la durée de vie et de la puissance des implants cérébraux ou de la possibilité de disposer d’un système « complètement implantable » sans fils, ni boîtiers extérieurs.

Reste que l’impensable est en vue, que la voie est ouverte d’une connexion reconstruite entre l’esprit est le geste.

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Véridique : le gouvernement français donne sa bénédiction à «La Cigarette du Buraliste»

 

Bonjour

Le secret est enfin éventé. Tout vient d’être opportunément révélé par Le Figaro (Ivan Letessier) « Les buralistes lancent leurs propres cigarettes »  ainsi que sur RTL (Martial You). Où l’on découvre que derrière l’affichage officiel d’un « Programme de réduction du tabagisme » le gouvernement français ne veut mener aucune véritable politique pour contrer la dynamique d’un marché qui se joue de la santé publique. Et l’on franchit ici, au-delà de l’incurie, les frontières de l’absurdité.

Les faits. Lors d’un séminaire exceptionnel réunissant, aujourd’hui 29 mars, tous les présidents de chambres syndicales départementales de buralistes va être annoncé le lancement de « La Cigarette du Buraliste » : « la seule cigarette que l’on ne retrouvera que sur le marché français ». « Nous avons la garantie que cette cigarette ne sera commercialisée qu’en France, dans le réseau des buralistes, et pas dans les pays voisins aux frontières ni sur Internet, expliquera le président de la Confédération à ses confrères marchands de tabac. C’est un signe fort envoyé à ceux qui nous expliquent que l’on ne peut rien faire contre le marché parallèle. Nous n’avons pas l’intention de nous résigner devant ce que certains semblent considérer comme une fatalité ».

Allemagne et Bulgarie

La cigarette LCB sera produite en Bulgarie mais, dit-on, « en partie avec du tabac français ». « Le 1er février, la ministre de la Santé et le secrétaire d’État au Budget ont homologué quatre références de la marque LCB, qui sera commercialisée dans les prochaines semaines, révèle Le Figaro. ‘’La Cigarette du Buraliste’’ est une marque de distributeur (MDD) sur le modèle des groupes de distribution agroalimentaire qui développent des gammes au nom de leur enseigne (Carrefour, Casino, Monoprix Gourmet, U) et labels exclusifs (Marque Repère chez Leclerc, Reflets de France chez Carrefour, Jean Rozé chez Intermarché…). »

 

Le patriotisme a ses limites : les buralistes, nous dit Le Figaro, se sont associés à la filiale française de l’allemand Poeschl, cinquième acteur du tabac sur le marché français en volume, avec 4,9 millions d’euros chiffre d’affaires en 2015. Poeschl, qui exploitera LCB sous contrat de licence avec la Confédération des buralistes, est surtout connu pour sa marque « Corset », que Marisol Touraine a décidé de faire interdire à compter de janvier 2018. Et pour produire la LCB, Poeschl est associé à KT International, héritier du monopole bulgare du tabac.

Que penser d’une situation qui verra les buralistes, détenteur du monopole de la distribution de cigarettes, commercialiser leur propre marque ? Quel impact sur la santé publique ?  Interrogé par Le Figaro sur la dimension paradoxale de cette initiative, le cabinet de Christian Eckert, ministre du Budget a renvoyé sur celui de Marisol Touraine, qui a renvoyé sur celui de Christian Eckert… Les deux ministres garderont le silence. On ne saurait mieux dire l’incohérence. On ne saurait mieux dire l’incurie.

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La suite de l’affaire du médecin anesthésiste et des empoisonnements de Besançon

 

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Rien de tel qu’un beau reportage pour tenter d’approcher la vérité. Pour Le Monde notre consœur Ariane Chemin a fait le voyage de Besançon et livre les derniers éléments d’une affaire étrangement encore assez peu couverte par les gazettes : « L’anesthésiste de Besançon au cœur d’une affaire d’empoisonnement avec préméditation ».

Tout avait commencé début mars avec la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans placé sous contrôle judiciaire – avec interdiction d’exercer sa profession. Il était soupçonné d’avoir empoisonné avec préméditation sept patients dont deux mortellement. Le parquet dénonçait des actes « volontaires ». Le médecin niait catégoriquement tandis que la vice-procureure Christine de Curraize affirmait lors d’une conférence de presse que ces empoisonnements « n’étaient pas un accident ».

 L’affaire se compliqua bien vite et l’on évoqua la notion de « frisson de la réanimation ». « Frédéric P., 45 ans » est devenu de Dr Frédéric Péchier et l’on parle de la clinique Saint-Vincent de Besançon. « Grand, sportif, barbe de trois jours, ce médecin de 45 ans, charmeur et sûr de lui, a de quoi rassurer les deux mille patients qu’il endort chaque année dans cet établissement privé de 250 lits, qui se plaçait l’an dernier en douzième place au tableau d’honneur des 50 meilleurs hôpitaux et cliniques du Point, rapporte Ariane Chemin. Preuve d’une certaine reconnaissance, ou de son autorité : on a confié à cet homme disponible le « planning » des dix anesthésistes de l’établissement. »

L’affaire de Poitiers

Six ans d’études à la fac de Poitiers, l’internat puis un poste de chef de clinique au CHU de Besançon, l’anesthésiste n’a plus quitté Saint-Vincent depuis 2005 – hormis une parenthèse de six mois à la Polyclinique de Franche-Comté. Puis, come on le sait, deux accidents cardiaques inexpliqués en début d’année. Alerté par la direction de la clinique, le parquet de Besançon commande en urgence, le 14 février, une enquête à l’Agence régionale de santé (ARS). Et Le Monde a « pris connaissance » de ce document qui conclut à « des actes intentionnels » pour ces deux accidents. Et note aussi la présence « remarquable » du médecin dans quatre cas recensés depuis 2008 à la clinique Saint-Vincent (dont deux mortels), mais aussi dans trois cas à la Polyclinique, où il n’a pourtant exercé qu’entre le 1er janvier et le 22 juin 2009.

« On m’accuse de crimes odieux que je n’ai pas commis », s’est défendu le médecin dans L’Est républicain. « Une moitié des anesthésistes de l’établissement a trouvé son coupable, tandis que l’autre défend Péchier et cherche un autre responsable, ressuscitant des jalousies feutrées de cette bourgeoisie médicale qui aime réveillonner ensemble, plongeant cette ville de douves, de créneaux et de remparts dans une ambiance toute chabrolienne » rapporte Le Monde. L’avocat du médecin, Me Randall Schwerdorffer parle d’une « affaire hors normes, sans équivalent, pas même l’histoire de Poitiers ». Il évoque ici la célèbre « affaire Mériel » que nous couvrîmes pour Le Monde à compter de 1984.

On lira avec le plus vif intérêt le reportage d’Ariane Chemin, sa volonté de comprendre en contextualisant, la complexité du milieu socioprofessionnel et celle l’enquête, la compétence reconnue du médecin et les soupçons qui émaille son parcours.  « Nous examinons une quarantaine d’autres événements indésirables graves, dont une vingtaine mortels », explique la vice-procureure de la République de Besançon. Et la procureure, Edwige Roux-Morizot, évoque des cas « échelonnés sur une période de dix-sept ans ». Qui établira la vérité ?

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Faut-il laisser les détenus toxicomanes s’injecter des drogues avec le tube d’un stylo ?

 

Bonjour

C’est la question qui ne peut être posée dans l’espace politique. Nous sommes ici, en 2017 à l’extrême lisière de la réduction des risques. Un groupe d’associations militantes (usagers, professionnels de l’addictologie et de la santé en milieu pénitentiaire) vient de publier un texte dont on doute qu’il puisse être largement repris par les gazettes. Les signataires y déplorent l’inertie des pouvoirs publics pour appliquer une politique de « prévention des risques en milieu carcéral ».

C’est là un vieux dossier de santé publique que l’on pourrait faire remonter aux malheureuses décisions de l’administration pénitentiaire du début des années 1980 et l’émergence du VIH. Mais c’est aussi un dossier que ces associations avaient eu l’espoir de voir aboutir suite à l’adoption de la « Loi de modernisation du système de santé ». La loi fut votée. Marisol Touraine s’en félicita. Mais aujourd’hui les arbitrages rendus par le ministère de la justice et par Premier ministre font que l’espoir de ces associations s’est envolé. Le dossier est enterré et personne au sein du gouvernement ne se souvient plus du sujet.

« Sommes-nous naïfs. Une fois de plus, la direction de l’administration pénitentiaire, bien soutenue par son ministère de tutelle, a accompli son récurrent ouvrage : saboter le processus aboutissant à la mise en place de programmes de seringues en prison. Les arbitrages réduisent le travail interministériel et les nombreuses années de concertation basées sur les études scientifiques, à une seule logique sécuritaire. »

Michèle Barzach

Ces associations 1, ces professionnels, rappellent que personne n’ose plus affirmer, en France, qu’il n’y a pas de drogues en prison. Des toxicomanes, des « usagers de drogues » sont incarcérés. Et après ?

« Dans la réalité, que se passe-t-il ? Les personnes se procurent une seringue (et/ou une aiguille) par différents circuits, sinon un stylo sera détourné de son usage pour servir de corps et une aiguille y sera « adaptée ». Les personnes ne souhaitant pas être identifiées comme des usagers de drogues, les points d’injection ne doivent pas être visibles, ils sont donc cachés. Cela entraîne des injections avec des risques élevés car elles sont réalisées en dessous de la ceinture (jambe, pied, artère fémorale…). Les dommages sont terribles et l’administration pénitentiaire ferme les yeux. »

L’administration pénitentiaire sait ce qui se passe entre ses murs. Mais elle ne le voit officiellement pas. Elle ne veut pas organiser en milieu carcéral ce qui commença à être organiser avec les échanges de seringues en 1987 grâce à Michèle Barzach sous un gouvernement de droite 1. Et ce alors que, selon les associations, « l’évaluation de tous d’échanges de seringues en prison au niveau européen montre non seulement une absence d’incidents mais également une amélioration de la situation sanitaire des détenus injecteurs ».

« Malgré tous les principes d’équivalence de soins inscrits dans de nos nombreux textes nationaux et internationaux, la cohérence des politiques de réduction des risques et de drogues s’arrêtera aux portes de la prison, avec tous les risques pour les populations concernées. Le dernier décret de la Loi de modernisation du système de santé ne verra jamais le jour et nous sommes en colère. »

A demain

1 AIDES, APSEP, ASPMP, ASUD et CHV, Fédération Addiction, OIP, Sidaction, SOS Hépatites, TRT5

2 « Sida et toxicomanie: les bénéfices massifs de la politique de réduction des risques en trois graphiques » Slate.fr 12 avril 2014

 

Pourquoi le candidat Dupont-Aignan soutient-il le Pr Henri Joyeux, opposé aux vaccins ?

 

Bonjour

Nicolas Dupont-Aignan le candidat révèle Dupont-Aignan Nicolas le citoyen. Nous l’avons vu tenter de séduire les buralistes au mépris de la santé publique. Le voici affichant ses convictions anti-vaccinales. C’était ce matin sur France Inter (à partir de 6’30’’). C’est en détail sur le blog du président de Debout la France : « Non à la vaccination forcée de nos enfants avec l’hexavalent ! ».

Celui qui se réclame du gaullisme et du souverainisme (et qui parle sans cette cesse haut et fort) prenait prétexte de la récente décision du Conseil d’Etat imposant au gouvernement de reprendre la commercialisation du vaccin DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) qui n’est aujourd’hui pratiquement plus disponible. Ecoutons le candidat dénoncer un « scandale »:

« Ce vaccin était sûr, son emploi fondé, son retrait est un scandale que peu de Français soupçonnent. En juin 2008, le vaccin DTP a été retiré du marché, remplacé dans un premier temps par un autre vaccin puis par un super-vaccin (contenant 4 à 5 vaccins) auquel a succédé le vaccin hexavalent. L’arrêt de la fabrication du vaccin obligatoire DT-Polio au profit de l’hexavalent a rendu systématique l’injection aux nourrissons de trois vaccins non obligatoires (coqueluche / haemophilus influenzae type b / hépatite B) qui peuvent présenter des risques pour la santé. Il faut mettre fin à cette vaccination forcée. Celle-ci profite, avant tout, à l’industrie pharmaceutique qui comme par hasard en a profité pour augmenter les prix de 7€ à 40€ ! »

 Il ajoute avoir rencontré il y a peu « le Pr Joyeux et son épouse Christine » dont le combat est, selon lui, « exemplaire ». Il se dit même « fier d’être le premier candidat à l’élection présidentielle à avoir signé la pétition que le Pr Joyeux a lancée contre la vaccination obligatoire avec le vaccin hexavalent et la mise sur le marché du vaccin obligatoire DT-P pour tous les Français – pétition déjà signée par plus d’un million de personnes. » On verra ici ce qu’il en est de cette pétition.

Le silence de Marisol Touraine

Les parents qui partagent les opinions du Pr Joyeux, explique le candidat, sont en effet aujourd’hui soumis à un « dilemme risqué » : « soit laisser leur enfant sans couverture vaccinale et s’exposer aux poursuites pénales ainsi qu’à des menaces d’exclusion des crèches, écoles, et autres services publics ; soit vacciner leur enfant avec le vaccin hexavalent ». Or Nicolas Dupont-Aignan estime que « les Français doivent savoir que vacciner les enfants contre six maladies graves d’un coup est en soi un geste médical risqué ». Il ne leur dit pas précisément en quoi mais on le retrouve ici en phase avec Donald Trump.

Vient ensuite, sans surprise, la question de la présence d’aluminium dans les vaccins et la demande récurrente de faire « toute la lumière sur cette question essentielle » sur la base des travaux mené par une (seule) équipe française, celle de Romain Gherardi (hôpital Henri-Mondor) concernant la myofasciite à macrophages.

Sur France Inter le candidat a repris tout cela, défendu avec fougue le Pr Henri Joyeux, dénoncé l’avidité d’argent (l’esprit de lucre) de l’industrie pharmaceutique agissant avec la complicité du ministère de la Santé. Marisol Touraine répondra-t-elle à Nicolas Dupont-Aignan 1 ? Elle n’a jamais voulu, jusqu’ici, démontrer publiquement, de manière dépassionnée et rationnelle, les failles des arguments du Pr Henri Joyeux. Le moment semble, enfin, venu de faire œuvre ici de pédagogie sanitaire et politique.

A demain

1 « Vacciner ou s’abstenir ? Marisol Touraine se doit de prendre ses responsabilités avant de partir » Journalisme et santé publique, 11 février 2017. Sur ce thème, on peut lire notre chronique « Les anti-vaccins viennent de remporter une victoire en France » Slate.fr 10 février 2017