Les  Gilets Jaunes hospitalisés vont-ils porter plainte pour violation du secret professionnel ?

Bonjour

C’est une affaire sans précédent qui, via Libération, Mediapart et Le Canard enchaîné ne cesse de prospérer. Avec, aujourd’hui deux prolongements importants.

Tout d’abord l’entrée en scène du Conseil national de l’Ordre des médecins . Il dit avoir été alerté par des Conseils départementaux de l’Ordre et par des médecins – notamment des responsables de départements d’information médicale ou de services d’urgence. Tous inquiets de l’utilisation faite du système d’identification unique des victimes SI-VIC dans le cadre du mouvement social des Gilets Jaunes.

« Partageant les interrogations de ces médecins au regard du secret médical, le CNOM a saisi dès le 15 avril la Direction générale de la santé (DGS). Rappelant que la finalité de SI-VIC est le dénombrement, l’aide à l’identification et le suivi des victimes dans une situation sanitaire exceptionnelle, l’Ordre a demandé à la DGS de lui apporter toutes précisions utiles au sujet de son déploiement dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes.  Dans le même temps, l’Ordre a saisi la CNIL, afin de recueillir son avis sur l’extension du système SI-VIC, qu’elle avait autorisé pour faire face à des situations sanitaires exceptionnelles, dans un contexte qui paraît être bien différent. »

Hauts fonctionnaires hospitaliers visés

Ensuite la première action en justice dans ce cadre : un Gilet Jaune  blessé le 9 février devait, ce vendredi 19 avril, porter une plainte contre X, soupçonnant un possible fichage «illicite» par l’hôpital parisien l’ayant opéré, a annoncé son avocat à l’AFP. Ce jour-là, à proximité de l’Assemblée nationale, ce manifestant âgé de 30 ans, Sébastien Maillet, avait eu la main arrachée par une grenade GLI-F4 qui avait explosé. Il avait ensuite été opéré à l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

Cette plainte contre X dont l’AFP a eu connaissance, vise les infractions de «collecte illicite de données à caractère personnel» et de «violation du secret professionnel». Le jeune homme estime que le fichier Si-VICa été détourné de sa finalité, avec «pour objectif de créer une liste de personnes militantes». Il fait valoir que son nom a «très certainement» été enregistré dans ce fichier sans son accord et que les médecins ont donc potentiellement violé «le secret professionnel» en dévoilant le nom d’un de leurs patients, militant de la cause des «gilets jaunes».

«Certains événements politiques comme le mouvement des Gilets Jaunes révèlent que des administrateurs, des hauts fonctionnaires, peuvent se comporter comme des voyous en violant la loi et en faisant du fichage discriminatoire à raison de l’appartenance politique, et plus odieux encore, au sein même des hôpitaux publics sur des blessés dont certains gravement mutilés», a commenté auprès de l’AFP Me Arié Alimi, son avocat.

Ces administrateurs, ces hauts fonctionnaires œuvrant au sein des hôpitaux publics se reconnaîtront-ils ? Engageront-ils une action pour diffamation ?

A demain

@jynau

Rebondissement dans l’affaire des Gilets Jaunes blessés et fichés, le samedi, aux urgences

Bonjour

Que répondront, demain, Agnès Buzyn et Martin Hirsch ? Jusqu’ici la ministre des Solidarités et de la Santé a nié les faits. Quant au Directeur général de l’AP-HP il ne voit pas où est, ici la nouveauté : « Gilets Jaunes : aux urgences de l’AP-HP, les blessés sont-ils oui ou non secrètement fichés ? »

Le Canard enchaîné, Médiapart et Libération avaient réuni une série de données laissant penser que oui. Avec notemment une note de la Direction générale de l’AP-HP datée du samedi 16 mars et signée de l’administrateur de garde comportant cette mention ainsi libellée : « Attention : il est indispensable de saisir les identités dans victimes en temps rééel dans SI-VIC ». A l’heure actuelle (17h15) elles ne sont pas toutes saisies. Merci d’avance ». Copie de cette note, par mail, avait été adressée à Anne Rubinstein, directrice de cabinet de Martin Hirsch et à Arnaud Poupard, son « conseiller pour la sécurité ».

Le Dr Gérald Kierzek expliquait avoir été témoin de ces consignes le samedi 13 avril à l’hôpital Hôtel-Dieu de Paris : «J’étais de garde pour la première fois un samedi. J’ai entendu un coup de fil, où la cadre de santé, c’est-à-dire l’infirmière en chef, disait ‘’comme d’habitude, vous appelez l’administrateur de garde quand c’est un gilet jaune’’.»

Particulière gravité

Rebondissement aujourd’hui avec un communiqué inattendu du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Utilisation de SI-VIC dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes ». Un communiqué qui élargit notablement le sujet, lui confère une nouvelle importance ainsi qu’une particulière gravité :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a été alerté par des Conseils départementaux de l’Ordre et par des médecins, notamment responsables de départements d’information médicale ou de services d’urgence, de l’utilisation faite du système d’identification unique des victimes SI-VIC dans le cadre du mouvement social des gilets jaunes.

« Partageant les interrogations de ces médecins au regard du secret médical, le CNOM a saisi dès le 15 avril la Direction générale de la santé. Rappelant que la finalité de SI-VIC est le dénombrement, l’aide à l’identification et le suivi des victimes dans une situation sanitaire exceptionnelle, l’Ordre a demandé à la DGS de lui apporter toutes précisions utiles au sujet de son déploiement dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes.

 Dans le même temps, l’Ordre a saisi la CNIL, afin de recueillir son avis sur l’extension du système SI-VIC, qu’elle avait autorisé pour faire face à des situations sanitaires exceptionnelles, dans un contexte qui paraît être bien différent. »

 On attend avec le plus vif intérêt les réponses circonstanciées, sinon d’Agnès Buzyn, du moins de son Directeur Général de la Santé.

A demain

@jynau

 

Mais qui a décidé de faire une telle publicité pour inciter le citoyen à se faire vacciner ?  

Bonjour

Couvercle sur les vertus du colloque singulier. Et place à la publicité financée par nos deniers ! Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, vient de donner le coup d’envoi national de la 14ème  Semaine Européenne de la Vaccination (SEV) – du 24 au 30 avril. C’est là une vaste opération onusienne centralisée. Elle vise à rappeler à la population l’importance de se faire vacciner – et de mettre à jour ses vaccinations. Message officiel :

« Dans la continuité des actions en faveur des vaccinations, le ministère des Solidarités de la Santé et Santé publique France lancent pour la première fois en France une grande campagne de promotion de la vaccination. Sur un ton positif et mobilisateur, le thème ‘’La meilleure protection c’est la vaccination’’ rappelle qu’il s’agit du moyen de prévention le plus efficace et le plus sûr contre de nombreuses maladies infectieuses potentiellement graves telles que les méningites, la rougeole, la coqueluche ou encore le tétanos.

«La campagne a pour objectif de réaffirmer les bénéfices de la vaccination en vue de renforcer la confiance. Elle s’adresse à toute la population, en particulier aux parents de jeunes enfants. Elle sera diffusée à la télévision du 21 avril au 11 mai et visible sur le web, les réseaux sociaux et dans la presse. »

 Où l’on comprend que seule une telle publicité, « positive et mobilisatrice », permet de « renforcer la confiance » dans les vertus collectives de l’immunisation. Et cette publicité serait, nous dit-on « une première en France ». Qui l’a commandée , imaginée, élaborée ? Combien a-t-elle coûté ? Le citoyen l’ignore. Quel impact aura-t-elle sur ceux et celles qui, assez nombreux dans la population générale, doutent de l’efficacité et de l’innocuité vaccinales ? Une réflexion est-elle en cours sur ce thème ? Nul, dans la population, ne sait.

« Adhésions aux perceptions positives »

 Faute de disposer de ces données le citoyen méditera celles que vient de lui révéler l’exécutif sanitaire : « les premiers résultats encourageants de la mise en œuvre des 11 vaccinations obligatoires du petit enfant ». Pitch officiel : « La couverture vaccinale des nouveau-nés progresse, de même que les perceptions positives de leurs parents sur la vaccination »:

« Santé publique France a comparé les couvertures vaccinales à 7 mois des nourrissons nés entre janvier et mai 2018, avec celles des nourrissons nés entre janvier et mai 2017, pour les vaccinations contre la coqueluche, l’haemophilus influenzae de type b, l’hépatite B, le pneumocoque et le méningocoque C. La couverture vaccinale contre ces maladies infectieuses a connu une nette amélioration avec : +36,4 points de couverture vaccinale de la 1ère dose du vaccin contre le méningocoque C ; +5,5 points pour l’utilisation du vaccin hexavalent (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, hépatite B et infections à haemophilus influenzae de type b);  +1,4 point de couverture vaccinale de la 1ère dose du vaccin contre le pneumocoque. »

Mieux encore : les couvertures vaccinales « s’améliorent également chez les enfants non soumis à l’obligation » : celle de la première dose du vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) chez les enfants ayant eu 12 mois en 2018 est de 87,2% (elle était de 85,0% chez ceux ayant eu 12 mois en 2017) ; de la première dose du vaccin HPV (recommandé) chez les jeunes filles de 15 ans nées en 2003 est de 29,1%, alors qu’elle était de 26,2% chez les jeunes filles nées l’année précédente).

 Et désormais « les parents reconnaissent l’importance des vaccinations ». Trois quarts d’entre eux « adhèrent à l’idée » que les nouvelles obligations vaccinales vont permettre de réduire les épidémies (77%). L’obligation vaccinale est majoritairement bien acceptée par les parents d’enfants nés en 2017 et en 2018, puisque deux tiers d’entre eux (67%) déclarent y être favorables.

Qu’en est-il du tiers restant de ces parents ? Seront-ils convaincus par la prochaine « publicité télévision- web-réseaux sociaux-presse » ? Faut-il redouter l’inverse ? Pourquoi ne pas s’en tenir aux vertus collectives du colloque singulier ?

 A demain

@jynau

Policiers : vingt-huit suicides depuis le début de l’année. Christophe Castaner et la «fatalité»

Bonjour

Christophe Castaner est ministre de l’Intérieur. Vendredi 12 avril il visitait, à Paris, l’Hôpital des Gardiens de la Paix (35, boulevard Saint Marcel ; établissement de soins de suite et de réadaptation composé de 19 lits de soins de suite indifférenciés et 36 lits dans le secteur de prise en charge de l’appareil locomoteur et de 10 places d’hôpital de jour. » Une occasion de parler du suicide des policiers et des gendarmes. Des suicides qui, a affirmé le ministre de la République, ne sont pas une « fatalité ».

C’est là un phénomène inquiétant et en progression 1 vis-à-vis duquel le ministre s’est engagé à « mettre les bouchées doubles ». Il a insisté sur l’importance de la hiérarchie dans la prévention du suicide, estimant qu’elle devait être « une vigie attentive et bienveillante ». Une approche dont pourrait s’inspirer Agnès Buzyn confrontée, elle, aux suicides des soignants dans le monde hospitalier.

« La police et la gendarmerie ne sont pas malades du suicide », a encore affirmé Christophe Castaner, promettant un nouveau programme de lutte et de prévention des suicides – et une accélération dans la mise en œuvre du plan lancé en 2018 par son prédécesseur. Création, notamment, d’une « cellule alerte prévention suicide » pour la police nationale. Cette cellule sera pilotée par Noémie Angel, membre de l’Inspection générale de l’administration. Un numéro de téléphone dédié, disponible 24h/24, « permettra de signaler les risques et de mettre les personnes en souffrance en relation avec des psychologues. »

Vendredi 19 avril. Hasard ou fatalité ? Une semaine seulement après ces annonces l’ensemble des syndicats de police appelle à des rassemblements  et demande à être reçu « en urgence » par Christophe Castaner. La cause : deux nouveaux suicides de policiers, jeudi 18 avril – une capitaine de Montpellier et un policier de Paris.

La capitaine de police de la sûreté départementale de l’Hérault s’est suicidée dans son bureau à Montpellier avec son arme de service. Le suicide serait intervenu vers 8 heures à l’hôtel de police de Montpellier. Aucune détonation n’a été entendue, mais des collègues ont été alertés par une odeur de poudre. Ils ont alors découvert vers 9 heures cette femme de 48 ans, mère de deux fillettes, inanimée, une balle en plein cœur. La direction départementale de la sécurité publique de l’Hérault n’a pas souhaité communiquer à ce stade.

Un autre policier a été retrouvé mort jeudi en début d’après-midi à son domicile à Villejuif (Val-de-Marne). Agent de la direction de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris, ce policier de 25 ans s’était suicidé avec son arme à feu. Il appartenait à la division régionale de la sécurité routière et intervenait dans les écoles.

« Le plan de lutte contre les suicides dans la police doit devenir une cause nationale et être décrété priorité ministérielle », réclame l’intersyndicale de la police dans un communiqué :

« DEUX NOUVEAUX FLICS NOUS ONT QUITTÉ DEPUIS CE MATIN

« Depuis le début de l’année 2019, 28 de nos collègues ont choisi d’en finir avec la vie et ont commis le geste irréparable. Les journées dramatiques s’enchaînent à un rythme insoutenable et jamais connu. Face à ce fléau, l’intersyndicale de tous les corps de la Police Nationale ne supporte plus de perdre autant de collègues. Des mesures fortes et immédiates doivent être prises sans délai. Malgré les propos du Ministre le 2 avril dernier, après le plan de 2009, celui de 2015, un troisième plan de mobilisation a vu le jour mais, de plans en réunions, nous en sommes toujours au même point.

« L’intersyndicale appelle, ce jour, l’ensemble des personnels, sans clivage syndical ni de corps, à se rassembler le vendredi 19 avril 2019, de 11h 30 à midi, en silence, devant leurs services respectifs en hommage à nos collègues. L’Intersyndicale demande à être reçue en urgence par le MINISTRE de l’INTÉRIEUR. Le plan de lutte contre les suicides dans la Police doit devenir une cause nationale et être décrété PRIORITÉ ministérielle. »

A demain

@jynau

1 « Pourquoi gendarmes et policiers se suicident-ils désormais beaucoup plus que par le passé ? » Journalisme et santé publique, 17 novembre 2018.

 

 

 

Douleurs et fièvres : mise en garde nationale contre l’Advil®, le Profenid® et tous les AINS

Bonjour

Ils étaient là depuis des lustres, en vente sans ordonnance. Pourquoi maintenant ? L’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) vient de mettre en garde contre l’ibuprofène (Advil® et autres ) et le kétoprofène (Profenid® et autres). Soit environ cent cinquante spécialités et présentations de l’immense famille des Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS) contre la fièvre et les douleurs (indications antalgique et/ou antipyrétique) : l’acide tiaprofénique, l’acide méfénamique, acide niflumique, l’alminoprofène, le diclofénac, le fénoprofène, le flurbiprofène, l’ibuprofène, le kétoprofène, le morniflumate et le naproxène.

Pourquoi ? Suite aux « signalements de complications infectieuses graves » avec ces AINS l’ANSM avait confié, en juin 2018, aux centres régionaux de pharmacovigilance de Tours et Marseille, une enquête nationale de pharmacovigilance portant sur les deux AINS les plus utilisés dans ces indications : l’ibuprofène et le kétoprofène. L’objectif de cette enquête était de déterminer si ces complications infectieuses graves étaient favorisées par la prise de l’AINS ou si elles traduisaient l’évolution de la pathologie infectieuse initiale

« Résultats de l’enquête : Sur l’ensemble des cas rapportés depuis l’année 2000, 337 cas de complications infectieuses avec l’ibuprofène et 49 cas avec le kétoprofène ont été retenus après avoir pris en compte uniquement les cas les plus graves chez des enfants ou des adultes (souvent jeunes) sans facteur de risque ni comorbidité. Il s’agit d’infections sévères de la peau et des tissus mous (dermohypodermites, fasciites nécrosantes,…), de sepsis, d’infections pleuro-pulmonaires (pneumonies compliquées d’abcès, de pleurésie), d’infections neurologiques (empyèmes, abcès cérébraux,…) ou ORL compliquées (cellulites, médiastinites,…), à l’origine d’hospitalisations, de séquelles voire de décès.

Risques de complication infectieuses graves

« Ces complications infectieuses (essentiellement à Streptocoque  ou à Pneumocoque ) ont été observées après de très courtes durée de traitement (2 à 3 jours), y compris lorsque la prise d’AINS était associée à une antibiothérapie. Elles sont survenues alors que l’ibuprofène ou le kétoprofène étaient prescrits ou pris en automédication dans la fièvre mais également dans de nombreuses autres circonstances telles que des atteintes cutanées bénignes d’aspect inflammatoire (réaction locale, piqûre d’insecte,…), des manifestations respiratoires (toux, infection pulmonaire,…) ou ORL (dysphagie, angine, otite,…).

L’analyse de ces cas ainsi que l’analyse des données de la littérature (études expérimentales et études de pharmaco-épidémiologie),  suggère que ces infections, en particulier dues à des streptocoques,  pourraient être aggravées par la prise de ces AINS. Dans ce contexte, l’ANSM « souhaite mettre en garde, dès à présent, les professionnels de santé, les patients et les parents sur ce risque de complication infectieuses graves susceptibles d’avoir des conséquences sérieuses pour la santé des patients ».

En d’autres termes il faut dorénavant avoir de préférence recours au paracétamol en cas de douleur et/ou de fièvre, notamment dans un contexte d’infection courante comme une angine, une rhinopharyngite, une otite, une toux, une infection pulmonaire, une lésion cutanée ou la varicelle. Et tout particulièrement en cas d’automédication. On espère que les pharmaciens d’officine, informés de ces conseils, guideront au mieux leurs clients vers le paracétamol – souvent mieux connu sous la marque Doliprane® (Sanofi-Aventis) dont le prix de vente pourrait, qui sait, bientôt grimper.

A demain

@jynau

 

Narcissisme. Quand Emmanuel Macron remet la Légion d’honneur à l’auteur de «Soumission» 

 

Bonjour

Emmanuel Macron remettra ce jeudi 18 avril la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. La cérémonie se déroulera au Palais de l’Elysée en présence de nombreux amis du célèbre écrivain… dont l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le sujet est traité dans Paris Match (Bruno Jeudy) :

« Finalement Nicolas Sarkozy sera présent à la remise de légion d’honneur à son «ami» Michel Houellebecq (il avait été invité à son récent mariage) L’agenda de l’ancien président s’est finalement libéré et il sera à l’Elysée ce soir pour honorer le célèbre écrivain. En revanche, son épouse Carla Bruni-Sarkozy sera absente. L’ex-chef d’Etat y croisera les nombreux invités personnels de l’auteur de «Sérotonine». Parmi eux : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, l’écrivain Frédéric Beigbeder, le journaliste David Pujadas, le chanteur Jean-Louis Aubert (ex-Téléphone), le directeur de la rédaction de «Valeurs Actuelles» Geoffroy Lejeune et la journaliste Charolotte d’Ornellas. »

« Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron prononcera un discours pour retracer la carrière du décoré. Le chef de l’Etat connaît Michel Houellebecq depuis plusieurs années. Leur première rencontre date de l’époque où le futur président de la République était ministre de l’Economie. Il avait reçu le romancier à Bercy. Les deux hommes se tutoient. Parmi les sept romans publiés par l’auteur de ‘’Sérotonine’’, Emmanuel Macron a une préférence pour ‘’La carte et le territoire’’ récompensé par le prix Goncourt en 2010. Le chef de l’Etat a pris l’habitude d’ailleurs de qualifier l’écrivain ‘’d’entomologue de la société française’’. »

Un minimum de culture et de connaissance historique

Le sujet est aussi traité dans Le Monde – sous un angle différent, le quotidien vespéral ouvrant ses colonnes à Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste (« L’amie, la mort, le fils » (Thierry Marchaisse, 2018) et « Exercices autobiographiques » (La Bibliothèque, 2017) :

«  Sauf à considérer qu’une récompense républicaine n’a plus de sens, on ne peut laisser sans discussion l’octroi de la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. D’autant que, d’ordinaire, les cérémonies de décoration honorifique à l’Elysée sont collectives et que celle-ci sera entièrement dédiée à l’auteur de ‘’Sérotonine’’ (…) Est-il possible de faire entendre enfin, malgré le concert de louanges qui accueille la parution de chaque roman de Michel Houellebecq, qu’il y a un décalage, profond mais passé sous silence, entre la ferveur médiatique dont il bénéficie et l’appréciation critique que beaucoup de lecteurs ont de son œuvre ? Tout un lectorat qui n’a pas de leçon d’ouverture d’esprit à recevoir a fort bien perçu que chaque narrateur des romans de Houellebecq exprime son dégoût de l’émancipation.

« Souvenons-nous : pourquoi et quand Céline a-t-il sorti son sinistre fonds de commerce politique ? Dès l’instant où Céline s’est confondu avec Bardamu, son narrateur. Ceux qui invoquent sans cesse la pertinente et nécessaire distinction entre narrateur et auteur pourraient s’aviser que, de roman en roman, le narrateur de Michel Houellebecq a la même attitude à l’encontre des conquêtes de la modernité européenne ; cela finit par faire des romans porte-voix, et porte-voix d’une idéologie nauséabonde. Evidemment, l’auteur est un malin, chaque fois il se dérobe derrière son narrateur et échappe aux mains qui le veulent bien. C’est qu’il les soulage, il leur signifie que tout est permis dans les opinions.

« ‘’Cette distinction vient récompenser un grand écrivain français reconnu comme tel’’, dit le communiqué de l’Elysée. Un minimum de culture et de connaissance historique permet pourtant de voir qu’il y eut toujours des succès massifs pour la littérature du « ça va mal », du « on a tout perdu ». Des titres comme Les Beaux Draps, de Céline, ou Les Décombres, de Lucien Rebatet, ont donné à qui les lisait le sentiment d’avoir tout compris et qu’’’on se le disait bien’’. Depuis les années 1930, ce tour d’opinion facile n’y va plus si direct ; on est passé du lyrisme paranoïaque à l’ironie perverse-narcissique. »

Ironie ou pas, et bien au-delà du lyrisme de la paranoïa, de la perversité et du Palais de l’Elysée, on ne peut que conseiller, de la psychiatre, psychanalyste et victimologue Marie-France Hirigoyen, le remarquable « Les Narcisse » (Editions La Découverte)

A demain

@jynau

 

E171 : pourquoi autant d’atermoiements du gouvernement avant d’interdire cet additif ?

Bonjour

Son « réitérer » aura payé. Il y a trois jours l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) disait brutalement son fait au gouvernement. Ce dernier l’interrogeait une nouvelle fois : que penser du « E171 » ? Et retour médiatique sur cette substance potentiellement cancérigène constituée de particules de dioxyde de titane (TiO2)  utilisée dans de nombreux produits alimentaires pour ses propriétés colorantes et opacifiantes – puisqu’il est dit que les aliments contemporains doivent être (pourquoi ?) « colorés » et « opacifiés ».

A nouveau saisie du sujet par le gouvernement 1 l’Anses « réitérait ses recommandations générales sur les nanomatériaux visant notamment à limiter l’exposition des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement, en favorisant des alternatives sûres et équivalentes en termes d’efficacité ». « Rien de nouveau sous le soleil scientifique, en somme, écrivions-nous alors. Et un pouvoir exécutif qui devrait savoir en tirer au plus vite les conclusions. Vingt-quatre heures plus tard le gouvernement annonçait sa décision de « suspendre » l’E171. Une suspension « par précaution » à compter de l’an prochain, décision à laquelle Agnès Buzyn n’a pas été associée 2.

Un arrêté suspendant la mise sur le marché des denrées alimentaires contenant l’additif E171 à partir du 1er janvier 2020 vient d’être signé « et sera publié dans les meilleurs délais ». L’additif E171 bénéficiant d’une autorisation délivrée au niveau de l’Union européenne, cet arrêté sera notifié dès signature à la Commission européenne et aux autres Etats-membres, qui se réuniront dans un délai de dix jours « pour examiner cette mesure ».

Le ministère de la santé aux abonnés absents

« Cette décision, qui vise à garantir un haut niveau de sécurité sanitaire de l’alimentation, s’inscrit dans la continuité des actions prises par le gouvernement depuis plusieurs mois » assure le pouvoir exécutif. Pourquoi n’a-t-elle pas été prise plus tôt ? L’Anses s’était prononcée il y a, précisément deux ans à la demande du gouvernement, sur le sujet. Et avait rendu un avis détaillé concluant à l’existence « d’effets qui n’avaient pas été identifiés auparavant, notamment les potentiels effets promoteurs de la cancérogenèse du E171 ».

Dans une tribune publiée dans Le Monde fin décembre 2018, une vingtaine d’associations – dont la Ligue contre le cancer, Greenpeace, Foodwatch, 60 millions de consommateurs ou encore l’Alliance pour la santé et l’environnement, qui rassemble plusieurs dizaines d’ONG, de sociétés savantes et d’instituts de recherche européens – demandaient au gouvernement d’agir. Et le gouvernement de saisir, une nouvelle fois l’Anses.

Définitivement prohibé le E171 ? Pas vraiment. L’interdiction ne s’appliquera qu’aux seuls aliments. Médicaments courants et dentifrices quotidiens ne seront nullement concernés. Pourquoi ? « Parce que s’est plus compliqué » confie-t-on aux médias à Bercy, le ministère de la Santé ne semblant ici curieusement pas concerné.

A demain

1 L’Anses avait été saisie le 28 février 2019 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la Direction générale de la santé, la Direction générale de l’alimentation et la Direction générale de la prévention des risques « pour rendre un appui scientifique et technique sur les risques liés à l’ingestion de l’additif alimentaire E171 ».

2 La décision a été prise par « François de Rugy, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, et Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire ».