Mort annoncée des hôpitaux dits de  proximité : quand Agnès Buzyn dit-elle la vérité ?

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Quelques lignes et le ballon se dégonfle.  La réforme du système de santé ? Le prochain des « grands chantiers » d’un exécutif qui se prépare à la rentrée ? Le gouvernement, ne prévoit « aucune fermeture d’un hôpital de proximité »a assuré, souriante, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn – mardi 21 août sur Franceinfo.

« Les hôpitaux de proximité vont rester, les Français en ont besoin, ils ont besoin d’une offre de services au plus près de chez eux, il n’y aura pas de fermeture d’hôpital ». Et Agnès Buzyn d’aller loin, bien plus loin.  Jusque dans la Grèce antique. Il a selon elle  « un mythe autour des fermetures des services d’urgences » : « Il y a parfois des services d’urgences qui ferment, mais il faut savoir que globalement nous avons 78 services d’urgences qui ont ouvert en plus ces dernières années. »

« Il peut y avoir des zones rurales où effectivement il n’y a plus d’activité, et très peu de services, pas besoin d’un service d’urgences [sic] , mais il y a plein de services d’urgences qui ouvrent dans des zones qui sont mieux peuplées [re-sic]», a-t-elle poursuivi.

Tout cela est bel et beau. On rappellera toutefois, avec la mémoire du Monde,  qu’en mars dernier Agnès Buzyn avait déclaré qu’il était « possible qu’un certain nombre de services de proximité ne soient pas maintenus ».

Interrogée sur RTL à propos du « mythe » évoqué par la ministre de la santé, la présidente de la Coordination nationale infirmière, Nathalie Depoire, a réagi : elle déplore  le « décalage » avec « ce qu’il se passe réellement dans certains établissements aujourd’hui », et alerte sur le besoin rapide de « moyens humains et matériels ». Mme Depoire mesure-t-elle bien ce qu’est le concept de mythe quand il est manié par une ministre de la République ?

Myhe ou pas l’échéance est là : sans cesse retardée la réforme salvatrice du système de santé français sera annoncée par le chef des Armées le 15 septembre 2018. Nous en étions là en achevent ce texte. Et puis non : précision de dernière minute : le cabinet de la ministre Agnès Buzyn vient de faire savoir à l’AFP que « la date de mi-septembre n’est pas certaine ». Aucune importance, les ides de Mars et les mythes sont là, qui colmatent les failles du politique. Jusqu’au dégonflement du ballon.

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Le rugby ne faisait pas de «beaux vieux». Devrait-il, désormais, tuer des jeunes ?

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Ne pas désespérer ?  La prise de conscience semble en marche après la mort de Louis Fajfrowski, 21 ans et joueur professionnel d’Aurillac. Un placage « viril mais correct » nous dit-on – placage thoracique sur lequel il faudra bien revenir.

Se souvenir. C’est une de ces formules comme le rugby et les journalistes en ont le secret. Elle parle de ce jeu merveilleux et de ceux qu’il a pu enchanter, qu’il a pu abîmer. Des formules nées dans les gradins, les vestiaires et le papier dicté aux sténos avant l’heure fatidique d’une mi-temps dite troisième. La formule qui parlait des pianos, de ceux qui en jouaient et de ceux qui les déménageaient.

Et puis cette autre, une affaire d’homme, de virils en noir et blanc prenant crânement conscience des frontières temporelles de leur virilité : « nous risquons de ne pas faire de beaux vieux … ». La formule est reprise aujourd’hui dans L’Equipe (Frédéric Bernès – avec L.C., A.R. et P.P.). Elle nous dit que tout, certes, nétait pas rose jadis (notamment au sein des rachis des mêlées effondrées). Mais cette même formule est aussi citée parce que, désormais, c’est le spectre de la mort qui plane autour des tribunes, sur le pré, dans les colonnes et sur les sites.

Jeune Gros Pardessus

« On ne sait pas si le rugby tue » (sic) titre L’Equipe.  Et le quotidien sportif de réunir les témoignages de ceux qui le redoute. Bel éventail : vraies inquiétudes – lâches défausses des petits-enfants des Gros Pardessus. Une suite de syllogismes qui parle à la fois d’un « jeu » et d’un « travail ».

Mais avec aussi, enfin, une vraie question. Non  plus celle, hypocrite, des « protocoles commotions », mais bien celle, urgente, de la modification des règles du placage. Ce placage qui est au cœur des interrogations quant à l’origine de la mort du jeune Louis Fajfrowski. Ce placage qui aurait, selon L’Equipe, été filmé et enregistré mais dont les images sont aujourd’hui tenues secrètes.

Le Dr Serge Simon, jeune Gros Pardessus,  pourrait-il, au plus vite, nous dire pourquoi ? Pourquoi, après avoir tant (et quelquefois si bien) parlé il se mure désormais dans un étrange silence.

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Cigarette électronique : une belle leçon britannique administrée aux députés français

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C’est un événement politique autant que médical : outre-Manche un rapport parlementaire vante, au nom de la réduction des risques, les vertus du développement de la cigarette électronique. Il fait valoir, pièces à l’appui, que le pouvoir exécutif britannique n’a pas encore pris la mesure de l’intérêt, pour la santé publique, de ce levier antitabac. Pour les auteurs de ce rapport les produits du vapotage sont encore trop souvent sous-utilisés par le National Health Service).

Le « vapotage passif » ? Ses risques sont négligeables et en toute hypothèse de très loin inférieurs au tabagisme des cigarettes conventionnelles : aussi la réglementation doit-elle être allégéenotamment en termes de publicité et de liberté de vapoter dans les lieux publics.

 Pour résumer : le risque que représente pour les fumeurs le fait de continuer à fumer des cigarettes conventionnelles est hatement plus élevé que l’incertitude sur l’usage à long terme de la cigarette électronique : il faut que le gouvernement britannique suscite un programme de recherche à long terme (supervisé par « Public Health England » et « the Committee on Toxicity of Chemicals in Food, Consumer Products and The Environment ») pour collecter, de façon indépendante, toutes les données sanitaires sur les effets de la cigarette électronique.

On trouvera ici ce rapport parlementaire britannique  : « Government missing opportunity with e-cigarettes ». Et ici la lecture, comme toujours éclairante, qu’en fait, sur son blog,  Philippe Poirson : « Brexit: les députés britanniques veulent libérer la vape de la loi tabagique made in EU ».

Sir Norman Lamb, président du Comité de la chambre des communes qui a réalisé le rapport (« Science and Technology Committee »), par ailleurs membre de la Chambre des Lords (libéral-démocrate) :

« Fumer représente toujours un problème majeur de santé publique et le gouvernement devrait envisager des démarches innovantes pour baisser le taux de prévalence tabagique.

« La cigarette électronique est moins nocive que la cigarette conventionnelle mais la politique et la réglementation actuelles ne le reflètent pas suffisamment et on doit arrêter de considérer, de la même manière, les cigarettes conventionnelles et électroniques dans les entreprises, les moyens de transports et les espaces publics.

« Quant aux craintes selon lesquelles le vapotage serait une porte d’accès à la consommation conventionnelle du tabac, notamment pour des jeunes non-fumeurs, elles ne se sont pas concrétisées. Bien employé, le vapotage peut être une arme de pointe dans l’arsenal de la politique de santé. »

Ce sont là des mots que les ministres et autres autorités sanitaires françaises n’ont jamais prononcés. Et c’est aussi un sujet sur lequel ne se sont jamais politiquement penchés les parlementaires français. Et ce alors même que l’on compte près du double de fumeurs en France qu’en Grande Bretagne. Aucun député, aucun sénateur français ne semble concerné par les moyens permettant de lutter efficacement contre la première cause de mortalité évitable.

Où sont, ici, les bataillons de la France insoumise ? Où sont les troupes innombrables de la République en marche ? Sans parler de l’ancien parti de Jacques Chirac – lui qui, en son temps et à sa façon, avait saisi l’importance de la lutte contre cette addiction.

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L’anthrax tue dans les Hautes-Alpes mais la France n’a pas assez de vaccins pour protéger

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Qu’en diront les néo-antivaccinaux et les amis des bêtes ? On parlera, au choix, de maladie du charbon, d’anthrax ou de fièvre charbonneuse. Une zoonose due à la bactérie sporulée Bacillus anthracis : escarres noirâtres qui se forment au milieu des lésions cutanées chez les individus atteints. Les spores pathogène peuvent rester inactives pendant des dizaines d’années dans le sol – d’où les « champs maudits ».

La maladie est présente sur tous les continents et provoque une mortalité élevée chez les ruminants La bactérie produit des toxines extrêmement pathogènes, responsables des symptômes de la maladie et qui entraînent un taux de mortalité élevé. « La plupart des mammifères sont sensibles, mais la fièvre charbonneuse affecte surtout les ruminants et les humains » précise l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

« Plus de cinquante animaux morts dans vingt-huit exploitations, bovins, ovins ou équidés: le département des Hautes-Alpes est confronté depuis le mois de juin à la plus importante épidémie animale de fièvre charbonneuse survenue en France depuis près de vingt ans, rapporte l’AFP. Les premiers cas chez l’animal ont été observés à Montgardin, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Gap, où six vaches ont été retrouvées mortes le 28 juin. En deux mois, la maladie s’est étendue à treize communes, sur lesquelles les autorités sanitaires recensent vingt-trois foyers distincts. »

Dès qu’un foyer est confirmé, la préfecture « prescrit la vaccination de tous les animaux concernés » indiquent les autorités sanitaires. Et des « mesures de blocage de l’exploitation » d’au moins 21 jours sont prises, « le temps d’acquisition de l’immunité vaccinale et de la réalisation des opérations de nettoyage et de désinfection ». Le lait collecté doit être pasteurisé et détruit.

Pasteur, Roux et Chamberland

Les cas de transmission à  l’espèce humaine sont rares. Pour l’heure aucun malade n’a été recensé dans les Hautes-Alpes. Pour autant 103 personnes entrées « potentiellement en contact » avec le germe pathogène ont été recensées – notamment du personnel d’une entreprise d’équarrissage, des éleveurs ou des vétérinaires. La moitié bénéficie d’un traitement antibiotique préventif allant de 10 à 35 jours – en fonction du type d’exposition.

Le vaccin est le moyen le plus efficace pour limiter la propagation. « Mais les vétérinaires font face à une pénurie temporaire, le laboratoire espagnol qui les produit étant fermé au mois d’août, et traitent en priorité les troupeaux infectés et les exploitations limitrophes » précise l’AFP. Agnès Chavanon, secrétaire générale de la préfecture des Hautes-Alpe : « l’État a entamé des discussions avec ses partenaires européens pour évoquer la disponibilité et le rachat des vaccins ».

Où l’on découvre, alors même que la maladie n’est en rien exceptionnelle (plus d’une centaine de foyers enregistré en vingt ans), que la France ne dispose pas d’un stock minimal de vaccins. On se souvient peuy-être que l’efficacité de la vaccination contre la fièvre charbonneuse a été démontrée pour la première fois au monde par Louis Pasteur (avec la collaboration de Charles Chamberland et Emile Roux). C’était le 5 mai 1881 lors de la célèbre expérience de Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne). Bien avant les antibiotiques.

Rien n’était simple, alors, pour Pasteur et ses collaborateurs. Certains leurs reprochèrent d’avoir induit le public scientifique en erreur sur la nature exacte du vaccin utilisé (voir le « Secret de Pouilly-le-Fort »). Un siècle et demi plus tard, ou presque, la France est en quête de vaccins. Qui en détient ?

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Le spritz de Campari : comment faire un succès alcoolisé à partir d’une tache d’huile d’Italie ?

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Loi Evin ou pas, avez-vous observé le nombre des publicités agressives réclamant de consommer au plus vite des boissons alcooliques anisées d’origine industrielle ? C’est là une convergence publicitaire qui fait suite à celle incitant à la consommation intensive de bières durant la Coupe du monde de football. Autre sujet d’actualité, dans l’ombre du mojito, le « spritz », raconté par l’AFP et repris dans les pages d’été de nombre de quotidiens.

Prosecco, de l’eau de Seltz et association alcoolisée plus ou moins amère : Campari (Spritz bitter) ou Aperol,(Spritz dolce ou Aperol Spritz). Sans oublier une rondelle de citron, d’orange ou d’orange sanguine ainsi – le cas échéant – qu’une olive.

A chaque marque il faut une histoire. Elle commencerait, ici, à l’occupation autrichienne dans le nord-est de l’Italie, au XIXe siècle. Quand un vin n’était pas très bon (ou qu’il faisait chaud) les soldats, dit-on, l’allongeaient avec de l’eau pétillante. Puis vient l’Aperol® , en 1919, à Padoue : alcool, oranges amères, gentiane et rhubarbe remplacent le vin : l’ancêtre du Spritz est né. Puis, en 2003, le puissant groupe milanais Campari s’empare de la marque Aperol®, alors inconnue en dehors du nord-est de l’Italie.

« Quand nous l’avons achetée, cette marque vendait quelques millions de litres dans trois villes du nord-est de l’Italie : Venise, Padoue et Trévise, où en moyenne chaque habitant buvait cinq spritz par jour », explique Bob Kunze-Concewitz, le patron de Campari – qui compte dans son large portefeuille de spiritueux la marque du même nom, mais aussi des vodkas ou des whiskys.

« ‘’Nous nous sommes rendu compte de son vrai potentiel et nous avons conçu grâce à l’Italie, notre laboratoire, un modèle de développement très précis’’. A chaque fois, le groupe entre dans un quartier d’une ville (choisie pour son potentiel) et collabore avec deux ou trois bars, en offrant une formation intense aux barmen et des événements pour faire déguster le breuvage. Petit à petit, selon une ‘’stratégie de tache d’huile’’, le spritz séduit des consommateurs. »

Puis Campari s’est ensuite attaqué à l’immense secteur international de la grande distribution. « Le groupe a mis le paquet sur la publicité pour casser cette image de boisson juste pour la période estivale. Ensuite, les internautes ont pris le relais. Sur les réseaux sociaux, #Spritz compte plus d’un million de publications Instagram, rapporte l’AFP. Aperol est désormais la marque la plus importante du groupe (13 % des ventes). Elle a connu une croissance de 19,5 % en 2017, avec des hausses de 27 % en France ou 51 % aux États-Unis, et même supérieure à 100 % dans de nouveaux marchés comme la Russie, le Mexique ou le Brésil. Au premier semestre 2018, les ventes ont encore progressé de 24,7 %. Aperol vise une croissance encore à deux chiffres dans les prochaines années. »

Face à Instagram et à la « stratégie de la tache d’huile » que reste-t-il, aujourd’hui, de la loi Evin ?

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Folie et politique : Emmanuel Macron osera-t-il un jour visiter un hôpital psychiatrique ?

Bonjour

« ‘’Une nuit, un patient a uriné dans son lit. Il était tellement proche des autres – c’était une chambre de deux avec trois lits – que ça a inondé les deux d’à côté. » Hochements de têtes résignés autour de la table. Des anecdotes comme ça, on en entend dix par jour sous le barnum dressé devant le mur d’enceinte de l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel d’Amiens (Somme). Une partie du personnel y fait grève depuis soixante-six jours pour protester contre la dégradation des conditions de travail et de la qualité des soins. Et, depuis trente-sept nuits, se relaie pour dormir dans les tentes plantées à l’entrée de l’établissement. »

C’est Le Journal du Dimanche (Pierre Bafoil) qui, aujourd’hui, raconte l’insupportable. L’hôpital psychiatrique d’Amiens en grève après ceux de Bourges, Allonnes, Rennes, Amiens ou Saint-Etienne. Des personnels en grève non pas pour de l’argent mais pour « réclamer les moyens d’exercer dignement leur métier », des soignants usés d’être devenus de simples gardes-malades. Et puis, en juin, à l’hôpital du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, des soignants observant une grève de la faim de près de deux semaines avant d’obtenir, péniblement, la création d’une trentaine de postes d’infirmiers et d’aides-soignants.

A Amiens, rapporte le JDD c’est la fermeture d’une unité au début de l’été, la quatrième en quatre ans, qui a mis le feu aux poudres. En réaction, le « collectif Pinel en lutte » s’est formé, réunissant représentants des syndicats et acteurs concernés, des aides­-soignants aux psychiatres en passant par les familles de patients. Pour mettre fin au bras de fer, l’Agence Régionale deSsanté a promis une « aide » (sic) d’un million d’euros et la direction, dix postes supplémentaires. Insuffisant, selon les grévistes, qui réclament l’effacement de la dette de l’hôpital, une large table ronde et soixante embauches.

Et puis, ces derniers mois, une dizaine de praticiens ont déjà « rendu la blouse du service public » ; douze autres vont les suivre d’ici à février 2019. Cela porterait à 50% le taux de postes vacants. Elio Mélis, le directeur général, assure au JDD que « des recrutements sont en cours »…

 «  Le diagnostic est largement partagé : la psychiatrie publique française est en pleine dépression. Ces dernières années, de nombreux rapports en ont fait le constat unanime éditorialise pour sa part Le Monde. Sur le terrain, tout contribue à cette crise : des délais sans fin de prise en charge, des soignants usés et désabusés, des familles et des patients qui se sentent abandonnés. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a elle-même reconnu, il y a quelques mois, qu’ ‘’il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années ‘’ en psychiatrie, et elle a déploré un état de ‘’souffrance générale’’ des professionnels et des malades. »

Paupérisation mais budgets constants

Il faut ici citer, précisément, les propos d’Agnès Buzyn. C’était en janvier dernier et ce dans un entretien au Monde, corrigé jusqu’à la dernière seconde, Extraits :

« La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles…

« On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur. »

« Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à destigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

C’était en janvier dernier. Puis rien. Et les symptômes du grand mal hospitalier n’ont, depuis, cessé de se multiplier

Il y a sept mois Le Monde demandait à la ministre Buzyn si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondait Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. »

Loin d’imaginer une augmentation des moyens la ministre réclamait donc, au mieux, à un statu quo. « Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorquait la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. » Sept mois plus tard comment qualifier cette facilité politique ?

On lira aussi, dans le JDD l’entretien (Anne-Laure Barret) avec Daniel Zagury, psychiatre spécialiste de la barbarie du quotidien 1 – et pour autant toujours resté fidèle à l’hôpital public. Il y explique le déni des directeurs et des administrations hospitalières, l’obsession politico-administrative de la maîtrise des coûts, le triomphe absolu de l’idéologie managériale au sein des directions et des cadres infirmiers – des cadres qui jadis ne faiaient qu’un avec les médecins mais aujourd’hui tragiquement aspirés par les moquettes directoriales…

Fort de Brégançon

« Personne, pourtant, ne semble véritablement mesurer la gravité de cette situation, observe, avec justesse, Le Monde.  Cette indifférence, voire cette cécité, est aussi alarmante qu’incompréhensible, alors que, au cours de sa vie, un Français sur cinq connaîtra un trouble psychique. En 2016, 2,1 millions de patients (dont un quart âgés de moins de 18 ans) ont été pris en charge, soit par les quelque 3 900 centres médico-psychologiques répartis sur le territoire, soit par les hôpitaux psychiatriques, qui ont accueilli 417 000 malades. »

L’origine de cette crise est connue : augmentation sans fin de la demande -réduction continuelle de l’offre. Entre 2010 et 2016, près de 300 000 personnes supplémentaires ont ainsi été suivies en psychiatrie. Le Syndicat des psychiatres des hôpitaux estime qu’entre 900 et 1 000 postes de psychiatres sont aujourd’hui non pourvus.

Où l’on en vient au politique. Emmanuel Macron, président de la République doit annoncer dans quelques semaines une grande réforme du système de santé – réforme sans cesse reportée. Abandonnant sa réclusion en notre fort de Brégançon et les charmes de Bormes-les-Mimosas trouvera-t-il le courage et le temps de se rendre dans cet Amiens qu’il connaît si bien ? Il y retrouvera la symbolique de la grandeur de la France : Philippe Pinel (1745-1826). Un homme qui œuvré pour l’abolition de l’entrave des malades mentaux par des chaînes et, plus généralement, pour l’humanisation de leur traitement.

A demain

1 « La Barbarie des hommes ordinaires » de Daniel Zagury. Editions de l’Observatoire. 2018

« Pourquoi les actes les plus barbares sont-ils si souvent commis par les hommes les plus ordinaires ? Un mari assassine brutalement la femme qu’il disait aimer ; une mère tue son enfant à la naissance ; un homme respectable participe à un génocide ; un petit délinquant prépare une tuerie. Cela suscite à chaque fois l’incrédulité et la stupéfaction de l’entourage et des médias. C’était « un homme sans histoire », « une jeune femme discrète », « un marginal sans grande envergure »…

 « Comment ces personnes basculent-elles dans la barbarie ? Quels sont les mécanismes psychiques à l’œuvre pour que leur pensée se vide et que plus rien ne les retienne ? Quelles barrières émotionnelles et morales sont un temps franchies pour que surgisse l’impensable ?

Ce livre éclaire les conditions qui, d’étape en étape, conduisent à des actes aussi atroces. Il explore la clinique de la banalité du mal. Il nous semble incroyable de commettre de telles horreurs. Cela dépasse notre entendement. Pourtant, les cas ici présentés ne relèvent ni de la maladie, ni de la perversion, ni de la psychopathie. Autrement dit, ils nous ressemblent. »

 

 

Rugby : les Gros Pardessus auront-ils le courage d’interdire les plaquages thoraciques ?

Bonjour

Le hasard n’est-il, tout bien pesé, qu’une fatalité déguisée ? Le jour où cinq présidents gardaient le silence aux obsèques de Louis Fajfrowski, la World Rugby annonçait qu’elle autorisait l’expérimentation, dès cette saison, deux nouvelles règles du jeu dont « l’objectif est de préserver la santé du joueur » (sic).

Ces deux nouvelles règles sont le fruit de plusieurs mois de réflexions menées avec « tous les acteurs du rugby » au sein d’un « Observatoire médical ». Ces deux nouvelles règles « expérimentales » sont les suivantes :

« Introduction du « carton bleu » dans les championnats professionnels entraînant une sortie immédiate des joueurs présentant un signe évident de commotion cérébrale et le remplacement du joueur (sans limitation) ;

« Possibilité de remplacer tout joueur blessé, quel que soit son poste, par un joueur déjà sorti pour raison tactique (dans la limite de 4 joueurs par équipe). Auparavant, cette règle ne concernait que les joueurs de 1re ligne. »

Dans le cadre de cette dérogation une étude spécifique sera mise en place, destinée à suivre l’application de cette expérimentation.

Colosses qui se tamponnent

L’annonce tombe donc à point nommé pour répondre aux critiques virulentes de certains spécialistes comme le Pr Jean Chazal, neurochirurgien, très alarmiste sur les dangers que le rugby d’aujourd’hui fait courir aux joueurs et qui a justement été exclu pour cette raison du comité médical de la Fédération française de rugby. précise La Nouvelle République (Caroline Devos). Pour le Pr Chazal « le problème, c’est que les mesures prises sont des mesures qui interviennent en aval des commotions cérébrales ». « Je ne veux pas faire de polémique, précise-t-il. La Fédération et la Ligue ont beaucoup travaillé. Mais ces mesures n’agissent pas sur la cause des accidents. La cause, c’est que les joueurs sont surdimensionnés. Quand ils sont blessés, la médecine les répare et on les renvoie au feu. »

D’autres spécialistes expriment même plus clairement la question des méthodes employées par les joueurs pour gagner de la masse musculaire et qui, forcément, flirtent allègrement avec le dopage. L’ancien vice-président de la LNR Patrick Wolff estime ainsi qu’il faut « arrêter les demi-mesures ». « Le rugby n’est pas fait pour devenir un sport spectacle, ajoute-t-il, sûrement pas avec des colosses qui se tamponnent. Il faut être intransigeant dans la lutte antidopage. Il faut définir des règles plus strictes. »   

Fins des placages au dessus des shorts

Les Anglais, eux, ont opté pour un autre changement dans les règles du jeu qui sera expérimenté cette saison dans le championnat outre-Manche : la limitation de la hauteur des plaquages. On estime en effet que 47 % des blessures causées au rugby le sont sur ces phases de jeu. C’est d’ailleurs malheureusement après un plaquage  que le jeune rugbyman d’Aurillac est décédé. »

Les responsables du projet de surveillance des blessures du rugby professionnel, géré conjointement par la Fédération anglaise de rugby, l’Association des joueurs et la Ligue anglaise, avait officiellement transmis en mars dernier une demande à World Rugby afin de prendre des mesures pour limiter les commotions. Leur idée ? Réduire la hauteur des plaquages, qui sont principalement à l’origine de ces blessures.

« Pour étayer sa demande, le groupe explique que le nombre de commotions a nettement augmenté depuis deux ans (15,8 commotions pour 1000 heures de jeu en 2015-16 à 20,9 pour 1000 heures de jeu en 2016-17) et que ces blessures représentent 22% des maux recensés pendant les matches, dont 43% pour les seuls plaqueurs » soulignait alors L’Equipe. Le directeur du service médical de la Fédération anglaise de rugby, Simon Kemp dans The Telegraph :

«Pour faire simple, nous devons éviter les contacts tête contre tête, tête contre genou, tête contre hancheOn veut que le plaqueur entre en contact avec le porteur de balle de sa taille à sa ligne d’épaules. On peut réaliser ce changement de deux manières : soit en changeant la hauteur réglementaire du plaquage, soit en changeant le comportement des joueurs en augmentant la sanction pour les plaquages qui résultent d’un contact avec la tête.»

On peut aussi progresser plus rapidement encore dans le processus de réduction des risques et d’amélioration de la qualité du jeu offert : interdire et sanctionner toute forme de placage « au-dessus du short ».

A demain