L'exfiltration d’Emmanuel Macron et les blouses blanches au sol: radicalisation et symbole

Bonjour

Nuages noirs sur la scène politique et médiatique : nous entrons dans la « radicalisation » des conflits. Ce fut, hier 17 janvier, un événement sans précédent dans l’histoire de la République : un Président « exfiltré » d’une salle de théâtre parisienne – sous les huées des manifestants et la protection rapprochée des forces de l’ordre.

Selon les images diffusées sur les réseaux sociaux, des dizaines de personnes se sont réunies vers 22 heures devant le théâtre des Bouffes du Nord, dans le 10arrondissement de Paris, où le chef de l’Etat assistait, en compagnie de sa femme Brigitte, à une représentation de La Mouche  criant des slogans pour protester contre la réforme des retraites. « Tous ensemble, grève générale » ET « Macron démission », illustraient, comme rapporte Le Monde  « l’impopularité du chef de l’Etat dans une partie de la population ».

Selon le Palais de l’Elysée, c’est le « journaliste militant »  Taha Bouhafs qui a révélé sur les réseaux sociaux la présence d’Emmanuel Macron au théâtre des Bouffes du Nord et incité des militants contre la réforme des retraites à se rassembler devant l’établissement. « Il a été interpellé par les forces de l’ordre et le spectacle a pu se poursuivre », explique-t-on au cabinet présidentiel.

Taha Bouhafs@T_Bouhafs Je suis actuellement au théâtre des bouffes du Nord (Métro La Chapelle) 3 rangées derrière le président de la république. Des militants sont quelque part dans le coin et appelle tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée.

Le Monde (Cédric Pietralunga et Alexandre Lemarié) précise que le chef de l’Etat est un grand admirateur de l’acteur et metteur en scène belge Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française, et ne rate aucun de ses spectacles. Il ajoute que cette scène n’est pas sans rappeler celle déjà vécue par Emmanuel Macron le 4 décembre 2018, au Puy-en-Velay quand, « venu en catimini », M. Macron avait dû rapidement s’éclipser sous les huées de la foule, sa voiture ayant même été poursuivie par des manifestants, aux cris de « Démission ! » ou « Ça va vous coûter cher ! ».

La « radicalisation » gagne du terrain. Et le président de la République doit bouleverser son agenda. Le 16 janvier la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa (qui entre en campagne dans le 14arrondissement de Paris pour les municipales de mars) a été elle aussi prise à partie lors d’une réunion publique par un groupe de manifestants. Dès le lendemain elle dénonçait,  sur Radio Classique, une action « très menaçante » et « antidémocratique ». Le ministère de la culture a annoncé l’annulation de la cérémonie des vœux de Franck Riester, qui devait se tenir le 21 janvier à Paris – en raison d’une action que la CGT voulait organiser pendant cet événement pour protester contre la réforme des retraites. 

« A l’Elysée, on veut néanmoins croire qu’il ne s’agit là que d’épiphénomènes et non les prémisses d’une nouvelle mobilisation du type de celle vécue lors de la crise des « gilets jaunes » rapporte Le Monde. Et au ministère de la Santé, parle-t-on d’épiphénomènes ou de prémisses davant ces manifestations à très forte charge symbolique qui montrent des soignants hospitaliers jeter leur blouses blanches au sol pendant les vœux de la direction ?  En moins d’une minute une vidéo dit tout de la colère hospitalière. Comme dans ce texte essentiel que nous évoquions ici même, hier : « L’hôpital, une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » de Stéphane Velut (Tracts, Gallimard, 3,90 euros).

Largement filmées et diffusées, ces nouvelles actions ont « fait le tour des réseaux sociaux ». Bernard Jomier @BernardJomier Vœux du directeur de l’hôpital St-Louis à Paris. Du jamais vu.

France Bleu Touraine ✔@FBTouraine Lors de la cérémonie des vœux de la nouvelle directrice de l’hôpital de Chinon, Dominique Osu, les personnels ont jeté leurs blouses. Une manière pour eux de mettre en lumière leur mouvement de grève sans gêner les soins des patients.

« Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler »

Une nouvelle fois invité de la matinale de France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch a dit son « émotion » devant ces actions. Au sein de l’AP-HP  environ 250 médecins viennent de se porter « démissionnaires »ont leur nom sur la liste des démissionnaires. Il leur tend la main : « ma porte est ouverte, on est à l’écoute ».

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a elle aussi ouvert sa porte. Pour recevoir, le 17 janvier ce « six représentants des médecins chefs de service démissionnaires désignés par le collectif Inter-hôpitaux ». Communiqué officiel dont le laconisme dit tout du blocage :

« La Ministre a proposé la poursuite d’un dialogue renforcé pour le suivi régulier et collectif des mesures « Investir pour l’hôpital » et pour l’élaboration de nouvelles mesures à venir en soutien de l’hôpital public. La Ministre s’est entretenue avec six représentants des chefs de service et médecins envisageant de se retirer de leurs fonctions administratives.

La Ministre a rappelé que la priorité immédiate est à la mise en œuvre des mesures « Investir pour l’hôpital » et que tout sera fait pour que les soignants et les hôpitaux bénéficient pleinement et rapidement de cet engagement massif et inédit pour l’hôpital public (…) Afin de poursuivre un dialogue régulier avec les professionnels de santé en faveur de l’hôpital public, la Ministre a proposé de construire une démarche de travail commune pour le suivi des mesures et pour préparer un deuxième paquet de mesures pour accélérer le rétablissement de l’hôpital public. »

Amère déception des médecins hospitaliers. « Pour le moment, le compte n’y est pas du tout », et les praticiens membres du collectif vont donc aller « au bout de leur démarche » de grève administrative, a déclaré devant la presse, au sortir de cette rencontre au ministère, l’un de leur porte-parole, le Pr Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert Debré, à Paris. Pr Xavier Mariette, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre : « Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler. »

A demain @jynau

Jacques Testart retrouve José Bové pour dénoncer une humanité génétiquement modifiée

Bonjour

Bloguer c’est, parfois, relayer le contenu des bouteilles lancée dans la mer médiatique. Ainsi cette tribune lancée dans les colonnes du dernier journal vespéral de la capitale : « Nous ne voulons pas d’une humanité génétiquement modifiée ! ». Comme un radeau de la Méduse – esquif essentiel, visible sur tous les écrans mais dont le monde entier se désintéresserait.  Cinq signataires seulement où l’on retrouve l’alliance (moins étonnante qu’il n’y paraît) entre José Bové, éleveur et Jacques Testart, biologiste-essayiste – les deux ici en compagnie de Dominique Bourg, philosophe. Sans oublier Elena Pasca, philosophe, administratrice de la fondation Sciences citoyennes et Michèle Rivasi, députée européenne (EELV).

On attendait Greta Thunberg. Elle n’y est pas. Voici le contenu de leur bouteille :

« La nouvelle loi de bioéthique est en cours d’examen au Sénat. Tandis qu’elle ouvre la PMA aux femmes seules ou en couple, ce texte approfondit en catimini le droit à la modification génétique d’embryons humains à des fins proclamées de recherche. La naissance d’enfants issus de tels embryons, aujourd’hui prohibée, pourrait être la prochaine étape des glissements progressifs validés au fil des ans par le Parlement.

En effet, la loi de bioéthique de 1994 interdisait les expérimentations sur les embryons humains. A partir de 2004, une dérogation était donnée aux chercheurs pouvant prouver qu’ils contribuaient au progrès médical. Puis ce critère a été supprimé en 2013. En octobre 2018, un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) recommandait que les laboratoires se contentent simplement de déclarer leurs travaux.

L’article 17 de la loi en préparation monte d’un cran dans la possibilité de manipuler l’embryon humain. Il supprime, avec le soutien du gouvernement, l’un des fondements de la bioéthique dans l’actuel code de la santé publique : ‘’La création d’embryons transgéniques ou chimériques est interdite.’’  Il remplace ce texte par : ‘’ La modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces est interdite.’’ Pourquoi lever l’interdiction absolue de la transgenèse et des chimères ?

La réponse à cette question porte un nom : Crispr-Cas9.

Cette technique d’édition du génome a récemment bouleversé le monde de la recherche. Elle permet de mettre en œuvre, au niveau de la cellule, des ciseaux génétiques à base de protéines qui font automatiquement muter des séquences d’ADN, sans injection d’ADN extérieur. Les ciseaux génétiques créent des mutations facilement et à un coût dérisoire par rapport aux anciennes techniques. Leur usage pourrait à terme devenir massif dans les laboratoires, même si tous leurs effets biologiques sont loin d’être maîtrisés.

Nous connaissons bien cette technique. Monsanto en possède une licence d’utilisation pour créer des semences génétiquement modifiées. Fin 2018, en Chine, elle a permis la naissance de ‘’bébés OGM’’, censés être immunisés contre le virus du sida, hors de tout cadre légal. Avec la levée de l’interdit chimérique et transgénique, Crispr-Cas9 passerait officiellement de la semence agricole à l’humain. La nouvelle loi pourrait donc ouvrir la voie à l’industrialisation de la modification génétique des embryons humains à une vitesse encore jamais atteinte.

Mais le désastre ne s’arrête pas là. Dans son article 15, la loi autoriserait la fabrication de gamètes artificiels à partir de cellules banales de chaque patient. Potentiellement innombrables, ces gamètes, au génome éventuellement modifié, pourraient créer de très nombreux embryons parmi lesquels on choisirait le plus convenable, sans imposer aux patientes les épreuves liées à la fécondation in vitro. Qui refuserait alors, dans le futur, la promesse d’un bébé « zéro défaut » ?

Le risque est grand d’orienter le génome de notre espèce à la suite de choix d’« amélioration » des enfants partout identiques, sous le prétexte qu’une technique est déjà disponible et qu’il est inutile de l’interdire. Le projet nous semble clairement eugéniste.

Les sénateurs et sénatrices sont par conséquent face à l’enjeu anthropologique de permettre à la technologie de modifier notre espèce de façon irréversible. L’usage des ciseaux génétiques et la possibilité de créer des embryons avec des gamètes artificiels doivent les inciter à revenir sur leurs pas : il faut refuser toute modification génétique des embryons humains ou leur sélection génétique massive. Les parlementaires, loin de faire preuve d’un zèle technophobe quelconque, ne feraient que rejoindre d’autres pays comme l’Allemagne et l’Irlande, qui ont déjà fait ce choix.

La naissance de la brebis Dolly en 1996 avait imposé un interdit mondial aux recherches sur le clonage humain. Mais c’était avant que la compétitivité technologique ne régule la bioéthique… Avec les ciseaux génétiques et la possibilité de créer des gamètes artificiels, la ruine de l’âme frappe aux portes du Parlement. Qui s’y trouvera pour les maintenir closes ? »

Mais qui, en janvier 2020, se souvient de la brebis Dolly, premier mammifère créé par clonage ? Qui comprend une phrase évoquant on ne sait quelle « ruine de l’âme » frappant aux portes d’un Parlement français, laïque et républicain ? Qui oserait raisonnablement imaginer, en l’an de grâce 2020, que les modifications génétiques des plantes et des animaux ne précéderont pas celles de l’humain ? 

A demain @jynau

La ministre des Solidarités et de la Santé est, aussi, en marche vers la mairie de Paris

Bonjour

De même que le tabac et les substances illicites le plein exercice du pouvoir exécutif peut devenir une drogue dure. Docteure en médecine, issue de la « société civile » et soudain devenue ministre macroniste Agnès Buzyn en fournit publiquement, à sa façon, une illustration. « Elle sera en principe la prochaine grande figure à rejoindre la campagne de Benjamin Griveaux pour la Mairie de Paris, nous annonce Le Monde (Denis Cosnard) confirmant une information qui circulait dans les petits milieux généralement bien informés. Après la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, le patron de La République en marche (LRM), Stanislas Guerini, puis  la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, est pressentie pour participer elle aussi à la bataille des municipales à Paris. »

Non, ce ne serait pas à la place de Benjamin Griveaux (comme l’avait publiquement souhaité François Bayrou en octobre 2019) mais en tant que tête de liste du parti présidentiel « dans le très stratégique 15e arrondissement, le plus peuplé et celui qui envoie le plus grand nombre d’élus au conseil municipal. »

 « Elle en a très envie, et c’est en bonne voie », a confirmé au Monde « un responsable du parti ». On se souvient que la ministre ne cachait nullement son envie, il y a peu, de prendre la tête de liste macronienne pour les élections européennes. « Envie », certes, mais est-ce bien politiquement raisonnable ? Comment oublier qu’Agnès Buzyn est aujourd’hui sur des fronts innombrables ? Qu’elle est notamment plus que mobilisée par la crise historique traversée par les hôpitaux français ainsi que par l’inextricable réforme gouvernementales des retraites.

Rien de plus sain que le suffrage universel

Comment pourrait-elle, en marche vers la mairie, ne peut pas donner l’impression d’abandonner ses responsabilités ministérielles ? Mais qu’importe ! « On peut être ministre et mener une rapide campagne, indique-t-on à Matignon. Sinon, ce serait interdire aux membres du gouvernement de se confronter au suffrage universel. Or, le suffrage universel est sain. » 

Il faut ici comprendre que face à une Anne Hidalgo (déjà tenue pour être réélue), le parti du président de la République doit faire preuve d’ingéniosité et d’audace. « Pour maximiser ses chances de succès, Benjamin Griveaux ajuste son offre à la demande. Des personnalités comme Agnès Buzyn pour séduire certains quartiers, des ‘’marcheurs’’ moins connus ailleurs, tels qu’Olivier Rouxel dans le 19e, explique Le Monde. Souvent des candidats de gauche dans les arrondissements de gauche, et des personnalités de droite dans les quartiers aujourd’hui de droite. C’est la version parisienne du fameux ‘’en même temps’’ d’Emmanuel Macron. »

Cumuler, en même temps, les plaisirs d’être ministre et co-maire de Paris ?

A demain @jynau

Quel sera le vrai coût de la «PMA pour toutes» ? La Croix contredit gravement le gouvernement

 Bonjour

Quand l’économique rejoint la bioéthique. C’est une enquête menée par La Croix (Loup Besmond de Senneville). Un travail aux conclusions dérangeantes quant aux conséquences pratiques de l’extension à « toutes les femmes » des techniques de procréation médicalement assistée. Résumons le sujet.

Selon le quotidien catholique on compterait, au moins, « 2 400 femmes lesbiennes en couple ou célibataires se rendent chaque année en Belgique et en Espagne pour recourir à une PMA ». Une évaluation qui laisse présager une demande bien supérieure à celle estimée par le gouvernement lorsque la loi de bioéthique permettra la « PMA pour toutes ».

Jusqu’à présent on estimait – sans grande précision – entre 2 000 et 3 000  le nombre des femmes qui pourraient chaque année demander à recourir à une PMA « étendue ».  Et c’est sur cette estimation que s’est fondée l’étude d’impact du gouvernement pour chiffrer le coût d’extension de la PMA : entre 10 et 15 millions d’euros.

Conviction renforcée par les chiffres

Pour établir ce chiffre, le gouvernement s’est fondé sur la seule étude quantitative sur la question : les travaux du chercheur belge Guido Pennings qui s’était penché sur la période 2005-2007, estimant à 760 par an le nombre de femmes françaises allant en Belgique à cette fin.

Pour y voir plus clair, La Croix a tenté d’établir ses propres chiffres, en s’intéressant aux deux pays qui accueillent le plus de Françaises dans leurs cliniques et hôpitaux de procréation médicalement assistée : la Belgique et l’Espagne. On lira la méthode de l’enquête centrée sur les Françaises ayant recours à un don de sperme.

« Impossible de savoir avec certitude, dès aujourd’hui, combien de femmes célibataires ou en couple lesbien recourront à la PMA en France si celle-ci leur est ouverte. Mais tous les professionnels de la procréation anticipent une hausse des demandes. Une conviction renforcée par nos chiffres » explique le quotidien catholique.

« On peut raisonnablement penser que les femmes qui vont à l’étranger représentent 30 % de celles qui en ont les moyens ou osent le faire, analyse Nelly Frydman, pharmacienne-biologiste et responsable du laboratoire de FIV à l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart. Est-ce que le nombre de femmes qui vont demander à accéder à la PMA va être multiplié par deux ? Par trois ? ». Que penser, dès lors, de l’étude d’impact gouvernementale, qui estimait le nombre de nouvelles demandes à une fourchette comprise entre 2 000 et 3 000 ? « Ce chiffre est évidemment totalement en dessous de la réalité », répond Nelly Frydman. Pour sa part, Nathalie Rives, présidente de la Fédération française des Cecos, anticipe une multiplication de la demande actuelle par 2,5 ou 3 – et ce en s’appuyant sur le cas du Royaume-Uni, qui a « étendu » la PMA en 2008.

La commercialisation des cellules sexuelles humaines

« Pour ces deux spécialistes, les centres français de PMA pourraient être confrontés à une demande de 3 000 à 7 000 femmes supplémentaires. Une fourchette à comparer aux 1 812 couples hétérosexuels à s’être inscrits pour bénéficier d’un don de sperme en 2017, souligne La Croix. Dans ce cas, le coût de l’extension ne s’élèverait alors plus à 10 à 15 millions comme l’indique l’étude d’impact du gouvernement, mais plutôt à une fourchette comprise entre 20 et 50 millions d’euros. Dans tous les scénarios, le schéma belge pourrait se reproduire : dans ce pays, près de 88 % des PMA avec tiers donneur bénéficient à des couples de femmes ou à des femmes célibataires. »

Conséquence pratique immédiate : le manque de dons de sperme – et ce alors qu’avec 404 donneurs en 2017, l’offre couvre actuellement tout juste la demande. « La demande va forcément dépasser l’offre », prévoit Nelly Frydman, qui demande que les pouvoirs publics organisent rapidement des campagnes pour recruter de nouveaux donneurs. « Sans cela, les gens continueront à aller à l’étranger ».  Dès lors, autre menace : l’appel aux banques (commerciales) de sperme étrangères – comme c’est le cas en Belgique ou au Royaume-Uni.  

« Le risque de marchandisation existe, prévient Nathalie Rives, qui appelle aussi à intensifier les campagnes de recrutement. Sans quoi, nos principes éthiques risquent fortement d’être bousculés. Et pourquoi avoir passé autant de mois à réfléchir sur la révision des lois de bioéthique si c’est pour les abandonner ? » Comment mieux prévenir ?

A demain @jynau

Il se trompe dans le dosage de Dépakine®, l’interne est condamné à plus de 10 000 euros

Bonjour

On ne commentera pas. « Bavure médicale à La Timone : l’interne condamné ». C’est une information de La Provence (Denis Trossero) reprise par Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos). Où l’on apprend qu’un interne de médecine de l’hôpital de la Timone de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille a récemment été condamné à verser 8 000 euros d’amende avec sursis et à une contravention de 800 euros par la sixième chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Il avait «mal dosé » la Dépakine®

Les faits datent de 2017. Fin octobre, un couple arrive aux urgences de l’hôpital de la Timone avec leur bébé de vingt mois. Atteint d’une pathologie oncologique, l’enfant est « traité avec des bêtabloquants et de la Dépakine® pour améliorer l’efficacité de sa chimiothérapie », précisait alors  France Bleu Provence. Les parents alertent les équipes médicales que leur enfant est dans un état comateux après chaque prise de médicaments. 

Or, l’ordonnance rédigée par un interne comporte une erreur de conversion entre milligrammes et millilitres ayant conduit à un dosage de Dépakine® , dix fois supérieur à la normale. Un lavage d’estomac fut pratiqué d’urgence. Puis les parents portèrent plainte contre l’hôpital.

Outre l’amende et la contravention, l’interne devra verser à chacun des parents le somme de 1 000 euros en réparation de leur préjudice moral. Magnanime, la justice n’inscrira pas cette condamnation au casier judiciaire de l’interne.  La pharmacienne qui était également poursuivie a été relaxée. On ne commentera pas.

A demain @jynau

«Arrêt-maladie en un clic» : le promoteur allemand répond aux accusations de la France

Bonjour

On se souvient de l’affaire « arrêt-maladie en un clic » 1 Soit l’arrivée en France d’un système ubérisé de téléconsultation médicale (arretmaladie.fr) qui a soudain déclenché la colère de l’Assurance maladie, des syndicats médicaux et de l’Ordre des médecins. On se souvient notamment des accusations peu amènes de Nicolas Revel, directeur général de l’Assuramce maladie et du Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre. Des accusations qui visaient le Dr Can Ansay, avocat et docteur en droit de Hambourg, à l’origine de cette entreprise.

Nous avons demandé au Dr Ansay s’il acceptait de répondre aux accusations et aux poursuites dont il faisait l’objet. Nous publions ici ses réponses. En laissant grande ouvertes, s’ils le souhaitent, les portes de ce blog à Nicolas Revel et au Dr Patrick Bouet.

Etes-vous surpris des attaques dont vous faites l’objet en France (Assurance-maladie et Ordre des médecins)? « – Oui, j’ai été très surpris. Car contrairement à l’Allemagne, avant d’entrer sur le marché français, je m’assurais auprès des avocats français que notre prestation était 100% légale et que nos congés maladie étaient 100% valables. Ce sont des points cruciaux que personne n’a jamais remis en question.

« Il n’y a pas de critiques majeures, car toutes les personnes impliquées bénéficient des avantages de notre technologie. Parce que nous rendons les services médicaux beaucoup plus rapides, plus fiables, plus pratiques et moins chers en utilisant les technologies de l’information et l’intelligence artificielle. Nous l’avons déjà prouvé en Allemagne avec plus de 30 000 certificats d’arrêt de travail, nous n’avons reçu aucune plainte pour mauvais diagnostic ou abus.

« Notre service permet non seulement d’économiser beaucoup de temps aux patients et aux médecins. En augmentant l’efficacité et la qualité, nous pouvons également réduire considérablement les coûts pour le système de santé en ex. réduire le coût des congés de maladie à 5 €, que la CNAM pourra alors nous rembourser directement. Ce serait une économie pouvant atteindre 100 millions d’euros par an.

« Je suis surpris que certains critiques qualifient cette augmentation d’efficacité et de qualité de commercialisation contraire à l’éthique et l’évaluent négativement. Au contraire, je trouve contraire à l’éthique de ne pas utiliser ces grands avantages de notre technologie et, par exemple, pour forcer un patient souffrant de migraine dans le pays à se rendre simplement au bureau du médecin le plus proche pendant des kilomètres, même s’il connaît bien le diagnostic et les recommandations de thérapie.

« Au lieu de combattre notre service avantageux, en France, il vaut mieux combattre le présentisme où les Français sont champions d’Europe. Selon une étude, 62% des salariés français se rendent au travail malgré la maladie et nuisent ainsi à leur santé et à leur employeur (Le Monde du 11 janvier 2019)

« Par conséquent, tous les experts vous conseillent de rester à la maison avec un rhume léger, afin de ne pas infecter vos collègues. Malheureusement, le système en France oblige les travailleurs à se rendre au travail parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’une perte de salaire. Au lieu de passer une journée à se détendre, les travailleurs se traînent pour aller au travail, puis abandonnent plusieurs jours par semaine plus tard. En témoigne le nombre de jours d’arrêt maladie en France d’environ 18 jours.

« Soit dit en passant, je trouve le système avec une seule compagnie d’assurance maladie bien meilleur qu’en Allemagne, où des centaines de compagnies d’assurance maladie ont été fondées dans le but d’augmenter la concurrence et l’innovation à travers la concurrence. Mais la CPAM / CNAM est beaucoup plus innovante car la transmission numérique des congés de maladie est déjà possible en France, ce qui ne sera pas possible en Allemagne pour longtemps. La prochaine fois que je rencontrerai le ministre allemand de la Santé, je recommanderai donc qu’il présente également le modèle français en Allemagne.

Heureusement, des deux lettres de la CNAM et de la CNOM, il s’ensuit que la critique ne faisait référence qu’aux informations sur mon site que j’ai maintenant modifiées ou supprimées. Il est plus important pour moi que les experts approuvent arretmaladie.fr, par ex. Roland MICHEL (Délégué Général chez Stratégie Innovations Santé):
https://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/telemedecine-l-assurance-maladie-attaque-en-justice-le-site-arretmaladie-fr-1201-1214297.html


Que répondez-vous à l’accusation de « tromperie » (concernant le remboursement) ?« – J’ai supprimé les informations de remboursement pour examen juridique. J’ai affirmé sur le site Web que les frais étaient fondamentalement remboursables. Ce faisant, je me suis référé à un site ameli.fr, qui pour moi doit être compris de telle sorte que chaque patient reçoive au moins 30% de remboursement de la CPAM. Parce que sur le site il y a une photo d’une téléconsultation et il est dit ci-dessous que le patient reçoit un remboursement de 30% quel que soit le médecin qu’il consulte: https://www.ameli.fr/haute-saone/assure/remboursements/etre-bien-rembourse/medecin-traitant-parcours-soins-coordonnes

Que ferez-vous si la demande d’interdiction est prononcée par la justice ? Ferez-vous appel ?« – Je ne sais pas pourquoi notre site Web devrait être interdit car nous avons répondu à toutes les demandes CNAM / CNOM et modifié les informations sur notre site. Il n’est pas non plus légalement possible d’interdire notre site. Mais s’il devait y avoir un jugement interdisant notre site Web, je ferais bien sûr appel. Si mon site est interdit, livi.fr et qare.fr 2 doivent également être interdits, car ces sites proposent également des arrêts maladie en ligne, pour une longue durée et une fréquence illimitée et des maladies illimitées.

Quelles étaient (quelles sont) vos perspectives de développement en France ?«  – Dans les prochaines semaines, nous optimiserons notre service en France afin qu’il ait la même efficacité et qualité qu’en Allemagne. Ensuite, nous ajouterons les autres maladies comme cause de congé de maladie, de sorte que nous offrons un total de sept maladies. Nous voulons également que le patient ne nous paie pas directement, mais que l’assurance maladie nous paie directement un montant beaucoup moins cher. Cela signifie que beaucoup plus de patients peuvent bénéficier des avantages de notre service. Nous avons également développé un Symptom Checker, que nous lancerons prochainement en France.

Comment expliquez-vous la différence existant, sur ce sujet, en Allemagne et en France ?  «  – En Allemagne, seule la troisième plus grande compagnie d’assurance maladie a commenté nos débuts en Allemagne à l’époque et a déclaré que vous acceptez nos congés de maladie comme tout le monde. Cependant, 95% de nos patients en Allemagne sont légalement assurés et ne reçoivent aucun remboursement. les présidents des associations médicales des différents États allemands étaient très différents. La mentalité en France est également plus passionnée qu’en Allemagne, où les autorités et les fonctionnaires sont plus factuels.

A demain  @jynau

1 Nau J-Y « Pourra-t-on bientôt commander un arrêt maladie sans bouger de son lit ? » Slate.fr 13 janvier 2020

2 Pour sa part Hellocare (fondé en 2016) estime que le lancement d’arretmaladie.fr « a créé une telle virulence auprès de divers syndicats et auprès de l’Ordre des Médecins que l’image de la télémédecine en pâtit ».  Dans ce contexte, Mathilde Le Rouzic, COO de Hellocare – plateforme e-santé mettant en relation les professionnels de la santé et les patients –  explique « rejoindre les pouvoirs publics » et « s’efforcer à s’opposer à une ubérisation de la médecine ».  Mathilde Le Rouzic :

«  La vulgarisation de la téléconsultation – à travers les services délivrés par des acteurs tels que arretmaladie.fr – véhicule une très mauvaise image de notre métier, et ce au dépit de notre volonté d’être en conformité avec la réglementation. Nous sommes affligés de constater que certains s’engouffrent dans des brèches – et profitent d’un contexte sociale fragilisé par des grèves – pour développer leur visibilité. Le site arretmaladie.fr utilise un Hubspot pour collecter les données de santé. Ainsi, les données sensibles sont envoyées directement dans un CRM dont les bases sont hébergées sans le niveau de sécurité adéquat aux USA. Nous espérons une réponse rapide et ferme du gouvernement et pouvoirs publics ainsi qu’un meilleur encadrement de ces pratiques afin que l’image de ceux qui respectent la réglementation ne soit pas pénalisée. »

«Haine» ou pas : l’intérêt porté aux médias est aujourd'hui en chute libre révèle La Croix

Bonjour

C’est à la fois un sondage et une étrange mise en abyme. « Un intérêt pour l’actualité en baisse et une confiance dans les médias toujours très faible » :  tels sont les résultats du baromètre annuel réalisé par Kantar pour le quotidien La Croix, publié mercredi 15 janvier. Selon cette enquête, seuls 59 % des Français disent suivre l’actualité avec un intérêt « assez grand » ou « très grand » – ils sont 41 % a déclaré un intérêt « très faible » ou « assez faible » – un niveau en recul de 8 points par rapport à l’an dernier.

« Il s’agit de la plus forte chute jamais enregistrée depuis le lancement du baromètre en 1987, précise l’AFP.  Elle confirme une tendance à l’œuvre depuis quelques années : l’intérêt pour l’information a dégringolé après un pic de 76 % atteint en 2015, en pleine vague d’attentats, qui était proche de son record absolu (77 % en 1993). Quant à la confiance envers les médias, elle reste à des niveaux extrêmement faibles. Comme l’an dernier, seuls 50 % des Français jugent que les infos diffusées à la radio sont crédibles, un niveau historiquement bas. »

Plus précisément la « confiance » dans la télévision remonte de deux points mais reste faible, à 40 %, tout comme celle envers la presse écrite (+ 2 points à 46 %). Enfin, la « confiance » dans les infos sur Internet (mesurée par le baromètre depuis 2005), retrouve son plus faible étiage à 23 % (- 2 points), loin de son sommet à 39 % atteint en 2015.

Entre le moutonnier et l’anxiété

« Ces chiffres ont de quoi inquiéter, observe l’AFP, alors que les médias sont confrontés régulièrement à la forte défiance des citoyens, au même titre que d’autres institutions. ‘’On s’en aperçoit tous les jours sur le terrain, et dans les réactions de nos téléspectateurs et internautes’’, a confié Valérie Nataf, directrice de la rédaction de LCI, lors d’une présentation du baromètre à Paris. Le phénomène semble lié en partie au nombre de canaux d’information, qui se trouvent démultipliés par les réseaux sociaux, et à des actualités souvent anxiogènes, qui peuvent générer du rejet. »

Autre élément critiqué par les Français : le fonctionnement souvent moutonnier des médias. Les personnes interrogées lors de cette enquête déplorent la surmédiatisation de certains sujets, comme l’incendie de Notre-Dame de Paris, au détriment de problématiques comme la crise climatique et les violences conjugales.

Pour Vincent Giret, patron de la radio publique France Info, la défiance s’est accélérée avec la crise de gilets jaunes. Elle « reste dans la mémoire historique de nos rédactions, comme quelque chose de très fort, comme un acte de défiance et même de violence physique avec les journalistes qui ont été très malmenés sur le terrain ».

Face à ce constat, quelles solutions ? Le développement de l’éducation aux médias ? La lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux ?  Une présence plus importante des médias traditionnels sur le numérique ? Le dialogue entre les rédactions et les citoyens ?

 Mieux encore : un Conseil de l’Ordre des médias –  instance de déontologie qui pourrait servir d’arbitre et de médiateur entre eux et les citoyens ? Un Ordre comme celui des médecins ? Qui pourrait raisonnablement imaginer que ce serait la panacée ?

A demain @jynau