«Tuer le cancer» pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot

 

Bonjour

« Première matinale de France », France Inter invitait, ce 19 janvier, le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot. Elle vient de publier « Tuer le cancer » éditions Stock, 285 pages, 19,50 euros. On retrouvera ici son intervention et ses réponses à Patrick Cohen ». Et point n’est besoin d’être grand clerc pour comprendre que cette invitation fera polémique.

Mme Paterlini-Bréchot mène depuis plus de trente ans une quête scientifique ambitieuse : « traquer » le cancer en isolant au sein du sang circulant les cellules cancéreuses qui, avant les premiers symptômes, signent la présence d’un processus malin en formation. C’est une quête menée par une femme enthousiaste et courageuse – une femme atypique qui, dans le passé, a déjà suscité diverses polémiques assez complexes jamais véritablement explorées par les gazettes. C’est aussi, point notable, une quête menée au sein de l’espace de la recherche publique française : l’INSERM, l’université Paris Descartes et l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Etonnantes pincettes

Ces longues recherches ont conduit à la mise au point d’un test dénommé ISET « Isolation by Size of Tumor cells / Trophoblastic cells »). Ce test (objet d’autant d’espoirs que d’interrogations) a été breveté par les institutions publiques au sein desquelles travaille la chercheuse. Il est aujourd’hui commercialisé. Et la publication de l’ouvrage, très personnel, de Mme Paterlini-Bréchot fournit l’occasion d’en vanter les mérites. L’occasion, aussi, de s’interroger sur les étonnantes pincettes qui sont prises pour sa commercialisation dans quelques laboratoires de biologie médicale (engagements écrits pour consentements éclairés du prescripteur et du patient…).

Ce test, explique celle qui l’a mis au point, est facturé 486 euros. Il précise aussi qu’il n’est pas remboursé par l’assurance-maladie, qu’il devrait être pratiqué autant que de besoin, que la ministre de la Santé Marisol Touraine s’est intéressée à ses travaux, qu’elle espère que le remboursement sera un jour obtenu, que les droits d’auteure de son livre iront à la recherche sur le cancer, que ce test vise à identifier précocement toutes les formes de cancer solides, y compris le « cancer du fumeur » comme le démontrent les travaux, à Nice des Prs Paul Hofman et Charles-Hugo Marquette 1

Mme Paterlini-Bréchot explique aussi que les personnes intéressées peuvent avoir tous les renseignements sur le un site dédié : http://www.isetbyrarecells.com/fr/. Un site qui cite les deux laboratoires privés (à Paris et à Nice) qui propose, pour 486 euros) cette méthode diagnostique non remboursée.

Deux vitesses contre le cancer

 « La machine qu’elle a conçue ressemble, selon ses dires, à ‘’une chimère de photocopieuse et de cafetière’’. Mais elle est capable de détecter une seule cellule tumorale dans 10 millilitres de sang, ‘’donc perdue au milieu de 100 millions de globules blancs et de 50 milliards de globules rouges’’, raconte pour sa part Le Point (Anne Jeanblanc). Fière de son indépendance, mais ne pouvant financer les grandes études scientifiques qui assureraient un développement rapide de sa découverte, Patrizia Paterlini-Bréchot a choisi de vendre son procédé aux laboratoires de recherche intéressés. Pour cela, elle parcourt le monde. Trente machines ont déjà été achetées. Et, depuis peu, les patients français souffrant d’un cancer peuvent bénéficier du test ‘’cytopathologie sanguine selon la méthode Iset’’. Malheureusement, trop peu de médecins le connaissent et il n’est pas encore remboursé. Mais cela ne devrait pas durer. »

A ce stade, que penser ? Comment de telles informations vont-elles entrer en résonance ? Que font, ici, les autorités sanitaires (l’Institut National du Cancer au premier chef) et celles de l’assurance maladie ? Faut-il se résoudre, en France et en 2017, à « tuer le cancer » à deux vitesses ?

A demain

1 « Tabagisme : détecter, via le sang, le cancer du poumon des années avant. Mais encore ? » Journalisme et santé publique, 31 octobre 2014

Comment va-t-on faire pour ne jamais en finir avec les « compléments d’honoraires » ?

Bonjour

La présidentielle approche, des bouleversements s’annoncent, les esprits s’échauffent. En 1981 un médecin bien né (aujourd’hui proche de François Fillon) prophétisait la soviétisation de la médecine française. On sait ce qu’il en fut. L’année précédente Raymond Barre, alors Premier ministre, créait le « secteur 2 ». Il autorisait les praticiens à fixer librement (avec « tact et mesure ») leurs honoraires. Une astuce historique permettant de ne pas augmenter les tarifs des médecins conventionnés et à l’assurance-maladie de ne pas accroître ses charges. On sait ce qu’il en est. Ou ne sait pas ce qu’il en sera.

Il y a un an, après un siècle de palinodies, la loi de modernisation de notre système de santé de janvier 2016 était promulguée. Aujourd’hui c’est son article L. 6112-2 qui fait polémique : avec lui ressurgit l’affaire des « dépassements d’honoraires ». C’est le CISS qui lève le lièvre : « Dépassements d’honoraires à l’hôpital : un pas en avant, deux pas en arrière ! ». Résumons.

Absence de facturation

L’article L. 6112-2 dispose que les établissements de santé assurant le service public hospitalier (hôpitaux publics et cliniques privées assurant des missions de service public) et les professionnels de santé qui exercent en leur sein garantissent à toute personne qui recourt à leurs services l’absence de facturation de dépassements d’honoraires.

 On peut aussi, comme le CISS, le dire autrement :

« Il était explicitement interdit à tout médecin exerçant au sein d’un établissement de santé assurant le service public hospitalier de facturer des dépassements d’honoraires dans le cadre de son activité libérale. Interdiction confirmée par l’interprétation de nombreux juristes suite à l’avis du Conseil Constitutionnel au moment de l’adoption de la loi. »

Il y a la loi et puis il y a les appétits,  la pratique. Les associations d’usagers s’étaient tout naturellement félicitées de cette « avancée en faveur de l’égalité de traitement » ; elle abolissait selon elles « une aberration difficile à justifier ». Mais, déplore le CISS, « les dépassements ont continué leur progression dans le cadre de l’activité libérale à l’hôpital ».

Qui sont les médecins qui, au sein de l’hôpital public « dépassent » ? Selon le CISS environ 43% des 4 500 praticiens hospitaliers y pratiquant une activité libérale (soit 1900 médecins) et 4% seulement des 40 000 praticiens hospitaliers qui n’ont aucune activité privée au sein de l’hôpital public.

Ubuesque et discriminatoire

Au regard de la loi la situation était injustifiable. Aussi le gouvernement, dans une ordonnance du 13 janvier 2017, est-il venu corriger le texte de loi. Pour faire quoi ? Pour y introduire une dérogation en faveur des praticiens statutaires à temps plein exerçant au sein des établissements publics de santé. En d’autres termes, selon le CISS ; « les praticiens exerçant à l’hôpital public pourront ainsi officiellement continuer de facturer des dépassements d’honoraire au sein de l’activité libérale qu’ils pratiquent dans ses murs, tandis que les médecins officiant dans les cliniques privées en charge de mission de service public ne le pourraient plus ».

Pour le CISS c’est ubuesque et discriminatoire. Et d’autant moins acceptable que cette mesure « corrective » est contraire à l’esprit du législateur. « Elle outrepasse le cadre strict de l’habilitation législative et elle participe de l’inintelligibilité des coûts de soins » dit joliment le Collectif. Il ajoute :

« Que craignait-on à assumer une disposition législative interdisant les dépassements d’honoraires dans les établissements assurant le service public hospitalier ? Le courroux d’une poignée de « médecins stars » qui proposent des réductions de délais d’attente et leur expertise en échange de prix souvent très élevés, en menaçant de quitter leurs responsabilités au sein du système hospitalier public si on les en empêche ? La contestation des établissements de santé qui ont l’air de s’accommoder de ces pratiques qui leur rapportent ? En tout état de cause, c’est l’indignation du côté des usagers. »

 La vision élargie du Dr Ortiz

Le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, n’adhère pas au CISS mais le remercie néanmoins « de pointer du doigt les mesures inéquitables de la loi de santé concernant le service public hospitalier ». Il s’interroge :

« Comment arriver à justifier que les médecins des hôpitaux publics puissent prendre des compléments d’honoraires dans le cadre de leur activité libérale, alors que les médecins libéraux exerçant en clinique voient leurs établissements exclus du service public uniquement et précisément sous le prétexte qu’ils prennent des compléments d’honoraires ? Dans notre République, mère de l’égalité, voilà qui a de quoi surprendre plus d’un ! »

Après les remerciements de façade, l’attaque est brutale : le CISS n’a qu’une « vision étroite et dogmatique » : « Secteur privé à l’hôpital : le Ciss à côté de la plaque ! ». Sa volonté d’éradiquer les compléments d’honoraires (comme ‘’certains responsables politiques’’ proposent de le faire), loin de « défendre l’intérêt des patients », aboutirait « à accroître les difficultés d’accès aux soins ».

Faute de vision élargie le CISS ne peut pas percevoir la vraie raison de nos malheurs : l’indigence des tarifs médicaux conventionnés français. C’est elle, selon le Dr Ortiz, qui est à l’origine  des compléments d’honoraires « avec la bénédiction et l’accord de l’Etat ».  Cela a commencé avec la création du secteur 2. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons durant l’année 1980. On connaît la suite.

A demain

Cannabis : faut-il, désormais, être propriétaire pour dormir sur ses deux oreilles ?

 

Bonjour

Constitution et stupéfaction. Faudrait-il, désormais, être propriétaire pour détenir des drogues illicites tout en dormant sur ses deux oreilles ? C’est, résumée, la troublante question qui est posée à Laurent Fabius et aux membres du Conseil constitutionnel qu’il préside, sans vagues, depuis bientôt un an. Le trouble est d’autant plus grand que la question résulte de la loi « Egalité et Citoyenneté » adoptée par le Parlement le 22 décembre 2016. Un projet porté notamment par Emmanuelle Cosse, aujourd’hui étonnement « ministre du Logement et de l’Habitat durable » (sic).

La question est posée aux Sages par les associations AIDES, ASUD (Association d’auto-Support des Usagers de Drogues), DAL (Droit Au Logement) et Médecins du Monde.

Des explications s’imposent. Les voici. Faute de bénitiers républicains le diable niche ici dans l’article 119 de cette loi. Il dispose ceci :

« Le contrat de location est résilié de plein droit, à la demande du bailleur, lorsque le locataire ou l’un des occupants du logement a fait l’objet d’une condamnation au titre d’une infraction sanctionnée à la section 4 du chapitre II du titre II du livre II du code pénal et concernant des faits qui se sont produits dans le logement, l’immeuble ou le groupe d’immeubles ».

Acquisition, transport ou détention

En pratique cette disposition permet l’expulsion de locataires y compris des familles avec leurs enfants à la demande du bailleur, privé ou social, si un occupant du logement a été condamné pour acquisition, transport ou détention de stupéfiants.

On peut aussi le dire autrement, comme les associations militantes qui sonnent à la porte des locataires du 2, rue de Montpensier, dans le 1er arrondissement de la capitale :

« Cet article remet indéniablement en cause l’objectif constitutionnel du droit au logement décent. Cette condamnation automatique et arbitraire s’appliquerait aux locataires et aux occupants indistinctement, car l’article vise l’ensemble d’une famille ou d’une colocation et le bail peut être résilié même si le locataire n’est pas concerné par la condamnation ou qu’il n’en a pas connaissance. »

« La loi nouvelle vise aussi bien le trafic que l’acquisition ou la détention de tout stupéfiant. Elle s’applique pour toutes les condamnations sans limitation tirée de la date des faits sanctionnés ou de la décision. Un bail pourrait donc être résilié sur le fondement de faits anciens même antérieurs au début du bail. Avec 1,4 millions de consommateurs réguliers de cannabis en France (OFDT, 2017), combien de foyers seraient concernés par cette mesure ? Faudrait-il dorénavant exiger de son futur colocataire un extrait de casier judiciaire ou encore le soumettre à son propriétaire ? »

On ajoutera, avec les militants, que cette mesure pécherait par son inefficacité : l’expulsion d’une personne n’empêchera nullement les activités illicites de se poursuivre dans un lieu où les « réseaux » sont implantés et qui sont d’ailleurs « de plus en plus tenus par des personnes non résidentes du lieu de trafic pour des raisons de rentabilité ».

Principes fondamentaux

Mais il y a plus grave : cet article de loi entre en totale contradiction avec les politiques de réduction des risques et de prévention de la récidive – sans même parler de la prévention des expulsions locatives et la lutte contre la grande exclusion. L’exemple de la salle se shoot parisienne démontre (s’il en était besoin…) que les usagers de drogue fréquentant les structures de réduction des risques et spécialisées en addictologie ont déjà difficilement accès au logement. Cette mesure aurait de bien malheureuses conséquences sur les « parcours de soins » des personnes souhaitant se réinsérer, notamment après une condamnation.

On peut, là aussi, le dire autrement : dans l’attente d’un « revenu universel », avoir un logement stable est une condition essentielle pour obtenir des droits qui permettent l’accès aux soins. C’est pour toutes ces raisons que les associations AIDES, ASUD, DAL et Médecins du Monde (épaulées par le Syndicat de la magistrature) font valoir que ce texte est contraire aux principes fondamentaux dont le Conseil constitutionnel est le gardien et le symbole. Dans un Paris glacé les locataires du 2, rue de Montpensier doivent rendre leur décision au plus tard le 27 janvier prochain

A demain.

 

Salle de shoot à Paris, trois mois après : parmi les usagers tous ne sont pas des « précarisés »

Bonjour

C’est simple : pas un. Même Emmanuel Macron que l’on commence (judicieusement) à rapprocher de la blancheur de Jean Lecanuet (1920-1993). Aucun des candidats à l’élection présidentielle ne s’exprime sur cet enjeu majeur qu’est la « politique de réduction des risques ». Vanter les mérites de la prévention, toujours. Traiter de la cigarette électronique, jamais. Discourir sur le cannabis, oui. Prendre des engagements comptables sur un programme de réduction drastique du tabagisme ? On verra…C’est là une forme de démission, d’absence de courage, qui n’est pas pour rien dans la désaffection grandissante des citoyens pour son personnel politique.

Du quinquennat finissant on gardera, entre mille sujets, la mémoire des « salles de shoot » (de « consommation à moindre risque). C’est là une expérience frontière et un parfait indicateur de la volonté politique d’agir dans un domaine où la pédagogie est essentielle. Il aura fallu, in fine, plus de quatre ans pour obtenir, après mille et une contorsions, que le premiers de ces espaces puisse être créé en France : dans des locaux attenants à l’hôpital Lariboisière (AP-HP). Cette salle fut inaugurée le mardi 11 octobre la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Pour Marisol Touraine il fallait voir là « une avancée majeure pour la santé publique dans notre pays, une réponse innovante et courageuse à une situation d’urgence sanitaire ».

Trois mois après

Et maintenant ? Trois mois plus tard le président de l’association Gaïa, le Dr Jean-Pierre Lhomme fait un premier point d’étape dans un entretien publié par Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb).

« Il serait prétentieux et peu rigoureux de parler de bilan à seulement trois mois. Il s’agit plus d’un point d’étape encourageant. Nous pouvons faire un constat : 170 à 220 passages par jour. Ce sont donc 8 000 injections qui n’ont pas eu lieu dans l’espace public. On compte aussi 5 000 passages pour récupérer du matériel d’injection ou pour du conseil. Cela représente une file active de 500 personnes, ce qui est acceptable.

« Dès le premier jour, 65 personnes sont venues. Ces premiers usagers ont progressivement informé leurs connaissances. Il s’agit en partie d’usagers que l’on connaissait dans notre CAARUD (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) ou qui viennent d’autres CAARUD parisien, et en partie des consommateurs qui n’étaient intégrés à aucun dispositif. »

Le Dr Lhomme précise que les consultations médicales infirmières sont en place, que des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC) sont pratiqués, que des cas de contaminations par le VHC ont été identifiés. « Le diagnostic du VHC permet d’entamer une discussion autour du passage à des modes de consommation moins risqués, voire à des produits de substitution, explique-t-il.  La présence de postes d’inhalation favorise également le basculement de l’injectable vers le fumable, qui présente moins de risque. Nous pouvons aussi compter sur nos relais en soins somatiques, en addiction et en psychiatrie. Nos partenaires répondent rapidement à nos sollicitations. On est dans le mûrissement de l’intentionnalité de soin avant le passage du consommateur dans des structures ad hoc. »

Mains tendues

Le médico-médical n’est pas tout : il y a les demandes d’hébergement, celles d’aide à la récupération des droits. Aujourd’hui les horaires, le budget et le personnel permettent d’accueillir jusqu’à 350 personnes par jour dans de bonnes conditions. On comprend que tout n’est encore totalement réglé avec les riverains : « l’assise de la salle de consommation reste fragile. Il faut continuer le travail d’acceptation. Il y a eu une réunion du comité de voisinage, et les riverains nous font part des petits dysfonctionnements ».

Et puis le Dr Lhomme donne cette information : « On ne peut pas encore faire d’étude sociologique, mais nous n’avons pas que des usagers précarisés. Certains sont socialement bien intégrés mais l’offre proposée par la salle de consommation leur convient mieux. » Un élément qui pourrait être mal interprété – et peut-être même utilisé contre le principe même de ces espaces soignants d’un nouveau genre.

Mais c’est aussi là une donnée qui rappelle que les « usagers » (qu’ils soient ou non « précarisés ») sont avant tout des malades souffrant gravement d’addictions à des « produits ». La démonstration de la priorité qui doit être donnée à cette main tendue qu’est (aussi) une politique « courageuse » de réduction des risques. Qu’en dira Emmanuel Macron ? Qu’en aurait dit Jean Lecanuet ?

A demain

Parfum d’apocalypse : une bactérie résistante à vingt-six antibiotiques a tué aux Etats-Unis

Bonjour

Agée de 70 ans, la femme est morte en septembre dans le Nevada, mais les CDC américains ne révèlent son dossier qu’aujourd’hui :  « Notes from the Field: Pan-Resistant New Delhi Metallo-Beta-Lactamase-Producing Klebsiella pneumoniae — Washoe County, Nevada, 2016 ». L’affaire est reprise par la BBC : « Bug resistant to all antibiotics kills woman ». Et cette femme morte du Nevada fait froid dans le dos : elle était devenue résistante à tous les antibiotiques disponibles aux Etats-Unis – soit vingt-six principes actifs 1.

Cette malade avait effectué un voyage en Inde au cours duquel une fracture à la jambe s’était compliquée d’une infection. Hospitalisée aux Etats-Unis le 18 août elle y est décédée début septembre. Différents prélèvements biologique furent adressés aux CDC pour analyses approfondies.

Post-antibiotiques

Il est acquis que cette femme était infectée par une souche de  Klebsiella pneumoniae  avec présence de la redoutable New Delhi metallo-beta-lactamase (NDM). « Il est encore assez inhabituel pour une infection bactérienne d’être résistant à un si grand nombre d’antibiotiques, a expliqué à la BBC Dr David Brown Antibiotic Research UK  Heureusement, c’est un cas extrême, mais il pourrait bientôt devenir trop commun. Cela s’est produit ici en raison d’une histoire personnelle avec de multiples hospitalisations en Inde . Pour autant la facilité des voyages mondiaux fait que le nombre de ce type de cas va augmenter. »

Reste le cas de la fosfomycine, indisponible sous une forme injectable aux Etats-Unis. Pour la Pr Laura Piddock (Antibiotic Action, University of Birmingham) dans de telles circonstances, quand les médecins sont confrontés à l’incapacité de traiter une infection potentiellement mortelle, ils ont besoin de la souplesse nécessaire pour utiliser des antibiotiques autorisés dans d’autres pays et dont on a démontré qu’ils sont encore, eux, actifs contre la bactérie qui infecte le malade.

Certes. Et quand plus rien d’efficace n’existera, que fera-t-on ? Que fait-on pendant l’annonce de l’apocalypse ?  Comment vivra-t-on aux temps du post-antibiotiques ?

A demain

1 Extrait, éclairant, de la note des CDC : « Antimicrobial susceptibility testing in the United States indicated that the isolate was resistant to 26 antibiotics, including all aminoglycosides and polymyxins tested, and intermediately resistant to tigecycline (a tetracycline derivative developed in response to emerging antibiotic resistance). Because of a high minimum inhibitory concentration (MIC) to colistin, the isolate was tested at CDC for the mcr-1 gene, which confers plasma-mediated resistance to colistin; the results were negative. The isolate had a relatively low fosfomycin MIC of 16 μg/mL by ETEST.* However, fosfomycin is approved in the United States only as an oral treatment of uncomplicated cystitis; an intravenous formulation is available in other countries. »

Ubu roi : l’inénarrable affaire du vaccin DTP rebondit soudain devant le Conseil d’Etat.

 

Bonjour

Le vieux quotidien continue à suivre certains de ses dossiers. Parmi eux celui, chaque jour plus épais, des vaccins. Aujourd’hui Le Monde (François Béguin) nous révèle que l’Etat français pourrait être contraint de trouver (avant l’élection présidentielle) une solution pratique pour assurer la disponibilité des seuls vaccins obligatoires : ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). Aussi étrange que cela puisse paraître au citoyen ces trois vaccins sont introuvables depuis 2008. Plus précisément ces vaccins sont introuvables seuls : ils existent, certes, mais toujours associés à d’autres valences : coqueluche, hépatite B et Haemophilus influenzae de type b…

On peut le dire autrement : les prescripteurs et les parents se voient contraints d’utiliser des spécialités associant les trois vaccins obligatoires à des vaccins simplement recommandés. Il y a là une incohérence qui alimente la suspicion croissante contre le geste vaccinal. Cette anomalie jamais expliquée par la ministre en charge de la santé publique laisse aussi supposer que les multinationales vaccinales ont tout fait pour parvenir à cette vente forcée. A ce titre force est de constater que les menaces de Marisol Touraine vis-à-vis des fabricants (formulées il y a un an) sont restées sans effets 1.

Patriarche médical du naturel

Tout cela n’avait pas échappé à l’Institut de la protection pour une santé naturelle (IPSN), une jeune association énergétique. Basée rue de Clichy à Paris et dirigée par Augustin de Livois, l’IPSN « défend le droit de se soigner librement, et notamment par des solutions naturelles ». Il a aussi « vocation à informer les citoyens, défendre les médecins ou thérapeutes et à changer les législations dans le domaine au niveau national et européen ». C’est aussi l’un des (puissant) relais du célèbre Pr Henri Joyeux  patriarche médical du naturel dont l’idéologie est moins lisse qu’on pourrait le penser.

Or le Pr Joyeux réclame de longue date le retour des seuls vaccins trivalents DTP. Et son appel à Marisol Touraine a réuni plus d’un million de signatures. Il en va de même pour l’ISPN. Et faute de réponse de la ministre de la Santé plus de deux mille personnes ont déposé une requête devant le Conseil d’Etat. Cette requête était examinée ce lundi 16 janvier. Et que croyait vous qu’il arriva ?

Applaudissements au Palais Royal

« La discordance actuelle entre l’obligation vaccinale et l’impossibilité de la mettre en œuvre conduit à une situation d’illégalité », a fait valoir Rémi Decourt-Paolini , rapporteur public de la plus haute juridiction administrative française. Il a  estimé que « la ministre de la santé est en capacité de prendre diverses mesures pour assurer la disposition des seuls vaccins obligatoires ». Il a notamment expliqué que Marisol Touraine pouvait demander à l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) « d’acquérir, de fabriquer ou d’importer les vaccins en cause ». 2

On entend les applaudissements sous les ors et dans la cour du Palais Royal.  « C’est un énorme soulagement pour ceux qui veulent juste prendre le vaccin DTP », a réagi Augustin de Livois. « La première étape est gagnée, il y a un rééquilibrage des forces », s’est pour sa part félicitée Me Jacqueline Bergel, l’avocate des requérants.

Refus de l’aluminium

Et maintenant ?  La décision du Conseil d’Etat devrait être annoncée à la fin de janvier ou au début de février. En toute hypothèse elle ne réglera rien. Car les attaques anti-vaccinales du Pr Joyeux, de l’IPSN et des centaines de milliers de signataires ne se bornent pas à la seule question de la mise à disposition d’un vaccin trivalent DTP. Il faut aussi que ce vaccin soit sans aluminium.

Sans aluminium, sans adjuvants, purement naturels en somme – ce que par définition, ils ne sont pas. On attend (avec le plus vif intérêt) de savoir comment tranchera le Conseil d’Etat.

A demain

« Vaccin «DTPolio» : Marisol Touraine a entendu le Pr Henri Joyeux. Reste la question de l’aluminium » Journalisme et santé publique 28 janvier 2016

Lire sur ce thème: « Vaccination DTPolio : le raisonnement vicié du Pr Henri Joyeux. Nouvelles menaces de pénurie » Journalisme et santé publique  (13 août 2015). L’ANSM nous expliquait alors qu’une solution avait été trouvée:

« Pour pallier l’indisponibilité du vaccin DTVax®, nous avons autorisé l’importation des doses d’une spécialité similaire du Canada « Vaccin diphtérique et tétanique adsorbé » début février 2015. Ce vaccin se présente sous forme de flacon unidose (contrairement au DTVax® qui se présentait sous forme de flacons multidoses). Il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) aux USA.

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD met à disposition à titre gracieux sur demande des médecins prescripteurs (comme préalablement pour le DT Vax®) le vaccin diphtérique et tétanique adsorbé « canadien » sous forme d’un « kit » contenant également Imovax Polio®, (vaccin poliomyélitique inactivé du même laboratoire).

Ce kit est indiqué pour les patients présentant une contre-indication à la valence coquelucheuse et ce afin de satisfaire aux obligations vaccinales. Ces deux vaccins doivent être administrés simultanément en deux sites d’injection différents. Ce vaccin importé est disponible depuis mai 2015. »

 

Brouillards tabagiques : comment ne pas interpréter les statistiques de l’année 2016

Bonjour

« Après une hausse en 2015, l’année 2016 marque un recul de 1,2 % des ventes de cigarettes en France. » Comment ne pas se réjouir ?  Juste sous la barre de 45 milliards de cigarettes livrées l’an dernier aux buralistes dans l’Hexagone – soit une baisse de 1,2 % par rapport à l’année précédente. Ce sont là les chiffres officiels du distributeur unique, Logista. En valeur, le recul des ventes de cigarettes est similaire et atteint 15,17 milliards d’euros.

 « Toute baisse de la vente de tabac correspond à une baisse de la consommation, donc on ne peut que s’en féliciter mais elle pourrait baisser encore plus vite si on augmentait les prix, si on appliquait les lois avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou encore l’interdiction de vente aux mineurs » commente, auprès de l’AFP, le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT).

L’or et l’argent de la contrebande 

Pour le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), « ce recul des ventes est un bon signe, il y a un frémissement mais nous sommes encore en dessous des autres pays européens, qui voient leurs ventes de cigarettes et la consommation diminuer plus rapidement ». Il ajoute que « l’arrivée des paquets neutres sur le marché français dès l’automne, l’opération « Moi(s) sans Tabac » en novembre et l’essor de la cigarette électronique n’ont pas été sans avoir eu un effet sur les ventes de 2016.

Les Prs Dautzenberg et Martinet parlent d’or. Les professionnels du secteur parlent argent. Pour expliquer ces baisses ils accusent leur bête noire : la contrebande, le marché parallèle qui, selon eux, « ne cesse d’augmenter ». Selon une étude de KPMG publiée en juin 2016, il s’établissait, en 2015, à 27,1% de la consommation française. Ce qui est proprement ahurissant.  « Nous avons vraiment le sentiment qu’il s’agit d’un transfert de consommation qui se fait au profit des réseaux officieux car des études montrent que la consommation de tabac ne baisse pas tant que ça en France », observe Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes.

M. Montredon est toutefois quelque peu contredit par le « tableau de bord tabac » de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT). Novembre 2016 (correspondant à la première campagne « Moi(s) sans tabac ») aurait été marqué par une baisse de 3,1 % des ventes (officielles) de cigarettes et de 9,1 % sur le tabac à rouler. Mais l’OFDT pondère :

« Cette baisse doit cependant être interprétée avec précaution car novembre 2015 avait été marqué par une augmentation sensible des ventes de tabac liée probablement en partie à la déclaration de l’état d’urgence qui a réduit les déplacements dans les pays limitrophes ».

Emmanuel Macron et les addictions

Même les buralistes reconnaissent que, concernant les aides au sevrage, l’effet « Moi(s) Sans Tabac », « semble moins discutable ». Les ventes de substituts nicotiniques ont progressé de 28 % par rapport à novembre 2015 « poursuivant la tendance des derniers mois et aboutissant à une hausse en cumul depuis janvier qui atteint 17 % », précise l’OFDT. En novembre 2016, les Français ont aussi été plus nombreux à consulter un tabacologue. Le nombre de patients accueillis a ainsi augmenté de 24,4 % et les nouveaux patients ont également été plus nombreux (+ 6,3 %). La part de démarches personnelles à l’origine de ces visites est à la hausse (44 % en novembre 2016, contre 36 % en moyenne depuis le début de l’année 2016).

On peut voir là un nouveau symptôme de la volonté d’un nombre croissant de fumeurs de briser les chaînes qui les attachent à une substance dont l’Etat détient le monopole de la vente. Et regretter une nouvelle fois l’absence de réelle volonté politique et sanitaire de les aider massivement.

De ce point de vue le tout récent intérêt porté, dans les Hauts-de-France, par Emmanuel Macron à l’alcoolo-tabagisme en terres paupérisées pourrait être comme la première esquisse de prolégomènes d’une nouvelle politique de réduction des risques dans le champ prolifique des addictions. Un bulle d’espérance ? Prenons garde. C’est peut-être là prendre le risque de lendemains moins roses que ceux qu’aujourd’hui l’on nous chante.

A demain