Coronavirus: vingt cas français en 24 heures, l’OMS exhorte le monde entier à «endiguer»

Bonjour

27/02/2020. Désormais chaque messe télévisée du 20 heures est longuement consacrée à l’épi-pandémie. Aujourd’hui la prévision matinale d’Emmanuel Macron dans le temple de la Pitié-Salpêtrière s’est réalisée. Quelques heures plus tard Olivier Véran, ministre de la Santé révélait que trente-huit cas de Covid-19 avaient été diagnostiqués en France – soit vingt nouveaux patients positifs repérés en 24 heures. Cela représente une «augmentation sensible du nombre de cas», a indiqué le ministre qui se refuse toujours à parler d’«épidémie ».

Douze des nouveaux cas ont été diagnostiqués dans le département de l’Oise – dont trois dans une base militaire de Creil. Parmi ces nouveaux cas, deux personnes «âgées» sont hospitalisées dans un état grave. Elles revenaient d’un voyage en groupe en Egypte. Plusieurs investigations « toujours en cours » sont « susceptibles de faire évoluer ce bilan », a ajouté le ministre. Sur les trente-huit cas identifiés, douze patients ont guéris, deux sont décédés et vingt-quatre sont hospitalisés. L’identification des chaînes de transmission est toujours en cours. « L’objectif est de remonter au patient 0, c’est une enquête lourde, qui va nous prendre plusieurs jours ».

Quelques heures plus tôt le directeur général de l’OMS a estimé que l’épidémie avait atteint un « point décisif ». Il appele les pays à agir « rapidement » pour « endiguer ce virus très dangereux ». La Chine était jusqu’à peu l’unique foyer de coronavirus. Mais la propagation géographique du virus s’est considérablement accrue avec l’émergence de nouveaux « pays sources », comme la Corée du Sud, l’Italie et l’Iran. Désormais, le nombre de nouveaux cas quotidiens de Covid-19 enregistrés hors du territoire chinois (plus de 3 470 dans 44 pays) dépasse ceux recensés en Chine (plus de 78 600 personnes contaminées, dont plus de 2 700 sont mortes), où le virus est apparu en décembre.

Tout s’inverse. Pékin, qui confine plus de cinquante millions de personnes dans la province du Hubei, épicentre de l’épidémie, s’inquiète désormais de cas « importés » d’autres pays. Le régime communiste a ainsi été annoncé que les personnes arrivant en provenance d’Etats « gravement touchés » par le coronavirus devraient désormais se placer en quarantaine pendant quatorze jours. Au cours des dernières vingt-quatre heures, sept pays, dont le Brésil et la Norvège, ont enregistré un premier cas. Les digues vont-elle lâcher ?

A Paris un nouveau point presse se tiendra, juste avant les messes du 20 heures.

A demain @jynau

Urgent-DGS

« Au 27 février 2020, 18 cas ont été confirmés sur le territoire national. Il n’y a pas de chaine de transmission active en France. La stratégie de réponse mise en œuvre au niveau national vise à freiner l’introduction et la propagation du virus sur le territoire. Elle implique pour cela la détection et la prise en charge précoce des cas et des personnes contacts. Les évolutions épidémiologiques constatées concernant l’émergence du nouveau coronavirus Covid-19 ont conduit Santé publique France à élaborer une nouvelle définition des cas : https://www.santepubliquefrance.fr/media/files/01-maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/definition-de-cas-26-02-20

Outre l’actualisation des zones géographiques (Iran et région italienne d’Émilie-Romagne), la définition des cas a évolué en incluant toute personne présentant des signes de syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) pour laquelle aucune étiologie n’a pu être identifiée, sans notion de voyage/séjour dans une zone d’exposition à risque ou de contact étroit avec un cas confirmé de COVID-19. Par ailleurs la définition d’un contact étroit inclut désormais tout contact à partir de 24 heures précédant l’apparition des symptômes d’un cas confirmé de COVID-19.

Il est rappelé à tout professionnel de santé prenant en charge un patient suspect d’infection COVID-19 de prendre contact avec le Samu-Centre 15 pour analyse, classement en lien avec l’infectiologue référent et mise en place des premières mesures de prise en charge. En cas de difficulté de classement, le Samu-Centre 15 pourra se rapprocher de l’ARS qui mobilisera en tant que de besoin l’expertise de Santé publique France.

Vous trouverez sur le site internet du ministère plusieurs documents utiles, dont des informations concernant les voyageurs de retour des zones d’exposition à risque: https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/coronavirus/article/informations-voyageurs-coronavirus« 

Coronavirus : dernières mesures de prévention pour les soignants à risque de contamination

Bonjour

27/02/2020. Toutes les institutions sanitaires phosphorent comme à l’approche d’une guerre. Sans oublier le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) qui vient de publier : « Coronavirus SARS-CoV-2 : mesures de prévention pour les soignants de retour de zones à risque ». Soit les recommandations formulées à l’attention des professionnels de santé hospitaliers ayant séjourné dans les zones de circulation du nouveau coronavirus

Face à la situation hautement évolutive le Haut Conseil de la santé publique a réactivé son groupe de travail pluridisciplinaire « Grippe, coronavirus, infections respiratoires émergentes » 1. A la demande du Directeur général de la santé, le HCSP émet des recommandations sur les mesures de prévention pour les professionnels de santé hospitaliers de retour d’une zone de circulation du virus.

La propagation du virus à des pays proches de la France (et, déjà, en France) pose la question des mesures de protection et de confinement applicables aux soignants ayant séjourné dans ces zones. Le HCSP recommande aux soignants revenant d’une zone dans laquelle circule le virus SARS-CoV-2 de «  se signaler à sa hiérarchie ».

Le HCSP distingue ici trois situations :

– Tout personnel de soin ayant fréquenté un hôpital ou un secteur de soin pendant son séjour dans une zone à risque doit être astreint à une éviction de 14 jours, à son domicile (en application du décret du 31 janvier 2020).

– Les autres personnels hospitaliers, dont les internes, ayant séjourné dans une zone à risque ne doivent pas être astreints à une éviction systématique, car non justifiée. Ils doivent appliquer strictement les mesures d’hygiène standard, notamment l’hygiène des mains, et porter un masque chirurgical pendant la totalité du temps de travail, sur une durée de 14jours; ce masque doit être changé au minimum toutes les 4 h et chaque fois qu’il a été enlevé.

– Les professionnels de santé en formation (étudiants hospitaliers des premiers et deuxièmes cycles des études de médecine, odontologie, pharmacie et maïeutique et des filières paramédicales) ayant séjourné dans une zone à risque et n’ayant pas d’activité directe en termes de soins sont astreints à une éviction pendant 14 jours.

Plus généralement il est conseillé aux personnels hospitaliers « d’éviter de se rendre dans des zones à risque d’exposition au SARS-CoV-2 ». Ce qui pourrait, demain, être nettement plus facile à dire qu’à faire.

A demain @jynau

1 Contacts : Pr. Christian Chidiac, président de la Commission Maladies infectieuses et maladies émergentes du HCSP : christian.chidiac@univ-lyon1.fr
Pr. Didier Lepelletier, vice-président de la Commission Système de santé et sécurité des
patients : didier.lepelletier@chu-nantes.fr
Pr. Franck Chauvin, président du HCSP : franck.chauvin@sante.gouv.fr

Tabac en France : la e-cigarette progresse, les ventes baissent, les achats augmentent

Bonjour

Et pendant l’épidémie émergente de coronavirus, qu’en est-il de celle, historique, du tabagisme ? Si l’on s’en tient aux ventes officielles de tabac (dans le réseau des buralistes français) elles reculent nettement en 2019 (près de 6,6 % à jours constants de livraisons comparé à 2018).

On en connaît les explications essentielles – à commencer par les augmentations des prix intervenues, cette année-là, en mars et novembre. Ces augmentations auraient eu un impact sur les ventes de cigarettes et de tabac à rouler (diminution de 7,1 % pour les premières et de 6,3 % pour les seconds à jours constants). Mais, mystère des chiffres et des comportements addictifs, les ventes des autres types de tabac (cigares, cigarillos, tabac à pipe, tabac à priser et à mâcher, etc.) font quant à elles l’objet d’une hausse (4,2 % à jours constants). Hypothèse : un niveau de taxation bien moindre, susceptible de favoriser le report de la consommation d’une partie des fumeurs.

C’est ici l’une des conclusions du remarquable travail que vient de publier l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) 1. Un travail qui comporte cette précision de taille : « la baisse globale des volumes vendus dans le réseau des buralistes français s’accompagne cependant très vraisemblablement d’une augmentation des achats de tabac dans les pays limitrophes ainsi que l’atteste la baisse des ventes nettement plus marquée qu’en moyenne dans les départements français qui bordent les frontières ». On regrettera toutefois l’absence de données exhaustives quant aux marchés de contrebande et à l’activité des mafias œuvrant dans l’ombre des bureaux de tabac.  

Seul enseignement : « 17 298 saisies ont été réalisées en 2019 (7 % de plus qu’en 2018), ce qui représente en volume plus de 360 tonnes de tabacs et de cigarettes contre 241 tonnes en 2018. Au total, les missions consacrées à la lutte contre les trafics de tabac ont augmenté de 25 % par rapport à 2018. Outre les zones frontalières, des saisies importantes ont été réalisées sur les grands axes routiers de l’est de la France ».

Fin programmée des mentholées

Cette année ? Le marché devrait être « impacté » par la poursuite de la hausse des prix (50 centimes en mars et 40 centimes en novembre, portant le paquet de la marque la plus vendue à 10 euros au 1er mars), ainsi que par les conséquences de l’interdiction de toutes les références de cigarettes et tabac à rouler mentholés dans le réseau buraliste (à partir du 20 mai). Cette dernière concernera tous les fabricants et s’appliquera à l’ensemble de l’Union européenne. Le marché représente actuellement 8 % des ventes en France (soit un million de consommateurs).

Autres chiffres : en France le nombre de fumeurs baisserait aussi bien chez les adultes que chez les jeunes. Le tabagisme quotidien est ainsi de 25,4 % en 2018 contre 26,9 % en 2017 chez les 18 à 75 ans. La même tendance à la diminution des usages s’observe chez les jeunes de 17 ans en 2017 et chez les collégiens et lycéens en 2018, ce qui laisse présager d’une pérennisation de la diminution de la consommation de tabac. Corollaire encourageant : à la baisse des usages répond une hausse importante des ventes de traitements d’aide à l’arrêt du tabac. Elles représentent près de 4,3 millions d’équivalent « patients traités » – soit un tiers de plus qu’en 2018 – dans un contexte de mise en place (enfin !) du remboursement de ces traitements par l’Assurance maladie, à hauteur de 65 % (sulement !).

Et puis, en dépit des dénis récurrents et de l’aveuglement coupable de l’exécutif, la poursuite d’un phénomène majeur :  le nombre d’utilisateurs de la cigarette électronique continue de croître (3,8 % de vapoteurs quotidiens en 2018 chez les adultes contre 2,7 en 2017, pour 3 007 boutiques spécialisées au 20 octobre 2019). Pour l’OFDT, l’évolution du marché sera aussi à suivre en 2020, en lien avec le rôle grandissant des buralistes dans la vente de ces produits. Et, ajoutera-t-on, le rôle moteur que l’on désormais raisonnablement en droit d’espérer de la part d’Olivier Véran, nouveau ministre de la Santé qui devrait rompre avec la politique suivie ici (depuis 2012) avec constance par Marisol Touraine et Agnès Buzyn.

A demain @jynau

1 Tabagisme et arrêt du tabac en 2019 Marc-Antoine Douchet, OFDT

« Nous avons, devant nous, une épidémie » alerte Emmanuel Macron à La Pitié-Salpêtrière

Bonjour

27/02/2020. On l’attendait. Qu’allait-il dire ? Allait-il calmer les polémiques politiques montantes quant à la gestion par le gouvernement de cette crise virale ? Emmanuel Macron s’est rendu, jeudi 27 février au matin, à La Pitié-Salpêtrire. A ses côtés : le Dr Olivier Véran, le nouveau ministre de la santé, le Dr Jérôme Salomon, Directeur général de la santé, et Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Accompagné de médecins et de personnels soignants, le chef de l’Etat a visité le service de réanimation, où sont notamment hospitalisés les patients présentant une affection respiratoire sévère – service où le premier patient français infecté par le nouveau coronavirus, un enseignant de 60 ans originaire de l’Oise, est décédé dans la nuit de mardi à mercredi – décès sans lien direct de causalité.

« On a devant nous une épidémie » qu’il va falloir « affronter au mieux », a notamment déclaré le chef de l’Etat. « Le président tient à montrer que la France se prépare à toute éventualité et que le système de soins français est en mesure d’y répondre, a expliqué au Monde un proche de M. Macron pour justifier cette visite décidée à l’Elysée la veille en toute fin de journée. Le président vient rassurer, montrer qu’il n’y a pas de panique mais de la vigilance. »

L’absence remarquée d’Edouard Philippe

Depuis quarante-huit heures, les attaques se multiplient contre le gouvernement, accusé de ne pas prendre la mesure de la propagation de la maladie. A l’Assemblée nationale, Eric Ciotti député (Les Républicains, Alpes-Maritimes) a réclamé « un plan d’urgence ». « Je trouve le temps de réaction du gouvernement très long », a-t-il tancé sur Europe 1. Deux figures opposées de l’opposition (Marine Le Pen et Ségolène Royal) ont également critiqué l’autorisation donnée aux supporters de la Juventus de Turin d’assister au match de leur équipe contre Lyon, mercredi soir, en Ligue des champions (1-0)

« De la même façon, observe Le Monde (Cédric Petralunga), certains s’interrogent, jusqu’au sein de la majorité, sur l’implication d’Edouard Philippe, occupé par sa campagne pour les municipales au Havre. Quelques heures après l’annonce du premier décès français lié au Covid-19, le premier ministre s’est ainsi rendu dans la cité portuaire pour participer à un débat télévisé organisé par France 3 Haute-Normandie, face à ses adversaires locaux. »

Que retiendra-t-on de la visite présidentielle dans l’un des sanctuaires hospitaliers français dont l’excellence en infectiologie n’est plus, depuis longtemps, à démontrer ? Sans doute la volonté d’Emmanuel Macron de montrer qu’il pouvait écouter, ne pas tout savoir, calmer et rassurer. Mais aussi les explications du Pr Éric Caumes, annonçant que le virus circulait bel et bien désormais en France – et que nous devons de ce fait nous attendre à « une situation à l’italienne».

Sans oublier un bref exposé au président, fait par un neurologue, de la réalité sur les colères hospitalières, la crise et le dénuement croissant de l’hôpital public. Emmanuel Macron, alors, s’est quelque peu irrité. Avant d’annoncer qu’il reviendrait. Nous avons, devant nous, une épidémie. «On va devoir l’affronter au mieux, avec la vie qui continue. On sait que nous ne sommes qu’au début… On va tâcher avec l’ensemble des soignants de prendre les bonnes décisions.»

A demain @jynau

Le coronavirus et l'émergence de l’étrange : mortel mystère dans le département de l’Oise

Bonjour

27/02/2020. On nous dit, depuis la Chine, que la vague épidémique régresserait. Mais on nous dit aussi, depuis Genève, qu’elle ne cesse de gagner du terrain sur la planète (cinquante pays touchés). Et puis, désormais, en France l’émergence de l’étrange. Ou, pour user de l’image du Directeur Général de la Santé (DGS), la nécessité de mener « l’enquête policière ». La mobilisation pour lever ce qui demeure le grand mystère du département de l’Oise depuis l’annonce de la mort du premier citoyen français – décès survenu dans la nuit du 25 au 26 février à la Pitié-Salpêtrière où il avait été héliporté depuis l’hôpital de Creil. Un décès qui n’est pas la conséquence directe de l’infection virale (Pr Eric Caumes).

La France entière sait désormais qu’il s’agit d’un conseiller municipal de la petite commune de Vaumoise, marié et père de deux enfants, professeur de technologie au collège Jean-de-la-Fontaine, à Crépy-en-Valois, une ville de 15 000 habitants. Il était en arrêt de travail depuis le 12 février et n’avait plus fréquenté l’établissement ensuite.

Dans un premier temps il avait été pris en charge au sein du centre hospitalier de Creil (Oise). Il y est resté six jours au service de réanimation avant d’être transféré dans un « état gravissime »  à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris où il a été testé positif au nouveau coronavirus. Il serait mort d’une « embolie pulmonaire massive ». Une trentaine de personnels soignants de Creil, qui ont été en contact direct avec le patient, ont été identifiés. Ils ont été prévenus et sont en quarantaine chez eux, selon une source syndicale de l’hôpital de Creil à France Télévisions

« Chaînes de contaminations autochtones »

Mais il faut aussi, désormais, compter avec un deuxième cas, un civil de 55 ans travaillant à la base aérienne militaire de Creil aujourd’hui dans un état grave et placé en réanimation au CHU d’Amiens. Pour l’heure, aucun lien n’a été établi entre les deux cas. On sait qu’avant d’être transféré dans un état grave à Amiens, l’homme de 55 ans avait été pris en charge à l’hôpital de Compiègne, là aussi sans qu’on détecte qu’il était porteur du SARS-CoV-2.

Ni l’homme décédé ni celui en réanimation ne s’étaient rendus dans une zone d’exposition à risque, a indiqué mercredi après-midi le directeur général de l’ARS ds les Hauts-de-France, Etienne Champion. « Et c’est pourquoi dans un premier temps ils n’ont pas été identifiés comme des cas possibles de coronavirus, s’est-il défendu. Les investigations sont encore en cours à cette heure pour déterminer la source de ces deux contaminations. »

La situation inquiète les responsables politiques locaux. La maire (Les Républicains) de Beauvais, Caroline Cayeux et la présidente du conseil départemental de l’Oise, Nadège Lefebvre, ont interpellé mercredi le préfet de l’Oise pour réclamer des « contrôles sanitaires plus stricts et beaucoup plus sécurisés » à l’aéroport de Beauvais, « plus particulièrement concernant tous les vols en provenance et à destination de l’Italie qui représentent un danger potentiel certain ». Cet aéroport sert notamment de plateforme de la compagnie à bas coûts irlandaise Ryanair qui dessert de nombreux vols à destination et en provenance de Venise ou de Milan, en Italie.

 « L’Oise n’est pas un problème aujourd’hui, se voulait rassurant, mercredi en fin de journée, le DGS. Il n’y a pas de raison de considérer qu’il y a une circulation intense du virus. »  Certes. Reste, comme vient de le dire le Pr Eric Caumes (Pitié-Salpêtrière) lors de la visite d’Emmanuel Macron dans son établissement, que des chaînes de contaminations virales autochtones existent désormais dans l’Oise, et sans doute plus généralement en France. Où, assure le nouveau ministre de la Santé, « il n’y a pas d’épidémie ».

A demain @jynau

Coronavirus : Emmanuel Macron est attendu pour une visite à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière

Bonjour

27/02/2020. Ce n’est pas l’effet du hasard : on l’attendait. Que va-t-il dire ? Nul ne sait. C’est une visite qui ne figurait pas à l’agenda officiel du Palais de l’Elysée mais la pression médiatique montait. Et Emmanuel Macron veut se montrer rassurant. C’est pourquoi le président de la République et son nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, sont attendus ce jeudi matin à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, pour faire un point sur l’épidémie et rencontrer les personnels soignants. C’est précisément dans cet établissement qu’un enseignant âgé de 60 ans, originaire de l’Oise, est décédé dans la nuit de mardi à mercredi. Un cas pour lequel aucune trace de l’origine de la contamination n’a encore pu être retrouvée. Fatalité ?

Contacté par Le Figaro, le Palais de l’Élysée refuse de commenter cette visite, que le chef de l’État aurait décidée à la dernière minute. Dans la foulée de ce déplacement,  Emmanuel Macron prendra l’avion pour Naples où doit se tenir un sommet consacré aux relations franco-italiennes. Faut-il voir là l’effet du hasard ou de la fatalité ? L’Italie est aujourd’hui pleinement touchée par cette émergence épidémique. Au point que, tout en se refusant à « fermer les frontières » le gouvernement français « invite » ses ressortissants à reporter dans la mesure du possible leurs voyages vers les régions les plus touchées.

Hasard ou fatalité ? C’est Jose Luis Borges qui, dans « Le livre de sable », nous écrit que les deux mots sont strictement synonymes.

A demain @jynau

Le coronavirus et la polémique sur la chloroquine: le Pr Didier Raoult s’explique dans Les Echos

Bonjour

27/02/2020. Les épidémies émergentes suscitent parfois des comportements atypiques – y compris chez les plus rationnels, les plus compétents, les plus connus. On se souvient encore, à Paris, de l’ « affaire de la cyclosporine » au début de l’émergence du sida (octobre 1985). Aujourd’hui il nous faut, toute proportion gardée, évoquer l’ « affaire de la chloroquine ». Soit la prise de parole à Marseille, un tantinet provocatrice (et hautement médiatisée), du Pr Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée, l’un des experts internationalement reconnu dans le champ de la lutte contre les maladies infectieuses – et personnalité atypique.

Nous venons de rapporter que, dans une vidéo intitulée « Coronavirus : fin de partie ! » mise en ligne mardi 25 février, l’homme fait état d’une « excellente nouvelle » sur le front de la lutte contre le coronavirus SARS-CoV-2 : la chloroquine, un antipaludéen ancien et peu onéreux, aurait apporté des « améliorations spectaculaires » chez des patients infectés. Le Covid-19 « est probablement l’infection respiratoire la plus facile à traiter », ajoutait le directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée infection.

Tout autre que le Pr Raoult aurait, ici, été aussitôt définitivement cloué au pilori par ses confrères. Comment tirer de telles conclusions définitives d’ume micro-publication scientifique chinoise manquant totalement de recul ? Comment, plus encore, donner espoir dans un tel contexte épidémique international ? Et comment laisser croire que cette spécialité pharmaceutique (la chloroquine ou Nivaquine®) est un médicament dénué de tout danger ?L’affaire a eu un grand écho dans les médias généralistes et plus encore sur les « réseaux sociaux ». Le Monde (Hervé Morin » a entrepris d’exposer, calmement, tous les éléments de l’équation : « Un antipaludéen pourra-t-il arrêter l’épidémie de Covid-19 ? La chloroquine, efficace in vitro contre le SARS-CoV-2, a été adoptée dans l’arsenal thérapeutique par les autorités sanitaires chinoises à la suite d’essais cliniques encore très peu détaillés ». Le Figaro (Cécile Thibert) a fait de même : « La chloroquine, un remède miracle contre le coronavirus? La molécule plutôt utilisée contre certaines maladies auto-immunes a été testée à maintes reprises lors de précédentes épidémies, notamment sur le Sras ».

Laissons un instant la vidéo devenue virale (105 secondes sur lesquelles il faudra revenir) De quoi parle-t-on ? Les déclarations du Pr Raoult s’appuient sur une très courte « lettre » mise en ligne en urgence par BioScience Trends le 18 février. Trois chercheurs de Qingdao font état d’essais cliniques en cours dans plus de dix hôpitaux chinois. « Pour l’instant, les résultats sur plus de cent patients ont démontré que le phosphate de chloroquine est supérieur au médicament contrôle [traitement habituel] dans l’inhibition de la pneumonie, qu’il améliore les résultats de l’imagerie pulmonaire, favorise la disparition du virus et réduit la durée de la maladie », écrivent-ils.

« Le contenu de l’article scientifique reprend en fait celui d’un point presse du Conseil national chinois qui s’est tenu le 17 février, au cours duquel les autorités ont annoncé qu’un consensus s’était dégagé pour inscrire la chloroquine dans l’arsenal thérapeutique national contre l’épidémie de Covid-19, précise Le Monde. Ces guides destinés aux soignants sont régulièrement actualisés : on en est actuellement à la sixième version pour la présente épidémie. »

Puis, le 20 février, dans le Chinese Journal of Tuberculosis and Respiratory Diseasesdes experts de la province du Guangdong publiaient un article reprenant ces conclusions. La posologie indiquée était de 500 mg deux fois par jour pendant dix jours – avec un certain nombre de contre-indications – parmi lesquelles l’âge : les plus de 65 ans, la tranche d’âge dont la létalité est la plus élevée, faisaient partie des personnes chez qui l’administration de chloroquine est contre-indiquée.

« Le point presse et les préconisations d’usage de la chloroquine avaient été mentionnés par l’agence de presse Xinhua le 17 février, observe encore Le Monde. Mais le faible nombre de patients concernés par ces essais cliniques, l’absence de précisions sur le traitement de référence qui a servi de point de comparaison et l’absence d’éléments chiffrés et de détails sur l’état clinique initial des patients invitent cependant à une lecture prudente de cette annonce. » Pour l’heure, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas inclus la chloroquine dans la liste des traitements prioritaires face à la  Covid-19, mais les études où ce médicament est testé dans cette nouvelle indication figurent bien dans la liste des essais en cours dressée par l’institution.

Aujourd’hui le Pr Didier Raoult revient sur le sujet, dans les colonnes des Echos (Yann Verdo). Extraits.

« Vous avez évoqué la solution offerte par la chloroquine avec le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran. Comment a-t-il réagi ?

  • De façon très positive, car c’est un homme intelligent. Je pense qu’il a pris les mesures nécessaires pour faire descendre l’information à la direction générale de la santé afin que celle-ci se penche enfin sur la question. Cependant, le ministre m’a dit que personne avant moi ne lui avait encore parlé de la chloroquine, ce qui montre qu’il y a un problème, en France – en tout cas à Paris 1 –, sur la façon dont sont abordées les maladies infectieuses…

« Vous-même, vous connaissez ce médicament depuis longtemps ?

  • Très longtemps ! Avec mon équipe à Marseille, nous avons été les premiers, dans les années 1990, à utiliser la chloroquine contre d’autres maladies infectieuses que le paludisme. En particulier, j’ai traité avec elle 4.000 patients atteints de deux infections par bactéries intracellulaires contre lesquelles nous ne disposions pas d’autres traitements : la fièvre Q et la maladie de Whipple. Par ailleurs, nous savons que la chloroquine peut être efficace contre différents coronavirus. Cette efficacité avait déjà été montrée sur trois d’entre eux, ce qui a naturellement induit les chercheurs chinois à la tester contre Covid-19, d’où la première étude de synthèse parue en ligne le 19 février dans leur revue BioScience Trends.

« Que dit cette étude ?

  • Au moment de sa parution, les Chinois avaient déjà engagé une quinzaine d’essais thérapeutiques sur la chloroquine appliquée à Covid-19. Et ce ne sont pas de simples tests in vitro, comme cela a été dit un peu légèrement par quelques étourdis qui n’y connaissent rien ! La publication dans « BioScience Trends » s’appuie au total sur plus de 100 patients. Les résultats montrent l’efficacité de la chloroquine pour contenir l’évolution de la pneumonie provoquée par le coronavirus, pour améliorer l’état des poumons des malades et pour leur permettre de redevenir négatifs au virus. La chloroquine est la meilleure réponse à l’épidémie. Il n’y a plus qu’à l’appliquer.

« N’a-t-elle pas des effets secondaires ?

  • On évoque parfois à son sujet des atteintes rétiniennes… La chloroquine est l’un des médicaments les plus sûrs qui existent. C’est d’ailleurs aussi, sous son nom commercial de Nivaquine®, l’un des plus prescrits au monde avec l’aspirine : des milliards de gens en ont absorbé quotidiennement dans les pays tropicaux dans le cadre de la prévention contre le paludisme. Quant aux atteintes rétiniennes que vous évoquez, je ne les ai moi-même jamais constatées, alors même qu’il m’est arrivé de prescrire de fortes doses sur de longues durées, 600 milligrammes par jour pendant deux ans, par exemple (…)

« Comment agit la chloroquine dans le cas du coronavirus ?

  • Le virus se loge dans un petit sac à l’intérieur de la cellule que l’on nomme la vacuole. L’organisme se défend alors en augmentant l’acidité à l’intérieur de cette vacuole, mais les virus pathogènes, loin d’en être affectés, en tirent bénéfice. La chloroquine, elle, fait diminuer ce niveau d’acidité : le pH remonte d’un point. Cette alcalinisation – l’alcalinité est le contraire de l’acidité – fait que le virus n’arrive plus à activer son système enzymatique et donc à sortir de la vacuole pour infecter la cellule.

« Si l’efficacité de la chloroquine est aussi patente que vous le dites, on a du mal à comprendre le relatif silence qui a entouré la publication chinoise… Cela aurait-il été différent si cette étude était sortie dans une grande revue internationale comme Nature ou Science ?

  • Les Chinois ont voulu sortir leurs résultats le plus vite possible, raison pour laquelle ils ont privilégié la publication en ligne dans l’une de leurs « revues maison » plutôt que de passer sous les fourches Caudines des grandes revues internationales, ce qui prend un temps fou. Cette volonté d’aller vite répond à une exigence éthique, alors même que l’épidémie s’étend et provoque toujours plus de morts. Cela dit, je suis bien d’accord avec vous pour dire qu’il y a un problème dans notre façon de penser et de gérer les maladies infectieuses. Il faut – comme le ministre actuel le fait – s’appuyer sur les compétences de tout le pays, compétences qui ne sont pas automatiquement localisées à Paris… »

A demain @jynau

 1 Le Figaro : «À la lueur de ce papier qui ne raconte rien, on ne peut rien dire et certainement pas préconiser largement l’utilisation de la chloroquine», souligne le Dr Paul-Henri Consigny, chef du service de pathologie infectieuse au centre d’infectiologie Necker Pasteur. «Ce n’est pas un article scientifique, je ne peux pas le commenter car personne n’a accès aux résultats», abonde le Pr Bruno Hoen, directeur de la recherche médicale à l’Institut Pasteur de Paris