Alcool au volant : la sécurité sociale doit prendre en charge les « éthylotests antidémarrage »

Bonjour

Longtemps l’Etat ne fit rien. Puis, face à l’hécatombe il rentra petit à petit dans l’habitacle. Lever le pied droit. Le lever encore. Puis encore. Moins boire. Encore moins. Descendre sous les 80 km/h « sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central ». Boucler les ceintures de sécurité. Puis ne plus fumer au volant, ne plus téléphoner… Etre plus que correct avec la maréchaussée. Maîtriser son véhicule et, au-delà, se maîtriser.

Puis voici aujourd’hui un décret instaurant notamment un durcissement des sanctions pour les « refus de priorité » aux piétons. Un automobiliste se verra désormais retirer six points (au lieu de quatre actuellement) s’il ne cède pas le passage à un piéton « s’engageant régulièrement dans la traversée d’une chaussée ou manifestant clairement l’intention de le faire ». La constatation de cette infraction peut par ailleurs se faire par simple vidéo-verbalisation, via des caméras de surveillance.

Cette mesure vise à réduire la mortalité des piétons : l’an dernier 519 ont été tués dans un accident et plus 11 070 ont été blessés. Une autre mesure vise à étendre le recours aux « éthylotests antidémarrage » (EAD). Au 1er janvier 2019, tout conducteur arrêté chez lequel une alcoolémie supérieure à 0,8 g/l et inférieure à 1,8 g/l aura été mesurée sera « éligible » à ce dispositif – un appareil branché sur le circuit d’alimentation du véhicule et dans lequel il doit souffler pour pouvoir démarrer son véhicule.

Compter 100 euros par mois

Avantage : au lieu de voir son permis de conduire « suspendu », le contrevenant pourra être autorisé, « par décision préfectorale dans les trois jours », à continuer à conduire des véhicules équipés d’EAD, que ce soit le sien ou un autre véhicule (d’entreprise par exemple). L’installation du dispositif (1 300 euros environ ou location de 100 euros par mois) sera, bien évidemment, à sa charge.

Aujourd’hui, les EAD ne sont proposés que par des juges (ou dans quatre départements expérimentaux (Nord, Marne, Drôme, Finistère-  par les commissions médicales administratives des préfectures. « Cela intervient bien trop tard et les contrevenants y renoncent », plaide le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe. « L’objectif, dit-il,  est d’éviter, par la rapidité de la décision, le déclassement causé par la perte du permis, notamment pour aller travailler. L’EAD est un outil reconnu contre la récidive d’alcool au volant. On espère qu’en développant l’usage, son prix baisse et amorce ainsi un cercle vertueux. »

Contre la récidive et l’addiction à l’a;cool faut-il parler de cercle et de vertu ou de spirale pathologique ? Voilà bien, dans l’habitacle ou pas, un vrai sujet médical et politique. Pourquoi les EAD ne seraient-ils pas pris en charge par l’assurance maladie ? Au nom de la réduction, collective, des risques. Qui soutiendra le contraire ?

A demain

Cannabis : femelles exposées durant la gestation, sociabilité altérée de la descendance mâle

Bonjour

Voilà bien une étude (qui semble) avoir été paramétrée pour faire parler d’elle – à commencer sur les sites de la presse plus ou moins généraliste. Tombons dans le piège de ce prière d’insérer à nous adressé par le service de presse de l’Inserm.

Or donc une équipe franco-italo-américaine révèle au monde que l’exposition prénatale aux cannabinoïdes a des effets spécifiques au sexe sur les descendants adultes. Tout est dit dans « Sex-dependent effects of in utero cannabinoid exposure on cortical function ». L’essentiel du travail a été mené au sein de l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée. Les auteurs suggèrent que l’usage de cannabis pendant la grossesse peut entraîner chez les mâles une diminution de la sociabilité et un accroissement de l’excitabilité neuronale.

Olivier Manzoni, directeur de recherche Inserm responsable de l’étude à l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée et Directeur du Laboratoire International Associé Inserm-Indiana University, CannaLab :

« Comme les cannabinoïdes traversent le placenta, ils risquent d’interférer au cours du neurodéveloppement avec le signalement endocannabinoïde fœtal, qui est impliqué dans la régulation de divers processus (plasticité synaptique, l’appétit, la sensation de douleur) et dans la médiation des effets pharmacologiques du cannabis. Ces interférences pourraient alors, à leur tour, être à l’origine de graves déficiences sur le long terme. Toutefois, en dépit du nombre croissant de signalements concernant la consommation de cannabis en cours de grossesse, les conséquences à long terme d’une exposition prénatale aux cannabinoïdes restent mal comprises. »

Cortex préfrontal médial

Pour « améliorer les connaissances dans ce domaine », les chercheurs travaillant à Marseille, à l’Université de Rome et de l’Indiana University ont cherché à comprendre comment l’exposition prénatale aux cannabinoïdes influençait les fonctions synaptiques et comportementales du cortex préfrontal médial – l’une des régions du cerveau souvent impliquée dans les troubles neuropsychiatriques – chez les rats adultes, mâles et femelles.

Résultats : « les rats mâles exposés in utero aux cannabinoïdes étaient moins sociables que les animaux normaux et passaient moins de temps à interagir avec leurs congénères. Leurs comportements sociaux (interactions et jeux) étaient altérés, alors que le nombre d’attaques entre mâles demeurait inchangé. »

Anissa Bara, doctorante, et co-première auteure :

« Les effets délétères de l’exposition prénatale aux cannabinoïdes sur le comportement social étaient spécifiques aux descendants mâles uniquement. Toutefois, si l’interaction sociale était spécifiquement altérée chez les mâles, les fonctions locomotrices, l’anxiété et la cognition restaient identiques chez les rats mâles et femelles, suggérant des conséquences comportementales spécifiques au sexe. »

Espoir thérapeutique ?

Ce n’est pas tout : les résultats ont également révélé que l’expression du gène mGlu5 (un effecteur du système endocannabinoïde dans le cortex préfrontal) était réduite chez les mâles exposés in utero aux cannabinoides. Les chercheurs ont aussi découvert que l’amplification de la signalisation via mGlu5 « pourrait permettre de normaliser, en partie, les anomalies synaptiques et comportementales induites par l’exposition prénatale aux cannabinoïdes via une activation des récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB1R). »  « De même, des tests ultérieurs ont également permis de mettre en évidence que l’augmentation du taux d’anandamide (un type d’endocannabinoïde) chez les mâles exposés permettait de restaurer des comportements sociaux normaux via le récepteur CB1R » ajoute l’Inserm

« Dans leur ensemble, ces résultats prouvent sans équivoque les effets spécifiques au sexe d’une exposition prénatale aux cannabinoïdes, conclut la co-première auteure Antonia Manduca. Le fait que l’amplification de la signalisation mGlu5 et l’augmentation du taux d’anandamide permettent d’inverser, chez le rat, les effets négatifs d’une exposition précoce laissent également entrevoir la possibilité d’une nouvelle stratégie pharmacologique qui pourrait un jour faire l’objet d’essais chez l’homme ».

Et chez la femme ?

A demain

 

« PMA pour toutes » : soudain le Conseil national de l’Ordre des médecins relança la polémique

Bonjour

Février 1973 le Pr Jean-Louis Lortat-Jacob, alors président du Conseil de l’Ordre des médecins dénonçait ouvertement les médecins partisans du droit des femmes à avorter. Septembre 2018 : le même Conseil national de l’Ordre annonce, à l’occasion d’une audition à l’Assemblée nationale, qu’il ne voit aucun obstacle à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. L’affaire est révélée aujourd’hui 19 septembre en exclusivité par La Croix (Loup Besmond de Senneville). « Une prise de position qui fera grand bruit » estime le quotidien catholique. Une prise de position aussitôt applaudie par la ministre Agnès Buzyn invitée matinale de RTL.

Que pense précisément l’Ordre ? «  Nous considérons que cette demande est essentiellement sociétale », explique à La Croix le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’ordre des médecins. « Si la société veut une AMP élargie, nous estimons que c’est à elle de trancher. Sur ce sujet sensible, il n’est pas dans notre rôle de dire ce qui est bien ou ce qui est mal. L’Ordre des médecins n’est pas une instance moralisatrice. »

Rien ici, de révolutionnaire. L’argumentaire est plus problématique : Le Dr Faroudja estime que « le rôle des médecins est d’apaiser les souffrances, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Or, le désir d’enfant est une souffrance, et le médecin est là pour l’entendre. » Il balaie l’argument, utilisé par les opposants à l’extension de la PMA, selon lequel il s’agirait là d’ouvrir un « droit à l’enfant ». On devrait plutôt, selon lui, parler « du droit d’accéder à une technique médicale spécialisée ». On devrait aussi parler d’une mesure qui transforme un geste thérapeutique (contre l’infertilité d’un couple) en une pratique qui ne le sera plus. Mais l’Ordre, ici, reste coi.

« Tout cela n’est pas très sérieux, commente son confrère Bertrand Galichon, président du Centre catholique des médecins français (CCMF). Nous ne sommes pas là pour répondre à n’importe quelle demande. À partir du moment où on tient de tels propos, on met clairement en danger la clause de conscience. »  Il voit dans cette prise de position une « remise en cause fondamentale de la place des soignants dans la société ». Avant d’interroger : « Allons-nous vers un horizon où les médecins seront simplement tenus de répondre aux demandes de la société sans pouvoir réfléchir sur leur fonction première? »

Ambiguïté

A dire vrai la position de l’Ordre n’est pas sans ambiguïté. « Clairement favorables à une évolution législative » selon La Croix les responsables nationaux de l’institution ordinale n’en soulignent pas moins les « conséquences » d’une extension de la PMA aux femmes seules ou aux couples de femmes homosexuelles. A commencer par la pénurie probable des spermatozoïdes de donneurs. « Comment fera-t-on?, s’interroge ainsi le Dr Faroudja. Il nous semble inacceptable de hiérarchiser les demandeurs. Couples homosexuels, hétérosexuels et femmes seules doivent être traités sur un pied d’égalité. »

Ce n’est pas tout, loin s’en faut. Le responsable de l’Ordre défend également « la liberté des médecins ». Faut-il prévoir une clause de conscience spécifique pour celles et ceux qui se refuseraient à pratiquer la « PMA pour toutes » ? Un sujet que vient d’aborder le Dr Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France lors d’une polémique sur l’ « IVG-homicide ».

« Le droit actuel, qui permet au médecin de refuser un acte médical pour des raisons personnelles à condition qu’il avertisse son patient et le dirige vers un autre praticien, est suffisant. Le refus doit être possible dans certaines circonstances, mais il ne doit jamais reposer sur la seule orientation sexuelle des patients, ce serait contraire aux règles de la déontologie », estime le Dr Faroudja.

La Croix observe que la position de l’Ordre se démarque de celle prise au printemps par l’Académie nationale de médecine. Dans sa contribution envoyée au Comité consultatif national d’éthique, celle-ci avait insisté sur « l’intérêt supérieur de l’enfant ». « L’assistance médicale à la procréation avec donneur prive volontairement l’enfant de la relation structurante avec deux adultes de sexe différent », pouvait-on y lire. Et La Croix de citer un sondage Exafield/Quotidien du Médecin réalisé en mai dernier : 44 % des médecins approuvaient l’extension de la PMA aux couples de femmes, 45 % s’y opposaient et 11 % ne se prononçaient pas. Et La Croix, enfin, de citer Raphaël Nogier, médecin lyonnais à l’origine d’une pétition signée par 1 700 de ses confrères pour s’opposer à l’extension de la PMA au nom de la défense du « rôle de la médecine ».

Nous parlions de 1973. Rappelons aussi qu’en mars 2013 le Dr Michel Legmann, alors président du Conseil de l’Ordre expliquait être d’accord avec les propos de son confrère François Olivennes, gynécologue-obstétricien exerçant dans le secteur privé. Ce dernier réclamait la possibilité légale, en France, pour les femmes homosexuelles d’avoir recours à l’1AD et de ne plus aller gare du Nord à Paris pour en bénéficier une heure trente plus tard à Bruxelles. « Nous ne devons pas nous retrouver dans la même hypocrisie que celle qui a entouré le contexte de la loi Veil sur l’IVG, tonne-t-il. Or nous en sommes-là ! Nous ne devons pas être en retard d’un train comme nous l’avons été avec l’IVG. »

A demain

 

 

A demain

 

 

 

Le vieux numerus clausus est mort et enterré ! Vive le nouveau numerus clausus masqué ! 

Bonjour

Cela sonne comme un slogan libérateur : « Fin du numerus clausus ! » – « Fin du gâchis humain ». Avec un film en toile de fond 1. Applaudissements sur tous les bancs. Mais encore ? Interrogée par Le Quotidien du Médecin, la réponse d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé à qui on demande par quoi cette guillotine sera remplacée :

«  Là, il nous faut une loi ! Des négociations auront lieu avec les étudiants. Nous voulons éviter l’immense gâchis humain de la PACES, et de tous ces très bons élèves qui se retrouvent en échec alors qu’ils ont un potentiel fou (sic).  Nous voulons diversifier les parcours, sélectionner de nouveaux profils, des étudiants provenant des sciences humaines et sociales, des ingénieurs. Nous allons donc créer davantage de passerelles entrantes et sortantes. Mais pas question d’ouvrir les vannes quantitativement, on ne peut pas former plus de 9000 à 10000 médecins par an. Mais nous laisserons davantage de souplesse aux universités pour former les jeunes. »

Compassion

On n’en saura pas plus sur la suite d’un dispositif mis en place en 1971 et qui limite le nombre de places ouvertes en fin de première année commune aux études de santé (Paces). Agnès Buzyn reconnaît que la fin du numerus clausus «  ne réglera pas le problème de la démographie médicale ».  Nous serions, ici, dans une forme de compassion. « Ça suffit de désespérer des générations entières de jeunes qui obtiennent le bac parfois avec une mention bien ou très bien, mais se voient refuser l’entrée dans des études de médecine et vivent cela comme un échec fondamental » a expliqué la ministre dans un entretien au Parisien.

Ne plus désespérer. Ne plus « gâcher ». Mais par quoi remplacer le mortel couperet ? Par de nouvelles procédures sélectives en fin de première, deuxième et troisième années d’études. « Le système restera sélectif, il n’est pas question de rogner sur l’excellence de la formation de nos étudiants en santé, a confié l’Elysée au Monde. Mais avec un appareil de formation globalement plus intelligent, moins académique et qui conduit moins au bachotage. » Ce qui, même si elle s’en défend, nécessitera la promulgation de la loi Buzyn en 2019.

Visions

Les plus visionnaires croient percevoir les prémices des prolégomènes : en lieu et place d’un numerus clausus établi au niveau national chaque université modulerait le nombre d’étudiants admis dans les études médicales. Du Jacobin au Girondin, en somme. Y croire dans une Macronie plus centralisée que jamais ?

« Nous ne sommes pas favorables à une dérégulation totale, prévient déjà le Pr Jean Sibilia, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Il est nécessaire que le nombre de médecins augmente, mais dans une certaine limite. Une fourchette haute nous paraît surtout nécessaire pour -éviter une mise en concurrence des établissements entre eux, pour proposer le plus de places dans certaines -filières plus demandées que d’autres. »

Résumons. Le « concours d’entrée », dans sa version actuelle est voué à disparaître. Pour autant la sélection demeurera bin présente pour recruter les futurs étudiants en médecine, odontologie, pharmacie et maïeutique. Comment pourrait-il en être autrement ?  « Le système restera sélectif. Il n’est pas question de rogner sur l’excellence de la formation  » murmure-t-on au Palais de l’Elysée.

« Les capacités maximales de formation semblant déjà atteintes, n’y aura-t-il pas un numerus clausus déguisé sélectionnant sur les trois premières années et non plus sur une seule ? » demande une internaute au Monde. Réponse de l’auguste quotidien vespéral :

« Cela peut donner ce sentiment, si l’on imagine que la fin du numerus clausus signifie fin de toute sélection, ce qui, en effet, ne sera pas le cas. L’accès aux études menant aux professions médicales restera sélectif, mais d’une autre manière. Potentiellement à différents niveaux d’études, et avec des procédures de sélection diverses.

En effet, les capacités maximales de formation des facultés de médecine – et aussi le nombre limité de terrains de stages, à l’hôpital ou chez les médecins libéraux – limiteront, de facto, le nombre de places offertes, demain comme aujourd’hui. Néanmoins, le mot d’ordre général est celui d’une augmentation – dans des proportions limitées, très probablement – du nombre de professionnels de santé formés, dans les années qui viennent. »

Transhumances

Où l’on comprend que l’on comprend de moins en moins l’avenir proche 2. Impression confirmée par les explications données au Monde par Marc-Olivier Déplaude, chargé de recherche en sociologie à l’INRA. Un spécialiste s’il en est, auteur de La Hantise du nombre. Une histoire des numerus clausus de médecine (Les Belles Lettres, 2015).  Pour lui  « le système a volé en éclats avec la forte augmentation du nombre de médecins venant d’autres pays de l’Union européenne ». Des médecins « qui ont les mêmes droits que les médecins formés en France en matière d’installation et de conventionnement »

M. Déplaude est spécialiste des transhumances. Et nous rappelle quelques vérités essentielles :

« N’oublions pas que le coût de la formation des médecins est assuré par l’Etat, et que la majeure partie de leurs honoraires et prescriptions sont remboursés par l’Assurance-maladie. Il n’est donc pas insensé de demander en contrepartie des règles permettant une répartition plus équitable des médecins sur le territoire.

« Aujourd’hui, tous les nouveaux diplômés peuvent s’installer en libéral et demander à être conventionnés par l’Assurance-maladie : c’est le cas de la quasi-totalité des médecins libéraux en France. Il n’y a pas de numerus clausus au conventionnement. Or, si les universités deviennent libres de décider le nombre de médecins qu’elles souhaitent former, il faut s’attendre à ce que la Caisse nationale d’assurance-maladie dise qu’elle ne pourra pas conventionner tout le monde ! L’Assurance-maladie pourrait ainsi demander de pouvoir décider elle-même le nombre de médecins qu’elle souhaite conventionner, dans telle région ou telle spécialité. »

Où l’on voit que le numerus clausus aujourd’hui supprimé n’est, tout bien pesé, qu’une poudre aux yeux jetée.

A demain

1 « Fin du numerus clausus, fin des annuaires qui volent et de la concurrence sadique » Slate.fr 18 septembre 2018

2 La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a expliqué que les modalités d’accès aux futures études de santé seront discutées avec les acteurs du secteur et «précisées d’ici Noël».

 

 

 

« Ma santé 2022 »: Macron soutiendra-t-il longtemps la comparaison avec de Gaulle ?

Bonjour

Immodestie. Ainsi donc cela s’appellera « Ma santé 2022 » (sic). Une fois de plus l’étouffante mise en scène médiatiquement programmée. Il y avait eu Charles de Gaulle et la création, discrète et révolutionnaire, des CHU. Soixante ans plus tard voici Emmanuel Macron. Non plus une création mais une réorganisation a minima. Un ensemble de pansements incitatifs ; un « nouveau souffle » que le président entend donner à un « système de santé » qui ne cesse d’en manquer. Et une fanfare médiatique à vous tournebouler.

De Gaulle ? C’est l’actuel président de la République qui a placé la barre au niveau de celle de son illustre prédécesseur, expliquant que son  rendez-vous avec l’ hôpital « était aussi important que celui de 1958 » 1. Un saut à très haut risque – le premier étant de montrer au grand jour que le pouvoir exécutif français n’est plus ce qu’il avait été et fait.

Résumons le catalogue macronien : une cinquantaine de mesures touchant aussi bien l’organisation de la médecine libérale que de l’hôpital, 400 millions d’euros supplémentaires en 2019, une nouvelle « loi santé Buzyn » dans quelques mois. Un inventaire plus qu’une révolution. Un ajustement dans les limites d’un maigre possible. Soit, en pratique :

« . Un objectif national de dépenses d’assurance-maladie relevé de 0,2 point, le portant à 2,5 % en 2019, soit 400 millions d’euros supplémentaires. . 400 médecins généralistes vont être salariés par des centres hospitaliers de proximité ou des centres de santé situés dans les « déserts médicaux ». 

 . 4 000 postes d’assistants médicaux vont être créés pour décharger les médecins d’une partie du travail administratif ou des actes simples. . Des communautés professionnelles territoriales de santé seront créées afin de regrouper les professionnels de santé libéraux et mettre fin à l’exercice isolé. Ils devront répondre aux « urgences de ville » non vitales jusqu’à 20 heures.

. Des établissements hospitaliers seront répartis en trois catégories – soins de proximité, soins spécialisés et soins ultra-spécialisés – impliquant aussi le secteur privé. Des activités cesseront dans certains établissements. . Un financement des hôpitaux qui va évoluer pour passer de la tarification à l’acte à une tarification « au forfait », dans un premier temps pour deux pathologies chroniques : le diabète et l’insuffisance rénale chronique. En parallèle, l’enveloppe dédiée à récompenser la qualité des soins devrait passer de 60 à 300 millions d’euros dès 2019. »

Voir là une réorganisation « systémique »du système français de distribution des soins ? On ne peut oublier que rien n’était préparé, que tout s’est fait dans l’urgence. Que l’exécutif a été contraint à ouvrir un chantier auquel il n’était pas préparé mais qui s’est imposé au fil des crises dans les services d’urgences, des grèves dans les hôpitaux psychiatriques, des angoisses d’une population de plus en plus angoissée pour sa « santé ».

Les objectifs de la réforme sont nobles autant que nombreux. Pour autant on peine à trouver un fil rouge dans le catalogue macronien. Les annonces élyséennes sont bien loin de répondre à l’ampleur des objectifs visés : renforcer l’offre de soins pour permettre à tous les Français d’être pris en charge par la médecine de ville, désengorger des urgences hospitalières saturées, améliorer la qualité de la prise en charge et enfin répondre au malaise de soignants en perte de sens dans des hôpitaux perdus dans une course mortelle à l’activité.

Il s’agirait, assure le président de la République, , de « renforcer l’offre de soins  pour les cinquante années à venir ». Or force est bien de constater, aujourd’hui, que le pouvoir mouline, que l’exécutif est à la peine sur le réel, que l’appel à la « mobilisation générale » sonne pour partie dans le vide. Et que les parallèles d’Emmanuel Macron avec le de Gaulle et la France de 1958 ne sont, décidément, plus  de saison.

A demain

1 Sur ce thème : « A 60 ans, les CHU français montrent d’inquiétants signes d’essoufflement » Rev Med Suisse 2018; volume 14. 348-349. Egalement sur ce thème : Debré P. « Robert Debré Une vocation française ». 2018 Odile Jacob

A partir de 2020 : fin du « gâchis humain » dans la sélection des médecins (Agnès Buzyn) ?

Bonjour

Le trop célèbre numerus clausus (qui limite le nombre d’étudiants admis en deuxième année d’études de médecine, sages-femmes, d’odontologie ou de pharmacie) sera supprimé à la rentrée 2020. Cette mesure entrera dans le cadre du plan santé présenté mardi 18 septembre par Emmanuel Macron. L’information a été confirmée la veille par la ministre des Solidarités et de la santé, Agnès Buzyn – et ce dans un entretien accordé au Parisien (Laurence Le Fur, Elsa Mari, Florence Méreo, Daniel Rosenweg).

Reconnaissant que la fin du numerus clausus « ne réglera pas le problème de la démographie médicale », la ministre justifie la mesure par le besoin d’« arrêter le gâchis humain » :

« Ça suffit de désespérer des générations entières de jeunes qui obtiennent le bac parfois avec une mention bien ou très bien, mais qui se voient refuser l’entrée dans des études de médecine et vivent cela comme un échec fondamental. Nous ne pouvons pas sélectionner les futurs médecins uniquement sur leurs compétences en maths ou en physique. Nous avons aussi besoin de profils numériques, humanistes (sic) que l’actuelle sélection ne favorise pas.

En lieu et place du numerus clausus, « des examens sanctionneront le passage en deuxième année puis en troisième », ajoute la ministre. Sans dire si la souffrance et le gâchis ne seront pas, ainsi, prolongés.

La première année commune aux études de santé (Paces) donne actuellement lieu à un concours désespérant : sur près de 60 000 étudiants inscrits, seuls 13 500 ont été autorisés cette année à poursuivre leur cursus en médecine, odontologie (dentaire), pharmacie ou maïeutique (sages-femmes).

Ce système (dénoncé depuis un quart de siècle) permet au pouvoir exécutif d’ajuster les flux de la démographie médicale. D’abord à la baisse, dans l’espoir de réduire les dépenses, sans grand succès. Puis à la hausse, face aux pénuries croissantes et à l’émergence et la progression de déserts médicaux.

A demain

Téléconsultations remboursées : quand le patron de l’assurance maladie nous dira-t-il la vérité ?

Bonjour

Effet d’aubaine et duplicité de la publicité. « Un cadre stable, des tarifs nationaux, un remboursement Sécu et une pléiade d’opérateurs : depuis samedi 15 septembre la téléconsultation (un des champs principaux de la télémédecine) a pris des quartiers dans l’exercice médical » explique Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos).

Et, depuis le 15 septembre, on y voit de moins en moins clair dans la jungle capitaliste et publicitaire. Ainsi, dans le Journal du Dimanche du 16 septembre, en page 15, cette page qqui ne manque pas d’air : « Téléconsultations médicales. Satisfaits et remboursés ». Une page achetée par Qare.

« Consultez un médecin en vidéo. Bénéficiez, depuis le 15 septembre 2018, des mêmes conditions de prise en charge et de remboursement que celles qui s’appliquent aux consultations en cabinet. Parlez en vidéo à un praticien en moins de 5 minutes, 7j/7 depuis votre ordinateur ou votre smartphone. Obtenez, si nécessaire, des ordonnances valables en France et dans toute l’Union Européenne. Vos données personnelles de santé sont stockées chez un Hébergeur Agréé de Données de Santé (HADS) et l’ensemble du service respecte le secret médical. »

Mieux encore :

« Nos médecins et professionnels de santé. Tous les médecins et les professionnels de santé Qare exercent en France. Ils sont recrutés et formés spécialement pour la pratique de la vidéo consultation. Les équipes médicales Qare sont disponibles pour vous livrer un diagnostic, vous donner un conseil ou tout simplement pour vous accompagner et vous rassurer. »

Et toujours plus fort :

« Les Offres Qare. Choisissez la formule qui vous convient le mieux. Nos Offres sont sans engagement et résiliables en ligne à tout moment Nos offres incluent toutes vos consultations vidéo avec des médecins et des professionnels de santé francais (en illimité et sans coût supplémentaire) ainsi que la délivrance, si nécessaire, d’ordonnances en ligne valables en France et dans toute l’Europe, un carnet de santé sécurisé mais aussi des services de prévention et de suivi personalisés.  Voir les spécialités proposées par Qare »

Douleurs et publicités

« Qare » ? Une jeune pousse qui montait avant de vouloir, soudain, grimper. « Enfant malade, douleur lancinante… Qui n’a jamais rêvé de pouvoir consulter un médecin sur-le-champ, quel que soit l’endroit ou l’heure ? C’est désormais possible avec Qare, un service de télémédecine qui s’est lancé en France en novembre dernier. Ce site permet, moyennant un abonnement mensuel sans engagement, de réaliser des consultations illimitées en vidéo avec des médecins, 7 jours sur 7 (précisions données en février dernier par Capital).  Son gros point fort : la possibilité de décrocher une consultation avec un généraliste en un temps record, de 9h à 23h du lundi au samedi et de 11h à 19h le dimanche. »

Nicolas Wolikow, fondateur et patron de Qare expliquait que cette « solution innovante » avait un « coût ». « Compter 29 euros par mois pour une seule personne, 49 euros pour toute la famille (conjoint et enfants), sachant que les 30 premiers jours sont gratuits. Pas négligeable, mais il est ensuite possible de solliciter autant de consultation que l’on souhaite, sans frais supplémentaire. » En février aucune prise en charge par une mutuelle ou la Sécurité sociale n’était possible. « Mais nous nous battons pour cela et suivons de près les discussions entre l’assurance maladie et les professionnels de santé qui viennent de s’ouvrir sur le sujet » confiait Nicolas Wolikow.

Du grain et de l’ivraie

Gagné, donc, pour cette start-up soutenue par Kamet Ventures, un fonds d’investissement appartenant à l’assureur Axa et qui avait levé 8,5 millions d’euros en 2017. Gagné ? Nicolas Revel, patron de l’assurance maladie vient de déclarer via Le Quotidien (Marie Foult) :  

« Il est formidable de voir que des publicités fleurissent sur des plateformes de téléconsultations commerciales en ligne, faisant croire que cela va être remboursé par l’assurance-maladie, alors que cela n’est pas le cas ! Nous allons continuer à communiquer pour dire que la télémédecine c’est entre un médecin et un patient qui se connaissent et se voient régulièrement (…) sinon pour moi c’est de la mauvaise médecine ».

Où l’on voit que M. Revel sait faire la part entre la bonne et la mauvaise médecine. Mais aussi et bien curieusement qu’il n’a pas su, en amont séparer le vrai bon grain de la méchante ivraie. Pourquoi ? Qui, désormais, s’y attelera ? De quel poids pèse et pèsera, ici, le géant Axa ?

A demain