Etes-vous choqué par le retour en force de la camisole dans les services psychiatriques ?

Bonjour

Gentil marronnier chiffré de rentrée : le  célèbre « Palmarès des hôpitaux et cliniques » de nos confrères du Point (François Malye et Jérôme Vincent). Travail de Titans. Souvent imité, jamais égalé, toujours atendu. Le temps n’est plus où l’Ordre de Paris avait été saisi de l’affaire par quelques mal-classés menaçants.  Aujourd’hui le « Palmarès » fait partie du paysage.

Le millésime 2016 s’ouvre avec, en affiche, une double paire d’yeux bleus transfixiants : ceux des Drs Mgali Flot et Séverine Bignon (chargées des consultations de diabétologie-obésité à l’hôpital de Lunéville (Meurthe-et-Moselle). Saviez-vous que les meilleurs pour les ligaments des genoux étaient la Clinique mutualiste de Saint-Etienne et l’Hôpital de la Croix-Rousse de Lyon ? Et que le temple  Pitié-Salpêtrière n’était que dixième ?

Dérives isolationnistes

Des centaines de tableaux, classements, explications. Sautons à la page 136 du Point: « Psychiatrie : les dérives de l’isolement thérapeutique ». Isolement thérapeutique est une forme d’euphémisme. On parle aussi de privation de liberté, d’enfermement, de malades attachés. Bref : de camisole de force. Un chiffre : pour 2014 on a recensé 26 676 patients qui « ont connu un enfermement plus ou moins long ». Cela se passe dans des chambres « d’isolement thérapeutique », souvent avec une « contention mécanique ». On veut dire, ici, des sangles.

Il ne faut pas connaître la psychiatrie pour savoir que de telles contentions sont parfois nécessaires, indispensables, dans l’intérêt vital du malade et/ou de son entourage. Il ne faut pas connaître la psychiatrie pour ne pas imaginer que de telles pourraient, parfois, être pratiquées plus souvent que nécessaire. Des chiffres ? Nos confrères citent le « taux d’isolement thérapeutique ». Sa moyenne nationale est de « 1,9% ». En 2013 il n’était que de 1,73%. La durée moyenne d’enfermement, dans le même temps, augmente : 13,8 jours en 2013, 14,3 jours en 2014.

Consentement ou pas

« Pire elle est souvent pratiquée de façon anarchique, parfois au détriment de patients vulnérables », peut-on lire dans Le Point. Le constat avait déjà été dressé en mai dernier par Adeline Hazan, 60 ans, ancienne présidente du Syndicat de la magistrature avant de devenir « contrôleur général des lieux de privation de liberté » (CGLPL). On peut lire son rapport ici : « Isolement et contention dans les établissements de santé mentale ». 

 « Il n’appartient pas au CGLPL d’apprécier la pertinence thérapeutique du recours à ces mesures coercitives. Mais il lui revient de s’assurer du respect des droits fondamentaux des personnes hospitalisées sans leur consentement et dans ce cadre il constate que ces pratiques leur portent une atteinte certaine, plus au moins grave, plus ou moins étendue selon les circonstances. »

Le Point, comme Mme Hazan, nous parle d’une régression collective dans notre rapport à la folie ; un rapport que le développement des neuroleptiques suivi de nouvelles grilles de lecture, avaient, dans les années 1970, permis de faire évoluer. Parmi ses observations Mme Hazan dit constater un détournement de l’utilisation d’outils prévus pour faire face à des situations de crise limitée dans le temps – détournement à des fins disciplinaires ou de sanction.

Retourner le sablier

Qui, ici, s’indigne ? Plus les responsables politiques ferment les yeux et plus la psychiatrie va mal ; et plus elle va mal et mieux la contention se porte. Le Point cite ici des chiffres et des établissements : le Centre hospitalier de la Savoie (11,81%), le CHU de Reims (9,39%) et le centre hospitalier de Nemours (18,91%). Un chiffre stratosphérique ose Le Pont. Un défaut de logiciel explique la directrice : « il compte les heures en jours ». Peut-être suffirait-il, mains libérées, de retourner le sablier ?

A demain

 

 

Burkini, extension du mal : le Premier ministre désavoue sa ministre de l’Education nationale

 

Bonjour

Les températures montent, le tonnerre gronde, quelques éclairs sur le Conseil d’Etat. Ce matin, à la fraîche, sur RMC-BFM TV le Premier ministre Manuel Valls a enfoncé son clou : les arrêtés municipaux anti-burkini  « ne sont pas une dérive ». Trente communes littorales françaises ont, ces derniers jours, interdit le port de ce vêtement de bain « cachant le corps et les cheveux ».

Quelques minutes plus tôt, sur Europe 1, sa ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem avait  déclaré que la « prolifération » de ces arrêtés n’était « pas la bienvenue »« Jusqu’où va-t-on pour vérifier qu’une tenue est conforme aux bonnes mœurs », s’interrogeait la jeune ministre – tout en rappelant son opposition au burkini.

Le Français est différent

« Ces arrêtés ne sont pas une dérive. C’est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l’ordre public », a aussitôt rétorqué le Premier ministre. Reprenant sa déclaration peu banale faite à La Provence le chef socialiste du gouvernement a réitéré son soutien aux maires qui prennent de tels arrêtés.Ainsi donc le port du burkini sur les plages n’est  « pas compatible avec les valeurs de la France et de la République ».

La presse étrangère se gausse ? La belle affaire ! « La France est un pays différent, estime Manuel Valls La conception libérale des anglo-saxons n’est pas la mienne (…) La laïcité est le fruit d’une confrontation mais c’est aujourd’hui la possibilité de croire ou de ne pas croire ». Le clou, toujours le clou, et le spectacle :  « Le burkini c’est un signe politique de prosélytisme religieux qui enferme la femme. (…) Je crois qu’on ne peut pas accepter le prosélytisme mais on ne peut pas accepter l’humiliation non plus. » 1

Le Premier ministre faisait ici référence à  la verbalisation d’une femme toulousaine qui, à Cannes, portait un simple voile sur la tête à Cannes. « Tout ce qui peut apparaître comme une stigmatisation  est évidemment condamnable » a-t-il concédé. « Nous ne sommes pas en guerre contre l’Islam qui a toute sa place dans la République.(…) La République est bienveillante [avec les musulmans], nous les protégerons contre les discriminations. »

Regarder la fraternité

Manuels Valls ferraillant en direct  avec Najat Vallaud-Belkacem. Le Premier ministre contre la ministre de l’Education nationale ? La désagréable impression de regarder une très mauvaise série télévisée. Un « House of Cards » de bas étage. Dans la série la ministre aurait sans doute démissionné.

Entre ces deux responsables de l’exécutif : Bernard Cazeneuve,  ministre de l’Intérieur soutient comme il le peut un Premier ministre sur le fil de la République. Il exige une « fermeté absolue sur la laïcité » mais réclame une « proportionnalité » dans la mise en œuvre de ces arrêtés. Cela donne :

« Comme l’a indiqué le Premier ministre, on peut prendre ces arrêtés mais il faut prendre dans un contexte où ils permettent de faire cesser les troubles à l’ordre public sans jamais perdre de vue la fraternité. »

 « Ne jamais perdre de vue la fraternité ». Il fallait y penser.

A demain

1 Près de deux Français sur trois sont opposés au port du burkini sur les plages. Le tiers restant est « indifférent ». Et  6 % de la population est favorable au port du maillot de bain intégral. C’est ce que conclut un sondage Ifop réalisé pour Le Figaro de ce 25 août. « Nous sommes sur un niveau similaire à ce que nous mesurions ensemble en avril dernier à propos du port du voile ou du foulard dans la rue (63 % y étaient opposés). La plage n’apparaît pas comme un espace public à part et est assimilée à la rue, espaces dans lesquels le port de signe ostentatoire est également refusé par deux tiers des Français », explique Jérôme Fourquet de l’Ifop.

Noter toutefois que l’institut de sondage n’a pas demandé à son échantillon s’il approuvait « l’interdiction de ce maillot islamique sur la plage ». Réprouver n’est pas, on le sait, interdire et encore moins condamner.

Dépakine®: voici revenu le temps des mea culpa, des accusations et des nouvelles équations

 

Bonjour

Dépakine® ? Le Dr Dominique Martin s’exprimait ce matin sur Europe 1. Il y était présenté, lapsus,  comme le « directeur régional de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé » (ANSM). Europe 1 est une radio dans les difficultés et le Dr Dominique Martin ne l’est pas moins. On peut le voir et l’entendre ici.

Le directeur général de l’ANSM développe, au lendemain de la publication du dernier rapport officiel sur le sujet, les propos qu’il esquissait il y a quelques jours au « Téléphone sonne » de France Inter. « Il faut reconnaître que c’est un drame et qu’il faut participer à la recherche de la vérité. Les risques sont connus depuis longtemps, ils ont été introduits progressivement dans les documents destinés aux médecins, plus progressivement dans ceux destinés aux patientes. Il y a eu un défaut de précaution pendant très longtemps et sans doute une insuffisance d’information.

« Encore pire »

Selon Dominique Martin, le scandale de la Dépakine® n’a rien de comparable avec celui du Médiator®, comme l’avait affirmé quelques heures plus tôt la pneumologue Irène Frachon, sur Europe 1. Dépakine® versus Médiator®… la comparaison ne manque pas d’intérêt 1. Dr Irène Frachon :

« Dans les deux cas, il y a des dégâts sanitaires absolument épouvantables et irréversibles », répond, dans un premier temps, Irène Frachon. Dans le cas du Mediator®, c’était ce que j’avais appelé de la ‘pharmaco-délinquance’ relevant d’un véritable crime organisé par le laboratoire Servier. Dans le cas de la Dépakine®, on est dans la ‘pharmaco-négligence’ et d’une certaine façon c’est encore pire », poursuit-elle.

En effet, si la pneumologue reconnait que la Dépakine® est « un vrai médicament, qui est nécessaire pour traiter des maladies graves comme l’épilepsie », elle dénonce le silence « du laboratoire, des autorités de santé, des médecins, du monde médical dans sa globalité » qui connaissaient les risques du médicament pour l’enfant chez la femme enceinte et qui se sont tus. « Personne n’a informé pendant des dizaines d’années ces femmes des risques qu’elles prenaient », affirme-t-elle. « Ce sont ces femmes qui font émerger cette alerte. C’est le monde à l’envers », conclut-elle. »

Félicitations

Dr Dominique Martin : « Cela n’a rien à voir avec le Médiator®. La Dépakine® est un médicament essentiel, ce n’était pas le cas du Médiator. Dans certaines situations, on doit encore utiliser la Dépakine®, y compris si la femme est enceinte.  Le Médiator® est un problème franco-français, la Dépakine®, c’est européen. » Et le directeur général de l’ANSM d’ajouter, peu amène pour le passé de son institution mais se félicitant, une nouvelle fois, des décisions de l’actuelle ministre de la Santé :

« Il y a certainement eu un défaut d’information pendant longtemps mais sous l’autorité de la ministre et depuis 2013, les autorités ont a mis en place beaucoup de choses, des mesures importantes de prescription et de délivrance qui sont extrêmement contraignantes. Ma préoccupation majeure est que ces mesures soient entendues et mises en œuvre. »

Et maintenant ? Déconseiller un médicament efficace dans des indications essentielles n’est pas tout.  Les autorités sanitaires françaises entendent tirer une nouvelle fois les leçons des failles du système de sécurité du médicament dont elles ont entièrement la charge. Pas de responsables. Elles cherchent aussi (et c’est heureux) à mettre en lumière des éléments qui pourraient, aujourd’hui, conduire à ne nouvelles précautions.

Information éclairée

Il n’en reste pas moins que les deux pathologies concernées (l’épilepsie et les troubles bipolaires) existent et doivent être traitées par voie médicamenteuse. Le rapport qui vient d’être rendu public établit ainsi qu’entre 2007 et 2014 la baisse des prescription de Dépakine® – acide valproïque a, chez les femmes enceintes, été suivie d’une augmentation de prescriptions d’autres médicaments : notamment la Lamotrigine (on est passé de 1 340 à 2 116 femmes enceintes traitées par an), le lévétiracétam (270 à 819), l’aripiprazole (323 à 823) et la quétiapine (0 à 481). Quels bénéfices ? Quels risques ? Où sont les experts, les sociétés savantes ?

La question peut, d’ores et déjà être raisonnablement posée de savoir si toutes les femmes enceintes concernées ont reçues (reçoivent) une information éclairée des risques potentiels auxquels, du fait de leur traitement, étaient (sont) exposés leur enfant.

A demain

1 « La Dépakine n’est pas une nouvelle affaire Mediator » (Slate.fr, 24 août 2016)

L’épidémie de burkini n’existe pas. C’est une mascarade doublée d’une fantasmagorie

 

Bonjour

« D’habitude l’étrange circule discrètement sous nos rues. Mais il suffit d’une crise pour que, de toutes parts, comme enflé par la crue, il remonte du sous-sol, soulève les couvercles qui fermaient les égouts et envahisse les caves, puis les villes. Que le nocturne débouche brutalement au grand jour, le fait surprend chaque fois ? Il révèle pourtant une existence d’en dessous, une résistance interne jamais réduite. Cette force à l’affût s’insinue dans les tensions de la société qu’elle menace. » 1

 Il y eu les « Possédées de Loudun » Nous avons le burkini. A Loudun Urbain Grandier fut brûlé. Nous inventons le burkinisées, nos nouvelles pestiférées. Loudun sur la fracture protestante. Aujourd’hui une France qui, devant ses écrans, cherche la bagarre et ses identités,  Des politiques qui s’époumonent à tweeter. Guy Debord réincarné.

Fumet des égouts

Pour Michel de Certeau l’étrange « remontait du sous-sol » et « soulevait les couvercles » qui fermaient les égouts. Aujourd’hui le burkini est sur les plages. Il ne sort pas de l’eau mais entend pouvoir y entrer. Et pourtant les couvercles se soulèvent. On perçoit déjà, ici et là, le fumet des égouts, ceux d’un été avarié.

Aujourd’hui à Paris, conclave des hermines du Conseil d’Etat pour dire si le burkini peut être interdit sur le sable enchanteur de quelques bourgades méditerranéennes. Dire le droit administratif même si ce droit est sans objet. Ce qui est le cas puisque le burkini n’existe pas. Il n’a jamais existé à Cisco, en Corse, comme vient de le démontrer Le Canard Enchaîné (24 août 2016). Il est introuvable, en France comme en témoignent, sur Slate.fr, (Fanny Arlandis) les meilleurs photographes des agences de presse : «On écrit pas mal de choses sur le burkini mais nous n’en avons pas vu beaucoup».

Absurde et édifiant :

 « Reuters met à disposition trois images réalisées en 2007, en Australie. L’AFP propose des photos prises en Tunisie, en Algérie ou également en Australie, sur des plages ou dans une boutique de vêtements. Et Associated Press n’a qu’une image prise en France, une capture d’écran d’une vidéo prise en août à Marseille.

 « Nous avons envoyé des photographes sur les plages, notamment à Cannes et à Nice, «mais jusqu’à présent, aucun d’eux n’a pu voir de femmes en burkini. Et nous ne pouvons pas mettre des photographes en permanence sur toutes les plages», explique Fancis Kohn, directeur de la photo à l’AFPAssociated Press met en avant la même raison: il faut «être très chanceux pour trouver une femme se baignant en burkini», explique Laurent Rebours, chef du service photo de l’Associated Press à Paris. (…)

« Certain(e)s photographes ont cependant réalisé des reportages sur le sujet. C’est le cas de France Keyser, envoyée par Libération à Marseille le 16 août. Cette dernière raconte s’être rendu «sur la plage des Catalans. C’est une plage où tout le monde va, avec une vraie diversité de personnes. Comme pour n’importe quel reportage, je vais discuter avec les gens avant de faire les photos car je photographie au 35 mm. Des femmes ont accepté que je les photographie sur la plage et lorsqu’elles se baignaient en burkini». (…)

« France Keyser a publié sur le site de l’agence Myop cinquante-neuf photos issues de ce reportage (les images sont visibles ici), mais ces femmes n’étaient que «trois, sur des centaines de personnes». »

Huiles politiques

 Le burkini n’existe pas mais avec toutes ces huiles politiques sur le feu médiatique il pourrait bien vite exister. Une nouvelle version, millésime 2016, de la prophétie épidémique auto-réalisatrice.  Une fantasmagorie en somme, cet art de faire voir des fantômes par illusion d’optique. On peut aussi y voir une farce, comme avec ce formidable papier (texte et photos) du Daily Mail :  :“Get ’em off! Armed police order Muslim woman to remove her burkini on packed Nice beach – as mother, 34, wearing Islamic headscarf is threatened with pepper spray and fined in Cannes”.

Une farce ou une mascarade, cette mise en scène fallacieuse(« Seul il marchait tout nu dans cette mascarade Qu’on appelle la vie » – Alphonse de Musset). On raconte qu’à la fin du règne d’Henri IV (et sous Louis XIII) la mascarade se confondit avec le ballet-mascarade, puis avec le ballet à entrées, tout en s’en distinguant par son caractère burlesque. C’est à cette époque que l’étrange, enflé par la crue d’une crise, commença à soulever les couvercles, à envahir les caves.

C’est alors qu’il fallu, pour calmer les Possédées, brûler le prêtre Urbain Grandier.

A demain

 Michel de Certeau en introduction de « La possession de Loudun » (Gallimard/Julliard):

Burkini et femmes burkinisées. Etes-vous plutôt proche du Figaro ? Pencheriez-vous pour Libé ?

Bonjour

Jeudi 25 août 2016. Canicule sur la France. Climatisé ou pas le Conseil d’Etat tient aujourd’hui une audience capitale sur le burkini. Il y a quelques jours encore on aurait cru à une galéjade, à un poisson d’avril des antipodes. Aucune farce, ici, mais bien plutôt une tragique mascarade comme l’observe le Daily Mail à la vue des images de femmes verbalisées pour le port d’un simple voile sur la plage, à Cannes et à Nice :“Get ’em off! Armed police order Muslim woman to remove her burkini on packed Nice beach – as mother, 34, wearing Islamic headscarf is threatened with pepper spray and fined in Cannes”. Se faire donner des leçons par ce tabloïd…

Une droite qui cingle vers ses extrémités – comme Nicolas Sarkozy 1.Une fraction de la gauche qui soutient cette droite-là. Des féministes comme toujours déchirées. Comment s’y retrouver ? Deux éditoriaux datés du 25 août aident ici à ne pas perdre le Nord. Deux éditoriaux. Les premier est celui du Figaro. Il est signé Yves Thréard et ne brille pas par son titre. Le voici :

« Burkini ? Burki non

« Le burkini peut-il être interdit? On attend avec impatience la réponse du Conseil d’État. Plusieurs maires ont pris, cet été, des arrêtés contre le port du maillot de bain islamique sur leur commune. Immédiatement, la polémique a fleuri. Les recours en justice aussi. Si la plus haute juridiction administrative donne raison aux élus concernés, il sera en principe inutile de légiférer. Si tel est le cas, l’affaire aura été rondement menée. Tant mieux.

 « Le pire serait que le débat s’éternise et se fourvoie dans des considérations totalement étrangères à cette scandaleuse tenue. La laïcité et la religion sont ici hors sujet. Le burkini n’est pas une prescription coranique, mais la énième manifestation d’un islam politique, militant, destructeur, qui cherche à remettre en question notre mode de vie, notre culture, notre civilisation.

 « Voile à l’école, prière de rue, menu scolaire halal, apartheid sexuel dans les piscines, les hôpitaux, les auto-écoles, niqab, burqa… Depuis trente ans, cet entrisme met à mal notre société, cherche à la déstabiliser. Il est temps de lui claquer la porte au nez. Youssef al-Qaradawi, célèbre prédicateur égyptien, jadis conférencier en France avant d’être interdit de territoire, avait prévenu: «Avec vos lois démocratiques, nous vous coloniserons.» Par notre indifférence autant que par notre naïveté, nous avons longtemps été les complices de cette funeste et sournoise entreprise. Nos répliques, quand il y en eut, ont été trop tardives. Certaines ne sont appliquées qu’à dose homéopathique: ainsi en va-t-il du voile intégral sur la voie publique.

 « Aucun accommodement ne doit plus être possible. Il est d’ailleurs intolérable que ceux qui crient à la «stigmatisation» des musulmans soient les mêmes qui s’indignent des inégalités persistantes entre les hommes et les femmes en France.

 « Lucidité et fermeté doivent enfin triompher. Semeurs de discorde et prosélytes d’un ordre aussi archaïque doivent être verbalisés, condamnés, expulsés. Notre liberté est en jeu. »

 Deux éditoriaux. Le second est celui de Libé. Il est signé de Laurent Joffrin. Son titre est limpide. Le voilà :

« Le mal de mer

« Les lois stupides n’ont d’autre effet que d’ajouter aux malheurs de la cité. Et de déboucher, inéluctablement, sur des situations scandaleuses. Ainsi dans un pays de liberté, des policiers venus en nombre ont chassé d’une plage une jeune femme qui n’avait commis d’autre crime que de marcher sur le sable avec un foulard et un pantalon. Outre l’opprobre public infligé par des pandores à moitié convaincus et qui avaient à coup sûr mieux à faire, elle a dû subir une bordée d’insultes racistes proférées par une poignée d’estivants. Sans que ceux-ci en soient d’ailleurs le moins du monde inquiétés…

« Quelle République est-ce là ? Les arrêtés sans rime ni raison pris par des maires paniqués ne pouvaient déboucher sur autre chose. Dès lors qu’on se mêle de réglementer la longueur des jupes ou le port d’un foulard dans l’espace public, où chacun est habituellement libre de porter les tenues les plus diverses, on ridiculise la loi et on humilie les citoyens. En l’occurrence les citoyennes.

« Les forces de l’ordre seront-elles désormais mobilisées pour interdire les plages à des mères de famille en tenue traditionnelle qui ne demandent rien et ne menacent personne ? Devront-elles les expulser de force sous les yeux de leurs enfants, dans une amère leçon de civisme à l’envers ? N’y a-t-il pas des tâches plus urgentes pour les polices municipales ? Devant ce spectacle choquant, qui a suscité la condamnation de toute la gauche et d’une partie de la droite, comment les musulmans les plus pacifiques, les plus patriotes, ne se sentiraient-ils pas désignés à la vindicte publique ? Et quel cadeau offert à la propagande islamiste qui veut présenter la France comme une terre par nature hostile à la religion musulmane !

« Lutter contre l’intégrisme ? Objectif essentiel, pressant, décisif. Dans les quartiers, dans les mosquées, le salafisme cherche à gagner en influence et à faire passer sous sa coupe un nombre croissant de musulmans désorientés. Cette régression moyenâgeuse doit être combattue, par l’action politique, par la pédagogie, par l’application intransigeante des lois laïques (les vraies), par un soutien sans faille apporté aux tenants d’un islam moderne et pacifique, qui sont de loin la majorité (sans compter les incroyants de culture musulmane, dont on ne parle jamais…).

«La France a-t-elle baissé la garde ? En aucune manière. Elle est au contraire le pays démocratique où les mesures les plus fermes ont été prises contre les signes intégristes, entre l’interdiction du voile intégral – déjà malaisée à mettre en œuvre – et la prohibition des signes religieux ostentatoires dans les salles de classe. Aller au-delà dans l’espace public, c’est outrepasser les principes élémentaires de la liberté individuelle.(…)

 On espère que le Conseil d’Etat, qui examine ce jeudi les arrêtés «anti-burkini» dans sa sagesse juridique, mettra fin à cette pantalonnade discriminatoire qui choque les démocrates et embarrasse la police. C’est en accueillant sans ambages les religieux respectueux des lois que l’esprit de la laïcité sera le mieux respecté. »

Comédie Française

Jeudi 25 août 2016. Canicule sur la France et sur ses plages. Burkini-mascarade. Burkini-pantalonnade. Paris, à l’ombre de la Comédie Française on attend, climatisé ou pas, le couperet du Conseil d’Etat.

A demain

1 L’ancien président de la République et candidat à la primaire de la droite pour la présidentielle de 2017 a mené l’offensive contre le burkini, mercredi 24 août sur TF1. Dans une interview au 20 heures, Nicolas Sarkozy a affirmé que le burkini était « une provocation au service d’un islam politique ». « Si nous n’y mettons pas un terme, le risque c’est que, dans dix ans, les jeunes filles de confession musulmane qui ne porteront pas le voile ou le burkini seront montrées du doigt et seront sous la pression quotidienne de l’entourage », a-t-il mis en garde.

 

Dépakine® : 14 322 grossesses ont été «exposées» entre 2007 et 2014. Et après ?

 

Bonjour

Le 10 août dernier  Le Canard Enchaîné, vieux chasseur de scoop, révélait qu’une enquête encore non publiée établissait que plus de 10 000 femmes enceintes auraient, en France, été sous  Dépakine® entre 2007 et 2014. Ce chiffre figurait dans une étude menée conjointement par l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et la Caisse nationale d’Assurance maladie (CNAMTS) – une sorte de réplique de ce qui avait mis le feu aux poudres dans l’affaire du Médiator®.

Transparence officielle

Deux semaines plus tard, comme il s’y était engagé, le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, rend public ce document. Le chiffre exact, officiel,  est de 14 322. Tous les documents officiels sont disponibles à cette adresse « Rapport d’étude ‘’Exposition à l’acide valproïque et ses dérivés au cours de la grossesse en France de 2007 à 2014 : une étude observationnelle sur les données du SNIIRAM’’ ». Extraits du communiqué de presse :

« Le ministère des Affaires sociales et de la Santé a rendu publics aujourd’hui les premiers résultats d’une étude demandée en 2015 par Marisol Touraine, pour évaluer l’exposition des femmes enceintes, entre 2007 et 2014, aux spécialités à base d’acide valproïque, comme la Dépakine® et ses dérivés. Compte-tenu des risques liés à ces traitements pour les femmes enceintes, la mobilisation de tous les acteurs sanitaires se poursuit et de nouvelles conditions de prescription et de délivrance vont être appliquées. »

« Cette étude a été présentée ce jour par le Directeur général de la santé à la Présidente de l’association APESAC (Aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsivant). Sur la base des données de l’Assurance maladie, cette étude montre qu’entre 2007 et 2014, 14 322 grossesses ont été exposées à l’acide valproïque, avec une diminution de 42 % du nombre annuel de grossesses exposées sur cette période. 

Cette baisse du nombre de grossesses exposées, bien que significative, montre un niveau de prescription qui reste globalement élevé. »

Rencontrer Sanofi

Marisol Touraine annonce d’autre part  la mise en place d’un dispositif d’indemnisation pour les victimes. Il  sera voté au Parlement d’ici la fin de l’année dans le cadre des lois financières. « La mission d’expertise juridique sera amenée à rencontrer prochainement le laboratoire Sanofi » précise le ministère de la Santé. Sanofi, c’est un classique, ne s’exprime pas sur le sujet.

Plus généralement Mrisol Touraine annonce « l’élargissement des mesures de précaution aux autres traitements de l’épilepsie et des troubles bipolaires ». C’est ainsi que l’ANSM « réévaluera ainsi 21 substances actives pour le traitement de l’épilepsie ». Cette réévaluation « sera également mise en place pour les traitements des troubles bipolaires, pour lesquels l’utilisation d’acide valproïque sera rendue plus contraignante. »

A demain

Aimeriez-vous être payé pour arrêter de fumer ? Demain, la cigarette électronique gratuite !

 

Bonjour

Une rémunération pour aider à sortir de l’addiction tabagique ? La proposition peut faire sourire. Elle a été scientifiquement expérimentée par Felicia Schmid et Jean-François Etter  (Université de Genève). Et ce travail vient d’être publié dans le Journal of the American College of Cardiology : “Effects of Large Financial Incentives for Long-Term Smoking CessationA Randomized Trial” (commentaire audio du Dr Valentin Fuster). Une publication utilement repérée par LePoint.fr (Thomas Prévost)

Ce travail a pu être mené grâce à la participation de 805 fumeurs (hommes et femmes) gagnant moins de 50 000 francs suisses (46 500 euros) par an. Ils n’avaient recours à aucun traitement médical substitutif pour les aider à arrêter. On ne parle pas, ici, de rémunérations mais « d’incitations financières ».  Les volontaires recevaient ces incitations pour chaque semaine de sevrage. Mieux : plus la durée de leur sevrage s’allongeait,  plus la prime augmentait. Après une semaine ils recevaient 100 francs suisses (92 euros). Au bout de six mois, ils pouvaient toucher jusqu’à 1 500 francs suisses (1 380 euros). On ne plaisante guère, en Suisse avec l’argent comme avec la parole donnée : des tests biologiques étaient pratiqués pour vérifier les dires (monoxyde de carbone expiré et cotinine salivaire).

Bons d’achat pour femmes enceintes

La carotte n’a pas toujours joué son jeu et le tabac a, parfois, été plus puissant que l’esprit de lucre. Toutefois 45% des participants sont parvenus à un sevrage de six mois, le temps de l’expérience. Que s’est-il passé quand l’argent s’en est allé ? Seuls 20 % ont persévéré. C’est malgré tout un succès : dans l’autre bras de cet essai clinique original (sans argent) le taux de succès n’était que de 10 %.

« L’expérience n’est pas nouvelle, rappelle Le Point. En mai dernier, une étude sanitaire financée par l’Institut national du cancer préconisait d’utiliser la récompense financière comme motivation dans l’arrêt du tabac sur les femmes enceintes. Mais les montants sont loin des sommets suisses : seize maternités françaises ont décidé d’offrir des bons d’achat d’une valeur de 20 euros en cas d’abstinence. Cette étude qui doit durer trente-six mois n’a pas encore dévoilé ses premiers résultats. »

Il s’agit ici de l’étude « Incitation financière à arrêter de fumer pendant la grossesse ». Elle est dirigée par le Dr Ivan Berlin (Hôpital Pitié-Salpêtrière, Faculté de médecine Université P. & M. Curie, INSERM U1178). Ecoutons le Dr Berlin :

« Des études laissent entrevoir l’efficacité prometteuse des incitations financières comme récompense, pour favoriser l’arrêt du tabac pendant la grossesse. Dans une maternité écossaise, les incitations financières procurées aux femmes enceintes fumeuses ont augmenté l’abstinence tabagique de 14% par rapport aux femmes ayant seulement bénéficié des consultations habituelles.

« Bien que récompenser financièrement de « bons » comportements de santé puissent être sujet à controverse, une étude d’acceptabilité menée en population générale représentative française, montre que la majorité des répondants approuve l’idée de procurer des incitations financières par bons d’achat, afin d’aider les femmes enceintes fumeuses à arrêter de fumer. L’étude réalisée par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et financée par l’Institut du Cancer vise à diminuer le tabagisme chez la femme enceinte, en récompensant leur abstinence tabagique par des bons d’achat (valables dans de nombreuses enseignes).

Ni alcool ni cigarettes

« L’objectif n’est pas seulement un simple arrêt des cigarettes mais aussi le maintien de l’abstinence tout au long de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Cette étude est nationale, randomisée et multicentrique : les participantes sont aléatoirement assignées soit dans le groupe de contrôle ou sont dans le groupe intervention. Dans le groupe contrôle, elles recevront 20€ pour chacune des visites prénatales. Dans le groupe d’intervention, elles recevront 20€ à chaque visite prénatale ainsi qu’une incitation financière supplémentaire qui augmentera progressivement avec le nombre de fois où elles sont abstinentes.

« Les incitations financières prendront la forme de bons d’achat avec lesquels l’achat de cigarette et d’alcool est impossible. Seize maternités participent à cette étude. Lancée en avril 2016, ses premiers résultats seront disponibles dans environ  ans. Si les résultats indiquent que les incitations financières récompensant l’abstinence au tabac augmentent significativement le taux d’abstinence par rapport à l’absence d’incitation financière et que l’étude est coût-efficace (les coûts de ce type d’intervention sont largement inférieurs aux coûts liés aux problèmes de santé périnatals dus au tabagisme), les incitations financières pourraient être alors introduites comme une intervention standard pour aider les femmes enceintes à arrêter de fumer. »

E-cig

On pourra, ici, regretter le côté assez misérabiliste du « bon d’achat »  et s’interroger sur les liens avec les « grandes enseignes » associées à cet essai clinique d’un genre nouveau. On pourrait aussi, développer la problématique et l’étendre à la cigarette électronique : au vu des avantages considérables qu’elle semble apporter en termes de sevrage, pourquoi la collectivité n’aiderait-elle pas, financièrement, les vapoteurs à sortir de leur esclavage au tabac ? Faut-il au contraire laissé les dépendants payer pour qu’ils en finissent avec leur vice ?

Voilà, pour la rentrée politique, une bien belle équation éthique de santé publique.

A demain